Chine en Question

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Fluide Glacial et le « péril jaune »


 

La couverture du dernier numéro de Fluide Glacial affiche cette caricature ouvertement raciste avec la légende : « Péril jaune, et si c’était déjà trop tard ? » Elle remplace celle initialement prévue contre les musulmans : « Couscous Jambon ».

Que le racisme anti-musulman ou anti-chinois fasse rire révèle la lepénisation des médias dominants qui, désignant les boucs émissaires d’une crise qui ronge la société française, provoque un repli nationaliste et un intégrisme catho-laïque aussi dangereux que celui des année 30 en Allemagne.

Charlie Hebdo et Fluide Glacial sont des torchons racistes et les pires ennemis de la liberté d’expression qu’ils prétendent défendre car ils l’utilisent pour faire la propagande du choc des civilisations.

21/01/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Choc des civilisations, Monde en Question.
Articles sur le « péril jaune », Chine en Question.
Bibliographie sur le « péril jaune », Chine en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Charlie et « l’invasion des produits chinois »


 

Le racisme ordinaire de Charlie Hebdo, ce torchon qui défend les valeurs de la « civilisation » occidentale, fondée sur le pillage colonial des Amériques, de l’Afrique et de l’Asie.

Lire aussi :
Serge LEFORT, Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Chine en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Dossier documentaire Racisme, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Mo Yan


 

En 2011, la presse fut surprise par l’attribution du prix Nobel de littérature au poète suédois Tomas Tranströmer, presque totalement inconnu en France, alors qu’elle misait sur la victoire du poète syrien Adonis parce qu’il était opposant au régime.
En 2012, la même presse s’indigne de l’attribution du prix Nobel de littérature au romancier chinois Mo Yan parce qu’il n’est pas opposant au régime. Et on peut lire des tombereaux d’idioties à l’image de leurs auteurs qui servent la soupe des médias dominants.

Prenons l’article de Martine Bulard Mo Yan, un Prix Nobel aux deux visages, publié le 12 octobre sur un blog du Monde diplomatique.

Voilà enfin un prix Nobel qui fera plaisir aux autorités chinoises – ou qui, à tout le moins, ne les mettra pas en colère. L’écrivain Mo Yan n’est pas un suppôt du pouvoir, mais il ne figure pas non plus parmi les dissidents.

L’auteure sous-entend que ce prix est illégitime parce que Mo Yan n’est pas un dissident. Elle n’a certainement pas lu les critères de sélection de l’institution. Ils sont pourtant très clairs :

La plupart des noms figurant sur la liste sont éliminés à un stade précoce. Les raisons en sont diverses. Certains des candidats sont des écrivains dont les œuvres ne répondaient pas à l’exigence de valeur littéraire, d’autres peuvent être les auteurs des belles-lettres mais ne possèdent pas la qualité requise, alors que d’autres ont été nominés pour des raisons autres que littéraires (politique, idéologique, nationaliste, etc.).
Source

Elle enchaîne sur une attaque assez sournoise :

Il vit en Chine, où tous ses livres sont publiés – ce qui est somme toute assez rare.

Elle reproche à Mo Yan de vivre et d’être publié en Chine en prétendant que c’est « assez rare » ! Incise grotesque car il y a plus d’auteurs chinois qui vivent et sont publiés dans leur pays qu’à l’étranger. Mais pour l’auteure les bon Chinois sont certainement ces derniers comme les bons Indiens étaient ceux qui peuplaient les cimetières des plaines américaines.

Elle enfonce bien le clou de la suspicion :

Cette fois, dès la nouvelle connue, l’agence officielle Xinhua a donné l’information et rendu hommage à l’écrivain, sans aucune réserve.

Ceux qui lisent les dépêches de l’agence Xinhua savent qu’elle a aussi annoncé sans aucune réserve le prix Nobel de la Paix décerné à l’Union européenne critiquée ailleurs (voir la presse russe).

Il est intéressant de lire dans un article sur Mo Yan, publié par Renmin Ribao l’organe du PCC, que :

Le pays est confronté à un énorme fossé entre les riches et les pauvres, l’aggravation de la pollution de l’environnement et une population vieillissante.

