Chine en Question

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La Chine vue par Albert LONDRES


 

Albert Londres est une référence pour de nombreux journalistes français. Pourtant ses reportages sur la Chine véhiculent tous les préjugés de l’époque, préjugés qui perdurent aujourd’hui, comme en témoigne cet extrait :

La Chine a perdu la tête. Par compensation, elle a deux cerveaux : Pékin au nord, Canton au sud.

Dans le Sud, un homme qui s’appelle Sut-Yat-Sen s’est assis carrément, un jour, dans un fauteuil de bois noir, au-dessus de quoi était écrit : « Présidence de la République ». Il est président de la République du Sud comme moi je suis en ce moment propriétaire de l’Hôtel de Pékin, parce que j’y occupe la chambre 518.

Sur cinq provinces, trois ne lui obéissent pas et dans Canton, sa capitale, le tiers des forces est hors sa main.

Les trois provinces réfractaires ont pour roi un M. Tchaen-Kiong-Ning, qui crache délicatement sur le sol, en signe de démenti, chaque fois qu’on lui dit que Sut-Yat-Sen est son président. Et il n’a pas tort. Et je le démontre.

L’ensemble des sans métiers, des chenapans, des traîne-loques et autres pouilleux formant les armées du Sud fait un total de 350.000 fusils. Sur ces 350.000 fantassins de la dèche, l’homme cracheur, Tchaen-Kiong-Ning, en possède 100.000, et l’homme qui est président de la République comme moi je suis propriétaire de l’hôtel de Pékin, 30.000. Les 220.000 qui restent, c’est la pagaye, mercenaires de simples toukiuns, ayant plus de fusils que de cartouches, usant celles qu’ils touchent à se tirer dans les jambes, n’obéissant que pour piller, se neutralisant d’eux-mêmes, courant l’hiver après les moutons pour leur voler leur peau, et crânant l’été, les fesses à l’air. C’est le Sud.

Le Nord a pour capitale Pékin.

Au point de vue politique, Pékin est une ville dans le genre de Saint-Denis et de Sceaux : elle est supprimée.

Il est bien à Pékin un président de République qui habite un palais céleste et impérial, de l’autre côté des lacs de nénuphars, dans la ville interdite, mais je crois que c’est lui qui est interdit ! Il n’est président de la République que pour les jocrisses de mon acabit et les ministres plénipotentiaires du quartier des légations. Le seul être qui lui obéisse est tibétain et ce n’est pas un homme, c’est un chien !

Albert LONDRES, La Chine en folie, Les Editions de Londres, 1923 [Texte en ligneAudio en ligne].

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Un cuento chino – El Chino


 

Réalisateur : Sebastián Borensztein
Acteurs : Ricardo Darin, Ignacio Huang, Muriel Santa Ana
Durée : 1h40
Année : 2011
Pays : Argentine
Genre : Comédie
Résumé : L’histoire insolite d’un Argentin et d’un Chinois unis par une vache tombée du ciel !
Jun débarque mystérieusement en Argentine. Perdu et ne parlant pas un mot d’espagnol, il tombe littéralement sur Roberto, quincaillier maniaque et célibataire grincheux, qui le recueille malgré lui. Ce grain de sable dans la vie très réglée de Roberto va peu à peu le conduire, de situations absurdes en drôles de coïncidences, à changer imperceptiblement…
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Avis de Ciné Monde : Un conte – à la chinoise – sur le détour par le lointain pour découvrir le proche.

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La Chine vue par Michelangelo ANTONIONI


Après la Révolution culturelle, Antonioni a réalisé un documentaire sur la Chine, qui se concentre sur les domaines qui lui fut permis de visiter. Il se compose de trois parties.

La première partie se déroule à Beijing et comprend une filature de coton, la vieille ville et une clinique où a lieu une césarienne sous acupuncture.
La seconde montre le canal de Red Flag, une ferme collective et de la vieille ville de Suzhou.
La dernière partie comprend l’industrie port de Shanghai et une représentation théâtrale et des acrobates.

À l’époque, les intellectuels européennes étaient fascinés par la Chine maoïste et récitaient le catéchisme de a Révolution culturelle (appelé le Petit Livre rouge). En France, les Sollers, Roland Barthes ou Serge July (co-fondateur de la Gauche prolétarienne en 1968 et de Libération en 1972) furent les adorateurs du régime stalinien chinois.

Le documentaire ayant déplu à Mao et à sa femme, Jiang Qing, Michelangelo Antonioni fut victime d’une campagne virulente qui l’accusait des pires crimes antirévolutionnaires et antichinois. Le film fut finalement diffusé officiellement à Pékin, à l’Institut du cinéma, 30 ans plus tard.

