Chine en Question

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Travail, luttes sociales et régulation du capitalisme dans la Chine contemporaine


 

Les transformations économiques et sociales d’une Chine devenue capitaliste suscitent des commentaires fascinés ou craintifs. Quand les uns soulignent l’enrichissement de la population, le pragmatisme des dirigeants, et la grandeur retrouvée du pays, les seconds insistent sur les risques d’instabilité sociale, l’autoritarisme, la corruption et l’ampleur des dégâts environnementaux.

En cherchant à renouveler l’analyse du développement chinois et de ses conséquences, cet ouvrage collectif et pluridisciplinaire encourage le lecteur à se défaire d’une vision manichéenne des mutations en cours.

Pour ce faire, la transition économique est analysée au prisme des transformations institutionnelles et juridiques des entreprises et du rapport salarial. Si l’abandon des anciennes structures socialistes et le développement du secteur privé ont permis d’atteindre des taux de croissance inégalés sur plus de trois décennies, ils ont également conduit à la déstabilisation du monde du travail, avec l’émergence de conflits et de revendications qui menacent la stabilité sociale. Tout l’enjeu est alors de savoir avec quels acteurs (État, organisations de travailleurs, entreprises multinationales, « société civile ») et à partir de quels compromis sociopolitiques peut se construire une régulation « à la chinoise » du capitalisme.

Clément SEHIER, Richard SOBEL, Travail, luttes sociales et régulation du capitalisme dans la Chine contemporaine, Presses Universitaires du Septentrion, 2015 [Texte en ligne].

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Transformations silencieuses IV


 

Pendant que François Hollande poursuit sa croisade et permet au FN d’engranger les gains

Les 1er et 2 décembre, tous les médias chinois ont célébré la nouvelle, annoncée le 30 novembre par une conférence de presse de Christine Lagarde, d’inclure le Renminbi dans le panier des monnaies de réserve du FMI servant de références pour le calcul des droits de tirage spéciaux (DTS).

La satisfaction des autorités chinoises est encore augmentée par le fait que le poids relatif du Yuan dans le panier des monnaies de réserve sera de 10,92%, avant le Yen japonais (8,3%) et la Livre Sterling (8,1%), ce qui fait de la devise chinoise la 3e monnaie de référence globale, après l’Euro (30,9%) et le Dollar (41,7%).

Alors que la Banque Centrale a atteint l’objectif de faire figurer le Yuan au cœur de la direction des finances mondiales, la question est de savoir si Pékin a l’intention de pousser son avantage pour tenter de hisser sa monnaie au niveau d’une réserve globale à parité avec le Dollar.

A terme, la décision du FMI encouragera les banques centrales à détenir plus de réserves en monnaie chinoise et contribuera à augmenter l’utilisation du Yuan dans les transactions commerciales. Elle pourrait aussi pousser les autorités chinoises à ouvrir plus avant le marché des capitaux en Chine et à réaliser l’objectif que le Parti s’est lui-même fixé, de parvenir en 2020, à un marché du Yuan complètement libre dont le taux serait fixé sans entraves par le marché.

Le Renminbi accède au cercle fermé des monnaies de référence du FMI, Question Chine

Lire aussi :
• USA, FMI et Chine créent une « union monétaire » contre l’Allemagne, Sputnik.
• Edwin Le Heron : « Place importante pour le yuan baissera le rôle du dollar », Sputnik.
• Jacques Sapir : « face aux pressions US, la France devrait opter pour le yuan », Sputnik.
Dossier documentaire Chine – Économie, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Transformations silencieuses III


 

Ces dix dernières années, les rapports économiques et commerciaux franco-chinois ont un fort impact sur l’économie française […].

L’Empire du Milieu ne cesse, en effet, de racheter des entreprises françaises, allant des aéroports (comme celui de Toulouse-Blagnac, décidée en décembre 2014 et réalisée en avril 2015) jusqu’aux clubs de football (en juillet dernier, Sochaux-Montbéliard est devenu le premier club européen à passer totalement sous contrôle chinois).

Même PSA Peugeot Citroën n’est plus une entreprise familiale: avec l’arrivée de l’Etat français et du groupe chinois Dongfeng au capital, la famille fondatrice a perdu le contrôle qu’elle exerçait depuis plus de 200 ans.

Parmi les contrats chinois les plus connus on trouve le rachat, en 2003, par le chinois TCL, fabricant de matériel électronique, de la branche téléviseurs de Thomson, ce qui l’a porté au rang de premier fabricant de téléviseurs au monde.

Fait fâcheux: aujourd’hui, un château sur deux (ou presque), en Bourgogne notamment, est vendu aux Chinois. Une centaine de châteaux de Bordeaux sont sous contrôle chinois. Ce qui n’est pas étonnant, étant donné que l’Empire céleste est la première destination des vins de Bordeaux en volume et que les investissements chinois y progressent ces dernières années d’une manière exponentielle. Ainsi, l’homme d’affaires chinois Jinshan Zhang a acheté en 2012 le château du Grand Mouëys à Capian à l’est de Cadillac, dans l’Entre-deux-Mers. Et ce, avec l’ambition d’en faire un grand vin mais aussi un hôtel de luxe avec salles de séminaire pour le tourisme d’affaire chinois, plus un restaurant avec cuisine française et chinoise…

Quand les Chinois rachètent la France : aubaine ou menace ?, Sputnik

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Craintes américaines de la monnaie chinoise


 

Même si la part de la monnaie chinoise dans les transactions globales reste faible, son impact international augmente rapidement. Cet élan est favorisé par l’ouverture prudente du compte de capital en Chine, la multiplication des transactions commerciales libellées en Renminmi, la réduction importante des obligations en Dollars et en Euros durant la crise, et enfin par les initiatives prise par la Chine et les BRICS pour créer des institutions financières concurrentes du FMI et de la Banque Mondiale.

Face à l’internationalisation de la monnaie chinoise et à l’émergence d’institutions financières qui échappent à son contrôle, l’administration américaine craint l’affaiblissement de l’influence du Dollar et redoute une érosion de sa puissance globale. Cette inquiétude s’est exprimée par les fausses manœuvres de la Maison Blanche après l’annonce par Pékin de la création de la Banque d’Investissement d’Infrastructures à l’automne dernier.

