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Hong Kong – Victoire en trompe-l’œil des oppositions


Comme dans toutes les élections, les médias dominants publient des résultats qui ne sont pas faux mais trompeurs et ils en tirent des conclusions partielles et donc partiales. Ce fut le cas lors des élections présidentielles de 2007 en France [1] et c’est encore le cas lors des dernières élections locales à Hong Kong en 2019.


Résultats non définitifs

 

Le chiffre que tout le monde retient est celui de l’écrasante majorité des élus classés comme pro-démocratie alors qu’il est plus juste de dire les opposants au gouvernement de Beijing car ils regroupent des partisans du statu-quo, des localistes, des autonomistes, des indépendantistes, etc. et tous ne sont pas démocrates.

Pour faire court mais précis selon mon habitude, je retiendrai deux autres paramètres que les médias dominants connaissent certainement, mais qu’ils feignent d’ignorer car ils ne sont pas vendeurs pour leur propagande anti-chinoise.

Répartition des voix


Résultats définitifs

 

Ces chiffres ne sont communiqués par aucun média car ils contredisent le discours triomphaliste. Or, ils nuancent la victoire des partis et organisations qui se situent dans le camp de l’opposition au gouvernement de Beijing.

La différence significative entre le nombre des voix et celui des élus tient au système électoral qui, basé sur la majorité simple (dite aussi relative) à un tour, donne une prime au vainqueur [2].

Si le nombre d’élus est important en terme de pouvoir, le nombre de voix reflète la légitimité réelle des élus. En passant sous silence ce détail, les médias prouvent encore une fois que la démocratie n’est qu’un slogan idéologique creux car la démocratie réelle ne les intéresse pas.

Diversité des oppositions



Election Results, District Council Election

 

Mettre dans le même sac tous les partis, organisations et candidats indépendants qui ne soutiennent pas la politique de Beijing relève de la propagande. Cette présentation reviendrait, par exemple, à amalgamer en France les voix de l’extrême gauche, de la gauche, d’une partie de la droite et de l’extrême droite contre Nicolas Sarkozy au premier tour des élections présidentielles de 2007 [3].

L’examen détaillé des résultats montre que les partis d’opposition traditionnels ont peu progressé en pourcentage des voix par rapport à 2015 (de -1,20% à +2,11%).
Le parti le plus important, The Democratic Party, a perdu 1,20% des voix mais a gagné 10,15% des sièges. Au total, il représente 12,36% des voix et 20,13% des sièges en 2019.
Le gain vient essentiellement de la multitude des candidats indépendants. Ils ont progressé de 15,25% en voix et de 25,48% en sièges. Au total, ils représentent 20,63% des voix et 29,42% des sièges en 2019.

Il est probable qu’ils subiront de fortes pressions pour rejoindre les partis anti-Beijing voire pro-Beijing. Il sera très difficile, sinon impossible, de suivre cette évolution car aucun média francophone ne s’intéresse à ces détails et quasi aucun média anglophone non plus. Je suivrai au mieux ce dossier… avant les prochaines élections.

28/11/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Lire :
Leçons du 22 avril [2007], Monde en Question.
Leçons du 22 avril [2007] suite, Monde en Question.
Articles Sondages, Monde en Question.
[2] Lire : 1. Constitution and Administration et 2. The Electoral System, Hong Kong 2017 (dernière mise à jour).
[3] C’est la dernière élection française que j’ai analysée car j’ai émigré au Mexique le 9 mai 2007. Lire les références de la note 1.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

La naissance de la biopolitique de Hong Kong


 

Hong Kong, notre objet de recherche, est une ville coloniale avec un statut exceptionnel. Au cours de l’histoire de la colonisation sur cent cinquante ans, le sort de Hong Kong est lié étroitement à la situation internationale, surtout à celle des pays occidentaux. Étant une ville chinoise, Hong Kong a connu un destin extraordinaire par rapport aux autres villes coloniales anglaises.

Selon la « Seconde Convention de Pékin », le Grand Bretagne devait rendre l’autorité de Hong Kong à Pékin en 1997. Cependant, au moment du retour à la Chine en 1997, les nombreux habitants ne voulaient pas couper avec le gouvernement colonial. Dans l’histoire de la colonisation, il est très rare que les colonisés ne veuillent pas la fin du pouvoir colonial.

Au traversant de quatre chapitres, autour des histoires et des problèmes de logement social local, nous essayons d’étudier de quel type de gouvernement les hongkongais ne voulaient pas couper avec le gouvernement colonial.

En employant les théories de Michel Foucault, hétérotopie, famille, biopouvoir, biopolitique, dispositif et dispositif de sécurité, nous répondons à cette question.

HSIEH Hsiao Yang, La naissance de la biopolitique de Hong Kong – Une recherche sur le logement social, Thèse de doctorat en Philosophie, Université Paris 8, 2014 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong – Terreur noire made in USA


Lundi 11 novembre, Leung Chi-cheung, père de deux filles et âgé de 57 ans, luttait pour sa vie à l’hôpital, souffrant de graves brûlures au corps et de traumatismes crâniens.

 

La séquence vidéo, diffusée par South China Morning Post Hong Kong, montre que Leung a eu une altercation avec des manifestants dans le couloir d’une école à Ma On Shan. L’un d’eux l’a aspergé d’un liquide inflammable et a mis le feu en le transformant en torche vivante [1].

Joshua Wong, comme d’autres dirigeants de pro-démocratie, ont refusé de condamner cet acte criminel. Joshua Wong l’avait au contraire encouragé sur son compte Twitter le 22 octobre 2019 :


Trois jeunes ont mis le feu, comment des manifestants modérés sont-ils devenus des « magiciens du feu » ?
Source

L’expression magiciens du feu fut reprise dans l’éloge de l’im-Monde le 04 novembre 2019 [2].