Dès la fin du générique Antonioni déclare : « Nous n’expliquons pas la Chine. Nous voulons juste observer ce grand répertoire de gestes, de visages et d’habitudes. Venant d’Europe nous pensions escalader des montagnes et traverser des déserts. Mais la Chine reste en grande partie inaccessible, interdite. Même si les Chinois nous ont ouvert des portes et qu’ils jouent au ping-pong politique, nos accompagnateurs avec une souriante fermeté ne nous ont fait parcourir que des itinéraires délimités. »

Ce documentaire constitue un témoignage exceptionnel sur la Chine de cette époque.
Antonioni nomme justement la Chine « pays du milieu » et non « Empire du milieu » comme le font les médias ignorants dans un but de propagande anti-chinoise.
Il montre la vie simple et paisible des ouvriers et des paysans chinois. Les ouvriers travaillent et vivent à l’usine, mais ne subissent encore pas les cadences infernales. À la campagne, le rythme de la vie quotidienne est est encore plus lent qu’en ville.

15/05/2014
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

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La Chine vue par Jack LONDON


 

Jack London est devenu un écrivain incontournable depuis que ses œuvres sont tombés dans le domaine public. Ses récits d’aventure, L’appel de la forêt et Croc-Blanc sont les best-sellers des éditeurs de la littérature de jeunesse. Ses récits politiques, moins lus aujourd’hui, restent auréolés d’une réputation révolutionnaire notamment Le talon de fer, mais ses écrits de propagande anti-chinoise sont ignorés ou méconnus.

Trotski considérait « Le Talon de fer » (1908) comme le seul roman politique réussi de la littérature. Un roman d’anticipation politique, pour être précis : qui prévoyait une guerre mondiale mettant aux prises l’Allemagne et les États-Unis, une révolution d’Octobre (mais à Chicago)… et l’avènement d’une dictature d’un genre nouveau (disons fasciste)… pour les trois siècles à venir !C’est le grand roman « politique » de London. Un genre qui ferait bâiller d’ennui – ou de commisération (l’utopie presque toujours étant prétexte au pénible étalage des fadaises que l’on sait) – si London ne s’y lançait avec le culot qu’on lui connaît. Son pari : imaginer une politique-fiction qui anticipe à peine sur la réalité historique. Le livre paraît en 1908 (l’heure de sa plus grande gloire) et évoque – pour tout à l’heure – une menace de guerre entre les États-Unis et l’Allemagne, alors les deux puissances montantes du capitalisme conquérant… Guerre qui ne sera stoppée (en 1912 !) que par la grève générale des travailleurs des deux pays. La Commune est proclamée à Chicago le 27 octobre 1917 (ah ! ce pressentiment des dates !), mais cette révolution d’Octobre devra elle-même céder devant l’avènement d’une moderne dictature… dont il nous est dit qu’elle perdurera pendant trois siècles ! Ce chant de révolte soulevé par un âcre pessimisme (c’est sa force) est à la fois un brûlot lancé contre les tiédeurs du socialisme « réformiste », un appel au soulèvement armé – et l’anticipation de tous les fascismes, de tous les totalitarismes à venir. Lisant en 1937 ce classique de la pensée insurrectionnelle, Trotski devait faire justice du « défaitisme » dont on a parfois accusé London (son pessimisme – un mot que conteste au reste Trotski – n’était que lucide : une vertu qui ne se pardonne pas) : « Dès 1907, London avait prévu le régime fasciste comme l’inévitable résultat de la défaite de la révolution prolétarienne. Nous ne pouvons que nous incliner devant la puissante intuition de l’artiste révolutionnaire. »
Mot de l’éditeur (Phebus), FNAC
Jack LONDON, Le talon de fer, 1908, [Télécharger pdf – Lettre de Léon Trotsky et préface d’Anatole France, Matière et Révolution].

Mais Jack London a aussi écrit des textes qui alimentent la propagande anti-chinoise, en vogue depuis plus d’un siècle de l’extrême droite à l’extrême gauche.
En 1904, il publie Le péril jaune – thème récurrent depuis la fin du XIXe siècle :

The menace to the Western world lies, not in the little brown man [Japonais], but in the four hundred millions of yellow men [Chinois] should the little brown man undertake their management. The Chinese is not dead to new ideas; he is an efficient worker; makes a good soldier, and is wealthy in the essential materials of a machine age. Under a capable management he will go far. The Japanese is prepared and fit to undertake this management. Not only has he proved himself an apt imitator of Western material progress, a sturdy worker, and a capable organizer, but he is far more fit to manage the Chinese than are we. The baffling enigma of the Chinese character is no baffling enigma to him. He understands as we could never school ourselves nor hope to understand. Their mental processes are largely the same. He thinks with the same thought-symbols as does the Chinese, and he thinks in the same peculiar grooves. He goes on where we are balked by the obstacles of incomprehension. He takes the turning which we cannot perceive, twists around the obstacle, and, presto! is out of sight in the ramifications of the Chinese mind where we cannot follow.

We have had Africa for the Afrikander, and at no distant day we shall hear « Asia for the Asiatic! » Four hundred million indefatigable workers (deft, intelligent, and unafraid to die), aroused and rejuvenescent, managed and guided by forty-five million additional human beings who are splendid fighting animals, scientific and modern, constitute that menace to the Western world which has been well named the « Yellow Peril. » The possibility of race adventure has not passed away. We are in the midst of our own. The Slav is just girding himself up to begin. Why may not the yellow and the brown start out on an adventure as tremendous as our own and more strikingly unique?

