Chine en Question

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Le dernier empereur de Chine


 

Contrairement aux affirmations, répétées en boucle, des médias dominants – journalistes ou universitaires – la Chine est une République depuis le 1er janvier 1912 (Sun Yat-sen proclame la République de Chine) et le dernier empereur de l’Empire mandchou fut Puyi (l’édit impérial du 12 février annonce son abdication).

Puyi est connu du grand public surtout grâce au film The Last Emperor – Le dernier empereur de Bernardo Bertolucci , mais beaucoup moins grâce au documentaire Pu Yi, the Last Emperor – Pu Yi, dernier empereur de Chine de Peter du Cane.

11/07/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Plus de cent ans après sa première abdication, Puyi (1906-1967) occupe une place toujours plus grande dans la mémoire chinoise, symbole d’un passé perdu devenu mythique. La réalité est sans conteste moins romanesque : l’éducation du dernier empereur et son statut hors norme en ont fait un être autocentré, préoccupé d’abord par son destin et bien mal préparé aux révolutions majeures qu’il va lui falloir affronter.

De péripéties en choix calamiteux, Puyi, qui abdiqua trois fois, aura surtout combattu pour sauver sa vie, avant de comparaître à la fin de la Seconde Guerre mondiale comme criminel de guerre, au tribunal de Tokyo. Malgré une cour assidue à Staline, il n’échappera pas à Mao, qui l’enfermera dans les prisons de la jeune République populaire de Chine… A sa sortie, il se fait jardinier, puis historien, et trouve dans cette nouvelle vie un certain équilibre lorsque éclate la Révolution culturelle, à laquelle il ne survivra pas.

En s’appuyant sur la publication de documents récemment déclassifiés, cette belle biographie révèle un personnage inattendu.

Danielle ELISSEEFF, Puyi – Le dernier empereur de Chine, Perrin, 2014 [Texte en ligne].
Avis de : Canal U

Lire aussi :
Puyi – Le dernier empereur de Chine, École nationale des chartes – YouTube.
Jean-Pierre DUTEIL, Les Mandchous : des nomades devenus maîtres de la Chine, Clio.
Dossier documentaire Histoire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

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L’histoire de la Chine fabriquée par un journaliste


 

Bernard BRIZAY, Les trente « empereurs » qui ont fait la Chine, Perrin, 2018 [Texte en ligne].

Bernard Brizay a quitté l’enseignement en 1969, à l’âge de 28 ans, pour devenir journaliste !
Il a pris sa retraite en 2005 et en 2018, à l’âge de 77 ans, il publie un livre qui prétend retracer 5 000 ans d’histoire chinoise, mais qui est le vulgaire produit d’un journaliste qui croit que l’Empire est dans l’ADN chinois !

Il réduit l’histoire de la Chine à celle des empereurs dont il a sélectionné 25 sur les 208 ayant régné et il a ajouté 5 « empereurs républicains » (l’expression n’a pas de sens) : Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek, Mao Zedong, Deng Xiaoping et Xi Jinping.


op. cit. p.417

L’auteur justifie son choix en s’abritant derrière des historiens étrangers dont il ne donne aucune référence. Sa bibliographie sur Xi Jinping (p.490), par exemple, ne contient que deux ouvrages, celui d’un journaliste français et celui de Xi Jinping !

Les titres de ces cinq chapitres révèlent la pauvreté sémantique de ce journaliste :
– Sun Yat-sen, père de la Chine moderne, empereur de la Révolution chinoise
– Chiang Kai-shek, l’empereur républicain réhabilité ?
– Mao Zedong, empereur rouge sang
– Deng Xiaoping, l’empereur rouge
– Xi Jinping, le nouvel empereur rouge

Les neuf pages consacrés à Xi Jinping sont d’une affligeante banalité résultant d’un copier-coller de « nombreux articles de presse » (p.454).
Ne sont référencés en notes (p.511) que deux journalistes du Monde et un du Figaro.
L’usage prolifique de pronom « on » et de l’expression « on dit souvent » (p.458) renvoie à des journalistes non cités. L’expression « prince rouge » (p.456), par exemple, est de Martine Bulard, autre journaliste du Monde.

En bref, il s’agit d’un ouvrage de propagande qui, comme l’image de couverture, pratique un montage grossier pour démontrer que l’Empire du milieu reste l’Empire du milieu puisque c’est inscrit dans ses gènes (p.20) :

[ce livre entend démontrer que] l’histoire de la Chine n’est ni folle ni absurde. Elle est somme toute cohérente et représentative de la personnalité de l’Empire du milieu. On peut comprendre – on doit essayer de comprendre – la Chine d’aujourd’hui à travers son histoire. Plus que pour toute autre nation ou civilisation, ce pays s’explique par son passé et par son ADN, l’empreinte génétique de son peuple, forgée au fil des siècles.

27/06/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Articles critiquant l’expression Empire du Milieu, Chine en Question.
Dossier documentaire Histoire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Les aventures de Robert Fortune – Ou comment le thé fut volé aux Chinois


 

Réalisateur : Jérôme Scemla
Durée : 1h32
Année : 2016
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé : Au milieu du XIXe siècle, Robert Fortune s’engage dans l’une des plus grandes opérations d’espionnage industriel de l’histoire : le botaniste est envoyé en Chine par l’Empire britannique pour percer les secrets de la fabrication du thé.
Fiche : Arte
Partage proposé par : AvaxHome HD 720 FR
Avis de Chine en Question : Le vol du thé chinois par Robert Fortune, au XIXe siècle, ne fut pas, comme le dit le commentaire en voix off [00’51], le premier vol industriel de l’histoire. Les Jésuites français avaient déjà, au XVIIe siècle, volé les secrets de fabrication de la porcelaine chinoise et Johannes Gutenberg, au XVe siècle, avait eu connaissance des techniques de l’imprimerie chinoise vraisemblablement par le biais des marchands arabes [1].

Dans l’édition originale, Robert Fortune utilise l’expression the Chinese empire ou tout simplement empire pour désigner la Chine.
Cette expression fut traduite, dans l’édition française de 1855, par Céleste Empire ou Empire Céleste.
Depuis 1860, date de l’intervention militaire française contre la Chine, les médias français utilisent l’expression Empire du Milieu pour désigner la Chine [2]. Ce docu-fiction retraduit de cette façon le texte de 1852 [01’50] :

En publiant ce compte rendu de ma mission, je répéterai ce que je disais lors de la publication de mon premier ouvrage : Je n’ai pas la prétention d’écrire ou de faire un livre sur la Chine. Mon but est seulement de jeter un coup d’œil sur le Céleste Empire, de décrire ses collines bizarres, ses romantiques vallées, ses rivières, ses canaux, ses productions naturelles, soit dans les plaines, sur les coteaux ou dans les jardins, enfin de faire connaître ce peuple étrange et intéressant à la fois, tel que j’ai pu l’observer en me mêlant à sa vie de chaque jour.
Brompton, avril 1852
op. cit. p.126

Robert Fortune dit tout en quelques mots dans l’introduction à son deuxième voyage :