L’utilisation croissante du Renminbi pose la question de son rôle comme monnaie de réserve internationale. Il est probable que d’ici une dizaine d’années le Yuan chinois pourrait supplanter le Dollar en Asie. Il est même possible qu’il se hisse à parité avec l’Euro dans l’Eurozone. Mais les réticences politiques chinoises à ouvrir complètement le compte de capital pour rendre le Yuan librement convertible pourraient contrarier sa marche vers le statut de monnaie de réserve globale.

Lire la suite… Question Chine

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Transformations silencieuses II


 

S’il y avait encore des doutes sur l’insondable bêtise des médias commerciaux occidentaux, sachez que le point culminant du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Beijing a été présenté comme celui où le président russe Vladimir Poutine a prétendument « dragué » l’épouse du président chinois Xi Jinping – et la censure chinoise qui a suivi du geste de Poutine qui a posé un châle sur ses épaules dans l’air froid où les dirigeants étaient rassemblés. Et puis quoi encore ? Poutine et Xi présentés comme un couple gay ?

Oublions ces clowns et passons aux choses sérieuses. Dès le début, le président Xi a exhorté l’APEC à « ajouter du bois sur le feu de l’économie de l’Asie-Pacifique et mondiale ». Deux jours plus tard, la Chine a obtenu tout ce qu’elle voulait.

1) Beijing a vu l’ensemble des 21 états membres de l’APEC approuver la Zone de libre-échange de l’Asie-Pacifique (FTAAP) – la version chinoise d’un accord commercial « tout inclus et que des avantages » capable de faire progresser la coopération Asie-Pacifique – voir le quotidien South China Morning Post. Le perdant a été l’accord de Partenariat Trans-Pacifique (TPP) défendu par les Etats-Unis, rédigé par les multinationales, et farouchement combattue – en particulier par le Japon et la Malaisie. [Voir ici]

2) de Beijing a avancé son projet de « connectivité tous azimuts » (selon les termes de Xi) à travers l’Asie-Pacifique – qui implique une stratégie à plusieurs volets. Une de ses caractéristiques principales est la mise en place de la banque d’investissement Asian Infrastructure Investment Bank dotée de 50 milliards de dollars et basée à Beijing. C’est la réponse de la Chine à Washington qui refusait de lui accorder une voix plus représentative au Fonds Monétaire International que l’actuelle et maigre 3,8% des voix (une part plus faible que les 4,5% détenus par la France en stagnation).

3) Beijing et Moscou se sont engagés dans un second méga-accord sur le gaz – cette fois à travers le gazoduc Altaï en Sibérie occidentale – après un premier méga-accord « Puissance de la Sibérie » conclu en mai dernier.

4) Beijing a annoncé un investissement initial de pas moins de $40 milliards pour lancer la construction de la ceinture économique Route de la Soie et de la Route de la Soie maritime 21e siècle.

De manière prévisible, une fois de plus, cette vague vertigineuse d’accords et d’investissements devait déboucher sur la plus spectaculaire et ambitieuse infrastructure plurinationale jamais entreprise : les multiples Nouvelles Routes de la Soie – ce réseau complexe de trains à grande vitesse, de pipelines, de ports, de fibres optiques et du nec plus ultra en matière de télécommunications que la Chine est déjà en train de construire à travers l’Asie centrale, reliés à la Russie, l’Iran, la Turquie et l’océan Indien, et qui bifurque vers l’Europe jusqu’à Venise, Rotterdam, Duisburg et Berlin.
Maintenant, imaginez la terreur des élites de Washington et Wall Street qui observent Beijing interconnecter le « Rêve Asie-Pacifique » de Xi bien au-delà de l’Asie de l’Est et tous azimuts, vers le commerce pan-Eurasie – dont le centre sera, comme s’il pouvait en être autrement, l’Empire du Milieu ; dans un avenir proche, une Eurasie transformée en ceinture de Soie chinoise massive, dans certaines régions choisies, une sorte de plan urbain de développement avec la Russie.

Vlad ne fait pas des trucs stupides

En ce qui concerne ‘Don Juan’ Poutine, tout ce qu’il faut savoir sur la priorité économique / stratégique de l’Asie-Pacifique pour la Russie a été distillé dans son intervention au sommet de l’APEC.

C’était en fait une mise à jour économique de son désormais célèbre discours [version française ] lors de la réunion de Club Valdaï à Sotchi en octobre, suivi par de nombreuses questions/réponses, qui a également été dûment ignoré par les médias des sociétés occidentales (ou présenté comme une nouvelle « agression ») .

Le Kremlin est arrivé à la conclusion que les élites de Washington & Wall Street n’ont absolument aucune intention de permettre un minimum de multipolarité dans les relations internationales. Il ne reste que le chaos.

Il ne fait aucun doute que la réorientation de Moscou de l’Occident vers l’Asie de l’Est est un processus directement influencé par la soi-disant doctrine de politique étrangère « ne faites pas des trucs stupides » du président Barack Obama, une formule qu’il a trouvé à bord de l’avion présidentiel Air Force One en avril dernier lors de son retour d’un voyage en – devinez – Asie.

Mais la symbiose/partenariat stratégique entre la Russie et la Chine se développe à plusieurs niveaux.

En matière d’énergie, la Russie se tourne vers l’est parce que c’est là que la demande est la plus forte. Quant au financement, Moscou a mis fin à la parité du rouble avec le dollar américain et l’euro ; sans surprise, le dollar américain a immédiatement – même si brièvement – chuté contre le rouble. La banque russe VTB a annoncé qu’elle pourrait abandonner la bourse de Londres pour celle de Shanghai – qui est sur le point d’être directement connectée à Hong Kong. Et Hong Kong, quant à elle, attire déjà les géants énergétiques russes.

Mélangez à présent tous ces événements clés avec le double accord énergétique massif en yuans-roubles, et le tableau est clair ; La Russie se protège activement contre les attaques spéculatives & politiques des Occidentaux contre sa monnaie.