Quoiqu’en dise donc Martine Bulard, la presse chinoise dénonce les « tares du système ».

13/10/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi (bibliographie actualisée le 20/10/2012) :
• 11/10/2012, Mo Yan, prix Nobel de littérature, l’écrivain qui mangeait du charbon…, Rue89.
• 12/10/2012, Mo Yan, nouveau prix Nobel de littérature, Renmin Ribao.
• 12/10/2012, L’écrivain chinois Mo Yan a gagné le prix Nobel de Littérature 2012, Radio Chine Internationale.
• 12/10/2012, Les écrivains doivent aborder les sujets politiques, selon Mo Yan, AFP – Le Point.
• 12/10/2012, Mo Yan et la dure loi du Nobel, Le Monde.
• 12/10/2012, Les artistes engagés en Chine – Mo Yan et les autres, La Vie des idées.
Tout au long du XXe siècle, la référence à la nation a joué un rôle important pour les écrivains chinois. Mais à la fin des années 1980, une décennie encore dominée par les grands récits de l’histoire de la Chine (Mo Yan, Zhang Chengzhi), un changement s’opère : écrivains, universitaires et réalisateurs indépendants s’intéressent de plus en plus aux laissés pour compte du système politique et économique. Sebastian Veg revient sur les premiers signes d’une fragmentation de la société chinoise.
• 15/10/2012, Le Nobel de Mo Yan une reconnaissance bienvenue et méritée mais tardive pour la littérature chinoise, Renmin Ribao.
• 15/10/2012, Mo Yan, Prix Nobel de littérature, Faguowenhua.
• 18/10/2012, Retour sur l’œuvre de Mo Yan, France Culturemp3.
• 19/10/2012, Un Nobel prudent, Revue de presse culturellemp3.
Les médias dominants, sinophobes, nomment toujours la Chine « L’Empire du milieu ». Lire : Serge LEFORT, 中國 zhōng guó, Chine en Question.
• 20/10/2012, Mo Yan a été « très étonné » de remporter le prix Nobel, China Internet Information Center.
• Mo Yan, Wikipédia.
• Livres de Mo Yan publiés en France, Actes SudPicquierSeuil.
• Cinq livres de Mo Yan à découvrir, L’Express.
Revue de presse Chine 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

L’image de la Chine dans la pensée européenne du XVIIIe siècle


Le XVIIIe siècle a connu un tournant intellectuel important en Europe, qui a conduit à une nouvelle culture occidentale. L’image de la Chine a joué un rôle non négligeable pendant ce processus. Introduite tout d’abord par les missions en Chine, en particulier celles des Jésuites, la Chine était une référence courante chez les philosophes des Lumières, qui avaient pour but de reconstruire l’Europe. Bien que l’image de la Chine soit déformée chez toutes les écoles philosophiques, des Jésuites au romantisme, la philosophie chinoise a été appréciée par les défenseurs du despotisme éclairé et critiquée par ses détracteurs. Après avoir contribué à la reconstruction du monde occidental, la Chine a commencé à étudier l’Occident en envisageant son relèvement.
Annales historiques de la Révolution française

Cet article est un excellent résumé de la rencontre Occident-Orient via les Jésuites, puis les Dominicains et les Franciscains, et les philosophes. Ces derniers n’eurent pas une connaissance directe de la Chine. Ainsi, « ajustée au cadre théorique de la pensée de Montesquieu, la Chine sert à illustrer le despotisme qui doit être rejeté en France ». Encore aujourd’hui, les sinologues « ne s’intéressent pas à la Chine telle qu’elle est, parce que leur préoccupation essentielle est la reconstruction de la pensée occidentale ».

Enfin, n’oublions pas que la colonisation idéologique des missionnaires précéda la colonisation économique et militaire du XIXe siècle, dont la Chine se relève lentement depuis les années 1980.

20/06/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Chine/Occident, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.