Il y a environ cinq ans que j’ai soumis au public mon ouvrage, intitulé Trois années d’excursions dans les provinces du nord de la Chine. Peu de temps après la publication de ce livre, je fus chargé, par l’honorable bureau des Directeurs de la Compagnie des Indes orientales, de me rendre de nouveau dans ce pays, à l’effet d’y recueillir les plus belles variétés de thé, d’enrôler des ouvriers et de rapporter des ustensiles, le tout pour les plantations de thé du gouvernement anglais dans l’Himalaya.
op. cit. p.125

L’intérêt du documentaire tient au fait qu’il contextualise Les aventures de Robert Fortune en rappelant, par exemple, l’histoire de la Compagnie des Indes, qui a construit la richesse de l’Empire britannique et lui a permis de devenir la première puissance industrielle [3].
Le documentaire présente d’abord l’opium comme une coutume chinoise [22’06] avant de rappeler que sa consommation fut imposée la Compagnie des Indes [22’52] puis par l’Empire britannique, à partir de 1839, quand l’Empire chinois interdit le commerce de l’opium sur son territoire [24’54].
Robert Fortune ne s’est pas contenté de voler les plus belles variétés de thé et les recettes de fabrication pour la Compagnie des Indes [1h03], il a aussi volé des centaines de plantes… pour son propre compte [37’22].
L’Empire britannique a aboli l’esclavage, mais l’a remplacé par l’esclavage salarié des coolies [1h18].


Notes et références

[1] Serge LEFORT, Pillage de la technologie chinoise, Chine en Question, 15/12/2014.
Serge LEFORT, La propagande de l’invention européenne de l’imprimerie, Monde en Question, 11/11/2017.

[2] Robert FORTUNE, Aventures de Robert Fortune dans ses voyages en Chine à la recherche des fleurs et du thé, Hachette, 1855 [Texte en ligne ENTexte en ligne FR].
Articles Empire du Milieu, Chine en Question.

[3] Philippe HAUDRÈRE, Les Compagnies des Indes orientales – Trois siècles de rencontre entre Orientaux et Occidentaux (1600-1858, Desjonquères, 2013 [Aperçu en ligneAnnales de Bretagne et des Pays de l’Ouest].
Le 20 mai 1498, trois vaisseaux portugais, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, atteignent les côtes des Indes orientales. Cet événement majeur dans l’histoire du monde inaugure une longue période d’échanges entre Occidentaux et Orientaux.Chaque grande nation européenne, désireuse de disposer de sa propre Compagnie des Indes, met en place de puissantes institutions qui bénéficient du monopole des relations commerciales et maritimes. Le développement de leurs flottes transforme cette aventure en épopée maritime. La demande croissante de produits d’Asie conduit les Compagnies à rivaliser pour la conquête de nouveaux marchés. Installées peu à peu dans toutes les Indes orientales, elles deviennent de formidables machines de pouvoir, élément essentiel du processus de conquête du monde par les Européens.Le présent ouvrage est la première approche comparative consacrée aux différentes Compagnies des Indes.

Lire aussi :
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier Cinéma France, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

Chine : hausse, chute et ré-émergence en tant que puissance mondiale


 

L’étude du pouvoir mondial a été entachée par les historiens eurocentristes qui ont déformé et ignoré le rôle dominant joué par la Chine dans l’économie mondiale entre 1100 et 1800. L’étude historique brillante de John Hobson sur l’économie mondiale pendant cette période fournit une abondance de données empiriques. des données plaident en faveur de la supériorité économique et technologique de la Chine sur la civilisation occidentale pendant la plus grande partie du millénaire avant sa conquête et son déclin au XIXe siècle [1].

La réapparition de la Chine en tant que puissance économique mondiale soulève d’importantes questions sur ce que nous pouvons apprendre de sa précédente montée et de sa descente et sur les menaces externes et internes auxquelles cette nouvelle puissance économique émergente est confrontée dans un avenir immédiat.

Dans un premier temps, nous exposerons les principaux contours de l’ascension de la Chine historique vers la supériorité économique mondiale sur l’Occident avant le XIXe siècle, en suivant de près le récit de John Hobson dans Les Origines orientales de la civilisation occidentale. Puisque la majorité des historiens économiques occidentaux (libéraux, conservateurs et marxistes) ont présenté la Chine historique comme une société stagnante, arriérée et bornée, un « despotisme oriental » selon leur expression, des correctifs détaillés seront nécessaires. Il est particulièrement important de souligner comment la Chine, puissance technologique mondiale entre 1100 et 1800, a rendu possible l’émergence de l’Occident. Ce n’est qu’en empruntant et en assimilant les innovations chinoises que l’Occident a pu faire la transition vers les économies capitalistes et impérialistes modernes.

Dans la deuxième partie, nous analyserons les facteurs et les circonstances qui ont conduit au déclin de la Chine au XIXe siècle, à sa domination, son exploitation et son pillage par les pays impériaux occidentaux, en premier Angleterre puis le reste de l’Europe, le Japon et les États-Unis.

Dans la troisième partie, nous décrirons brièvement les facteurs conduisant à l’émancipation de la Chine de la domination coloniale et néo-coloniale et analyserons sa récente ascension pour devenir la deuxième plus grande puissance économique mondiale.

Enfin, nous examinerons les menaces passées et présentes pesant sur l’émergence de la Chine au pouvoir économique mondial, soulignant les similitudes entre le colonialisme britannique des XVIIIe et XIXe siècles et les stratégies impériales américaines actuelles et mettant l’accent sur les faiblesses et les forces des Chinois passés et présents réponses.

Chine : La montée et la consolidation du pouvoir mondial 1100 – 1800

Dans une étude comparative systématique, John Hobson fournit une mine d’indicateurs empiriques démontrant la supériorité économique globale de la Chine sur l’Occident et en particulier l’Angleterre. Voici les faits :

Dès 1078, la Chine était le principal producteur mondial d’acier (125 000 tonnes) alors que la Grande-Bretagne n’en produisait encore que 76 000 tonnes en 1788.

La Chine était le leader mondial des innovations techniques dans la fabrication des textiles, sept siècles avant la « révolution textile » britannique du XVIIIe siècle.

La Chine était la première nation commerçante, le commerce à longue distance atteignant la plus grande partie de l’Asie du Sud, de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe. La « révolution agricole » et la productivité de la Chine ont dépassé l’Occident jusqu’au 18ème siècle.

Ses innovations dans la production de papier, l’impression de livres, les armes à feu et les outils ont conduit à une superpuissance de fabrication dont les marchandises ont été transportées à travers le monde par le système de navigation le plus avancé.

La Chine possédait les plus grands navires commerciaux du monde. En 1588, les plus gros navires anglais étaient 400 tonnes contre 3 000 tonnes pour les navires chinois. Même à la fin du XVIIIe siècle, les marchands chinois employaient 130 000 navires de transport privés, plusieurs fois celui de Grande-Bretagne. La Chine a conservé cette position prééminente dans l’économie mondiale jusqu’au début du XIXe siècle.

Les constructeurs britanniques et européens ont suivi l’exemple de la Chine en assimilant et en empruntant sa technologie plus avancée et étaient impatients de pénétrer le marché chinois avancé et lucratif.

Le secteur bancaire, la stabilité de l’économie du papier-monnaie, la fabrication et les rendements élevés de l’agriculture ont permis au revenu par habitant de la Chine d’égaler celui de la Grande-Bretagne jusqu’en 1750.

