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Chine : hausse, chute et ré-émergence en tant que puissance mondiale


 

L’étude du pouvoir mondial a été entachée par les historiens eurocentristes qui ont déformé et ignoré le rôle dominant joué par la Chine dans l’économie mondiale entre 1100 et 1800. L’étude historique brillante de John Hobson sur l’économie mondiale pendant cette période fournit une abondance de données empiriques. des données plaident en faveur de la supériorité économique et technologique de la Chine sur la civilisation occidentale pendant la plus grande partie du millénaire avant sa conquête et son déclin au XIXe siècle [1].

La réapparition de la Chine en tant que puissance économique mondiale soulève d’importantes questions sur ce que nous pouvons apprendre de sa précédente montée et de sa descente et sur les menaces externes et internes auxquelles cette nouvelle puissance économique émergente est confrontée dans un avenir immédiat.

Dans un premier temps, nous exposerons les principaux contours de l’ascension de la Chine historique vers la supériorité économique mondiale sur l’Occident avant le XIXe siècle, en suivant de près le récit de John Hobson dans Les Origines orientales de la civilisation occidentale. Puisque la majorité des historiens économiques occidentaux (libéraux, conservateurs et marxistes) ont présenté la Chine historique comme une société stagnante, arriérée et bornée, un « despotisme oriental » selon leur expression, des correctifs détaillés seront nécessaires. Il est particulièrement important de souligner comment la Chine, puissance technologique mondiale entre 1100 et 1800, a rendu possible l’émergence de l’Occident. Ce n’est qu’en empruntant et en assimilant les innovations chinoises que l’Occident a pu faire la transition vers les économies capitalistes et impérialistes modernes.

Dans la deuxième partie, nous analyserons les facteurs et les circonstances qui ont conduit au déclin de la Chine au XIXe siècle, à sa domination, son exploitation et son pillage par les pays impériaux occidentaux, en premier Angleterre puis le reste de l’Europe, le Japon et les États-Unis.

Dans la troisième partie, nous décrirons brièvement les facteurs conduisant à l’émancipation de la Chine de la domination coloniale et néo-coloniale et analyserons sa récente ascension pour devenir la deuxième plus grande puissance économique mondiale.

Enfin, nous examinerons les menaces passées et présentes pesant sur l’émergence de la Chine au pouvoir économique mondial, soulignant les similitudes entre le colonialisme britannique des XVIIIe et XIXe siècles et les stratégies impériales américaines actuelles et mettant l’accent sur les faiblesses et les forces des Chinois passés et présents réponses.

Chine : La montée et la consolidation du pouvoir mondial 1100 – 1800

Dans une étude comparative systématique, John Hobson fournit une mine d’indicateurs empiriques démontrant la supériorité économique globale de la Chine sur l’Occident et en particulier l’Angleterre. Voici les faits :

Dès 1078, la Chine était le principal producteur mondial d’acier (125 000 tonnes) alors que la Grande-Bretagne n’en produisait encore que 76 000 tonnes en 1788.

La Chine était le leader mondial des innovations techniques dans la fabrication des textiles, sept siècles avant la « révolution textile » britannique du XVIIIe siècle.

La Chine était la première nation commerçante, le commerce à longue distance atteignant la plus grande partie de l’Asie du Sud, de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe. La « révolution agricole » et la productivité de la Chine ont dépassé l’Occident jusqu’au 18ème siècle.

Ses innovations dans la production de papier, l’impression de livres, les armes à feu et les outils ont conduit à une superpuissance de fabrication dont les marchandises ont été transportées à travers le monde par le système de navigation le plus avancé.

La Chine possédait les plus grands navires commerciaux du monde. En 1588, les plus gros navires anglais étaient 400 tonnes contre 3 000 tonnes pour les navires chinois. Même à la fin du XVIIIe siècle, les marchands chinois employaient 130 000 navires de transport privés, plusieurs fois celui de Grande-Bretagne. La Chine a conservé cette position prééminente dans l’économie mondiale jusqu’au début du XIXe siècle.

Les constructeurs britanniques et européens ont suivi l’exemple de la Chine en assimilant et en empruntant sa technologie plus avancée et étaient impatients de pénétrer le marché chinois avancé et lucratif.

Le secteur bancaire, la stabilité de l’économie du papier-monnaie, la fabrication et les rendements élevés de l’agriculture ont permis au revenu par habitant de la Chine d’égaler celui de la Grande-Bretagne jusqu’en 1750.

La position dominante de la Chine a été remise en question par la montée de l’impérialisme britannique, qui avait adopté les innovations technologiques, de navigation et de marché avancées de la Chine et d’autres pays asiatiques pour contourner les stades antérieurs de devenir une puissance mondiale [2].

L’impérialisme occidental et le déclin de la Chine

La conquête impériale britannique et occidentale de l’Orient reposait sur la nature militariste de l’État impérial, ses relations économiques non réciproques avec les pays commerçants d’outre-mer et l’idéologie impériale occidentale qui motivait et justifiait la conquête à l’étranger.