Le « péril jaune » se vend bien



Péril jaune, Wikipédia

Sélection d’articles récents qui agitent la menace du « péril jaune » :
• 18/08/2010, Le spectre d’un « péril jaune » inquiète Washington, FRANCE 24.
• 02/11/2010, Du péril jaune au péril bleu, chronique d’un fiasco européen, Euros du Village.
• 05/11/2010, Hu Jintao à Paris [REVUE DE PRESSE], NouvelObs.
• 28/12/2010, Péril jaune, La Libre Belgique.
• 05/01/2011, Discours du Péril Jaune, La Chine à notre porte.
• 07/01/2011, Le « péril jaune », vu du bout du monde…, Blog Philippe Jandrok.
• 14/01/2011, Le retour du péril jaune ?, Blog de Charles Gave.
• 02/02/2011, Faut-il avoir peur de l’offensive chinoise en Europe ?, L’Express.
• 03/02/2011, Pourquoi l’expansion chinoise nous fait peur, Les Echos.

Sélection d’articles critiques de l’usage du concept de « péril jaune » :
• 1984, Maurice TOURNIER, Les jaunes : un mot-fantasme à la fin du 19e siècle, Mots n°8.
• 1996, Nayan SHAH, White Label et « péril jaune » : race, genre et travail en Californie, fin XIXe-début XXe siècle, Clio.
• 07/11/2005, Régis POULET, Le Péril jaune, La revue des ressources.
26/12/2005, Serge LEFORT, Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Chine en Question.
• Janvier 2006, Martine BULARD, Fantasmes du péril jaune, Le Monde diplomatique.

Sélection de livres qui agitent la menace du « péril jaune » :
• 1897, Jacques NOVICOW, Le péril jaune, Giard & Brière [GallicaRevue Internationale de SociologieWikipédia].
• 1901, Edmond THÉRY, Le péril jaune, Felix Juven [GallicaLes EchosWikipédia].
• 1904, Ármin VÁMBÉRY, Le péril jaune : étude sociale, G. Ranschburg [Gallica].
• 1904, Austin de CROZE, Péril jaune et Japon, Comptoir général d’éditions [Gallica].
• 1905, Capitaine DANRIT, L’invasion jaune, Flammarion [GallicaLa revue des ressourcesChemins de mémoireWikipédia].
• 1910, Jack LONDON, The Tale of the Next Great War, McClure Magazine [Une invasion sans précédent, Politique étrangère n°2].
• 1912, François De TESSAN, Promenades au Far-West, Plon [Journal de la Société des Américanistes].
• 1926, R. d’AUXION de RUFFÉ, Chine et Chinois d’aujourd’hui – Le nouveau péril jaune, Berger-Levrault [Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient].

Pour aller plus loin :
• 1974, Gérard HERVOUET, Perceptions occidentales de la Chine contemporaine  : l’analyse de la politique étrangère chinoise dans la littérature spécialisée, Études internationales n°4.
• 1986, Danièle BONNAUD-LAMOTTE, KIM Jung-Wha, Regards sur l’Asie dans trois revues des années trente, Mots n°13.
• 1987, Denise HELLY, Les Chinois à Montréal 1877-1951, Institut québécois de recherche sur la culture, [Revue d’histoire de l’Amérique française n°1Anthropologie et Sociétés n°2].
• 1991, Thanh H. VUONG, Stratégies technico-commerciales asiatiques, Études internationales n°3.
• 2001, Lucie BERNIER, Fin de siècle et exotisme : le récit de voyage en extrême-Orient, Revue de littérature comparée n°297.
• 2001, Gérard SIARY, Images et contre-images de l’extrême-orient au Japon et en Occident, Revue de littérature comparée n°297.
• 2001, LU Xiaobo, L’avenir des relations sino-américaines, Revue internationale et stratégique n°43.
• 2002, Junzo KAWADA, « Est contre Ouest », Diogène n°200.
• 2003, CHONG Woei Lien, La Chine par elle-même, Critique internationale n°20.
• 2003, Daniel SABBAGH, Le statut des « Asiatiques » aux États-Unis, Critique internationale n°20.
• 2004, Emmanuel PUIG, L’ordre et la menace : analyse critique du discours de la menace chinoise en Relations internationales, Revue internationale et stratégique n°54.
• 2005, Pierre RAJOTTE, L’Orient dans les récits des voyageurs québécois de la seconde moitié du vingtième siècle, Figures et contre-figures de l’orientalisme.
• 2006, Michel KORINMAN, De Pékin à Beijing, Outre-Terre n°25.
• 2007, YU Shuo, Aperçu transculturel des trois rencontres Europe-Chine, Revue du MAUSS n°30.
• 2010, Pierre GROSSER, Comment écrire l’histoire des relations internationales aujourd’hui ? Quelques réflexions à partir de l’Empire britannique, Histoire@Politique n°10.
• 2010, Yann BÉLIARD, Le syndicat des gens de mer contre le Péril Jaune: les ressorts d’une campagne oubliée (Royaume-Uni, printemps 1914), Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique n°11.