La position dominante de la Chine a été remise en question par la montée de l’impérialisme britannique, qui avait adopté les innovations technologiques, de navigation et de marché avancées de la Chine et d’autres pays asiatiques pour contourner les stades antérieurs de devenir une puissance mondiale [2].

L’impérialisme occidental et le déclin de la Chine

La conquête impériale britannique et occidentale de l’Orient reposait sur la nature militariste de l’État impérial, ses relations économiques non réciproques avec les pays commerçants d’outre-mer et l’idéologie impériale occidentale qui motivait et justifiait la conquête à l’étranger.

Contrairement à la Chine, la révolution industrielle britannique et l’expansion à l’étranger ont été dictées par une politique militaire. Selon Hobson, au cours de la période de 1688-1815, la Grande-Bretagne était engagée dans des guerres 52% du temps [3]. Alors que les Chinois dépendaient de leurs marchés ouverts et de leur production supérieure et de leurs compétences commerciales et bancaires sophistiquées, les Britanniques comptaient sur la protection tarifaire, la conquête militaire, la destruction systématique des entreprises compétitives outre-mer ainsi que l’appropriation et le pillage des ressources locales. La prédominance mondiale de la Chine reposait sur des « avantages réciproques » avec ses partenaires commerciaux, tandis que la Grande-Bretagne comptait sur des armées mercenaires d’occupation, une répression sauvage et une politique de « diviser pour régner » pour fomenter les rivalités locales. Face à la résistance indigène, les Britanniques (ainsi que d’autres puissances impériales occidentales) n’hésitèrent pas à exterminer des communautés entières [4].

Incapable de conquérir le marché chinois par une plus grande compétitivité économique, la Grande-Bretagne comptait sur une puissance militaire brutale. Elle a mobilisé, armé et formé des mercenaires recrutés dans ses colonies en Inde et ailleurs pour forcer la Chine à importer ses produits et imposer des traités inégaux à des tarifs préférentiels. En conséquence, la Chine a été inondée d’opium britannique produit dans ses plantations en Inde – malgré les lois chinoises interdisant ou réglementant l’importation et la vente du stupéfiant. Les dirigeants de la Chine, habitués depuis longtemps à sa supériorité commerciale et industrielle, n’étaient pas préparés aux « nouvelles règles impériales » pour le pouvoir mondial. La volonté de l’Occident d’utiliser le pouvoir militaire pour gagner des colonies, piller les ressources et recruter d’immenses armées de mercenaires commandées par des officiers européens, a marqué la fin de la Chine en tant que puissance mondiale.

La Chine avait fondé sa prédominance économique sur la « non-ingérence dans les affaires intérieures de ses partenaires commerciaux ». En revanche, les impérialistes britanniques sont intervenus violemment en Asie, réorganisant les économies locales pour répondre aux besoins de l’empire (éliminant les concurrents économiques y compris des producteurs de coton indiens plus efficaces) et contrôlant les appareils politiques, économiques et administratifs locaux pour établir l’État colonial.

L’empire britannique a été construit avec des ressources saisies des colonies et à travers la militarisation massive de son économie [5]. Il a ainsi pu assurer la suprématie militaire sur la Chine. La politique étrangère de la Chine a été entravée par la dépendance excessive de son élite dirigeante à l’égard des relations commerciales. Les fonctionnaires chinois et les élites marchandes ont cherché à apaiser les Britanniques et ont convaincu l’empereur d’accorder des concessions extra-territoriales dévastatrices ouvrant des marchés au détriment des fabricants chinois tout en abandonnant la souveraineté locale. Comme toujours, les Britanniques ont précipité des rivalités internes et des révoltes qui ont encore déstabilisé le pays.

La pénétration et la colonisation occidentales et britanniques du marché chinois ont créé une toute nouvelle catégorie : les riches « compradores » chinois ont importé des biens britanniques et facilité la prise de contrôle des marchés et des ressources locaux. Le pillage impérialiste a forcé une plus grande exploitation et une plus grande taxation de la grande masse des paysans et ouvriers chinois. Les dirigeants de la Chine ont été obligés de payer les dettes de guerre et de financer les déficits commerciaux imposés par les puissances impériales occidentales en serrant la paysannerie. Cela a conduit les paysans à la famine et la révolte.

Au début du XXe siècle (moins d’un siècle après les guerres de l’opium), la Chine était passée du pouvoir économique mondial à un pays semi-colonial brisé avec une énorme population démunie. Les principaux ports étaient contrôlés par des fonctionnaires impériaux occidentaux et la campagne était soumise à la domination de seigneurs de guerre corrompus et brutaux. L’opium britannique a asservi des millions de personnes.

Les universitaires britanniques : des apologistes éloquents pour la conquête impériale

L’ensemble de la profession académique occidentale – en premier lieu les historiens impériaux britanniques – attribuait la domination impériale britannique de l’Asie à la « supériorité technologique » anglaise et la misère et le statut colonial de la Chine au « retard oriental » sans mentionner la supériorité millénaire du commerce et des avancées techniques de la Chine qui a duré jusqu’au début du 19ème siècle. À la fin des années 1920, avec l’invasion impériale japonaise, la Chine a cessé d’exister en tant que pays unifié. Sous l’égide de la domination impériale, des centaines de millions de Chinois sont morts de faim ou ont été dépossédés ou massacrés, alors que les puissances occidentales et le Japon pillaient son économie. L’ensemble de l’élite compradore chinoise « collaboratrice » a été discréditée aux yeux du peuple chinois.

Ce qui restait dans la mémoire collective de la grande masse du peuple chinois – et ce qui était totalement absent dans les récits des prestigieux universitaires américains et britanniques -, c’était le sentiment que la Chine avait été une puissance mondiale prospère, dynamique et dominante. Les commentateurs occidentaux ont discrédité cette mémoire collective de la suprématie de la Chine en la qualifiant d’illusion ridicule due à la nostalgie des seigneurs et de la royauté, et à l’arrogance sans fondement des Han.

La Chine surgit des cendres du pillage impérial et de l’humiliation : la révolution communiste chinoise

La montée de la Chine moderne pour devenir la deuxième plus grande économie du monde n’a été rendue possible que grâce au succès de la révolution communiste chinoise au milieu du XXe siècle. L’Armée rouge, l’armée populaire de libération, a d’abord vaincu l’invasion de l’armée impériale japonaise et ensuite l’armée impérialiste étasunienne soutenue par le Kuomintang, l’armée « nationaliste » menée par les « compradores ». Cela a permis la réunification de la Chine en tant qu’État souverain indépendant. Le gouvernement communiste a aboli les privilèges extra-territoriaux des impérialistes occidentaux, a mis fin aux fiefs territoriaux des chefs de guerre et des gangsters régionaux et a chassé les propriétaires millionnaires des bordels, les trafiquants de femmes et de drogues ainsi que les autres « fournisseurs de services » de l’empire étasuno-européen.

Dans tous les sens du terme, la révolution communiste a forgé l’État chinois moderne. Les nouveaux dirigeants ont alors entrepris de reconstruire une économie ravagée par les guerres impériales et pillée par les capitalistes occidentaux et japonais. Après plus de 150 ans d’infamie et d’humiliation, le peuple chinois a retrouvé sa fierté et sa dignité nationale. Ces éléments socio-psychologiques ont été essentiels pour motiver les Chinois à défendre leur pays contre les attaques américaines, le sabotage, les boycotts et les blocus imposés immédiatement après la libération.