Back of our own great race adventure, back of our robberies by sea and land, our lusts and violences and all the evil things we have done, there is a certain integrity, a sternness of conscience, a melancholy responsibility of life, a sympathy and comradeship and warm human feel, which is ours, indubitably ours, and which we cannot teach to the Oriental as we would teach logarithms or the trajectory of projectiles. That we have groped for the way of right conduct and agonized over the soul betokens our spiritual endowment. Though we have strayed often and far from righteousness, the voices of the seers have always been raised, and we have harked back to the bidding of conscience. The colossal fact of our history is that we have made the religion of Jesus Christ our religion. No matter how dark in error and deed, ours has been a history of spiritual struggle and endeavour. We are pre-eminently a religious race, which is another way of saying that we are a right-seeking race.
Jack LONDON, The Yellow Peril, 1904, Internet Archive.

En 1910, il publie Une invasion sans précédent, nouvelle qui, reprenant les argument du texte précédent, vante la solution finale : éradiquer les Chinois de la surface de la terre grâce à l’arme bactériologique.
On remarque au passage que la traduction française introduit l’expression Empire du Milieu qui ne figure pas dans le texte original :

And so Japan took upon herself the management of China. In the years immediately following the war with Russia, her agents swarmed over the Chinese Empire.
C’est ainsi que le Japon prit la direction de la Chine. Dans les années qui suivirent la guerre avec la Russie, ses agents envahirent l’empire du Milieu.

Selon I.F. Clarke, le thème du « péril jaune » semble être apparu dans la fiction avec la publication, en 1881, de Three Hundred Years Hence, de l’Américain W.H. Day (Notice de Bernard CAZES). En France, il est apparu avec la publication, en 1897, de Le péril jaune, du sociologue russe d’expression française Jacques Novicow (Bibliographie de Serge LEFORT).
Alors que dans L’invasion jaune, publié en 1905, le Capitaine Danrit prophétisait la défaite des Européens, Jack London inverse le propos en proclamant la victoire de l’Occident qui repousse scientifiquement et radicalement cette « invasion » :

Durant l’été et l’automne 1976, la Chine fut un enfer. Il était impossible d’éviter les microscopiques projectiles qui s’infiltraient dans les moindres recoins. Les centaines de millions de morts ne furent pas enterrés, les germes se multiplièrent et, à la fin, des millions de survivants moururent chaque jour de la famine. En outre, celle-ci affaiblissait les victimes, détruisant leurs défenses naturelles contre les fléaux. Le cannibalisme, le meurtre et la folie régnèrent. Ainsi périt la Chine.

C’est seulement au mois de février suivant, à la période la plus froide, que les premières expéditions furent lancées. Elles étaient modestes, composées de scientifiques et de quelques corps de troupes ; mais elles pénétrèrent en Chine de tous côtés. En dépit des précautions prises contre l’infection, de nombreux soldats et quelques médecins furent touchés. Mais l’exploration se poursuivit courageusement. Ils trouvèrent une Chine dévastée, transformée en une étendue en friche où erraient des meutes de chiens sauvages et des brigands désespérés qui avaient survécu. Tous les survivants furent mis à mort, où qu’ils se trouvent.

Alors commença la grande œuvre : le nettoyage de la Chine. Cinq années et des centaines de millions y furent engloutis, après quoi le monde vint s’installer, non dans des zones réparties d’avance, comme l’avait préconisé le baron Albrecht, mais de façon dispersée, selon le plan démocratique américain. Tout un vaste et heureux mélange de nationalités s’implanta en Chine en 1982 et, dans les années qui suivirent, une expérience de fertilisation croisée remarquablement réussie fut menée. Nous connaissons aujourd’hui les résultats admirables, sur le plan industriel, intellectuel et artistique, qui en furent le fruit.
[…] le 17 avril [1987], la Convention de Copenhague fut réunie. En présence des représentants de toutes les nations du monde, les participants jurèrent de ne jamais plus utiliser les méthodes de guerre bactériologique employées contre la Chine.
Jack LONDON, The Unparalleled Invasion, 1910, Internet ArchiveUne invasion sans précédent [Télécharger mp3Télécharger pdf].

Les deux textes de Jack London comme le recueil d’articles de Marx et Engels montrent que les préjugés contre la Chine sont anciens et partagés par le plus grand nombre au point d’être quasi invisibles. C’est la force de la novlangue politiquement correct.

02/04/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Jack LONDON, Articles, Essays, Novels, Internet Archive.
• Jack LONDON, The Complete Short Stories, Internet Archive.
• Jack LONDON, Textes en ligne :
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La Chine vue par Adam SMITH


Les marxistes, qui récitent leur catéchisme comme des mantras, dénigrent Adam Smith alors que Karl Marx lui doit beaucoup. La lecture de Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations montre que Adam Smith avait une vision plus juste de la Chine que Marx et Engels, qui avaient un point de vue très eurocentré et très réducteur [1].