La symbiose/partenariat stratégique sino-russe se développe visiblement sur l’énergie, la finance et, inévitablement, dans le domaine de la technologie militaire. Ce qui inclut le point crucial de la vente par Moscou à Beijing du système de défense aérienne S-400 et, à l’avenir, du S-500 – contre lequel les Américains sont impuissants ; et cela alors que Pékin développe des missiles qui peuvent dégommer tout ce que l’US Navy est capable d’aligner.

Quoi qu’il en soit, à l’APEC, Xi et Obama ont au moins convenu d’établir un mécanisme de notification mutuelle sur les principales opérations militaires. Ce qui pourrait – et le mot clé est « pourrait » – éviter en Asie de l’Est une réplique des incessantes pleurnicheries de l’OTAN du genre « La Russie a envahi l’Ukraine ».

Tremblez, néo-conservateurs

Quand le petit Dubya Bush est arrivé au pouvoir au début de 2001, les néo-conservateurs étaient confrontés à une dure réalité : ce n’était qu’une question de temps avant que les Etats-Unis perdent de manière irréversible leur hégémonie géopolitique et économique mondiale. Il n’y avait donc que deux alternatives ; gérer le déclin, ou miser le tout pour le tout pour consolider l’hégémonie mondiale en recourant à – quoi d’autre – la guerre.

Nous connaissons tous le vœu pieux qui a accompagné la guerre « à moindre coût » contre l’Irak – de Paul Wolfowitz et son « Nous sommes la nouvelle OPEP » à l’illusion que Washington pouvait intimider de manière décisive tous les concurrents potentiels, l’UE, la Russie et la Chine.

Et nous savons tous de quelle manière spectaculaire tout a mal tourné. Et même si cette aventure de mille milliards de dollars, comme l’a analysé Minqi Li dans The Rise of China and the Demise of the Capitalist World (la montée de la Chine et la chute du monde capitaliste), « a dilapidé la marge de manœuvre stratégique de l’impérialisme US », les impérialistes humanitaires de l’administration Obama n’ont pas encore renoncé et refusent d’admettre que les États-Unis ont perdu toute capacité à fournir la moindre solution significative à l’actuel, comme dirait Immanuel Wallerstein, système-monde.

Il y a des signes sporadiques d’une vie géopolitique intelligente dans les milieux universitaires US, comme ici sur le site Web Wilson Center (même si la Russie et la Chine ne sont pas un « défi » à un prétendu « ordre » mondial : leur partenariat est en réalité orienté pour créer un peu d’ordre dans tout ce chaos.)

C’est pourtant un article comme celui-ci dans US News qui réussit à se faire passer pour une « analyse » académique dans les grand médias américains.

En plus de cela, les élites de Washington & Wall Street – par la myopie de leur Think Tanks – s’accrochent encore à des platitudes mythiques telles que le rôle « historique » des États-Unis en tant qu’arbitre de l’Asie moderne et garant incontournable de l’équilibre des pouvoirs.

Il n’est donc pas étonnant que l’opinion publique aux États-Unis – et en Europe occidentale – soit incapable ne serait-ce que d’imaginer l’impact fracassant qu’auront les Nouvelles Routes de la Soie sur la géopolitique en ce début du 21ème siècle.

Les élites de Washington & Wall Street – avec une arrogance digne de la guerre froide – ont toujours considéré comme acquis que Beijing et Moscou seraient irréconciliables. Désormais, c’est l’étonnement qui prévaut. Notez comment « le pivotement vers l’Asie » de l’administration Obama a été complètement effacé de la narration – après que Beijing l’ait reconnu pour ce qu’il était : une provocation belliqueuse. Le nouveau concept est « rééquilibrage ».

Quant aux entreprises allemandes, elles sont littéralement en train de péter les plombs de joie devant les Nouvelles Routes de la Soie reliant Beijing à Berlin – et, point crucial, via Moscou. Les politiciens allemands devront tôt ou tard comprendre le message.

Tout cela sera discuté à huis clos ce week-end lors des réunions clés en marge du G20 en Australie. L’alliance en cours entre la Russie, la Chine et l’Allemagne sera là. Les BRICS, avec ou sans crise, seront là. Tous les acteurs du G-20 qui travaillent activement à un monde multipolaire seront là.

L’APEC a une nouvelle fois démontré qu’en matière de géopolitique, plus ça change et moins c’est pareil ; tandis que les chiens de guerre, chantres de « l’exceptionnalisme », de l’inégalité et du diviser pour régner continuent d’aboyer, la caravane sino-russe pan-Eurasienne poursuit son chemin, toujours plus loin, et encore plus loin, sur la route (multipolaire).

18/11/2014
Pepe Escobar
Le Grand Soir

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Transformations silencieuses I


 

Les entreprises françaises rachetées par des chinois . Bilan des 10 dernières années
Entre 2003 et fin 2013, le nombre d’implantations chinoises en France a significativement augmenté, passant de 9 à 33 par an, selon le rapport de l’agence française pour les investissements internationaux (AFII). Le récent rachat de l’hôtel Marriott des Champs Elysée par le fonds d’investissements chinois Kuai Yuan Holdings pour une somme de 344.5 millions d’euros en est le dernier exemple.
Question Chine

La Chine se prépare à briser le blocus visant la Russie imposé par les États-Unis
La Chine deviendra, à la fin de cette année, la première économie du monde, menaçant le statut de leader militaire des Etats-Unis dans l’ouest du Pacifique. Les Etats-Unis ne maintiennent leur statut actuel que par parce qu’ils mettent tout en œuvre pour contenir la puissance économique chinoise en déployant des forces militaires considérables dans les Océans Indien et Pacifique.
[…]
Pour résumer, la Chine a des intérêts communs avec la Russie en Asie du sud-est, c’est à dire retirer les Etats-Unis de ce marché qui représente 60 % de la population mondiale. Sans la technologie militaire de pointe et la fourniture de pétrole et de gaz par la Russie, l’économie chinoise devrait stagner. Le récent plan d’investissement de la Chine en Europe de l’est fait également partie de la politique commune russo-chinois pour casser l’hégémonie américaine.
Mondialisation