Joshua Wong, un des leaders de la terreur noire, reçoit ses ordres des États-Unis comme le montre cette photo publiée sur son compte :

 

Il n’est pas le seul à être financé, endoctriné et armé. Ainsi, des étudiants s’entraînent tranquillement sous le drapeau américain dans un camp de l’université chinoise de Hong Kong :

 

Les différents services américains répètent exactement la même stratégie appliquée en Afghanistan contre l’URSS et en Ukraine contre la Russie [3]. Tous les Hongkongais, qui collaborent sciemment ou naïvement avec les États-Unis contre la Chine, se préparent à des lendemains plus noires que la tenue qu’ils arborent fièrement aujourd’hui. Certains émigreront, mais la majorité devront rendre compte de leurs actes à Hong Kong… qui restera chinois.

La stratégie de déstabilisation du gouvernement par la terreur made in USA va échouer. Le fait que des volontaires se mobilisent pour nettoyer les rues révèle un tournant majeur.

 

16/11/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Lire :
Hong Kong father of two burned alive after chasing protesters at MTR station in grisly act of violence police classify as attempted murder, South China Morning Post, 11/11/2019.
Un homme incendié alors que les émeutiers intensifient les actes de violence à Hong Kong, Le Quotidien du Peuple, 12/11/2019.

[2] Lire : Hong Kong XII – L’aveu de l’im-Monde, Chine en Question, 05/11/2019.

[3] Lire :
Hong Kong X – Une crise politique ukrainienne, Chine en Question, 05/11/2019.
Hong Kong est une révolution de couleur, Chine en Question.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
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Hong Kong est une révolution de couleur


 

J’ai terminé hier et publié aujourd’hui l’article que j’avais sous le coude depuis plus d’un mois : Hong Kong X – Une crise politique ukrainienne. Or je découvre ce matin, à l’heure de mon petit-déjeuner au Mexique, cet éditorial du Khmer Times en date du 25 octobre 2019.

Révolution de couleur avec les caractéristiques de Hong Kong

Les violentes manifestations à Hong Kong au cours des sept derniers mois ont considérablement ébranlé l’économie, la légitimité et la société de ce centre financier de l’Asie. C’est très alarmant et un défi pour le gouvernement de Hong Kong d’intervenir de manière appropriée et efficace afin de limiter les émeutes.

Le gouvernement chinois considère les manifestations comme une « révolution de couleur » avec des caractéristiques propres à Hong Kong, en raison d’émeutes généralisées dans toute la ville. Les dommages collatéraux sont sérieux et dépassent Hong Kong.

Zhang Xiaoming, directeur du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao (HKMAO) du Conseil des Affaires d’État, a déclaré que les manifestations reflètent les « caractéristiques évidentes d’une révolution de couleur » (soulèvement violent d’une partie du peuple téléguidé par l’étranger et qui trouve son origine en Europe de l’Est au début des années 2000).

Certains érudits chinois partagent le même point de vue. Le professeur Zhang Dinghuai de l’Université de Shenzhen a déclaré au Straits Times que les éléments communs des révolutions de couleur incluent de fortes revendications politiques spécifiques, l’ingérence de forces extérieures, des tentatives de manipulation du peuple, des affrontements et des troubles sociaux, des pressions énormes sur les autorités et le transfert de pouvoir par des méthodes prétendument « non violentes ».

Il est généralement observé que l’ingérence étrangère est le catalyseur d’une transition de pouvoir violente et illégitime sous prétexte de démocratie et de droits de l’homme dans les pays frappés par des révolutions de couleur.

Les symptômes de la révolution de couleur incluent la création du chaos social et de l’instabilité politique, la perturbation des fonctions de l’État, la remise en cause de la légitimité de l’État, provoquant un ralentissement économique ou une crise.

Habituellement, les dirigeants de ces mouvements utilisent les termes « lutte pour la démocratie, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ». Mais ces révolutions de couleur ont souvent conduit à une instabilité politique à long terme et à une morosité de l’économie.

Nous devons comprendre que la démocratie n’est pas une conséquence mais un processus et un trajet. Aucune société n’a été capable de construire une société démocratique et un système politique du jour au lendemain. La démocratie doit être comprise comme un moyen de parvenir à la paix, à la stabilité et à la prospérité à long terme, ce qui nécessite une réflexion à long terme et une intervention stratégique.

La démocratie ne fonctionne pas bien sans des bases économiques solides, une communauté locale résiliente et éduquée, un leadership efficace et des institutions étatiques.

Les citoyens de Hong Kong jouissent de la paix et du développement depuis 1997 dans le cadre de la politique « un pays, deux systèmes ». Il n’y avait pas beaucoup de mécontentement du peuple contre le gouvernement alors que le niveau de vie était élevé et les affaires marchaient bien.

Cependant, les choses ont commencé à changer en 2014 lorsque des milliers de manifestants ont envahi les rues pour réclamer la liberté électorale. Les étudiants représentaient la force principale derrière les manifestations. L’ampleur des manifestations et de l’ingérence étrangère à cette époque étaient bien moindre qu’aujourd’hui.

L’esprit des manifestations de 2014 s’est poursuivi jusqu’à présent. Les manifestations sont devenues des émeutes et portent les traits d’une révolution de couleur. C’est un développement dangereux en effet. Le système éducatif de Hong Kong a implanté les « valeurs et idéaux libéraux » auprès des jeunes.

Ces idéaux ont été manipulés politiquement par des politiciens populistes et extrémistes prêts à saisir l’opportunité de délégitimer le gouvernement pour accéder au pouvoir. La jeune génération à Hong Kong est vulnérable aux manipulations politiques car ses opinions politiques sont largement motivées par des conceptions du monde à court terme, utopiques et irréalistes.

L’édification d’une nation est un processus à long terme. La démocratie est un trajet. La paix, la stabilité, l’harmonie sociale et la prospérité partagée sont les objectifs de l’édification de la nation. Pour un grand pays, avec une population d’environ 1,4 milliard d’habitants, d’ethnies, de religions et de croyances diverses, ce n’est pas une tâche facile pour la Chine de construire un système politique intégré de valeur.