Contrairement à ce que prétendent les économistes occidentaux et les économistes néolibéraux chinois, la croissance dynamique de la Chine n’a pas commencé en 1980. Elle a débuté en 1950 lorsque la réforme agraire a fourni des terres, des infrastructures, des crédits et une assistance technique à des centaines de millions de paysans sans terre et sans terre. Grâce à ce qu’on appelle aujourd’hui le « capital humain » et la gigantesque mobilisation sociale, les communistes construisirent des routes, des aérodromes, des ponts, des canaux et des chemins de fer ainsi que des industries de base comme le charbon, le fer et l’acier. Le vaste système d’éducation et de santé gratuits de la Chine communiste ont créé une force de travail saine, instruite et motivée. Son armée hautement professionnelle a empêché les États-Unis d’étendre leur empire militaire dans toute la péninsule coréenne jusqu’aux frontières territoriales de la Chine. De même que les érudits et les propagandistes occidentaux ont inventé l’histoire d’un empire « stagnant et décadent » pour justifier leur conquête destructrice, leurs homologues modernes ont aussi réécrit les trente premières années de l’histoire communiste chinoise, niant le rôle de la révolution dans le développement de éléments essentiels pour une économie, un État et une société modernes. Il est clair que la croissance économique rapide de la Chine reposait sur le développement de son marché intérieur, son nombre croissant de scientifiques, de techniciens et de travailleurs qualifiés et le filet de sécurité sociale qui protégeait et promouvait la mobilité des travailleurs et des paysans. et les investissements.

L’ascension de la Chine au pouvoir mondial commença en 1949 par l’évincement de toute la classe financière spéculatrice parasite des « compradores » qui avaient servi d’intermédiaires aux impérialistes européens, japonais et étasuniens pour drainer les grandes richesses de la Chine.

La transition de la Chine vers le capitalisme

À partir de 1980, le gouvernement chinois a initié un changement radical dans sa stratégie économique : au cours des trois décennies suivantes, il a ouvert le pays à des investissements étrangers à grande échelle ; il a privatisé des milliers d’industries et mis en branle un processus de concentration des revenus basé sur une stratégie délibérée de recréer une classe économique dominante de milliardaires liés aux capitalistes étrangers. La classe politique dominante en Chine a adopté l’idée d ‘ »emprunter » le savoir-faire technique et d’accéder aux marchés étrangers auprès d’entreprises étrangères en échange d’une abondante main-d’œuvre bon marché.

L’État chinois a réorienté des subventions publiques massives pour promouvoir une croissance capitaliste élevée en démantelant son système national d’éducation publique gratuite et de soins de santé. Ils ont mis fin à des logements sociaux subventionnés pour des centaines de millions de paysans et de travailleurs d’usines urbaines et ont fourni des fonds à des spéculateurs immobiliers pour la construction d’appartements de luxe privés et de gratte-ciel de bureaux. La nouvelle stratégie capitaliste de la Chine ainsi que sa croissance à deux chiffres étaient basées sur les changements structurels profonds et les investissements publics massifs rendus possibles par le précédent gouvernement communiste. « L’envolée » du secteur privé chinois a eu comme fondement les immenses dépenses publiques consenties depuis 1949.

La nouvelle classe capitaliste triomphante et ses collaborateurs occidentaux ont revendiqué tout le mérite de ce « miracle économique » alors que la Chine devenait la deuxième plus grande économie du monde. Cette nouvelle élite chinoise a été moins désireuse d’annoncer le statut de classe mondiale de la Chine en termes d’inégalités de classe brutales, rivalisant seulement avec les États-Unis.

Chine : De la dépendance impériale à la concurrence mondiale

La croissance soutenue de la Chine dans son secteur industriel était le résultat d’investissements publics très concentrés, de profits élevés, d’innovations technologiques et d’un marché intérieur protégé. Si les capitaux étrangers ont profité, ils ont toujours été dans le cadre des priorités et des réglementations de l’État chinois. La « stratégie d’exportation » dynamique du régime a conduit à d’énormes excédents commerciaux, ce qui a fait de la Chine l’un des plus gros créanciers au monde et surtout des Etats-Unis. Afin de maintenir ses industries dynamiques, la Chine a exigé d’énormes afflux de matières premières, ce qui s’est traduit par des investissements à grande échelle à l’étranger et des accords commerciaux avec des pays exportateurs d’agro-minéraux en Afrique et en Amérique latine. En 2010, la Chine a dépassé les États-Unis et l’Europe en tant que principal partenaire commercial dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

La Chine moderne, comme celle de 1100 à 1800, est devenue une puissance économique mondiale grâce à sa prodigieuse capacité de production. Le commerce et l’investissement étaient régis par une politique de non-ingérence stricte dans les relations internes de ses partenaires commerciaux. Contrairement aux États-Unis, la Chine n’a pas mené des guerres pour le pétrole. Au lieu de cela, elle a signé des contrats lucratifs. Et la Chine ne fait pas la guerre dans l’intérêt des Chinois de l’étranger, comme les États-Unis l’ont fait au Moyen-Orient pour Israël.

Le déséquilibre apparent entre la puissance économique chinoise et sa puissance militaire contraste fortement avec les États-Unis, où un puissant empire militaire parasite continue d’éroder sa propre présence économique mondiale.

Les dépenses militaires américaines sont douze fois supérieures à celles de la Chine. De plus en plus, l’armée américaine joue un rôle clé dans l’élaboration de la politique à Washington alors qu’elle cherche à réduire l’ascension de la Chine vers le pouvoir mondial.

La montée de la Chine au pouvoir mondial : l’histoire se répétera-t-elle ?

La Chine a augmenté d’environ 9% par an et ses biens et services augmentent rapidement en qualité et en valeur. En revanche, les États-Unis et l’Europe ont affiché une croissance de 1% entre 2007 et 2012. Les savants et techniciens chinois ont assimilé systématiquement les dernières inventions de l’Ouest (et du Japon) et les améliorent, réduisant ainsi le coût de production. La Chine a remplacé les « institutions financières internationales » contrôlées par les États-Unis et l’Europe (le FMI, la banque mondiale et la banque interaméricaine de développement) en tant que principal prêteur en Amérique latine. La Chine continue d’être le principal investisseur dans les ressources énergétiques et minérales africaines. La Chine a remplacé les États-Unis en tant que principal marché pour le pétrole saoudien, soudanais et iranien et remplacera bientôt les États-Unis en tant que principal marché pour les produits pétroliers du Venezuela. Aujourd’hui, la Chine est le plus grand fabricant et exportateur du monde, dominant même le marché américain, tout en jouant le rôle de la ligne de vie financière, car elle détient plus de 1,3 trillion de dollars en bons du Trésor américain.

Sous la pression croissante de ses ouvriers, fermiers et paysans, les dirigeants chinois ont développé le marché intérieur en augmentant les salaires et les dépenses sociales pour rééquilibrer l’économie et éviter le spectre de l’instabilité sociale. En revanche, les salaires, les traitements et les services publics vitaux des États-Unis ont fortement diminué en termes absolus et relatifs.

Compte tenu des tendances historiques actuelles, il est clair que la Chine remplacera les États-Unis en tant que première puissance économique mondiale, au cours de la prochaine décennie, si l’empire américain ne riposte pas et si les profondes inégalités de classe en Chine ne mènent pas à un bouleversement social majeur.