Son analyse, écrite en 1776, fut confirmée au XXème siècle par Angus Maddison, économiste et historien anglais, dans L’économie chinoise – Une perspective historique.

La Chine a été, pendant une longue période, un des plus riches pays du monde, c’est-à-dire un des plus fertiles, des mieux cultivés, des plus industrieux et des plus peuplés ; mais ce pays paraît être depuis très longtemps dans un état stationnaire. Marco Polo, qui l’observait il y a plus de cinq cents ans, nous décrit l’état de sa culture, de son industrie et de sa population presque dans les mêmes termes que les voyageurs qui l’observent aujourd’hui. Peut-être même cet empire était-il déjà, longtemps avant ce voyageur, parvenu à la plénitude d’opulence que la nature de ses lois et de ses institutions lui permet d’atteindre. Les rapports de tous les voyageurs, qui varient sur beaucoup de points, s’accordent sur les bas prix des salaires du travail et sur la difficulté qu’éprouve un ouvrier en Chine pour élever sa famille. Si, en remuant la terre toute une journée, il peut gagner de quoi acheter le soir une petite portion de riz, il est fort content. La condition des artisans y est encore pire, s’il est possible. Au lieu d’attendre tranquillement dans leurs ateliers que leurs pratiques les fassent appeler, comme en Europe, ils sont continuellement à courir par les rues avec les outils de leur métier, offrant leurs services et mendiant pour ainsi dire de l’ouvrage. La pauvreté des dernières classes du peuple à la Chine dépasse de beaucoup celle des nations les plus misérables de l’Europe. Dans le voisinage de Canton, plusieurs centaines, on dit même plusieurs milliers de familles, n’ont point d’habitations sur la terre et vivent habituellement dans de petits bateaux de pêcheurs, sur les canaux et les rivières. La subsistance qu’ils peuvent s’y procurer y est tellement rare, qu’on les voit repêcher avec avidité les restes les plus dégoûtants jetés à la mer par quelque vaisseau d’Europe. Une charogne, un chat ou un chien mort, déjà puant et à demi pourri, est une nourriture tout aussi bien reçue par eux que le serait la viande la plus saine par le peuple des autres pays.
Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations – tome I p.66 [2]

20/08/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Adam SMITH, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776 [Texte ligne : Les Classiques des sciences sociales]. L’ouvrage est composé de cinq livres, dont les thèmes sont :

1. Des causes qui ont perfectionné les facultés productives du travail, et de l’ordre suivant lequel ses produits se distribuent naturellement dans les différentes classes du peuple (sur la nature humaine, le travail, et « l’habileté, la dextérité et l’intelligence qu’on y apporte ») ;
2. De la nature des fonds ou capitaux de leur accumulation et de leur emploi (description des marchands et du capital) ;
3. De la marche différente et des progrès de l’opulence chez différentes nations (histoire du développement économique et politique économique) ;
4. Des systèmes d’économie politique (en particulier, le système du commerce international) ;
5. Du revenu du souverain ou de la république (revenus, dépenses, et objectifs du gouvernement).

• Adam SMITH, Encyclopédie de L’AgoraWikisource.
• Giovanni ARRIGHI, Adam Smith à Pékin – Les promesses de la voie chinoise, Max Milo, 2009 [Jan-Frederik ABBELOOS (proche des altermondialistes), Geschichte TransnationalRevue Internationale des Livres et des Idées – Tony ANDRÉANI (socialiste prônant un retour à Marx), BlogLes Lettres Françaises p.X-XI – Frédéric LEMAÎTRE (journaliste), Le Monde – Alain LIPIETZ (ex-militant maoïste), Blog – Vincent PRÉSUMEY (ex-militant trotskyste), Liaisons –  Xavier de la VEGA (journaliste), Sciences Humaines].

À la fin du XVIIIe siècle, Adam Smith a prévu la nouvelle émergence économique de l’Orient et l’équilibre des pouvoirs avec l’Ouest. Dans cet ouvrage magistral et à contre-courant de la pensée dominante, Giovanni Arrighi démontre comment l’extraordinaire ascension de la Chine nous invite à relire « La Richesse des nations » avec un regard neuf. À la faveur d’une déconfiture de l’hégémonie américaine, la République Populaire pourrait proposer l’alternative au capitalisme du XXe siècle. Peut-on se fier au modèle chinois actuel pour refonder l’organisation économique mondiale ?
Giovanni Arrighi répond à partir de trois idées fortes : la voie de développement chinoise est essentiellement différente du néolibéralisme ; la montée de la puissance chinoise est déjà en train de modifier la structure de l’économie politique à l’échelle internationale ; l’un des aspects majeurs de la voie chinoise, contrairement à l’image que les médias occidentaux en donnent souvent, pourrait être porteuse d’un modèle plus égalitaire et plus écologique de développement.