Les jeunes de Hong Kong devraient en apprendre davantage sur les processus de construction de la nation dans d’autres pays et en tirer des leçons pour eux-mêmes et pour leur communauté. Ils devraient également apprendre les expériences des pays qui ont traversé une instabilité sociale et politique prolongée et une guerre civile avant d’arriver à des valeurs de paix et de stabilité.

Le Cambodge peut offrir des enseignements historiques au peuple de Hong Kong en ce qui concerne les souffrances de la guerre et des conflits. Les Hongkongais ne devraient pas dépendre totalement d’une puissance majeure [comme les États-Unis] pour les aider à réaliser leur rêve. Ils doivent définir et déterminer eux-mêmes l’avenir de Hong Kong.

Une révolution de couleur ne fera que causer des dommages collatéraux aux Hongkongais, avec une instabilité sociale et politique à long terme et un ralentissement économique. Les besoins réels des jeunes de Hong Kong sont les opportunités d’emploi, un bien-être socio-économique décent et le bonheur familial.

S’il vous plaît, Hongkongais, réveillez-vous et vivez avec les réalités. L’avenir est entre vos mains!

S’il vous plaît, Cambodgiens, réveillez-vous et voyez les dégâts que peut causer un homme politique nocif comme Sam Rainsy.

Source : Khmer TimesLa gazette du citoyenRéseau International.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong X – Une crise politique ukrainienne


 

Ce qui se passe à Hong Kong, ou plutôt ce qu’on en sait à travers le filtre des médias, ressemble étrangement à ce que les mêmes médias ont baptisé révolutions de couleurs et qui furent instrumentalisées par différentes agences de renseignements américaines.
Il s’agissait pour les États-Unis de déstabiliser la Russie post-soviétique dans ses régions frontalières : Géorgie au Caucase (2003), Ukraine en Europe de l’Est (2004 et 2014), Biélorussie en Europe de l’Est (2005) et Kirghizistan en Asie (2005) [1].

Il s’agit aujourd’hui pour les États-Unis, en complément de la guerre économique, de déstabiliser politiquement la Chine dans ses régions frontalières : Tibet, Xinjiang et Hong Kong. L’assaut mené au Tibet en 2008 via des ONG fut un échec [2]. Le soutien aux islamistes du Xinjiang n’a pas donné non plus les résultats attendus car cette région n’est pas l’Afghanistan et le gouvernement de Pékin a créé les conditions du développement économique et social de cette province qui est maintenant désenclavée via l’initiative une Ceinture une Route [3]. Il reste Hong Kong, qui occupe une position géostratégique importante et est facile à investir car aucun visa n’est exigé pour entrer sur le territoire et, héritage de la colonisation, l’anglais est pratiqué par beaucoup [4].

Comme en Ukraine, les stratèges américains ont remis deux fois le couvert via des réseaux qui existaient avant la rétrocession de 1997. En 2014, ils avaient déjà instrumentalisé des manifestations baptisées révolution des parapluies sous le prétexte naturellement de la démocratie. Hier, on convertissait les sauvages aux lumières de la civilisation chrétienne et aujourd’hui à celles de la démocratie. Les conversions se font toujours l’arme au poing, mais elles sont pilotée aujourd’hui à très longue distance…
Pendant les 148 ans de l’occupation britannique personne n’avait protesté du fait que le gouverneur de Hong Kong était désigné par la couronne d’Angleterre. Mais, depuis la rétrocession à la Chine, tout le monde milite pour le suffrage universel à Hong Kong et chaque 1er juillet est l’occasion de mobiliser une population de plus en plus inquiéte de la dégradation de son niveau de vie [5].

La mayonnaise a prit cette année car les inégalités sociales deviennent criantes à Hong Kong notamment en matière de logement.

[Une place de parking vendue 1 million de dollars à Hong Kong] Cette transaction est révélatrice de la flambée de l’immobilier à Hong Kong, à l’origine de nombreux problèmes sociaux et d’inégalités de richesse atteignant des niveaux sans précédent depuis 45 ans.
Les difficultés de logements à Hong Kong ont nourri la contestation des jeunes à Hong Kong ces derniers mois, même si leurs revendications sont politiques.
Le coefficient de Gini, qui mesure les disparités de revenus, est à Hong Kong le plus élevé de toutes les économies développées en 2016. Un habitant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté.
Source : Les Echos, 24/10/2019.

Comment peut-on parler sérieusement de démocratie à Hong Kong alors que le plus grand nombre s’enfonce dans la misère sociale.

Les inégalités sont un facteur puissant mais souvent ignoré qui sous-tend les frustrations des Hongkongais. Et, contrairement au discours pro-démocratie dominant, l’échec du gouvernement autonome de Hong Kong à s’attaquer au problème provient de la politique électorale à laquelle les manifestants sont si attachés.
Source : Project Syndicate, 27/08/2019.

N’en déplaise à tous les charognards, Hong Kong ne subira pas le sort de l’Ukraine ! La Chine veut et a les moyens de garder ce territoire même si son importance économique ira en diminuant. Deng Xiaoping avait anticipé ce processus en faisant du bourg de Shenzhen la première zone économique spéciale de Chine en 1980. Depuis, Shenzhen est devenue la Silicon Valley et une grande place financière de la Chine et, en 2018, son produit intérieur brut a dépassé celui de Hong Kong [6].

01/11/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Voir sur l’Ukraine :
Winter on Fire (2015), Monde en Question.
Ukraine on Fire (2016), Monde en Question.
Lire sur les interventions de la CIA :
William BLUM, Les guerres scélérates – Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Parangon, 2004.
Blum nous démontre que la période d’après-guerre, loin d’avoir été froide, a fait des millions de victimes, particulièrement dans les États qui ont eu la volonté de s’affranchir politiquement et économiquement de Washington. Tout au long de cette période, les États-Unis ont soutenu de nombreuses dictatures, écrasé des gouvernements démocratiquement élus et des mouvements de libération, au nom de la démocratie et de la lutte contre le complot communiste international.
Yvonnick DENOËL, Gordon THOMAS, Le livre noir de la CIA,, 2007 [Texte en ligne].
John PRADOS, Histoire de la CIA, 2019 [Texte en ligne].