Beijing, le crépuscule asiatique post Bretton Woods
Le vendredi 24 octobre, un groupe de 22 pays asiatiques s’est réuni à Beijing, pour signer un accord approuvant finalement la création de la Banque Asiatique d’Investissement pour l’Infrastructure (AIIB en anglais), un an après que le Président de la République Populaire de Chine, Xi Jiping, en a fait la proposition lors du Forum de Coopération Economique Asie-Pacifique (APEC), à Bali, en Indonésie.
[…]
Les principes directeurs d’AIIB seront « justice, équité, ouverture » dans une claire allusion à l’écrasante domination de Washington dans le gouvernement de l’Architecture Financière Internationale. 70 ans après la Conférence de Bretton Woods, le rôle des Etats-Unis comme gendarme du capitalisme mondial reste intact malgré son enlisement économique et le haut niveau de sa dette, aussi bien publique que privée. « On pourrait comparer cela à un match de basket où les Etats-Unis établiraient la durée du match, la taille du terrain, la hauteur du panier et tout adapteraient tout selon leurs besoins » condamna Wei Jianguo, ex ministre du Commerce Chinois.
[…]
Sachant que le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie et l’Australie n’ont pas souhaité appuyer la mise en route de l’AIIB à cause des pressions du Gouvernement de Barak Obama, le soutien majoritaire du continent asiatique a montré que les efforts faits par la Maison Blanche pour affaiblir l’intégration régionale sont extrêmement limités face à la diplomatie du yuan. De plus, la mise en place de nouvelles institutions défie clairement les piliers de Bretton Woods et accentue le processus de transition vers de nouvelles formes de gouvernement avec pour objectif la régionalisation financière. Peut-être qu’à un moment l’ère américaine s’écroulera brutalement face à l’éclat resplendissant du crépuscule asiatique centré sur l’ascension multipolaire de Beijing.
Le Grand Soir

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Comment réaliser le « rêve chinois » à l’ère de la mondialisation ?


La mondialisation est la plus grande caractéristique de notre époque, où les intérêts des différents pays s’imbriquent fortement. La réalisation du « rêve chinois » dépend donc non seulement de nos efforts et de notre action réelle, mais nécessite également de bien gérer les relations avec le monde extérieur, d’étudier et de s’inspirer des expériences et des leçons des autres pays en la matière.

Le fameux « rêve américain » est né de l’autre côté du Pacifique. Les films hollywoodiens recèlent quant à eux du concept suivant : des immigrés arrivent en masse aux Etats-Unis par bateau et sautent de joie en apercevant la statue de la Liberté, comme s’ils pouvaient y gagner plus d’argent que n’importe où ailleurs et jouir de la plus grande des libertés.

Pourtant, à la suite des tourmentes de la crise financière, ceux qui se sont rendus aux Etats-Unis en emportant le rêve américain dans leur valise ne sont plus aussi enthousiastes qu’autrefois. La réalité actuelle est bien différente : la bulle immobilière a éclaté, la situation économique demeure morose, le taux de chômage grimpe sans cesse, la qualité de vie de la population baisse, la classe moyenne s’affaiblit et la population pauvre augmente considérablement.

Mais, en attendant, les financiers de Wall Street continuent de jeter l’argent par les fenêtres, plus de 80% de la nouvelle richesse est entre les mains de moins de 1% de la population américaine. Lorsque l' »occupation de Wall Street » s’est propagée sur le territoire américain, le « rêve américain » s’est brisé a révélé une réalité toute autre, celle du pillage de la richesse de la majorité par une minorité.

De l’autre côté du continent eurasien, l’Europe tente de bâtir une communauté supranationale et a ainsi fait naître le « rêve européen ». Dans l’ouvrage de Jeremy Rifkin, le « rêve européen » représente le nouveau rêve de développement de l’humanité et met l’accent sur le sens de la communauté au niveau politique, la diversité culturelle, des conditions de vie raffinées, la durabilité du développement et le multilatéralisme dans la coopération planétaire. A en croire toutes ces promesses, le « rêve européen » semble idéal, et les Européens ne cessent de le vendre au reste du monde.

Ce qui est regrettable, c’est que depuis l’éclatement de la crise de la dette européenne, le « rêve européen » est de plus en plus remis en question. Certains pays européens qui recherchent une qualité de vie au détriment du contexte national sont criblés de dettes et auront du mal à poursuivre leur développement. Au pic de la crise, la zone euro s’est enfoncée pendant un temps dans la panique du démantèlement.

Depuis la fondation de la République populaire de Chine, les Chinois ont travaillé d’arrache-pied pendant plusieurs générations, en ne comptant que sur leur propre labeur, pour faire de l’ancienne Chine un nouveau pays chaque jour plus prospère et plus puissant.

Aujourd’hui, la puissance de la Chine s’accroît sans cesse et son PIB s’est hissé au deuxième rang mondial. Les conditions de vie de la population se sont considérablement améliorées, et sont accompagnées de progrès énormes sur le plan social et dans d’autres domaines. Nous nous approchons de notre « rêve chinois ».

Par ailleurs, la réalisation du « rêve chinois » doit faire face à un grand nombre de défis sur le plan de l’écologie, des ressources et des énergies, du développement social et de certains dossiers internationaux. Certains pays ne veulent pas ou n’acceptent pas de voir la Chine réaliser son rêve. Ils mettent en place, consciemment ou inconsciemment, toutes sortes d’obstacles à la Chine, dans le but de ralentir sa course. Nous sommes confrontés à une situation internationale beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Quelles que soient les difficultés auxquelles nous devons faire face, nous poursuivrons notre course pour parvenir au « rêve chinois ». La réalisation du « rêve chinois » bénéficiera à toute la nation chinoise et apportera des bénéfices supplémentaires au reste du monde.

La Chine ne suivra pas la voie des anciens colonisateurs occidentaux qui ont pillé les ressources d’autrui, ni la voie brutale des militaristes qui ont envahi d’autres pays, ni même la voie erronée des hégémonistes. Nous continuerons à déployer des efforts inlassables, en comptant sur nos propres forces et en assimilant les acquis modernes de toutes les civilisations, pour réaliser enfin le grand rêve de la nation chinoise.