Contrairement à la Chine, la révolution industrielle britannique et l’expansion à l’étranger ont été dictées par une politique militaire. Selon Hobson, au cours de la période de 1688-1815, la Grande-Bretagne était engagée dans des guerres 52% du temps [3]. Alors que les Chinois dépendaient de leurs marchés ouverts et de leur production supérieure et de leurs compétences commerciales et bancaires sophistiquées, les Britanniques comptaient sur la protection tarifaire, la conquête militaire, la destruction systématique des entreprises compétitives outre-mer ainsi que l’appropriation et le pillage des ressources locales. La prédominance mondiale de la Chine reposait sur des « avantages réciproques » avec ses partenaires commerciaux, tandis que la Grande-Bretagne comptait sur des armées mercenaires d’occupation, une répression sauvage et une politique de « diviser pour régner » pour fomenter les rivalités locales. Face à la résistance indigène, les Britanniques (ainsi que d’autres puissances impériales occidentales) n’hésitèrent pas à exterminer des communautés entières [4].

Incapable de conquérir le marché chinois par une plus grande compétitivité économique, la Grande-Bretagne comptait sur une puissance militaire brutale. Elle a mobilisé, armé et formé des mercenaires recrutés dans ses colonies en Inde et ailleurs pour forcer la Chine à importer ses produits et imposer des traités inégaux à des tarifs préférentiels. En conséquence, la Chine a été inondée d’opium britannique produit dans ses plantations en Inde – malgré les lois chinoises interdisant ou réglementant l’importation et la vente du stupéfiant. Les dirigeants de la Chine, habitués depuis longtemps à sa supériorité commerciale et industrielle, n’étaient pas préparés aux « nouvelles règles impériales » pour le pouvoir mondial. La volonté de l’Occident d’utiliser le pouvoir militaire pour gagner des colonies, piller les ressources et recruter d’immenses armées de mercenaires commandées par des officiers européens, a marqué la fin de la Chine en tant que puissance mondiale.

La Chine avait fondé sa prédominance économique sur la « non-ingérence dans les affaires intérieures de ses partenaires commerciaux ». En revanche, les impérialistes britanniques sont intervenus violemment en Asie, réorganisant les économies locales pour répondre aux besoins de l’empire (éliminant les concurrents économiques y compris des producteurs de coton indiens plus efficaces) et contrôlant les appareils politiques, économiques et administratifs locaux pour établir l’État colonial.

L’empire britannique a été construit avec des ressources saisies des colonies et à travers la militarisation massive de son économie [5]. Il a ainsi pu assurer la suprématie militaire sur la Chine. La politique étrangère de la Chine a été entravée par la dépendance excessive de son élite dirigeante à l’égard des relations commerciales. Les fonctionnaires chinois et les élites marchandes ont cherché à apaiser les Britanniques et ont convaincu l’empereur d’accorder des concessions extra-territoriales dévastatrices ouvrant des marchés au détriment des fabricants chinois tout en abandonnant la souveraineté locale. Comme toujours, les Britanniques ont précipité des rivalités internes et des révoltes qui ont encore déstabilisé le pays.

La pénétration et la colonisation occidentales et britanniques du marché chinois ont créé une toute nouvelle catégorie : les riches « compradores » chinois ont importé des biens britanniques et facilité la prise de contrôle des marchés et des ressources locaux. Le pillage impérialiste a forcé une plus grande exploitation et une plus grande taxation de la grande masse des paysans et ouvriers chinois. Les dirigeants de la Chine ont été obligés de payer les dettes de guerre et de financer les déficits commerciaux imposés par les puissances impériales occidentales en serrant la paysannerie. Cela a conduit les paysans à la famine et la révolte.

Au début du XXe siècle (moins d’un siècle après les guerres de l’opium), la Chine était passée du pouvoir économique mondial à un pays semi-colonial brisé avec une énorme population démunie. Les principaux ports étaient contrôlés par des fonctionnaires impériaux occidentaux et la campagne était soumise à la domination de seigneurs de guerre corrompus et brutaux. L’opium britannique a asservi des millions de personnes.

Les universitaires britanniques : des apologistes éloquents pour la conquête impériale

L’ensemble de la profession académique occidentale – en premier lieu les historiens impériaux britanniques – attribuait la domination impériale britannique de l’Asie à la « supériorité technologique » anglaise et la misère et le statut colonial de la Chine au « retard oriental » sans mentionner la supériorité millénaire du commerce et des avancées techniques de la Chine qui a duré jusqu’au début du 19ème siècle. À la fin des années 1920, avec l’invasion impériale japonaise, la Chine a cessé d’exister en tant que pays unifié. Sous l’égide de la domination impériale, des centaines de millions de Chinois sont morts de faim ou ont été dépossédés ou massacrés, alors que les puissances occidentales et le Japon pillaient son économie. L’ensemble de l’élite compradore chinoise « collaboratrice » a été discréditée aux yeux du peuple chinois.