Revue des podcasts n°2


Grâce à tous ces petits ouvriers, Là-bas si j’y suis

Aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre de patrons français qui se sont installés en Chine : bonheur et prospérité à la clé.
« Françaises, Français, encore un effort pour être chinois ! ». Voilà peut-être ce que veulent nous dire ces patrons français…

La Chine vue du bord, Sur les docks – Hong-Kong : 1/4, 2/4, 3/4 – Belleville : 4/4

Le dernier épisode, titré « Belleville : chronique d’une colère jaune ! », a des relents de « péril jaune ».
Lire : LEFORT Serge, Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Monde en Question.

Lire aussi :
• L’actualité des podcasts
DKPOD
Tous les podcasts
RSS One
• Chine, France Culture.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier Guide des ressources documentaires, Monde en Question.

La Chine imaginaire


Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000 [BooksGoogle].

Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident. C’est l’histoire de la Chine comme l’ont comprise et imaginée les Occidentaux que retrace ici le grand sinologue américain Jonathan D. Spence. Pour rendre compte de cette fascination, il fait appel aux récits des voyageurs, aux systèmes des philosophes, aux rapports des diplomates, aux témoignages des missionnaires et, surtout, aux œuvres des grands écrivains qui, de Mendes Pinto à Italo Calvino, en passant par Voltaire, Segalen et Brecht, ont voulu communiquer leur vision de la Chine. Grossiers ou subtils, généreux ou empreints de préjugés, sobres ou avides d’exotisme, ces documents nous en apprennent finalement autant sur l’Occident que sur la Chine.

Lire aussi :
• Jonathan D. SPENCE, WikipédiaAmerican Historical Association.
• La Chine imaginaire chez l’écrivain français d’origine chinoise et chez le lecteur français : analyse des raisons pour lesquelles les Français sont passionnés pour les œuvres de Shan Sa, Mémoire de Master, IETT.
• Image des Chinois pour les Français de 1871 à 1914, Mémoire de Master, IETT.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine-Occident, Monde en Question.

中國 zhōng guó


Que savons nous de la Chine ? Rien, pratiquement rien. Le volume d’informations quotidiennes est inversement proportionnel à l’importance de ce pays. Yahoo! Actualité est un bon indicateur. En temps ordinaire, ce site publie moins de 5 dépêches par jour, qui sont reprises en boucle par tous les médias dominants. Mais dès que le dalaï-lama s’exprime, les médias dominants se prosternent aux pieds de sa Sainteté, la 14e réincarnation d’une divinité tibétaine, pour recueillir sa parole en copiant-collant les dépêches d’agences [1].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la Chine ne fut pas et n’est pas un objet de connaissance, mais de convoitise des puissances occidentales. Christophe Colomb mourut sans savoir qu’il avait découvert l’Amérique car il croyait avoir trouvé le chemin le plus court pour conquérir Cathay, nom donné à la Chine par Marco Polo [2].
La colonisation de la Chine fut donc retardée et finalement réalisée par d’autres puissances occidentales, principalement l’Angleterre et la France entre 1839 et 1949, avec une brutalité non moins raffinée que celles des Conquistadores espagnols. Les chercheurs anglo-saxons, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle [3]. Il ne faut jamais oublier cette barbarie quand les mêmes puissances occidentales prétendent donner des leçons de démocratie à la Chine.