L’accession de la Chine moderne au pouvoir mondial est confrontée à de sérieux défis. Contrairement à l’ascension historique de la Chine sur la scène mondiale, le pouvoir économique mondial moderne chinois n’est pas accompagné d’entreprises impérialistes. La Chine a pris beaucoup de retard par rapport aux États-Unis et à l’Europe dans une capacité agressive de faire la guerre. Cela a peut-être permis à la Chine d’orienter les ressources publiques pour maximiser la croissance économique, mais elle a rendu la Chine vulnérable à la supériorité militaire américaine en termes d’arsenal massif, de bases avancées et de positions géo-militaires stratégiques au large des côtes chinoises. territoires.

Au XIXe siècle, l’impérialisme britannique a démoli la position mondiale de la Chine avec sa supériorité militaire, en s’emparant des ports chinois, en raison de la dépendance de la Chine à l’égard de la « supériorité mercantile ».

La conquête de l’Inde, de la Birmanie et de la plus grande partie de l’Asie a permis à la Grande-Bretagne d’établir des bases coloniales et de recruter des armées mercenaires locales. Les Britanniques et leurs alliés mercenaires ont encerclé et isolé la Chine, ouvrant la voie à la désorganisation des marchés chinois et à l’imposition de termes de l’échange brutaux. La présence armée de l’Empire britannique dictait ce que la Chine importait (l’opium représentait plus de 50% des exportations britanniques dans les années 1850) tout en sapant les avantages concurrentiels de la Chine par le biais de politiques tarifaires.

Aujourd’hui, les États-Unis poursuivent des politiques similaires : les patrouilles de la flotte navale américaine contrôlent les voies maritimes commerciales et les ressources pétrolières off-shore de la Chine via ses bases à l’étranger. La Maison Blanche de Obama et Clinton est en train de développer une réponse militaire rapide impliquant des bases en Australie, aux Philippines et ailleurs en Asie. Les États-Unis intensifient leurs efforts pour saper l’accès des Chinois à l’étranger aux ressources stratégiques tout en soutenant les séparatistes et les insurgés de base en Chine occidentale, au Tibet, au Soudan, en Birmanie, en Iran, en Libye, en Syrie et ailleurs. Les accords militaires américains avec l’Inde et l’installation d’un régime fantoche au Pakistan ont fait progresser sa stratégie d’isolement de la Chine. Alors que la Chine maintient sa politique de « développement harmonieux » et de « non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays », elle est restée neutre quand l’armée impérialiste des Etats-Unis et de l’Europe a attaqué une grande partie des partenaires commerciaux chinois pour inverser l’expansion commerciale pacifique de la Chine.

L’absence d’une stratégie politique et idéologique capable de protéger ses intérêts économiques à l’étranger a incité les États-Unis et l’OTAN à mettre en place des régimes hostiles à la Chine. L’exemple le plus frappant est celui de la Libye où les États-Unis et l’OTAN sont intervenus pour renverser un gouvernement indépendant dirigé par le président Kadhafi, avec qui la Chine avait signé des accords de commerce et d’investissement de plusieurs milliards de dollars. Le bombardement par l’OTAN de villes, de ports et d’installations pétrolières libyennes a forcé les Chinois à retirer 35 000 ingénieurs pétroliers et travailleurs de la construction chinois en quelques jours. La même chose s’est produite au Soudan où la Chine avait investi des milliards pour développer son industrie pétrolière. Les États-Unis, Israël et l’Europe ont armé les rebelles sud-soudanais pour perturber le flux de pétrole et attaquer les travailleurs pétroliers chinois [6]. Dans les deux cas, la Chine a laissé les impérialistes américains et européens attaquer ses partenaires commerciaux et de saper ses investissements.

Sous Mao Zedong, la Chine avait une politique active contre l’agression impériale. Elle soutenait les mouvements révolutionnaires et les gouvernements indépendants du tiers monde. La Chine capitaliste d’aujourd’hui n’a pas de politique active de soutien aux gouvernements ou aux mouvements capables de protéger les accords commerciaux et d’investissement bilatéraux de la Chine. L’incapacité de la Chine à faire face à la montée de l’agression militaire américaine contre ses intérêts économiques est due à de graves problèmes structurels. La politique étrangère de la Chine est façonnée par de grands intérêts commerciaux, financiers et manufacturiers qui comptent sur leur « avantage concurrentiel économique » pour gagner des parts de marché et ne comprennent pas les fondements militaires et sécuritaires de la puissance économique mondiale. La classe politique chinoise est profondément influencée par une nouvelle classe de milliardaires ayant des liens étroits avec les fonds d’actions occidentaux et qui ont absorbé sans discernement les valeurs culturelles occidentales. Ceci est illustré par leur préférence pour l’envoi de leurs propres enfants dans des universités d’élite aux États-Unis et en Europe. Ils cherchent « s’entendre avec l’Occident » à tout prix.

Ce manque de compréhension stratégique de la construction d’un empire militaire les a amenés à réagir de manière inefficace et ad hoc à chaque action impérialiste qui compromet leur accès aux ressources et aux marchés. Alors que les « premières affaires » de la Chine ont fonctionné alors qu’elle était un acteur mineur de l’économie mondiale, les constructeurs d’empire américains voyaient « l’ouverture capitaliste » comme une chance de prendre facilement les entreprises publiques chinoises et de piller l’économie. Cependant, lorsque la Chine (contrairement à l’ex-URSS) a décidé de maintenir des contrôles de capitaux et de développer une « politique industrielle » dirigée par l’État, orientée vers l’État et le transfert de technologie vers les entreprises publiques. Washington a commencé à se plaindre et a parlé de représailles.

Les énormes excédents commerciaux de la Chine avec les États-Unis ont provoqué une double réponse à Washington : elle a vendu massivement des bons du Trésor américain aux Chinois et a commencé à développer une stratégie globale pour bloquer l’avancée de la Chine. Comme les États-Unis n’avaient pas de levier économique pour inverser leur déclin, ils comptaient sur leur seul « avantage comparatif » – leur supériorité militaire basée sur un système mondial de bases d’attaque, un réseau de régimes clients étrangers, des procureurs militaires, des ONG et des intellectuels. mercenaires armés. Washington s’est tourné vers son vaste appareil de sécurité visible et clandestin pour saper les partenaires commerciaux de la Chine. Washington dépend de ses liens de longue date avec des dirigeants corrompus, des dissidents, des journalistes et des magnats des médias pour fournir la couverture de propagande puissante tout en faisant avancer son offensive militaire contre les intérêts étrangers de la Chine.

La Chine ne possède rien de comparable à l’appareil de sécurité » des États-Unis à l’étranger parce qu’elle pratique une politique de « non-ingérence ». Compte tenu de l’état avancé de l’offensive impériale occidentale, la Chine n’a pris que quelques initiatives diplomatiques, comme le financement des médias anglophones pour présenter son point de vue, opposant son veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour s’opposer aux efforts américains pour renverser le régime indépendant Assad en Syrie et s’opposant à l’imposition de sanctions drastiques contre l’Iran. Elle a sévèrement désapprouvé la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton quand elle a exprimé des doutes sur la « légitimité » de l’État chinois lorsqu’il a voté contre la résolution des États-Unis et de l’ONU préparant une attaque contre la Syrie [7].