• Samir AMIN, Giovanni ARRIGHI, André GUNDER-FRANK, Immanuel WALLERSTEIN, La crise, quelle crise ? – Dynamique de la crise mondiale, François Maspéro, 1982 [Études internationalesPolitique étrangère].
• Giovanni ARRIGHI, The Long Twentieth Century, Verso, 1994 [Estrategia InternacionalMultitudes].
• Giovanni ARRIGHI, À la recherche de l’état mondial, Actuel Marx n°40.
• Articles de Giovanni ARRIGHI, Scribd.
• Giovanni ARRIGHI, Johns Hopkins University.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.


[1] Lire :
• Serge LEFORT, La Chine vue par MARX et ENGELS, Chine en Question.
• Serge LEFORT, Lire MARX et ENGELS, Monde en Question.
[2] Sélection des passages sur la Chine dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations.

La Chine vue par Lucien BODARD


Un francophone, passionné par la connaissance de la Chine, rencontre un jour ou l’autre Lucien Bodard. Rencontre livresque car l’auteur appartient à une autre époque, celle par exemple où l’on fumait et buvait de l’alcool à la télévision – époque où le politiquement correct n’avait pas encore sévit [1] ! Sa vie et son œuvre furent l’objet d’un culte, celui du reporter-romancier – type de journaliste certainement plus utile que les envoyés spéciaux qui rewritent les communiqués militaires dans leur chambre d’hôtel ou que les journalistes qui pratiquent le copier-coller des dépêches d’agences de presse.

Au printemps de 1986, il décida – à la demande l’hebdomadaire Le Point (son épouse, Marie-Françoise Leclère, était la rédactrice en chef des services culturels) – de partir une nouvelle fois à la rencontre de sa Chine. Rencontre ambiguë car Lucien Bodard évoque peu la Chine de 1986. Son récit est plutôt l’occasion de revisiter ses souvenirs d’enfant en Chine et surtout de conter à sa manière l’histoire de la Chine.

Lucien Bodard est un merveilleux conteur des guerres coloniales anglo-françaises (« guerres de l’opium »), de la trop méconnue révolution chinoise de 1925-1927 [2] et des acteurs de l’histoire de la Chine dont il brosse le portrait : Ts’eu Hi (Cixi), Sun Yat-sen, Yuan Shikai (moins connu), Tchang Kaï-chek, Mao Zedong, Jiang Qing (sa dernière épouse) et Deng Xiaoping. On est loin de l’écrit journaliste annoncé, mais qu’importe car ce livre mérite le détour.

11/04/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lucien BODARD, Les grandes murailles, Grasset, 1987.

Des retrouvailles de Lucien Bodard avec la Chine naît un livre foisonnant où passé et présent s’entrelacent. Car l’ambition de Lucien Bodard est immense : il s’agit de dire la Chine dans toutes ses contradictions, dans ses mythologies, dans ses désordres et dans sa sagesse. Au fil des pages surgissent les acteurs d’une des plus grandes convulsions de l’époque contemporaine, Mao bien sûr, mais aussi Tchang Kaï-chek, et Sun Yat-sen, et Ts’eu Hi, et Liu Shaoqi, et Deng Xiaoping. Surgissent aussi les fresques de sang, la révolte des Taïping, celle des Boxers, la guerre contre les Japonais, la Révolution culturelle…

Théorie de massacres infinis, bégaiements de l’Histoire où la Chine, peut-être, s’enlise. Et puis, il y a le quotidien, cette randonnée dont les étapes – Pékin, Shanghai, Hangzhou, Nankin, le Fleuve Bleu, Chongqing, Chengdu, Kunming, Canton, Hong Kong – sont autant de pierres dressées sur les chemins de la mémoire. De paysages en personnages, le livre devient un vrai tableau de la Chine d’aujourd’hui : étudiants, écrivains, directeurs d’usine… Bodard les décrit tous, ces Chinois bien réveillés qui construisent la Chine de demain. Plus secrètement, ce voyage est aussi un voyage sentimental, la quête longtemps repoussée des lieux où vécurent sa mère Anne-Marie et son père Albert le Consul. Et l’homme Bodard marche sur leurs pas, cherche et trouve le consulat où il est né, les cours où il a joué, renouant enfin avec la réalité de son passé. Lucien Bodard et la Chine, une histoire d’amour.

Lire aussi :
• Lucien BODARD, Bibliopoche.
• 12/01/1967, Extrait d’un entretien, INA. Anthologie des entretiens balai dans la cul de Michel Droit avec un Lucien Bodard placide et fumant sa cigarette – autre époque.
• 12/12/1975, La Chine d’hier et d’aujourd’hui, INA L’extrait est consacré à HAN Suyin – dommage.
• 05/03/1998, Lucien Bodard : La fin d’un dinosaure, L’Express.
• Paul ARON, Postures journalistiques des années 1930, ou du bon usage de la « bobine » en littérature », COnTEXTES n°8, janvier 2011.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.