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que, pour commencer, nous lui attribuons un nom qui n’est pas le sien. 中國 en chinois, transcrit zhōng guó en pinyin, se traduit par « pays du milieu » et non par « empire du milieu » comme on le fait couramment, y compris dans Wikipédia qui comporte beaucoup d’autres erreurs dont l’usage du terme « sinogramme » au lieu de « caractère chinois » [4].
L’usage de l’expression volontairement fautive « empire du milieu », qui induit l’idée de domination voire d’assujettissement, était le lieu commun des colonisateurs et est resté le lieu commun de la propagande des médias dominants.
Pays s’écrit 國 en graphie classique et 国 en graphie simplifiée. 國 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos), 口 kǒu (bouche), 一 yī (le chiffre un) et 戈 gē (lance / hallebarde). 国 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos) et 玉 yù (jade). Ainsi, le mot pays évoque, en graphie classique, un espace délimité par une frontière, protégé par une force militaire et administré efficacement et, en graphie simplifiée, un espace délimité par une frontière et précieux comme le jade [5].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la majorité des sinologues français, plus encore les prétendus tels, ont conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la philosophie occidentale. C’est le cas des contributions de La pensée en Chine aujourd’hui [6] et notamment celle de Joël Thoraval qui annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que les médias dominants simplifient à l’extrême comme toujours et surtout parce qu’ils sont unanimes à relayer les idéologies les plus réactionnaires. Conformément à un processus classique d’évolution, les petits maîtres à penser, hier pro-chinois parce que disciples béats du grand timonier, sont aujourd’hui anti-chinois parce que prosélytes zélés du consensus néo-libéral droite-gauche [7]. La réalité chinoise est beaucoup plus complexe, mais qui s’en soucie ?

20/02/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Dictionnaire chinois français – français chinois en caractères simplifiés, Chine nouvelle.
• L’étude des caractères classiques permet de comprendre les subtilités de la langue et donc de la pensée chinoise. Ces deux livres, de lecture facile, constituent une excellente introduction :

– FAZZIOLI Edoardo, Caractères chinois – Du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, Flammarion, 1987 et 1993.
– JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 [DjohiZénith FM].
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Cyrille JAVARY, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question.


[1] Les médias droite-gauche de la France catho-laïque se complaisent à encenser le dalaï lama, qui est leur héros contre la Chine. Il est vrai que, à l’heure où la démocratie s’exporte à coups de missiles contre le peuple afghan, il est logique que le chef religieux d’un secte puisse incarner à la fois une divinité tibétaine et la démocratie occidentale.


Dalaï Lama, sculpture d’Eugenio Merino

Et l’im-Monde récite son catéchisme : «le traitement réservé à cet homme en Europe et aux Etats-Unis est un marqueur de l’attachement que les Occidentaux éprouvent encore à l’égard des droits de l’homme». Le respect des droits de l’homme, invoqué contre les anciennes colonies, n’est qu’un discours néo-colonial… sans effets.
[2] Le terme grandes découvertes masque la réalité du projet colonial de la Monarchie catholique. La Conquista des Amériques commença en 1492 c’est-à-dire l’année où s’achevait la Reconquista chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique. La colonisation se traduisit par le vol des terres, le pillage des richesses, le massacre des résistants, l’esclavage et la conversion des survivants, l’imposition des mœurs et coutumes occidentales notamment vestimentaires.
[3] Un bon résumé par Michel TIBON-CORNILLOT : Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa et La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
[4] Le terme sinogramme ne fut pas inventé par Delphine Weulersse et Nicolas Lyssenko beaucoup le répète par copier-coller. C’est une appellation typiquement coloniale :

En France, il était déjà en usage au XIXe siècle : on le trouve employé, par exemple, dans un article d’Alexandre Ular, Notes sur la littérature en Chine. Il était également utilisé par les auteurs anglo-saxons : ainsi George Ripley et Charles A. Dana dans The New American Cyclopaedia: A Popular Dictionary of General Knowledge, dont l’édition fut entreprise dès 1858. Le premier usage attesté le serait en 1830, en langue latine : « sinogrammatum. » Cette année-là, l’abbé Janelli Cataldo publia un ouvrage dont le titre est : Tabulae Rosettanae Hieroglyphicae et Centuriae Sinogrammatum polygraphicorum interpretatio per Lexeographiam Temuricosemiticam (Neapoli Typis Regiis).
Wikipédia