[2] Lire : Tibet, articles, revue de presse et dossier.

[3] Lire :
Xinjiang, articles, revue de presse et dossier.
une Ceinture une Route, articles, revue de presse et dossier.

[4] Lire :
Hong Kong, articles, revue de presse et dossier.
La prochaine guerre américaine, Monde en Question.

[5] Lire :
Julia CAGÉ, Le prix de la démocratie, 2018 [Texte en ligne].
Luciano CANFORA, Exporter la liberté – Échec d’un mythe, 2008 [Texte en ligne].
Gilles DORRONSORO, Le reniement démocratique – Néolibéralisme et injustice sociale, 2018 [Texte en ligne].
Hélène THOMAS, Les vulnérables – La démocratie contre les pauvres, 2010 [Texte en ligne].

[6] Lire :
From « High-Speed » to « High-Quality » Growth Shenzhen, the birthplace of China’s economic miracle, goes low-carbon, East Asia & Pacific on the Rise, 03/07/2014.
Hong Kong II – De la crise économique à la crise politique, Chine en Question, 02/09/2019.
Passé et avenir de la Chine, observations d’un Chinois d’outre-mer, French-China, 29/10/2019.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong IX – L’extradition sans commentaire


Suivre l’actualité, courir après le vent.
Penser l’actualité, marcher à contre-courant.

 

Hong Kong (AFP) – L’homme accusé de meurtre dont le projet d’extradition vers Taïwan avait déclenché le vaste mouvement de protestation qui secoue Hong Kong depuis près de cinq mois a été remis en liberté mercredi à Hong Kong où il devrait désormais rester.

La crise à Hong Kong était née de la contestation populaire d’un projet de loi, depuis suspendu, permettant les extraditions vers la Chine.

Le pouvoir exécutif hongkongais avait décidé de soumettre ce texte après le meurtre d’une jeune femme par son petit ami hongkongais Chan Tong-kai, en 2018 à Taïwan, où ils passaient des vacances.

M. Chan avait fui et était rentré à Hong Kong d’où il ne pouvait pas être extradé, faute de traité d’extradition entre l’ex-colonie britannique et Taïwan, que la République populaire de Chine considère comme une de ses provinces.

Le meurtrier présumé, qui a purgé une peine 18 mois d’emprisonnement pour avoir volé des biens appartenant à sa petite amie, a présenté ses excuses à la famille de la victime.

« Je suis prêt à me rendre (…) et à retourner à Taïwan pour faire face au procès et purger ma peine », a déclaré à la presse Chan Tong-kai, 20 ans, à sa sortie de prison.

Mais pour le moment il ne retournera pas à Taïwan, l’île ayant déclaré qu’il ne serait pas admis au titre de visiteur ordinaire. La présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, a affirmé que le suspect ne pouvait qu’être arrêté et ne pouvait pas se rendre.

Taipei avait demandé mardi l’autorisation d’envoyer du personnel à Hong Kong afin d’aller le chercher. Les autorités hongkongaises ont rejeté cette demande, jugée irrespectueuse et « totalement inacceptable ».

Le secrétaire à la Sécurité de Hong Kong, John Lee a déclaré mercredi que M. Chan avait purgé sa peine à Hong Kong et était désormais un « homme libre ».

« Le gouvernement n’a pas le droit de lui imposer des mesures obligatoires », a indiqué M. Lee, exhortant Taïwan à ne pas faire obstacle pour permettre à M. Chan de se rendre. « Si la justice n’est pas rendue, Taïwan doit en assumer toutes les responsabilités », a-t-il ajouté.

La proposition de loi sur les extraditions a déclenché une vaste mobilisation, avec des manifestations et actions quasi-quotidiennes depuis plus de quatre mois, donnant lieu à la pire crise politique depuis la rétrocession en 1997 de l’ex-colonie britannique à la Chine.

Source : AFP – L’Obs.

Lire aussi :
Une place de parking vendue 1 million de dollars à Hong Kong, Les Echos, 24/10/2019.
Cette transaction est révélatrice de la flambée de l’immobilier à Hong Kong, à l’origine de nombreux problèmes sociaux et d’inégalités de richesse atteignant des niveaux sans précédent depuis 45 ans. Les difficultés de logements à Hong Kong ont nourri la contestation des jeunes à Hong Kong ces derniers mois, même si leurs revendications sont politiques [sans commentaire].
Le coefficient de Gini, qui mesure les disparités de revenus, est à Hong Kong le plus élevé de toutes les économies développées en 2016. Un habitant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté.
Lire aussi : Hong Kong I – De la crise économique à la crise politique, Chine en Question.
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong VIII – Des députés militent pour le chaos


 

Le Parlement de Hong Kong, saccagé le 1er juillet [1], a réouvert le 16 octobre. Les députés de l’opposition, qui se prétendent démocrates et soutiennent le projet de loi des États-unis contre Hong Kong (Hongkong Human Rights and Democracy Act) [2], ont malmené la chef de ­l’exécutif, Carrie Lam, et l’ont empêchée de présenter son discours de politique générale.

Les médias dominants dénoncent à grand bruit la violence des catalans qui ont osé manifester contre la condamnation des dirigeants séparatistes, mais soutiennent haut et fort tous ceux qui « causent du chaos » à Hong Kong – dans la rue et au Parlement – tout en restant prudemment enfermés dans leurs bureaux climatisés à l’abri des foules qu’ils méprisent.


CNA, média de Singapour moins propagandiste que les médias de France

 

Voici un compte-rendu du discours de Carrie Lam publié par la presse chinoise [3] :

Carrie Lam Cheng Yuet-ngor, cheffe de l’exécutif de Hong Kong, a déclaré le 16 octobre matin dans son discours de politique annuel que les actes qui prônent l’indépendance de Hong Kong et menacent la souveraineté, la sécurité ou les intérêts de la Chine en matière de développement ne seront pas tolérés. Elle a également annoncé que le logement et les terrains à Hong Kong seront une priorité absolue.