[1] Voir l’extrait d’une émission du 7 octobre 1970, INA.
[2] Sélection bibliographique : Révolution chinoise de 1925-1927.

La Chine vue par John FAIRBANK


 

L’Histoire de la Chine, publiée aujourd’hui en français, est le dernier ouvrage de John King Fairbank décédé en 1991 et célébré comme l’un des plus éminents sinologues américains. Il créa en effet la chaire d’histoire de la Chine moderne à Harvard et fut Directeur de la Cambridge History of China. Mais on sait moins qu’il travailla en Chine pour les services de renseignement du gouvernement américain (Office of Strategic Services et United States Office of War Information).

John King FAIRBANK et Merle GOLDMAN, Histoire de la Chine – Des origines à nos jours Tallandier, 2010. L’éditeur présente ainsi cet ouvrage publié il y a presque vingt ans aux États-Unis :

La Chine, dont le bilan historique est partagé entre d’admirables accomplissements et de funestes échecs, a un passé singulier. Son avenir ne peut être qu’unique. Ainsi John K. Fairbank, qui consacra son existence à penser et écrire l’histoire de la civilisation chinoise, présente-t-il « l’empire du milieu ». Scrutant les origines d’une civilisation vieille de 4 000 ans, l’auteur donne alors les clés de lecture d’une culture toujours fantasmée, pour le meilleur et pour le pire, par les Occidentaux. Mais comment déchiffrer la coutume si énigmatique des pieds bandés sans connaître les structures sociales et familiales chinoises ? De quelle manière interpréter les relations des différentes ethnies qui font la richesse de ce pays-continent sans comprendre le rôle des nomades des steppes à l’époque Yuan ? Comment expliquer les rapports à l’autorité et à l’État qu’entretiennent plus d’un milliard d’individus sans s’interroger sur les structures des empires qui ont forgé la société chinoise ? Il faut alors remonter aux temps troublés des Royaumes combattants, se pencher sur le destin des dynasties Song, Ming et Qing, découvrir la foi bouddhiste et la pensée confucéenne, s’intéresser à la révolution nationaliste et à la Longue Marche, expliquer les enjeux de la prise de pouvoir de Mao Zedong ou de la Révolution culturelle.

La référence à « l’Empire du Milieu » alerte d’emblée le lecteur averti du fait que cette nomination de la Chine relève d’une ignorance crasse ou d’une propagande anti-chinoise car zhōng guó se traduit par « pays du milieu » et la Chine est une République depuis 1912.

La lecture de la préface et de l’introduction achève d’éclairer le lecteur. Tout le discours de John King Fairbank est sous-tendu par la question : « comment se peut-il que la Chine ait si spectaculairement échoué à emboîter le pas à l’Europe en matière d’industrialisation ? » (p.25). On appréciera les deux termes « spectaculairement échoué » et « emboîter le pas », qui résument les préjugés de l’auteur. Loin d’analyser « l’avancée » de l’Europe comme une conséquence de ses conquêtes coloniales en Amérique, en Afrique et en Asie, il explique que « la Chine s’est retrouvée à la traîne de l’Occident » pour trois raisons : l’État autocratique, l’assujettissement des femmes et le confucianisme.

Or, il fonde son argumentation partisane sur une interprétation fallacieuse du yin et du yang :

La Chine ancienne voyait le monde comme le produit de l’interaction de deux éléments complémentaires le yin et le yang : le yin étant le propre de tout ce qui est féminin, sombre, faible et passif, et le yang de tout ce qui est masculin, brillant, fort et actif. […] C’est en bâtissant sur de tels fondements idéologiques qu’une suite interminable de moralistes chinois de sexe mâle ont élaborés des schémas comportementaux où l’obéissance et la passivité constituent tout ce qu’on peut attendre des femmes. (p.47)

Les notations destinées à nous convaincre que l’Occident en général et les États-Unis en particulier seraient la lumière du monde relèvent davantage du fonctionnaire des services de renseignement que de l’historien :

Avec la Chine, l’économie de marché de la démocratie américaine fait face à la dernière dictature communiste. (p.27)

Aujourd’hui, la Chine s’efforce de parvenir à la modernisation de son économie sans le secours de cette démocratie représentative que les Américains voient comme le don unique et salvateur qu’ils font au monde. (p.27-28)

Une chambre pour soi tout seul, plus aisément acquise dans le Nouveau Monde qu’en Asie, voilà ce qui pourrait symboliser un niveau de vie supérieur. (p.44)

Pour des Européens et des Américains bénéficiant de conditions matérielles de vie supérieures, le plus étonnant est la capacité de la paysannerie chinoise à maintenir un mode de vie hautement civilisé dans des conditions matérielles aussi pauvres. (p.45)

En conclusion, Histoire de la Chine est un roman idéologique qui nous apprend plus sur les préjugés occidentaux que sur la Chine elle-même.

Le lecteur, intéressé par l’histoire de la Chine, se reportera à Jacques GERNET, Le monde chinois, Armand Collin, 1972, 1980, 1990 et 1999 [Monde en Question].