Les stratèges militaires chinois sont plus conscients et alarmés par la menace militaire croissante pour la Chine. Ils ont exigé avec succès une augmentation annuelle de 19% des dépenses militaires au cours des cinq prochaines années (2011-2015) [8]. Même avec cette augmentation, les dépenses militaires de la Chine représenteront toujours moins d’un cinquième du budget militaire américain et la Chine ne dispose pas d’une base militaire à l’étranger, contrairement aux 750 installations américaines à l’étranger. Les opérations de renseignement chinois à l’étranger sont minimes et inefficaces. Ses ambassades sont dirigées par et pour des intérêts commerciaux étroits, qui ont complètement échoué à comprendre la politique brutale de l’OTAN de changement de régime en Libye et à informer Beijing de son importance pour l’État chinois.

Deux autres faiblesses structurelles minent la montée de la Chine en tant que puissance mondiale. Cela inclut l’intelligentsia hautement « occidentalisée » qui a avalé sans discernement la doctrine économique américaine sur les marchés libres tout en ignorant son économie militarisée. Ces intellectuels chinois répètent la propagande américaine sur les « vertus démocratiques » des campagnes présidentielles à un milliard de dollars, tout en soutenant la déréglementation financière qui aurait mené à une prise de contrôle des banques et de l’épargne chinoises par Wall Street. De nombreux consultants et universitaires chinois ont été formés aux États-Unis et influencés par leurs liens avec des universitaires américains et des institutions financières internationales directement liées à Wall Street et à la ville de Londres. Ils ont prospéré en tant que consultants hautement rémunérés recevant des postes prestigieux dans les institutions chinoises. Ils identifient la « libéralisation des marchés financiers » avec des « économies avancées » capables d’approfondir les liens avec les marchés mondiaux plutôt que comme une source majeure de la crise financière mondiale actuelle. Ces « intellectuels occidentalisés » sont comme leurs homologues compradores du 19ème siècle qui ont sous-estimé et rejeté les conséquences à long terme de la pénétration impériale occidentale. Ils ne comprennent pas comment la déréglementation financière aux États-Unis a précipité la crise actuelle et comment la déréglementation conduirait à une prise de contrôle occidentale du système financier chinois – dont les conséquences redistribueraient l’épargne intérieure de la Chine à des activités non productives (spéculation immobilière), précipitent la crise financière et finissent par miner la position mondiale dominante de la Chine.

Ces yuppies chinois imitent le pire des styles de vie consuméristes occidentaux et leurs conceptions politiques sont guidées par ces styles de vie et ces identités occidentalisées qui excluent tout sentiment de solidarité avec leur propre classe ouvrière.

Il existe une base économique pour les sentiments pro-occidentaux des néo-compradores chinois. Ils ont transféré des milliards de dollars à des comptes bancaires étrangers, acheté des maisons et des appartements de luxe à Londres, à Toronto, à Los Angeles, à Manhattan, à Paris, à Hong Kong et à Singapour. Ils ont un pied en Chine (la source de leur richesse) et l’autre en Occident (où ils consomment et cachent leur richesse).

Les compradores occidentalisés sont profondément ancrés dans le système économique chinois ayant des liens familiaux avec les dirigeants politiques de l’appareil du parti et de l’État. Leurs connexions sont les plus faibles dans l’armée et dans les mouvements sociaux en expansion, bien que certains étudiants « dissidents » et militants académiques dans les « mouvements démocratiques » soient soutenus par des ONG impériales occidentales. Dans la mesure où les compradores gagnent en influence, ils affaiblissent les institutions étatiques économiques fortes qui ont dirigé l’ascension de la Chine vers le pouvoir mondial, tout comme au 19ème siècle en servant d’intermédiaires pour l’Empire britannique. Au XIXe siècle, sous couvert de « libéralisme », les Anglais ont rendus plus de 50 millions de Chinois dépendants de l’opium en moins d’une décennie. Proclamant la « démocratie et les droits de l’homme », les canonnières américaines patrouillent maintenant au large des côtes chinoises. L’ascension de la Chine vers la puissance économique mondiale a engendré des inégalités monumentales entre les milliers de nouveaux milliardaires et multi-millionnaires au sommet et les centaines de millions de travailleurs pauvres, de paysans et de travailleurs migrants au bas de l’échelle.

L’accumulation rapide de la richesse et du capital de la Chine a été rendue possible grâce à l’exploitation intense de ses travailleurs qui ont été dépouillés de leur filet de sécurité sociale et des conditions de travail réglementées garanties sous le régime communiste. Des millions de ménages chinois sont dépossédés afin de promouvoir les promoteurs/spéculateurs immobiliers qui construisent des tours de bureaux et des appartements de luxe pour l’élite nationale et étrangère. Ces caractéristiques brutales du capitalisme chinois ont fait naître une revendication massive et grandissante qui concerne à la fois le travail et le logement qui se développe chaque année. Le slogan des promoteurs/spéculateurs « devenir riche est merveilleux » a perdu son pouvoir de tromper les gens. En 2011, il y avait plus de 200 000 usines côtières urbaines et villages ruraux populaires. La prochaine étape, qui ne manquera pas de se produire, sera l’unification de ces luttes dans de nouveaux mouvements sociaux nationaux avec un ordre du jour de classe exigeant la restauration des services de santé et d’éducation dont bénéficient les communistes ainsi qu’une plus grande part des richesses chinoises. Les demandes actuelles pour de meilleurs salaires peuvent se tourner vers des demandes pour une plus grande démocratie sur le lieu de travail. Pour répondre à ces demandes populaires, les nouveaux libéraux compradores occidentalisés ne peuvent pas proposer leur « modèle » américain en exemple car les travailleurs étasuniens sont en train d’être dépouillés de tout ce que les Chinois demandent maintenant qu’on leur rende.

La Chine, déchirée par l’intensification des conflits de classe et politiques, ne peut pas maintenir son élan vers le leadership économique mondial. L’élite chinoise ne peut pas faire face à la menace militaire impériale croissante des États-Unis alors que ses alliés, les compradores, font partie de l’élite libérale intérieure et que la société est profondément divisée avec une classe ouvrière de plus en plus hostile. Le temps de l’exploitation effrénée de la main-d’œuvre chinoise doit cesser pour faire face à l’encerclement militaire de la Chine par les États-Unis et à la désorganisation économique de ses marchés étrangers. La Chine possède d’énormes ressources. Avec plus de 1,5 billion de dollars de réserves, la Chine peut financer un programme national complet de santé et d’éducation dans tout le pays.