28/03/2013
China Internet Information Center
Articles « rêve chinois » via Google

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Le monde a besoin du « rêve chinois »


Les rêves de chacun des Chinois ont contribué à l’essor fulgurant qu’a connu le pays au cours de ces trente dernières années. Quel est le « rêve chinois » aujourd’hui ? C’est la question que doit se poser inlassablement le monde, pour mieux comprendre la Chine.

De 2006 à 2008, l’Institut de diplomatie de Chine, dont j’étais le président à l’époque, a organisé, en partenariat avec l’Université des langues étrangères de Beijing, l’Université des langues étrangères de Tianjin et l’Université des langues de Beijing, un séminaire ayant pour thème « Rêve chinois et harmonie dans le monde ». Chaque année, y participaient des personnes de tous milieux professionnels, hauts fonctionnaires, scientifiques, entrepreneurs, travailleurs ordinaires, professeurs, étudiants, ainsi que des étrangers. Ils s’asseyaient autour d’une table et décrivaient leur propre vision du rêve de la Chine et les efforts qu’ils déployaient personnellement pour y parvenir.

À l’issue de chaque session, je discutais avec mes élèves qui y avaient pris part. Tous déclaraient que les expériences des orateurs les avaient inspirés. Une telle inspiration est plus que nécessaire face à la conjoncture nationale et internationale actuelle. Il convient dès lors d’apprendre à mieux appréhender le « rêve chinois ».

La capacité de rêver est un bien commun à l’humanité et chaque peuple dans le monde possède ses propres aspirations. Pour la Chine, à l’époque révolutionnaire, son rêve national consistait à sauver le pays de l’occupation étrangère et de la destruction due à la guerre, pour ensuite établir un pays indépendant, fort et démocratique. De nombreux Chinois patriotes ont risqué, et même, sacrifié leur vie pour cette cause. La puissance d’un rêve partagé ne doit pas être sous-estimée.

Aujourd’hui, nous entretenons des aspirations différentes. La Chine a connu un développement spectaculaire au cours des trois dernières décennies, depuis la réforme et l’ouverture, essor qui n’a été possible que par la somme des efforts de tous ses citoyens. Poursuivre un rêve est un processus à la fois doux et amer. Il faut faire preuve d’une forte volonté et éprouver un dur labeur, parfois au coût de sa santé, voire de sa vie. Mais la fierté et la satisfaction d’atteindre enfin la ligne d’arrivée et de remporter le trophée nous comblent nécessairement de joie.

Cependant, nous devons faire face à une réalité incontournable : la culture de l’argent s’est glissée à tous les niveaux de notre société. En conséquence, la Chine est confrontée à trois crises qui concernent la confiance, l’honnêteté et la crédibilité. Si l’intérêt matériel prend le dessus sur tout, les effets en seront désastreux pour la société.

À mon avis, le « rêve chinois » revêt trois caractéristiques marquées.

Premièrement, il s’agit du rêve de 1,3 milliard de personnes. Dans l’émergence de la Chine, il faut voir l’émergence de la plus nombreuse population qu’un pays n’ait jamais comptée dans l’histoire de l’humanité. La politique de réforme et d’ouverture que mène la Chine laisse à tous ses citoyens un grand espace pour qu’ils puissent réaliser leurs rêves. En dépit des écarts de richesse et des disparités entre les agglomérations urbaines et les régions rurales, globalement, le niveau de vie du peuple chinois à travers l’ensemble du pays est bien meilleur qu’il y a trente ans. Ces changements résultent de la mise en place de politiques appropriées, mais aussi de la puissance générée par le rêve de 1,3 milliard de personnes.

Deuxièmement, ce rêve s’est infiltré dans les moindres recoins de la société. Construire une nation moderne exige des contributions venant de tous les horizons. Selon un vieux proverbe chinois, « chaque métier dispose de son élite. » En Chine, beaucoup de héros, pourtant inconnus, ont accompli un excellent travail dans l’exercice de leurs fonctions. Ils ont réalisé leurs propres rêves en fournissant des efforts constants.

Troisièmement, ce rêve est ouvert sur le monde. Depuis la mise en œuvre de la réforme et de l’ouverture, les étrangers ont afflué en Chine, à la recherche d’opportunités commerciales, d’un emploi ou tout simplement, pour eux aussi suivre leurs propres rêves. La Chine les accueille, car elle poursuit un développement inclusif favorable à une coopération mondiale et avantageux pour tous. La Chine ne peut parvenir à un développement sain sans collaborer avec le reste du monde. Le concept « gagnant-gagnant » constitue la pierre angulaire d’un partenariat international durable. La Chine doit partager ses aspirations avec le monde. En ce sens, le « rêve chinois » fait partie intégrante du rêve de toute l’humanité.

Ce « rêve chinois » peut différer d’un habitant à un autre. Quel que soit son contenu, il me semble que chacun doit se comporter dignement et faire le bien autour de soi, en faveur de la société, de son pays et du monde. Tout emploi légitime a sa raison d’être et reflète une demande dans un service en particulier. Bien qu’un travail puisse paraître banal, chacun doit prendre conscience de l’honneur qu’il est de l’exécuter et déployer tous les efforts nécessaires pour améliorer ses performances.

Le monde a lui aussi besoin du « rêve chinois ». Aujourd’hui, la montée de la Chine a suscité l’inquiétude et la peur de certains pays. Ils n’osent imaginer ce qu’un si grand pays pourrait faire quand il sera surpuissant. Il est donc important pour eux de connaître et de comprendre les aspirations personnelles du peuple chinois qui constituent ce rêve chinois.

Les peuples du monde entier ont beaucoup en commun. Découvrir la vie quotidienne des Chinois ainsi que leurs expériences dans la poursuite d’un rêve passé peuvent leur permettre de nouer des liens plus étroits avec la Chine et leur faire comprendre que tout comme eux, les Chinois font des plans pour l’avenir. Cela pourrait apaiser la méfiance et l’hostilité d’autres pays envers l’émergence de la Chine.