L’ambition de Gernet est bien différente de celle de Fairbank :

L’objet de ce livre est de servir d’introduction à l’histoire du monde chinois. Il est de montrer quelles ont été les étapes de sa formation, ses expériences successives, les apports qui, de toutes las parties du monde, sont venus l’enrichir au cours des siècles, les influences qu’il a exercées, sa contribution à l’histoire universelle. (p.9)

Bien qu’un tiers de l’humanité vive dans cette partie du monde et que, dans l’univers rapetissé d’aujourd’hui, il s’agisse maintenant de nos voisins, notre culture demeure résolument « occidentaliste ». (p.9)

La méthode de Gernet s’oppose à celle de Fairbank :

C’est une grave erreur de méthode que de vouloir caractériser dans son ensemble et dans toute la durée de son existence le système impérial chinois, parce que les systèmes politiques sont des organismes vivants qui s’adaptent sans cesse aux transformations sociales et économiques. (p.29)

Empêtré par sa vision an-historique de la Chine, Fairbank traite en une page la période des Royaumes combattants (453-222) alors que Gernet consacre vingt pages à l’analyse de la transformation de l’état féodal en un état centralisé moderne fondé sur la paysannerie, géré par « un corps de fonctionnaires choisis, rétribués et révocables », avec un territoire découpé en circonscriptions administratives et, en toile de fond, un essor économique et des innovations technologiques.

01/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• John King FAIRBANK, American Historical AssociationThe Fairbank Center for Chinese StudiesUS-China Institute.
• Merle GOLDMAN, Boston University History Department.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.

La Chine vue par MARX et ENGELS


Cet ouvrage comporte une très longue préface hors sujet, qui « s’efforce d’établir quelle est la position du marxisme vis-à-vis des sociétés orientales en général et de la Chine en particulier » [1], et des articles de Marx et d’Engels essentiellement publiés dans le New York Tribune entre 1850 et 1861 pendant la seconde guerre de l’opium.

Jean-Paul Sartre présenta en 1957 le marxisme comme l' »horizon philosophique indépassable de notre temps » sans avoir beaucoup lu l’œuvre de Marx alors que Raymond Aron a lu et relu Marx pendant toute sa vie, a donné des leçons à la Sorbonne de 1962 à 1963 et a écrit sur Marx [2].

Marx et Engels défendent un point de vue très eurocentré sur la Chine [3] :

• […] les peuples barbares les plus passifs se trouvent entraînés dans le commerce mondial et la civilisation. (op.cit. p.194)
• Devant les armes britanniques, l’autorité de la dynastie mandchoue est tombée en pièces ; la foi superstitieuse en l’éternité du Céleste Empire a disparue ; le barbare isolement hermétique vis-à-vis du monde civilisé est rompu […]. (op.cit. p.200)
• En Perse, le système européen d’organisation militaire a été greffé sur la barbarie asiatique ; en Chine, le plus vieil État semi-civilisé du monde, tombé en décadence, lutte contre les Européens avec ses propres moyens. (op.cit. p.223)

Même si Marx et Engels dénoncent la politique de la canonnière pour « ouvrir le marché chinois » à « la liberté du commerce » de la drogue (l’opium), ils se trouvent proches des positions du Times :

« Nous sommes actuellement en guerre avec la Chine », ce pays doit payer « des indemnités considérables », « notre honneur et nos intérêts nous imposent de placer nos relations avec l’Empire chinois sur un pied nouveau ». Dans l’intérêt « de l’humanité et de la civilisation il importe de ne pas laisser tomber cette affaire », mais « de renforcer le droit des pays civilisés à la liberté de commerce et de communications avec toutes les parties de cet immense pays. Rien ne sert de traiter avec cette puissance comme si elle faisait partie de la communauté des peuples éclairés d’Europe ». (op.cit. p.251)

Car, pour Marx et Engels, l’introduction du capitalisme en Chine est un facteur de progrès ! Marx s’oppose davantage au commerce de la Russie qu’au commerce des autres pays avec la Chine parce que « à l’inverse du commerce anglais, le commerce russe laisse intacte la base économique de la production asiatique » (Capital, livre II, vol. VII p.365). Engels analyse comme positive la destruction de la Chine car elle « sera en même temps le prélude à la chute du capitalisme en Europe et en Amérique » (op.cit. p.439). Le préfacier ajoute :

• […] Marx montre aussitôt comment le Céleste Empire pouvait amorcer par ricochet la révolution européenne escomptée pour les années 1858, avec la crise économique. À nos yeux, cette analyse n’a pas été démentie par l’histoire, même si sa réalisation en a été retardée de plus d’un siècle. (op.cit. p.27)
• Dans une lutte où le prolétariat lui-même n’est pas engagé, le marxisme désigne toujours comme progressistes les forces qui détruisent l’ordre pré-capitaliste. (op.cit. p.447)

Les marxistes n’ont jamais dépassé cette contradiction, mais au contraire s’entête à qualifier de barbare ce qu’ils appellent le « mode de production asiatique ». Marx n’a presque rien écrit sur ce concept flou et inopérant. Tout le monde rabâche la citation issue de la Préface à la Critique de l’économie politique de 1859 :

À grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d’époques progressives de la formation sociale économique. Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme contradictoire du processus de production sociale, contradictoire non pas dans le sens d’une contradiction individuelle, mais d’une contradiction qui naît des conditions d’existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s’achève donc la préhistoire de la société humaine.