La Chine peut se permettre de mener un « programme de logement public » intensif pour les 250 millions de travailleurs migrants qui vivent actuellement dans des conditions urbaines sordides. La Chine peut imposer un système d’impôt sur le revenu progressif à ses nouveaux milliardaires et millionnaires et financer les petites coopératives agricoles familiales et les industries rurales pour rééquilibrer l’économie. Leur programme de développement de sources d’énergie alternatives, telles que les panneaux solaires et les parcs éoliens, est un début prometteur pour s’attaquer à leur grave pollution de l’environnement. La dégradation de l’environnement et les problèmes de santé connexes suscitent déjà l’inquiétude de dizaines de millions de personnes. En fin de compte, la meilleure défense de la Chine contre les empiètements impériaux est un régime stable basé sur la justice sociale pour des centaines de millions et une politique étrangère de soutien aux mouvements et régimes anti-impérialistes étrangers – dont l’indépendance est dans l’intérêt vital de la Chine. Ce qu’il faut, c’est une politique active basée sur des entreprises militaires conjointes et mutuellement profitables et de la solidarité diplomatique. Un petit groupe d’intellectuels chinois, déjà influent, a déjà soulevé la question de la menace militaire grandissante des États-Unis et « refuse la diplomatie des canonnières ». [9]

La Chine moderne a beaucoup de ressources et d’opportunités dont ne disposait pas la Chine au 19ème siècle quand elle a été soumise par l’Empire britannique. Si les États-Unis continuent d’intensifier leur politique militariste agressive contre la Chine, Pékin peut déclencher une grave crise budgétaire en déversant quelques centaines de milliards de dollars dans des billets du Trésor américain. La Chine, une puissance nucléaire devrait tendre la main à son voisin, également armé et menacé, la Russie, pour confronter et confondre les élucubrations belliqueuses de la secrétaire d’État américaine Hilary Clinton. Le futur président russe Poutine promet d’augmenter les dépenses militaires de 3% à 6% du PIB au cours de la prochaine décennie pour contrer les bases offensives de missiles de Washington aux frontières de la Russie et contrecarrer les programmes de changement de régime d’Obama contre ses alliés. [10]

La Chine possède de puissants réseaux commerciaux, financiers et d’investissement couvrant le monde entier ainsi que de puissants partenaires économiques. Ces liens sont devenus essentiels pour la croissance continue de nombreux pays du monde en développement. En s’attaquant à la Chine, les États-Unis devront faire face à l’opposition de nombreuses puissantes élites du marché à travers le monde. Rares sont les pays ou les élites qui voient leur avenir lié à un empire économiquement instable basé sur le militarisme et les occupations coloniales destructrices.

En d’autres termes, la Chine moderne, en tant que puissance mondiale, est incomparablement plus forte qu’elle ne l’était au début du XVIIIe siècle. Les États-Unis n’ont pas l’influence coloniale que possédait l’Empire britannique au cours de la période précédant la Guerre d’Opium. En outre, de nombreux intellectuels chinois et la grande majorité de ses citoyens n’ont pas l’intention de laisser les « compradores occidentalisés » vendre le pays. Rien n’accélérerait la polarisation politique dans la société chinoise et accélérerait l’avènement d’une seconde révolution sociale chinoise plus qu’une direction timide se soumettant à une nouvelle ère du pillage impérial occidental.

James PETRAS, China: Rise, Fall and Re-Emergence as a Global Power, Dissident Voice, 07/03/2012.


Notes et références

[1] John HOBSON, The Eastern Origins of Western Civilization, Cambridge University Press, 2004.
[2] Hobson, Op. Cit., Ch. 9 pp. 190-218.
[3] Hobson, Op. Cit., Ch. Ch. 11, pp. 244-248.
[4] Richard GOTT, Britain’s Empire: Resistance, Repression and Revolt, Verso, 2011. Chronique historique détaillée de la sauvagerie qui accompagne l’empire colonial britannique.
[5] Hobson, Op. Cit., pp. 253-256.
[6] Katrina Manson, South Sudan puts Beijing ‘s policies to the test, Financial Times, 21/02/12, p. 5.
[7] Interview de Clinton NPR, 26/02/12.
[8] La Jornada, 15/02/2012.
[9] China Daily, 20/02/2012.
[10] Charles Clover, Putin vows huge boost in defense spending, Financial Times, 12/02/2012.

Lire aussi :
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [Texte en ligne].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Dossier documentaire Economie Chine, Monde en Question.
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Le pillage de la Chine par la France


 

Bénédicte Savoy a commencé cette année un cycle de conférences dédiées aux œuvres d’arts pillées par les puissances occidentales dans le monde entier. Celle-ci est entièrement consacrée aux douze têtes en bronze volées par les troupes anglaises et françaises lors de la destruction du Palais d’Été en 1860.

Mercredi prochain, je publierai Chinese Zodiac, le film hongkongais qui revendique la restitution à la Chine des biens culturels volés !

02/12/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Bénédicte SAVOY, A qui appartient la beauté ?, Collège de Francemp3mp4, 31/05/2017.

Lire aussi :
Bénédicte SAVOY, Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, XVIIIᵉ-XXᵉ siècle, Collège de France.
Serge LEFORT, L’Europe coloniale perdure dans les musées, Monde en Question :

Le sac du Palais d’Été de Palikao en 1860, Tao-Yin.
Le Palais d’été mis à sac, Europe 1mp3, 02/05/2012.
La destruction du palais d’été en 1860, Gbtimesmp3, 05/01/2016.
1860 : Victor Hugo s’indigne devant le pillage du palais d’été, Gbtimesmp3, 06/01/2016.
Charles COUSIN de MONTAUBAN, L’expédition de Chine de 1860 – Souvenirs du général Charles Cousin de Montauban, Comte de Palikao, publiés par son petit-fils, Librairie Plon, 1932 [Chine anciennepdf – Extrait : Le pillage du Palais d’Été].
Comte D’HÉRISSON, Journal d’un interprète en Chine, Ollendorf, 1886 (troisième édition) [Chine anciennepdf – Extrait Le pillage du Palais d’Été].
Armand LUCY, Lettres intimes sur la campagne de Chine en 1860, Jules Barile, 1861 [Chine anciennepdf – Extrait : Le pillage du Palais d’Été].
Raymond BOURGERIE, Pierre LESOUEF, Palikao (1860) – Le sac du Palais d’Été et la prise de Pékin, Economica, 1995.
Bernard BRIZAY, Le sac du palais d’été – Seconde guerre de l’opium, Éditions du Rocher, 2003 [Canal Académiemp3].

Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
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L’Empire des larmes


 

T1 La guerre de l’opium
Pékin, 1847. La Chine, cet empire sublime et mystérieux, est en train de mourir.

Pour l’asservir, Français et Anglais déversent sur elle un poison funeste, l’opium, par cargaisons entières. Et tout en affamant son peuple, ils pillent ses merveilles ancestrales.

Un enfant, un fils caché de l’empereur Daoguang, peut changer le destin de l’empire. Il s’appelle La Pierre de Lune, et il est menacé de mort, poursuivi par le clan des très puissants eunuques. A travers toute la Chine, une traque impitoyable commence, où l’on rencontrera une danseuse contorsionniste, un chambellan corrompu, une jeune Londonienne, un prince Tang rebelle…

T2 Le sac du Palais d’Été
Dans les jardins, les cours et les pavillons de la Cité Interdite une rumeur court : la « Sibérienne » est revenue ! Et l’empereur Daoguang est retombé dans les filets de cette sublime étrangère, exactement comme il y a dix-huit ans…

Car la Sibérienne est venue récupérer son fils, né de sa liaison avec l’empereur, qu’on lui a arraché à sa naissance.

Cet enfant, c’est La Pierre de Lune et, parfaitement ignorant de son illustre origine et de la traque organisée pour le retrouver, il cherche désespérément Laura Clearstone, la jeune Anglaise dont il est fou amoureux.