Mme Lam a réitéré son engagement à adhérer au principe Un pays, deux systèmes, alors que Hong Kong cherche le moyen de sortir de la tempête pour saisir l’arc-en-ciel dans le contexte de chaos prolongé que connaît la ville.

Elle a souligné l’importance de la sauvegarde de l’État de droit, une valeur fondamentale d’une importance primordiale pour Hong Kong, et qui est la pierre angulaire du succès de la ville.

Elle a également appelé toutes les parties à assumer leurs responsabilités afin de protéger les forces institutionnelles de Hong Kong développées par différents organes et organisations.

Le logement et les terrains disponibles ont été les priorités de son discours. Le logement est le problème de subsistance le plus difficile auquel la société de Hong Kong est confrontée. C’est aussi une source de griefs publics, a-t-elle déclaré, ajoutant que pour répondre à la demande de logements de la population, le gouvernement de la RAS doit augmenter de manière persistante l’offre de terrains pour le développement de logements. [4]

Elle a proposé une approche dirigée par le gouvernement pour la planification de l’utilisation des terres et des infrastructures et la reprise ou la saisie des terres privées nécessaires à des fins publiques. Mme Lam a annoncé qu’un flux régulier de projets de reprise des terres en vertu de l’ordonnance sur la reprise des terres est en cours.

Environ 700 hectares de terres privées seront repris, dont 400 environ au cours des cinq prochaines années, soit bien plus que les 20 hectares repris ces cinq dernières années, a-t-elle précisé.

Son allocution a également porté sur les politiques visant à améliorer les moyens de subsistance, le développement des enfants et la santé publique. Pour aider davantage les familles de salariés à faibles revenus à devenir autonomes et à réduire la pauvreté intergénérationnelle, Mme Lam a proposé de relever tous les taux de versement de l’allocation de famille active. Il y aura une augmentation de 16,7% à 25% de l’allocation de foyer liée aux heures de travail dans le cadre du programme, tandis que l’allocation pour enfant augmentera considérablement de 40%, a-t-elle annoncé.

18/10/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Lire : Hong Kong VII – La terreur noire sous le masque de la démocratie, Chine en Question, 16/10/2019.

[2] Lire : Chine : le plus haut organe législatif condamne l’ingérence américaine dans les affaires de Hong Kong, Xinhua, 17/10/2019.

[3] Source : Carrie Lam souligne la primauté de l’État de droit dans son discours de politique annuel, Le Quotidien du Peuple, 17/10/2019.

[4] Lire : Hong Kong I – De la crise économique à la crise politique, Chine en Question, 30/08/2019.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong VI – Une crise politique corse


 

À partir de 1965, la Corse fut le théâtre sanglant de revendications régionalistes puis autonomistes et enfin nationalistes. En 1975, les nationalistes du FLNC sont passés à la lutte armée en réclamant des droits nationaux du peuple corse, le droit à l’autodétermination et un pouvoir populaire démocratique en Corse. Michel Poniatowski, ministre de l’Intérieur, envoya 1200 gendarmes et CRS, des blindés et des hélicoptères. En 1996, après avoir réglé leurs comptes entre factions, les nationalistes ont annoncé théâtralement un cessez-le-feu (photo plus haut). Mais, en 1998, un commando assassina le préfet Claude Érignac. Ce n’est qu’après les assassinats de l’avocat Antoine Sollacaro et du Président de la Chambre de Commerce de Corse-du-Sud Jacques Nacer en 2012, que la nature mafieuse du nationalisme corse apparaît au grand jour pour tout le monde.

La situation à Hong Kong ressemble en partie à celle de la Corse. Les revendications soi-disant démocratiques sont accompagnées de manifestations organisées par des commandos dont le but est de provoquer les plus de dégâts possibles y compris en tabassant des Hongkongais soupçonnés d’être favorables à Pékin.


Cet homme a lancé Nous sommes tous chinois !.
Un journaliste international lui a bloqué le passage et un émeutier masqué l’a frappé par derrière.

 

Il faut savoir que la mafia chinoise a soutenu le gouvernement de Tchang Kaï-chek qui l’utilisa contre les communistes et que, après la prise du pouvoir par le Parti Communiste en 1949, elle a émigré avec armes et argent à Hong Kong et Taïwan. Or, depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, elle craint par dessus tout de perdre son pouvoir et fera tout pour le garder [1]. Comme je l’ai indiqué précédemment, les manifestations sont encadrées par des gens, qui évoluent selon la méthode des commandos (en petits groupes très mobiles) et qui sont dotés d’un équipement sophistiqué (identique pour tous). Cela nécessite une préparation et une logistique en amont et donc une organisation structurée et naturellement des fonds [2].

Face à la violence des nationalistes corses, y compris la violence armée, le gouvernement français envoya des gendarmes, des CRS et même des militaires pour maintenir l’ordre public. Le gouvernement chinois, n’en déplaise aux journalistes occidentaux qui agitent ce spectre, ne tombera pas dans ce piège. Il sait mieux que quiconque que le prix politique serait très élevé dans un contexte où les États-Unis et l’Europe n’attendent qu’un faux pas pour ostraciser la Chine [3]. Le gouvernement chinois ne recourra pas aux méthodes expéditives du gouvernement français parce que, plus prosaïquement, il a beaucoup moins besoin de Hong Kong pour maintenir et accroître son développement économique [4].

Par contre, le gouvernement chinois défendra, les armes à la main s’il le faut, sa souveraineté sur Hong Kong, territoire qu’il a récupéré en 1997 après 155 ans d’occupation britannique (traité de Nankin en 1842). C’est la ligne rouge que certains stratèges d’officines, plus moins liées au gouvernement américain, sont prêts à franchir, mais le gouvernement chinois a montré au cours du défilé traditionnel du 1er octobre 2019 qu’il était prêt à faire face à cette éventualité [5].