Lors de ma rencontre avec Joshua Cooper Ramo, directeur général de Kissinger Associates, je l’ai informé de la tenue de la 3e session de « Rêve chinois et harmonie dans le monde ». Il a hautement apprécié le séminaire et a rédigé par la suite un article sur le sujet pour le journal Newsweek. Il partage l’avis que le monde a besoin de connaître la Chine, et que le discernement du « rêve chinois » peut contribuer à cette mission.

Aujourd’hui, l’Asie, et plus particulièrement l’Asie de l’Est, est devenue le centre de croissance économique mondiale. Les pays dans ces régions ont brillé par l’instauration de la paix au niveau régional et d’un contexte favorable à la mondialisation, en menant des réformes économiques orientées sur le marché et en réglant convenablement les conflits.

Depuis le XVIIIe Congrès national du PCC, la Chine entre dans une nouvelle phase de développement. Les dix prochaines années seront tant cruciales pour la Chine que pour le monde. La planète doit connaître le « rêve chinois », mais la Chine a également besoin que les autres pays soient informés de son rêve, parce qu’elle ne pourra pas l’accomplir en étant repliée sur elle-même. Le soutien et la coopération du monde sont nécessaires à la réalisation du « rêve chinois ».

01/03/2013
WU JIANMIN, professeur à l’Institut de diplomatie de Chine et membre de l’Académie européenne des sciences
Renmin Ribao

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Chine – Le nouveau capitalisme d’État


Où en est le capitalisme chinois ? Quels liens entretient-il avec les dirigeants communistes ? En même temps qu’à la modernisation, ce capitalisme va-t-il conduire à la démocratisation ? Toutes ces questions ont été au cœur des débats intellectuels sur la Chine depuis les années 2000. Pourtant, elles paraissent en décalage avec la situation actuelle. Un nouveau capitalisme d’État est en train d’émerger, fondé sur le rôle primordial d’un secteur public rénové et sur le dynamisme soigneusement circonscrit du secteur privé : sa puissance fragile est lourde de conséquence pour l’avenir de la planète.

Éminente spécialiste de la Chine dont elle suit les mutations depuis plus de quarante ans, Marie-Claire Bergère revient sur la nature hybride du régime chinois. Elle montre comment les réformes lancées depuis 1980 sont conduites de façon autoritaire par une élite dont l’objectif n’est pas de créer un système capitaliste, mais d’utiliser au mieux les ressources du marché pour développer la richesse de la Chine, renforcer sa puissance et préserver le monopole politique du Parti. Car le parti unique demeure la clé de voûte de ce système, un parti qui tire sa légitimité non plus de l’idéologie, mais de la croissance et de l’exaltation nationaliste.

Pour autant, les succès remportés par ce nouveau capitalisme d’État sont-ils durables et en font-ils un modèle transposable ? Bien des scénarios sont possibles. L’auteur opte ici pour celui d’une croissance économique persistante, même si ralentie, et du maintien d’un régime à la fois autoritaire et flexible.

Marie-Claire BERGÈRE, Chine – Le nouveau capitalisme d’État, Fayard, 2013.

Lire aussi :
• Le faux procès du capitalisme chinois, Le Temps, 11/02/2012.
The Economist s’inquiète du succès du capitalisme d’Etat dont la Chine serait le champion et qui défie le credo anglo-saxon de l’économie de marché. Le magazine britannique se trompe de cible.
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine- Économie, Monde en Question.

12 + 1 livres sur la Chine


Il règne dans le milieu universitaire le même racisme colonial que dans les médias dominants. Cela tient aux origines des études sur les Indes (Indes occidentales ou Amérique et Indes orientales ou Asie) et sur l’Afrique qui visaient à apporter « les bienfaits de la civilisation » occidentale à des sociétés jugées primitives. Ce que dit Laurence Roulleau-Berger de la sociologie est applicable aux autres sciences humaines.

Des formes de colonialisme scientifique ont marqué le développement de la pensée sociologique. Comme l’a écrit Edward Saïd, « l’orientalisme est un style occidental de la domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient… L’Orientalisme est – et non seulement représente – une dimension considérable de la culture politique et intellectuelle moderne et, comme tel, il a moins de rapports avec l’Orient qu’avec notre monde ». [1]

Si la traduction d’œuvres littéraires chinoises est aujourd’hui relativement abondante, celle d’ouvrages dans les domaines de la philosophie, des sciences sociales (sociologie, économie, politique, etc.), des sciences pures (mathématiques, astronomie, physique, etc.) et de l’histoire est quasi inexistante. Il suffit de consulter les catalogues des éditions en langues étrangères de Pékin, de la librairie Le Phénix, des éditions You Feng et des éditions Picquier pour s’en rendre compte.
En France particulièrement, le discours scientifique sur la Chine est réservé aux universitaires occidentaux qui donnent la parole à quelques Chinois… formés en Europe ou aux États-Unis.

Pensée chinoise
Les traductions disponibles sont principalement celles des penseurs taoïstes. Les études de la pensée chinoise iuxta propria principia [suivant son propre principe] sont peu nombreuses.
Je déconseille Claude WEILL qui présente une pensée asiatique construite en France.
Je recommande L’intelligence de la Chine – Le social et le mental de Jacques GERNET et Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois et Pensée d’un dehors (la Chine) de François JULLIEN.

Sciences sociales
Les rares traductions disponibles sont celles de L’art de la guerre de SUN Tzu et les œuvres choisies de JIANG Zemin qui remplacent celles de MAO Zedong, conspué en France par ses anciens idolâtres.
Je déconseille Jean-Louis ROCCA qui fait croire que la sociologie de la Chine construite en France serait la sociologie chinoise.
Je recommande La nouvelle sociologie chinoise sous la direction de Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu, L’économie chinoise – Une perspective historique de Angus MADDISON et La Chine et la démocratie sous la direction de Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL.

Sciences
Les traductions inexistantes dans ce domaine pourtant aussi important que la philosophie – terme grec qui ne correspond pas du tout au procès de la pensée chinoise.
Je recommande les travaux de Joseph NEEDHAM résumés dans La science chinoise et l’Occident à compléter par le très bel ouvrage Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions de Robert TEMPLE et La comète de Halley – Une révolution scientifique de Paolo MAFFEI qui contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise.