Pour la petite histoire, Delphine Weulersse est une religieuse chrétienne orthodoxe que les éditions du Cerf présentent ainsi :

Après une licence de russe et un doctorat de chinois en Sorbonne, une année d’étude à l’université de Pékin et quatre au Japon, Delphine Weulersse, mariée et mère de trois enfants, a enseigné la langue et la littérature chinoises classiques pendant près de trente ans à l’université de Paris-VII. […] En 1993, à la suite d’une conversion fulgurante, elle devient orthodoxe au monastère russe de Bussy-en-Othe où elle fera sa profession monastique en 2002 sous le nom d’Anastasia.

Quant à Nicolas Lyssenko, il a auto-édité avec Delphine Weulersse en 1986 une Méthode programmée du chinois moderne.
[5] 國, Wiktionary – 国, Wiktionary. Étymologie de 國, Chine nouvelle et JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 p.277 à 279.
Usages du caractère 國 à partir d’une recherche dans Google.
[6] CHENG Anne (sous la direction de), La pensée en Chine aujourd’hui, Folio Gallimard, 2007.
[7] HOCQUENGHEM Guy, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary, Agone, 1986 et 2003.

Yoghourts ou Ouïghours


Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, invité de France Info mercredi, confond les Ouïghours du Xinjiang et les yoghourts…

Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois »


Les fêtes de Noël furent l’occasion pour certains médias de réactualiser le « péril jaune », mythe raciste né à la fin du XIXe siècle [1], en manipulant un communiqué de presse d’Eurostat [2]. Les quatre sous-titres du communiqué : « Plus de 80% des jouets importés dans l’UE25 proviennent de Chine », « Trois quarts des exportations de vins mousseux proviennent de France », « 97% des guirlandes de Noël importées proviennent de Chine » et « 80% des arbres de Noël naturels importés proviennent du Danemark » furent résumés en une phrase-choc « Les produits chinois envahissent le marché de Noël ».

L’utilisation récurrente des termes « invasion », « menace », « péril » n’est pas neutre, elle vise à provoquer la peur et nous convaincre que les difficultés de certains secteurs de l’économie nationale seraient imputables à ces « hordes barbares » – Attila et Gengis-Khan sont réactivés dans l’imaginaire collectif. Ce réflexe nationaliste en politique et protectionniste en économie ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Dans le cas de la France, la division internationale du travail a depuis longtemps réduit la production nationale des industries du jouet et du textile. La mondialisation des échanges a accéléré le processus de transfert de la production des vieux pays industriels vers de plus jeunes : Japon, Asie du Sud-Est, Brésil et Mexique hier, Inde et Chine aujourd’hui. Ce transfert fut réalisé par l’intermédiaire d’accords bilatéraux et multilatéraux, dont le dernier en date fut l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001.

Parler de « l’invasion des produits chinois » relève donc d’un grossier mensonge. Ce procédé incantatoire masque la volonté des industriels des pays riches de délocaliser leurs usines vers les pays pauvres pour profiter de coûts de production plus bas, essentiellement celui de la main-d’œuvre. Il masque aussi le développement des importations vers la Chine de produits très rentables (produits financiers, armement [3], aviation civile [4], télécommunications) et des investissements étrangers (153 milliards de dollars en 2004)

Au lieu de parler de « l’invasion des produits chinois », il faudrait insister sur le fait que les échanges internationaux, organisés par les grandes puissances, profitent surtout aux multinationales au détriment des petits entrepreneurs nationaux et des pays dits émergents. Ainsi, entre 2001 et 2003, 474 maquiladoras [5] ont été transférées du Mexique en Chine. Partout ce sont les salariés qui en font les frais.