14/10/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Les triades sont un thème récurrent du cinéma hongkongais et américain. IMDb recensent 210 films, mais il oublie deux des trois films de CHAN Fruit qui traitent à la fois du thème de la rétrocession de Hong Kong à la Chine et de celui des triades : Xianggang zhizao – Made in Hong Kong (1997), Hui nin yin fa dak bit doh – The Longest Summer (1998) et Xilu xiang – Little Cheung (1999).

[2] Lire : Hong Kong IV – Photos avec commentaires, Chine en Question, 09/10/2019.

[3] Lire : Déclaration du porte-parole de l’ambassade de Chine sur la situation à Hong Kong, Ambassade de la République Populaire de Chine en République Française, 06/10/2019.

[4] Lire :
Hong Kong II – De la crise économique à la crise politique Chine en Question, 02/09/2019.
Comment le « miracle chinois » a éclipsé Hong Kong, Statista, 04/09/2019.

[5] Lire :
Le défilé d’anniversaire de la Chine dévoile de nouvelles armes qui influenceront les stratégies US, Réseau international, 01/10/2019.
Pourquoi la Russie a-t-elle décidé d’épauler la Chine dans la création d’un système d’alerte d’attaque par missile ?, Sputnik, 04/10/2019.
Pourquoi ce nouveau drone hypersonique chinois serait une mauvaise nouvelle pour la marine US ?, Sputnik, 05/10/2019.

Lire aussi :
Dossier Corse, Monde en Question.
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong V – L’extradition en question


Suivre l’actualité, courir après le vent.
Penser l’actualité, marcher à contre-courant.


Pour décrypter cette photo lire le petit cours de rattrapage en sémiotique

 

Les médias dominants soutiennent inconditionnellement les manifestations qui se déroulent à Hong Kong alors qu’ils condamnent grèves et manifestations en France :

En 2010 par exemple, Eric Fottorino s’indignait de l’atteinte à la liberté d’expression des éléments minoritaires et incontrôlés de la CGT.
Lire : L’im-Monde contre les grèves, 23/10/2010.

On nous dit et nous répète à satiété que le projet de loi d’extradition serait la cause des manifestations à Hong Kong depuis plusieurs mois :

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dimanche dans le centre de Hong Kong pour réclamer l’abandon d’un projet de loi qui autoriserait des extraditions vers la Chine continentale pour y être jugé par la justice chinoise.
Source : Reuters – Challenges, 28/04/2019.

J’en doute sérieusement pour une raison toute simple : le gouvernement français et le gouvernement de Hong Kong ont signé le 4 mai 2017 un accord mutuel d’extradition sans suscité aucune inquiétude. Le projet de loi nº1419, déposé le 21 novembre 2018, fut adopté le 22 mai 2019 sans que personne ne fasse de commentaire. Cela signifie que les soi-disant démocrates hongkongais trouvent légitime que Hong Kong extrade ses ressortissants à Paris (un pays étranger), mais illégitime qu’elle les extrade à Pékin (dans le même pays) ! Plus étrange encore, le rapporteur Jean-Michel Clément a exprimé la même opinion (voir l’extrait du compte-rendu).

Voici un extrait de l’accord mutuel d’extradition (source en note) :

L’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine relatif à la remise de personnes poursuivies ou condamnées vise donc, d’une part, à compléter le tissu conventionnel existant entre les deux parties et, d’autre part, à permettre la reprise d’une coopération judiciaire entre elles en matière de remise des personnes.

A cette fin, il prévoit que les deux parties s’engagent à se livrer réciproquement toute personne qui, se trouvant sur le territoire de l’une d’entre elles, est recherchée par l’autre partie aux fins de poursuites ou d’imposition ou d’exécution d’une peine.

L’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine relatif à la remise de personnes poursuivies ou condamnées a été signé le 4 mai 2017 à Hong Kong par le consul général de France à Hong Kong et Macao, M. Eric Berti, et par le Secrétaire à la sécurité de la Région administrative spéciale de Hong Kong, M. Tung-Kwok Lai.

Cet accord a fait l’objet du projet de loi nº1419 déposé le 21 novembre 2018, du rapport nº1971 déposé le 22 mai 2019 et du compte-rendu nº1819063 de M. Jean-Michel Clément publié à la même date.
Voici un extrait du compte-rendu (source en note) :

Quelles sont les spécificités de cet accord avec Hong Kong ? Contrairement à la plupart des accords bilatéraux, cette convention a été conclue avec un territoire qui n’est pas un État souverain. Depuis la rétrocession en 1997, Hong Kong a le statut de RAS de la République populaire de Chine (RPC).

Pour autant, en vertu du principe « un pays, deux systèmes », Hong Kong est une entité qui jouit d’une grande autonomie par rapport à la RPC. Ce haut degré d’autonomie est garanti par la Loi fondamentale – la Basic Law -, qui sert de constitution à l’ancienne colonie britannique. Parce qu’il s’agit d’un État de droit, Hong Kong reste une place forte de l’économie asiatique, notamment pour les entreprises françaises. Elle est encore aujourd’hui la troisième place financière au monde. Cette autonomie, à laquelle sont profondément attachés les habitants de Hong Kong, se retrouve, d’une part, dans sa capacité à conclure des accords bilatéraux avec des États tiers, et notamment des conventions d’entraide judiciaire, et d’autre part, dans l’organisation de son système judiciaire, pénal et carcéral.

L’ingérence de la Chine au sein du système judiciaire est particulièrement inquiétante. Dans sa forme la plus brutale, cette pression se traduit par des enlèvements sur le territoire autonome. Dans sa forme plus douce, elle est visible au travers des avis donnés par l’Assemblée nationale populaire pour orienter l’issue des instances en cours à Hong Kong. Depuis quelque temps, un projet de loi qui vise à permettre l’extradition de personnes vers la Chine est en cours de discussion à Hong Kong. Il a entraîné les manifestations les plus importantes dans la région autonome depuis 2014. Nous devons y être vigilants.