Histoire
Les traductions sont quasi inexistantes dans ce domaine. Il serait pourtant particulièrement intéressant de connaître comment s’écrit l’histoire chinoise en Chine notamment à travers l’étude des livres scolaires à différentes périodes. Dans l’ouvrage Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Marc Ferro ne consacre que 14 pages à la Chine. L’essentiel de sa documentation repose sur des études américaines. Il cite seulement trois manuels du maître en chinois publiés respectivement par le Centre d’éducation de Shanghai (1958-1959), par le Centre d’enseignement populaire de Pékin (1959) et le Centre Nationale d’Éducation de Taïwan (1972), mais aucun ouvrage scolaire.
Je déconseille John King FAIRBANK qui, en tant que ancien fonctionnaire des services de renseignement, veut nous convaincre que l’Occident en général et les États-Unis en particulier seraient la lumière du monde.
Je recommande Le monde chinois de Jacques GERNET, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours de Marie-Claire BERGÈRE et Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium de Bernard BRIZAY.

Chine/Occident
La publication française d’ouvrages sur la Chine est peu importante en comparaison des publications anglo-américaines et reste cantonnée aux domaines de l’économie et de la politique. La majorité de ces livres ne correspondent pas, ou de très loin, à une réalité chinoise mais sont la construction d’une « Chine imaginaire » qui reflète les préjugés occidentaux à l’encontre d’une ex-colonie qui est en train de reprendre la place qu’elle occupait dans le monde avant que les puissances coloniales n’aient tenté de la ramener très loin en arrière grâce au trafic de la drogue.

Une bonne méthode de tri est de repérer l’usage du terme l’Empire du Milieu pour désigner la Chine. L’auteur, qui utilise cette expression, est au mieux d’une ignorance crasse et au pire un propagandiste anti-chinois. Beaucoup relèvent des deux catégories.

08/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Références bibliographiques :
Pensée chinoise
Jacques GERNET, L’intelligence de la Chine – Le social et le mental, Gallimard, 1994.
Même s’il existe des constantes qui tiennent aux caractères fondamentaux et les plus durables de chaque civilisation, la thèse de l’immobilisme chinois est trop absurde pour qu’on s’attache à la réfuter. Nous ne connaissons bien que ce qui nous touche de près : notre univers d’Occident. La civilisation chinoise inviterait sans doute à d’autres conceptions du religieux, de l’économique, du social et du politique. Mais elle souffre d’un redoutable handicap : à peu près ignorée même dans ces aspects les plus élémentaires, elle présente à ceux qui l’abordent les plus redoutables obstacles en raison de ses singularités, des difficultés de sa langue écrite, de sa richesse, de son évolution et des ruptures qu’elle a connues au cours de trois millénaires et demi. Aucune étude n’invite autant à la modestie.
L’auteur réuni ici des textes parus entre 1955 et 1992. Ils touchent à des aspects divers et à divers moments de cette longue histoire. Leur intérêt n’est pas simplement celui de la connaissance d’un univers exotique : dans la mesure même où diffèrent toutes nos références et l’histoire dont nous sommes les héritiers, ils nous concernent directement. En témoignent, en particulier, l’influence des plus anciens rituels religieux de l’écriture dans la formation de l’imposante tradition historiographique de la Chine ; le rôle déterminant de la révolution étatique, fondatrice d’un pouvoir non plus centré sur la ville et morcelé comme jadis en Occident, mais territorial et unifié ; l’importance attachée au milieu et aux premières impressions de vie ; les transformations contemporaines de la reproduction courante du livre au XIXe siècle ; l’intérêt porté au changement et aux oppositions non exclusives, et l’absence de toute idée de réalités immuables.
François JULLIEN, Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 1989 réédition Points Seuil, 1996.
Que toute réalité soit conçue comme processus en cours, relevant d’un rapport d’interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu’il y ait, par conséquent, à l’origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement, c’est là une représentation de base de la culture chinoise.
François JULLIEN et Thierry MARCHAISSE, Pensée d’un dehors (la Chine) – Entretiens d’Extrême-Occident, Seuil, 2000.
Entreprenant ici un premier bilan de son travail, et l’ouvrant ainsi aux non-spécialistes, François Jullien nous promène à travers le foisonnement des interrogations que fait lever la Chine face à l’Europe et nous confronte à l’expérience que, loin de nous, durant des millénaires, elle a accumulée.
En choisissant de dialoguer avec un philosophe, il entend proposer une introduction vivante, parce que questionnante, et sans facilités, à ce que nous entrevoyons trop vaguement comme la « Sagesse de l’Orient » et, chemin faisant, dégager de nouvelles intelligibilités.
Serge LEFORT, La pensée asiatique construite en France [par Claude WEILL], Chine en Question.

Sciences sociales
Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL (sous la direction de), La Chine et la démocratie, Fayard, 2007.
Enraciné dans l’histoire de l’Empire et du premier XXe siècle, appuyé sur des recherches pour la plupart inédites, l’inventaire porte sur les institutions publiques et « civiles », les mentalités et les pratiques, les débats d’idées et les expériences. Il montre que la vision des réformateurs de la Chine républicaine, bien qu’influencée par l’Occident, était nourrie d’une tradition juridique chinoise forte, et même « moderne » à certains égards.
Mais le retour actuel au droit, tel que l’analysent les dernières parties, ne suffit pas à garantir l’ouverture politique. Faut-il y voir une sorte de compensation illusoire, ou bien le détour par lequel pourrait émerger une nouvelle forme de citoyenneté ?
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [Télécharger].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu (sous la direction de), La nouvelle sociologie chinoise, CNRS, 2008.
Ce livre est le premier sur la sociologie chinoise en français. Privée d’existence pendant trente ans, la sociologie chinoise a été refondée en 1979. Ce tournant dans l’histoire internationale de la pensée, ainsi que l’intégration des théories occidentales, la restructuration de la discipline, et la multiplication des enquêtes qualitatives comme quantitatives qui ont été accomplies depuis, ne demeurent que trop méconnues.
Ce livre donne la parole à des sociologues chinois, témoins éminents de ce renouveau. L’État, la ville, le marché : en nous faisant entrer dans ces différents mondes sociaux de la Chine qui constituent aussi des thèmes majeurs de leurs recherches, c’est la réalité même de la transition qu’ils nous font saisir.
Ainsi voit-on s’affirmer, au cours de ces études souvent étonnantes, toujours passionnantes, une dynamique intellectuelle, originale, créative et vigoureuse au sein d’une société en grande transformation, appelée à marquer la sociologie contemporaine et à rénover notre vision tant de la Chine que du monde.
Serge LEFORT, La sociologie chinoise… construite en France, [par Jean-Louis ROCCA] Chine en Question.