Au lieu de parler de « l’invasion des produits chinois », il faudrait tenir compte du fait que tous les pays qui commercent avec la Chine acceptent, concurrence oblige, l’inégalité des échanges [6] pour « être présent » sur un marché considéré comme l’Eldorado du XXIe siècle. Cette perte relative est présentée par les responsables économiques et politiques comme un investissement dont ils attendent en retour des privilèges.

Faute de pouvoir remettre en cause l’OMC, les élites économiques et politiques entonnent le refrain de « l’invasion des produits chinois », afin de masquer leur responsabilité des déséquilibres économiques et du chômage qui en résulte. En définitive, ce discours, complaisamment mis en scène par les médias, vise à convaincre les travailleurs – de plus en plus précaires –, les chômeurs et les exclus que les « barbares chinois » seraient responsables de leur misère.

26/12/2005
Serge LEFORT


[1] La recherche pour « péril jaune » sur Google aboutit à 30 600 pages en français ! Voici une sélection d’articles :
• 07/11/2005, Régis Poulet, Le Péril jaune, La revue des ressources
En ce début de XXIe siècle, nos oreilles sont rebattues de mises en garde, de propos alarmistes relatifs au danger que l’Asie ferait courir à l’Occident dans les domaines économiques, sociaux voire culturels. Cela fait plus d’un siècle que le Péril jaune est brandi régulièrement. Examinons-en l’origine, les caractéristiques et tentons de comprendre ce qu’il révèle des représentations occidentales.
• 26/10/2005, Gaétan POULIOT, La Chine représente-t-elle un nouveau péril jaune ?, Alternatives
Une certaine fièvre protectionniste s’empare des gouvernements qui, pourtant, affirment que le libre-échange est la planche de salut du développement des États du tiers-monde. Lorsque des multinationales européennes, américaines ou canadiennes parviennent à percer le marché chinois, ce sont de bonnes nouvelles pour les économies occidentales. Toutefois, le contraire apparaît comme un danger, une menace pour nos économies locales.
• 1996, Nayan SHAH, White Label et « péril jaune » : race, genre et travail en Californie, fin XIXe-début XXe siècle, Clio
Au tournant du siècle, les syndicats américains tendent à présenter les immigrants chinois comme la principale menace contre les travailleurs syndiqués blancs. Par une analyse des discours sur le danger racial, la santé publique et les rôles sexués qui permettent la sécurité familiale, cet article examine la façon dont l’image de la menace sanitaire représentée par les Chinois a fini par être partie intégrante des campagnes en direction des consommateurs orchestrées par les syndicats américains.
[2] 22/12/2005, Commerce extérieur en produits de Noël, Eurostat (PDF).
[3] Voici une sélection d’articles :
• 21/12/2005, Les ventes d’armes en forte hausse, Le Nouvel Observateur
• 10/07/2005, Les chiffres impressionnants du commerce des armes d’Israël vers la Chine, De defensa
• 23/02/2005, Chine : l’Europe souhaite lever son embargo, RFI
[4] Après la visite de Wen Jiabao en France, le gouvernement s’est félicité d’avoir vendu des 150 Airbus sans préciser l’humour du Premier ministre chinois : « Il faut 800 millions de chemises pour acheter un Airbus » (Les Échos).
[5] Entreprises sous-traitantes américaines concentrées le long de la frontière.
« Le véritable essor de la zone frontalière date du milieu des années 1960, quand les deux pays se sont mis d’accord pour permettre l’installation sur le territoire mexicain d’une série d’usines destinées à l’exportation vers les États-Unis [maquiladoras].
La répartition des tâches entre les deux pays s’est concrétisée par la création d’usines jumelles (twin-plants), situées de part et d’autre de la frontière. Au nord, un établissement rassemble les fonctions d’encadrement et de gestion. Au sud, les centres de production fonctionnent sous le contrôle des administrateurs nord-américains. Les marchandises sont assemblées sur place à partir d’éléments importés du pays voisin. »
in MUSSET Alain, Le Mexique entre deux Amériques, Ellipses, 1994, p.21.
[6] Le déséquilibre de la balance commerciale au profit de la Chine (43,2 milliards de dollars en 2000) s’observe aussi en Europe au profit de l’Allemagne par exemple (51,8 milliards de dollars en 2000).