Le préfacier commente le concept de « mode de production asiatique » (p.28 à 35) en empruntant plus ses arguments à Karl August Wittfogel qu’à Marx [4]. Comme l’écrit Pierre Vidal-Naquet dans l’introduction : ce vieux débat « ne progressera désormais que dans la mesure seulement où les sociétés de type « asiatique » seront étudiées pour elles-mêmes, hors de toute référence à un dogme ou à un antidogme. […] Un tel progrès suppose évidemment que l’histoire et la sociologie, marxistes ou non, tout en retirant de la marxologie et de l’histoire du marxisme les enseignements que comporte un retour aux sources, se débarrassent du même coup de ce qu’il y a de périmé dans une problématique héritée du XVIIIe et du XIXe siècles. »

24/01/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Marxisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.


[1] L’auteur poursuit : « Le but n’est pas tant de définir la base sociale de la Chine de l’époque où Marx-Engels relatent les événements qui bouleversent cet immense pays, mais, à partir de critères marxistes, de répondre aux questions soulevées par la révolution chinoise moderne […]. »
Karl MARX et Friedrich ENGELS, La Chine, [Articles présentés et commentés par Roger DANGEVILLE], 10/18 UGE, 1973 p.10 et 11.
[2] Raymond ARON, Le marxisme de Marx, Fallois, 2002 et Livre de poche, 2004 [EspacesTempsL’ExpressParutions].
[3] Karl Marx écrit en 1853 : « L’Angleterre a une double mission à remplir en Inde : l’une destructrice, l’autre régénératrice – l’annihilation de la vieille société asiatique et la pose des fondements matériels de la société occidentale en Asie ».
Sélection bibliographique sur l’eurocentrisme de Marx :
• Karl MARX et Friedrich ENGELS, Du colonialisme en Asie : Inde, Perse, Afghanistan [Préface de Gérard FILLOCHE], Mille et une nuits, 2001 [Démocratie & Socialisme].
• Kolja LINDNER, L’eurocentrisme de Marx : pour un dialogue du débat marxien avec les études postcoloniales, Actuel Marx n°48, 2010.
[4] Sélection bibliographique sur le « mode de production asiatique » :
• Karl MARX et Friedrich ENGELS, Trois lettres à propos du mode de production asiatique (juin 1853) [Lettres présentées et commentées par Jean-François BERT], La Phocide, 2010 [IIAC CNRS].
• Karl August WITTFOGEL, Le despotisme oriental – Étude comparative du pouvoir total [1957] Editions de Minuit, 1964 [Annales. Économies, Sociétés, Civilisations].
• Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000 [La mystique du pouvoir].
• Hélène CARRÈRE D’ENCAUSSE, Le marxisme et l’Asie (1853-1964), Armand Colin, 1965.
• Centre d’Études et de Recherches Marxistes, Sur le mode de production asiatique, Éditions sociales, 1969.
• Jean COPANS, À propos du « mode de production asiatique », L’Homme, 1969, tome 9 n°1. pp. 92-95.
• Daniel THORNER, Marx et l’Inde : le mode de production asiatique, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 24e année, N. 2, 1969. pp. 337-369.
Actes du colloque 1973 sur l’esclavage, Les Belles Lettres, 1976 [Discussion sur les formations économiques et sociales dans l’Antiquité].
• Jean BATOU, Cent ans de résistance au sous-développement – L’industrialisation de l’Amérique latine et du Moyen-Orient face au défi européen, Droz, 1990 [Mode de production asiatique, révolution industrielle et Moyen-OrientAnnales. Économies, Sociétés, CivilisationsTiers-Monde].
• Mouza RASKOLNIKOFF, Des anciens et des modernes, Publications de la Sorbonne, 1990 [Dix années de recherches soviétiques sur l’histoire économique et sociale du monde romain (1966-1975)].
• Maurice GODELIER, Le mode de production asiatique : un concept stimulant, mais qui reste d’une portée analytique limitée, Actuel Marx n°10, 1991.
• Mamadou DIOUF (sous la direction de), L’historiographie indienne en débat – Colonialisme, nationalisme et sociétés postcoloniales, Karthala, 1999 [BooksGoogle].
• Philippe BÉRAUD, Sophie CHANGEUR (sous la direction de), La Chine dans la mondialisation – Marchés et stratégies, Maisonneuve & Larose, 2006 [Du despotisme oriental au socialisme de marché : l’État et les droits de propriété en Chine].
• Le mode de production asiatique, Parti de Gauche.