S’il savait qu’elle a dû s’embaucher dans une fumerie, où elle sert des boulettes d’opium à tous les notables de Canton…

La Pierre de Lune, Laura, Jasmin Ethéré, le prince Tang, Irina la Sibérienne, John Bowles, Hong le Rebelle… ici va nous être révélée leur merveilleuse histoire.

Trouveront-ils tous leur place et leur âme sœur, dans ce pays assiégé par les Anglais et les Français, malgré la fureur qui s’annonce et conduira inexorablement au saccage du magnifique palais d’Eté, joyau de la Chine impériale ?

José FRÈCHES, L’Empire des larmes (2 volumes), XO Editions, 2006 [Texte en ligne].

Lire aussi :
JC MARTIN, L’Angleterre : commerce et guerre de l’opium en Chine – 1830-1842, Reflets de Chine (1/2)Reflets de Chine (2/2).
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa.
Michel TIBON-CORNILLOT, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
Dossier documentaire Chine – Histoire, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Filmographie Révolution culturelle (1966-1969)


 

Cycle Révolution culturelle 1966-1969, Ciné Monde.

Lire aussi :
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Cinéma chinois, Ciné Monde.
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Les origines de la Chine


 

À l’époque de Confucius, la civilisation chinoise a déjà un long passé. On trouve, certes, de nombreuses informations sur ces époques lointaines dans les textes antiques et les contes populaires. Serrer au plus près les récits mythologiques et les textes des historiographes, démêler le vrai du faux, distinguer la réalité de la légende, tels sont les fils conducteurs de ce livre. Car, contrairement à l’opinion la plus répandue, beaucoup de faits historiques se cachent dans les replis de la foisonnante mythologie chinoise. Les ouvrages consacrés aux origines de la Chine font généralement débuter l’histoire de ce pays à la dynastie des Xia, apparue à la fin du IIIe millénaire avant notre ère. Mais en réalité, les Xia sont les héritiers de la préhistoire, le néolithique, en particulier, qui a vu naître des sciences et des techniques déterminantes. L’astronomie, la préécriture, la divination, le travail du jade, la métallurgie, etc. se développeront sous les Xia, et s’épanouiront sous la dynastie suivante, celle des Shang. C’est alors qu’apparaîtront au grand jour ces piliers de la civilisation chinoise antique que sont le bronze et l’écriture, inventions ô combien importantes, qui sont analysées dans un chapitre spécifique consacré aux premiers pas de la science chinoise.

Origines de la Chine est un exercice de synthèse. En effet, en dehors du thème principal, à savoir les premiers temps de la civilisation chinoise examinés du double point de vue de l’archéologie et des légendes, on y abordera un certain nombre de sujets en rapport avec les premiers pas de cette civilisation. En vérité, je n’aurais pu m’en dispenser même si je l’avais voulu. Car comment parler des débuts de la Chine sans revenir sur des énigmes telles le fameux disque bi ou certaines connaissances techniques et scientifiques ? Mais nonobstant cette fonction synthétique, ce document n’a certainement pas pour ambition d’être exhaustif, et sa nature relève plutôt de l’essai. D’ailleurs, dans certains cas, des sujets ayant fait l’objet dans le passé de longs articles, ne sont ici évoqués qu’en tant qu’éléments de démonstration. Je ne peux donc que convier le lecteur à lire ou à relire des articles consacrés à la Chine. Par ailleurs, il faut être lucide : à partir du moment où l’on admet que la subjectivité n’est jamais absente d’un travail à caractère scientifique, et ce en dépit des efforts de son auteur pour tendre à l’impartialité, on doit considérer que, quel qu’en soit le sujet, les synthèses peuvent prendre une coloration différente de celle des textes de départ. C’est certainement vrai aussi pour le présent document, chacun goûtant les saveurs de la Chine à sa façon. Comme pourrait le dire quelque vieux sage entre deux gorgées de thé, « le riz du soir n’a pas le même goût dans la bouche d’un lettré de Beijing ou dans celle d’un paysan de Yangshuo ».

Jacques GOSSART, Les origines de la Chine, Oxus, 2014 [Texte en ligne].

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Essais sur la Chine


 

Durant un quart de siècle, en cinq ouvrages successifs – histoire, témoignages, réflexions -, Simon Leys a proposé une interprétation de la Chine contemporaine qui n’a pas eu le don d’amuser les belles âmes ni les gens futés (politiciens, hommes d’affaires et sinologues dans le vent). On a pourtant jugé bon de rassembler ici ces irritants écrits, pensant qu’ils pourraient aider l’honnête homme et le lecteur de bonne foi à se poser les vraies questions : quelle sera l’issue de la longue et cruelle guerre que Mao et ses héritiers mènent depuis cinquante ans contre leur peuple ?

Simon Leys, nom de plume de Pierre Ryckmans, est un écrivain, essayiste, critique littéraire, traducteur, sinologue, professeur d’université de nationalité belge et de confession catholique, de langue française et anglaise, né le 28 septembre 1935 à Bruxelles et mort le 11 août 2014 à Sydney. Son oeuvre porte notamment sur la culture et l’art traditionnels en Chine, la littérature (notamment des auteurs catholiques) et la mer.

En 1971, sous le pseudonyme de Simon Leys, il publie aux éditions Champ libre Les habits neufs du président Mao, un ouvrage polémique sur la Révolution culturelle chinoise, le régime maoïste et les attitudes à leur égard de divers intellectuels occidentaux. Selon le philosophe Jean-Claude Michéa, son choix de démystifier la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne » a pour origine, alors qu’il vivait à Hong-Kong en 1967, la découverte, sur le pas de sa porte, d’un journaliste chinois agonisant après avoir été torturé par des maoïstes.

Simon LEYS, Essais sur la Chine, Bouquins Laffont, 1999 [Texte en ligne].
Réunion de 5 ouvrages parus précédemment : Les habits neufs du président Mao ; Ombres chinoises ; Images brisées ; La forêt en feu ; L’humeur, l’honneur, l’horreur.

Lire aussi :
Simon LEYS, Wikipedia.
Cycle Révolution culturelle 1966-1969, Ciné Monde.
Dossier documentaire Chine – Politique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Histoire sociale et intellectuelle de la Chine


 

C’est avant tout en historien, préoccupé par les données concrètes de l’évolution de la société chinoise, que je compte aborder l’histoire des idées, des conceptions et des courants intellectuels en Chine. Le temps n’est plus où l’on se représentait l’histoire de la Chine comme une longue suite uniforme de périodes pratiquement interchangeables. L’histoire de la Chine a un sens, au même titre que la nôtre. Elle a été marquée par des ruptures et elle a connu des époques d’évolution très rapide. Pour qui admet que les hommes sont le produit de leur société et de leur histoire, les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles chinois constituent une période de recherches privilégiée. Les bouleversements et les transformations sociales, économiques et politiques qui se sont produits au cours de ces trois siècles, la richesse et la diversité de la vie intellectuelle, l’évolution des idées, le grand nombre des esprits indépendants et des personnalités remarquables en font l’intérêt exceptionnel.

Jacques GERNET, Histoire sociale et intellectuelle de la Chine – Leçon inaugurale prononcée le jeudi 4 décembre 1975, Collège de France.

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Jacques GERNET, Collège de France.
Dossier documentaire Jacques GERNET, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
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