Je souhaite toutefois rassurer notre commission sur un point : les risques que la pression chinoise fait peser sur les relations entre la France et Hong Kong en matière d’extradition sont maîtrisés. L’accord d’extradition avec Hong Kong, comme celui qui nous lie déjà à la Chine, comprend les garde-fous classiques dans ce type d’accord pour se prémunir contre la menace d’arbitraire ou d’ingérence. Il prévoit l’exclusion des infractions politiques, l’interdiction d’extrader une personne qui risque la peine de mort ou encore l’interdiction de poursuivre ou punir une personne pour des infractions distinctes de celles qui ont motivé sa remise. Dans le cadre de chaque demande d’extradition, nos autorités diplomatiques et judiciaires évalueront les risques liés aux atteintes à l’autonomie judiciaire de Hong Kong.

Compte tenu de ces garanties, j’appelle la commission à autoriser la ratification de cette convention.

Suivant l’avis du rapporteur, la commission adopte le projet de loi nº1419 :
Est autorisée l’approbation de l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine relatif à la remise de personnes poursuivies ou condamnées, signé à Hong Kong le 4 mai 2017, et dont le texte est annexé à la présente loi.

Ce qui se passe à Hong Kong, ou plutôt ce qu’on en sait à travers le filtre des médias, ressemble étrangement à ce que les mêmes médias ont baptisé révolutions de couleurs et qui furent instrumentalisées par différentes agences de renseignements américaines. Les prochains articles analyseront les points de convergence de la situation politique entre Hong Kong et la Corse et entre Hong Kong et l’Ukraine.

11/10/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Loi du 10 mars 1927 sur l’extradition, Le droit criminel.
Le Gouvernement français peut livrer, sur leur demande, aux Gouvernements étrangers tout individu non Français ou non-ressortissant français qui, étant l’objet d’une poursuite intentée au nom de l’État requérant ou d’une condamnation prononcée par ses tribunaux, est trouvé sur le territoire de la République ou de ses possessions coloniales.
Accord avec Hong Kong sur la remise de personnes poursuivies ou condamnées, Assemblée nationale :
Texte de l’accord international signé à Hong Kong le 4 mai 2017
Étude d’impact non datée
Projet de loi nº1419 déposé le 21 novembre 2018
Rapport de la Commission des affaires étrangères nº1971 déposé le 22 mai 2019
Compte-rendu nº18190-63 de M. Jean-Michel Clément publié le 22 mai 2019
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong II – De la crise économique à la crise politique


Je hais la politique car elle devient injustice, car elle trahit la parole pour le slogan.
Stefan Zweig in Stefan Zweig Farewell to Europe (2016) – Stefan Zweig, adieu l’Europe [16’09].

 

Pour comprendre ce qui se passe à Hong Kong, il est nécessaire de situer la crise actuelle dans un contexte géoéconomique et géopolitique plus général.

Les États-Unis sont en guerre contre la Chine depuis 1856 (seconde guerre de l’opium) aux côtés de l’Angleterre et la France. Il s’agissait de démanteler l’économie chinoise qui menaçait les grandes puissances alors que la dynastie Qing était dans sa phase décadente [1]. La République de Chine resta sous domination étrangère entre 1911 et 1949. La Chine retrouva son indépendance nationale en octobre 1949, date de la proclamation de la République populaire de Chine, mais ce n’est qu’à partir de 2001 qu’elle a retrouvé le niveau de développement qu’elle avait atteint au XIXe siècle [2].

Le gouvernement américain a soutenu Tchang Kaï-chek jusqu’à sa mort en 1975. Même si la République populaire de Chine fut admise à l’ONU le 25 octobre 1971, les États-Unis n’établiront des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine que le 1er janvier 1979.
Tchang Kaï-chek, replié à Taïwan depuis 1949, fonda en 1966 la WACL – Ligue anticommuniste mondiale renommée opportunément Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie en 1990 comme par hasard après la chute du mur de Berlin. De hauts responsables de la CIA, tels Ray S. Cline, ont joué un rôle important dans l’organisation de la WACL. Les liens de cette organisation avec l’extrême droite sont notoires [3].

Depuis 1945, les États-Unis contrôle tous les pays via une structure militaires divisée en cinq zones [4], l’OTAN sous commandement américain et, depuis 2001, des partenariats de coopération militaire [5]. À cela s’ajoute les interventions de la CIA [6], celles d’armées secrètes sous couvert ou non de l’OTAN [7] et, last but not least, le recours aux mercenaires divers et variés notamment les terroristes se réclamant de l’islam comme au Xinjiang.

Les frontières de la Chine sont sous le contrôle militaires des États-Unis (marron), auquel s’ajoutent les anciennes colonies américaines (orange) et les multiples groupes islamistes instrumentalisés (vert) sans compter les réseaux d’espionnage dont on ne sait rien par définition [8].

Une guerre militaire n’aura pas lieu frontalement entre les États-Unis et la Chine, sauf un possible dérapage [9]. L’administration américaine de Donald Trump, comme le fit celle de Barack Hussein Obama, maintiendra la pression aux frontières, notamment en mer de Chine, et poursuivra ses tentatives de déstabilisation au Tibet, au Xinjiang, au Myanmar (Birmanie) et aujourd’hui à Hong Kong, cette ancienne colonie britannique. Mais la guerre se déroule essentiellement sur le front économique.

Depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, Hong Kong est dans le collimateur du gouvernement américain qui espère, en plombant son économie, ralentir par ricochet sinon stopper la progression de la Chine dans l’économie mondiale. Cette politique a en partie porté ses fruits puisque Hong Kong est dans une phase de déclin économique. La spéculation immobilière en est l’aspect le plus visible y compris pour les médias dominants [10].

Le gouvernement chinois savait pertinemment que la rétrocession de la colonie britannique ne serait pas un processus facile et il avait anticipé les embûches que préparaient plus ou moins ouvertement les puissances occidentales en développant Shenzhen, ville ultra moderne dont le produit intérieur brut a dépassé celui de Hong Kong en 2018 [11].