Sciences
Paolo MAFFEI, La comète de Halley – Une révolution scientifique, Fayard, 1985
Contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise : un chapitre sur les observations chinoises, un catalogue des sources chinoises, une carte du ciel chinois et un long chapitre sur l’histoire de la comète de Halley établie grâce à l’astronomie chinoise.
Joseph NEEDHAM, La science chinoise et l’Occident, Seuil, 1977.
Biologie, astronomie, médecine, histoire : la science chinoise a connu très tôt un développement considérable, dont Joseph Needham dresse ici l’inventaire. S’y ajoute une masse de découvertes techniques (boussole magnétique, harnais adapté au cheval, étrier à pied, poudre à canon, etc.) qui, transmises à l’Europe, y ont produit un véritable bouleversement. Pourquoi cette tradition scientifique chinoise a-t-elle été si longtemps ignorée en Occident ? Pourquoi n’a-t-elle pas abouti au développement d’un civilisation plus technologique ? Autant de questions essentielles qui impliquent un radical changement de perspective.
Robert TEMPLE, Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions, Philippe Picquier, 2000 et 2007.
Bien des siècles avant l’Occident, la Chine avait déjà inventé un grand nombre des techniques sur lesquelles repose notre monde moderne. Voici détaillées l’origine et l’histoire de ces grandes découvertes chinoises, dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’astronomie, la médecine, la physique, les mathématiques, la musique, les transports ou la guerre. Elles révèlent l’extraordinaire inventivité de la Chine, depuis le premier millénaire avant notre ère jusqu’au XIIIe siècle, depuis la brouette ou le cerf-volant jusqu’à la combustion spontanée et l’identification des taches solaires.

Histoire
Marie-Claire BERGÈRE, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, 1989 et 2001.
1) L’Institutionnalisation de la révolution 1949-1956
2) La fuite dans l’utopie 1965-1976
3) Victoire et crise du pragmatisme 1976-1989
4) De l’isolement à l’ouverture : la politique extérieure depuis 1960
Cet ouvrage analyse les politiques économiques successives et leurs retombées sociales (fragmentation de la société en groupes antagonistes : ouvriers réticents, cadres apeurés, jeunesse sceptique, intellectuels réduits au silence). Il éclaire la lutte entre les diverses lignes et la montée de factionnalismes.
Bernard BRIZAY, Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium, Editions du Rocher, 2003.
Les 7 et 8 octobre 1860, le fabuleux Palais d’Eté de Pékin, le Versailles chinois, est pillé par les Français et les Anglais, au terme d’une expédition militaire destinée à ouvrir la Chine au commerce occidental… et surtout à l’opium que les Anglais produisent aux Indes ! Dix jours plus tard, sur ordre de Lord Elgin, il est incendié en représailles aux tortures et à la mort de prisonniers, otages des Chinois. Pour la Chine – et pour le patrimoine de l’Humanité -, la perte est immense, incalculable, irréparable.
Jacques GERNET, Le monde chinois, Armand Collin, 1972, 1980, 1990 et 1999.
« L’objet de ce livre est de servir d’introduction à l’histoire du monde chinois. Il est de montrer quelles ont été les étapes de sa formation, ses expériences successives, les apports qui, de toutes las parties du monde, sont venus l’enrichir au cours des siècles, les influences qu’il a exercées, sa contribution à l’histoire universelle. » (p.9) Bibliographie de l’ouvrage.
Serge LEFORT, La Chine vue par John FAIRBANK, Chine en Question.

Chine/Occident
Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000.
Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident.
Serge LEFORT, 中國 zhōng guó, Chine en Question.

Lire aussi :
Marc FERRO, Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Payot, 1986.
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa – La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.


[1] Références :
Laurence ROULLEAU-BERGER, Désoccidentaliser la sociologie – L’Europe au miroir de la Chine, Editions de l’Aube, 2011.
Comment penser la pluralité des récits des sociétés contemporaines ? Comment casser la hiérarchie construite par les colonialismes entre sociétés occidentales et sociétés orientales ? Il nous paraît aujourd’hui moins pertinent de penser la pluralité des « provinces du savoir » que de penser les continuités et les discontinuités, les agencements et les disjonctions entre des lieux de savoir situés à différents endroits du monde susceptibles de laisser apparaître un espace intermédiaire transnational à la fois local et global.
L’auteur cherchera ici à construire des effets de miroir entre sociologie chinoise et sociologie européenne autour des thématiques suivantes : emploi et travail ; frontières sociales et ségrégations urbaines ; modernités, sujet et souci d’autrui ; Etats, conflit social et action collective ; inégalités et parcours biographiques ; migrations internes et internationales. Un essai qui nous en apprend autant sur la sociologie chinoise que sur la sociologie européenne.
Edward SAÏD, L’orientalisme – L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980.
D’Eschyle à Kissinger, de Marx à Barrès, l’Occident a tenu un discours sur l’Orient. Mais, puisque «l’Orient» n’existe pas, d’où vient ce discours et comment expliquer son étonnante stabilité à travers les âges et les idéologies? «L’Orient» est une création de l’Occident, son double, son contraire, l’incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois, la chair d’un corps dont il ne voudrait être que l’esprit.
À étudier l’orientalisme, présent en politique et en littérature, dans les récits de voyage et dans la science, on apprend donc peu de choses sur l’Orient, et beaucoup sur l’Occident. Le portrait que nous prétendons faire de l’Autre est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre image.