Shenzhen située à la frontière entre Hong Kong et la Chine continentale

 

Hong Kong perd chaque jour de sa puissance au profit de Shenzhen. Si les grosses fortunes, même moins nombreuses, maintiennent vaille que vaille leur taux de profit, la petite bourgeoisie d’affaires paye les frais de cette crise de décroissante en basculant petit à petit dans la pauvreté. Cette crise économique se traduit naturellement par un profond désarroi social qui est aujourd’hui instrumentalisé politiquement non seulement à Hong Kong mais aussi à l’étranger… contre le gouvernement de Pékin [12].

Quatre leçons que Washington doit tirer de la guerre commerciale avec la Chine :

La première leçon est que la Chine ne courbe pas l’échine face à la tactique de pression maximale des États-Unis.
La deuxième leçon que ces faucons devraient apprendre est que l’économie chinoise est assez forte et résiliente pour résister à cette pression.
Le troisième fait que les faucons du commerce à Washington devraient cesser de nier, c’est que cette guerre commerciale nuit à leur peuple et à leurs entreprises.
Enfin, dernier point et non le moindre, les États-Unis devraient apprendre à se comporter comme une puissance mondiale responsable et cesser d’agir comme une « brute de cour d’école ». En tant que seule superpuissance du monde, les États-Unis doivent assumer leur responsabilité et se joindre à d’autres pays pour faire de ce monde un endroit meilleur et plus prospère.
Ce n’est qu’alors que les États-Unis pourront retrouver leur grandeur.
Source : Xinhua, 01/09/2019

02/09/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Un siècle de guerres contre la Chine :
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa, 10/08/2008.
Michel TIBON-CORNILLOT, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa, 29/08/2008.
Corinne AUTEY-ROUSSEL, Guerres de l’opium : le viol de la Chine par les puissances occidentales, Entelekheia, 30/04/2017.
Dossier Histoire Chine, Monde en Question.

[2] L’économie chinoise XIXe-XXIe siècles :
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [BooksGooglePerspectives chinoisesTexte en ligne].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Dossier Économie Chine, Monde en Question.

[3] États-Unis/Chine – Ligues anticommunistes :
Chronologie Relations Chine-USA, Kronobase.
2004, Une source inédite de l’histoire de l’anticommunisme : les archives de l’Entente internationale anticommuniste (EIA) de Théodore Aubert (1924-1950), Matériaux pour l’histoire de notre temps.
18/02/2017, Comment le centre international de l’anticommunisme s’est ancré au bout du lac , Tribune de Genève.
WACL, Right Web.
août 1983, Du pogrome au combat pour la liberté, Le Monde diplomatique.
avril 1986, La Ligue anticommuniste mondiale, Le Monde diplomatique.
12/05/2004, Ligue Anti-communiste mondiale – World Anti-Communist League (WACL), Réseau Voltaire.

[4] Le contrôle militaire du monde :
Carte USom
Contrôle de l’Amérique du Nord, USNorthCom.
Contrôle de l’Amérique du Sud, USSouthCom.
Contrôle de l’Europe, USEuCom.
Contrôle de l’Afrique, USAfriCom.
Contrôle du Moyen-Orient, USCentCom.
Contrôle de l’Asie et de l’Océanie, USPaCom.
Carte bases militaires dans le Pacifique
Au 30 juin 2011, l’ensemble des Forces militaires américaines, c’est-à-dire l’US Army, l’US Navy, l’US Air Force et l’US Marine Corps (exception faite de l’US Coast Guard qui compte 43 521 personnels d’active au 30 septembre 2011) regroupaient 1 434 312 militaires répartis sur un millier de bases dans une centaine de pays.
Par comparaison, la Chine possède une et une seule base militaire à Djibouti !
Lire : La Chine construit sa première base militaire à l’étranger, Sputnik, 13/07/2017.

[5] L’OTAN :
Pays membres
Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA)
Partenariat avec pays non membres
Manlio DINUCCI, Brève histoire de l’OTAN de 1991 à nos jours, Le Grand Soir, 23/10/2017.

[6] Les guerres de la CIA :
William BLUM, Les guerres scélérates – Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Parangon, 2004 [Le Grand Soir].
John K. COOLEY, CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Autrement, 2002.

[7] Les guerres secrètes de l’OTAN :
Daniele GANSER, Les armées secrètes de l’OTAN, Demi Lune, 2007 réédition 2011 et 2016 [Monde en Question].
Daniele GANSER, Les guerres illégales de l’OTAN – Une chronique de Cuba jusqu’à la Syrie, Demi Lune, 2017 [Monde en Question].

[8] Le contrôle militaire de la Chine :
Bases militaires : Corée du Sud, Japon, Philippines
Opération Enduring Freedom : Afghanistan
Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA) : Kazakhstan, Kirghizistan, Tajikistan
Partenariat avec pays non membres : Afghanistan, Pakistan, Corée du Sud, Japon, Mongolie

[9] Lire : La prochaine guerre américaine, Monde en Question.

[10] Lire : Hong Kong, de la crise économique à la crise politique I, Chine en Question.

[11] Shenzhen une zone de démonstration socialiste :
07/12/2017, Shenzhen-Hong Kong Connect, des noces de coton en or, Lazuli International.
Articles Shenzhen, Lazuli International.
28/02/2019, Shenzhen surpasses HK in GDP China Daily.
Articles Shenzhen, China Daily.
19/08/2019, La Chine va faire de Shenzhen une zone de démonstration socialiste, Xinhua.
19/08/2019, Beijing wants Shenzhen to play ‘key role’ in tech innovation for planned Greater Bay Area, The Japan Times.
26/08/2019, Ce n’est pas pour remplacer Hong Kong que Beijing relève le statut de Shenzhen, Le Quotidien du Peuple [c’est l’inverse qui est vrai].
29/08/2019, Shenzhen va introduire davantage de règles commerciales dans sa nouvelle zone de développement, Le Quotidien du Peuple.

[12] Lire : Les médias préparent la guerre contre la Chine, Chine en Question.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géoéconomie, Monde en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.