Ce qui restait dans la mémoire collective de la grande masse du peuple chinois – et ce qui était totalement absent dans les récits des prestigieux universitaires américains et britanniques -, c’était le sentiment que la Chine avait été une puissance mondiale prospère, dynamique et dominante. Les commentateurs occidentaux ont discrédité cette mémoire collective de la suprématie de la Chine en la qualifiant d’illusion ridicule due à la nostalgie des seigneurs et de la royauté, et à l’arrogance sans fondement des Han.

La Chine surgit des cendres du pillage impérial et de l’humiliation : la révolution communiste chinoise

La montée de la Chine moderne pour devenir la deuxième plus grande économie du monde n’a été rendue possible que grâce au succès de la révolution communiste chinoise au milieu du XXe siècle. L’Armée rouge, l’armée populaire de libération, a d’abord vaincu l’invasion de l’armée impériale japonaise et ensuite l’armée impérialiste étasunienne soutenue par le Kuomintang, l’armée « nationaliste » menée par les « compradores ». Cela a permis la réunification de la Chine en tant qu’État souverain indépendant. Le gouvernement communiste a aboli les privilèges extra-territoriaux des impérialistes occidentaux, a mis fin aux fiefs territoriaux des chefs de guerre et des gangsters régionaux et a chassé les propriétaires millionnaires des bordels, les trafiquants de femmes et de drogues ainsi que les autres « fournisseurs de services » de l’empire étasuno-européen.

Dans tous les sens du terme, la révolution communiste a forgé l’État chinois moderne. Les nouveaux dirigeants ont alors entrepris de reconstruire une économie ravagée par les guerres impériales et pillée par les capitalistes occidentaux et japonais. Après plus de 150 ans d’infamie et d’humiliation, le peuple chinois a retrouvé sa fierté et sa dignité nationale. Ces éléments socio-psychologiques ont été essentiels pour motiver les Chinois à défendre leur pays contre les attaques américaines, le sabotage, les boycotts et les blocus imposés immédiatement après la libération.

Contrairement à ce que prétendent les économistes occidentaux et les économistes néolibéraux chinois, la croissance dynamique de la Chine n’a pas commencé en 1980. Elle a débuté en 1950 lorsque la réforme agraire a fourni des terres, des infrastructures, des crédits et une assistance technique à des centaines de millions de paysans sans terre et sans terre. Grâce à ce qu’on appelle aujourd’hui le « capital humain » et la gigantesque mobilisation sociale, les communistes construisirent des routes, des aérodromes, des ponts, des canaux et des chemins de fer ainsi que des industries de base comme le charbon, le fer et l’acier. Le vaste système d’éducation et de santé gratuits de la Chine communiste ont créé une force de travail saine, instruite et motivée. Son armée hautement professionnelle a empêché les États-Unis d’étendre leur empire militaire dans toute la péninsule coréenne jusqu’aux frontières territoriales de la Chine. De même que les érudits et les propagandistes occidentaux ont inventé l’histoire d’un empire « stagnant et décadent » pour justifier leur conquête destructrice, leurs homologues modernes ont aussi réécrit les trente premières années de l’histoire communiste chinoise, niant le rôle de la révolution dans le développement de éléments essentiels pour une économie, un État et une société modernes. Il est clair que la croissance économique rapide de la Chine reposait sur le développement de son marché intérieur, son nombre croissant de scientifiques, de techniciens et de travailleurs qualifiés et le filet de sécurité sociale qui protégeait et promouvait la mobilité des travailleurs et des paysans. et les investissements.

L’ascension de la Chine au pouvoir mondial commença en 1949 par l’évincement de toute la classe financière spéculatrice parasite des « compradores » qui avaient servi d’intermédiaires aux impérialistes européens, japonais et étasuniens pour drainer les grandes richesses de la Chine.
La transition de la Chine vers le capitalisme

À partir de 1980, le gouvernement chinois a initié un changement radical dans sa stratégie économique : au cours des trois décennies suivantes, il a ouvert le pays à des investissements étrangers à grande échelle ; il a privatisé des milliers d’industries et mis en branle un processus de concentration des revenus basé sur une stratégie délibérée de recréer une classe économique dominante de milliardaires liés aux capitalistes étrangers. La classe politique dominante en Chine a adopté l’idée d ‘ »emprunter » le savoir-faire technique et d’accéder aux marchés étrangers auprès d’entreprises étrangères en échange d’une abondante main-d’œuvre bon marché.

L’État chinois a réorienté des subventions publiques massives pour promouvoir une croissance capitaliste élevée en démantelant son système national d’éducation publique gratuite et de soins de santé. Ils ont mis fin à des logements sociaux subventionnés pour des centaines de millions de paysans et de travailleurs d’usines urbaines et ont fourni des fonds à des spéculateurs immobiliers pour la construction d’appartements de luxe privés et de gratte-ciel de bureaux. La nouvelle stratégie capitaliste de la Chine ainsi que sa croissance à deux chiffres étaient basées sur les changements structurels profonds et les investissements publics massifs rendus possibles par le précédent gouvernement communiste. « L’envolée » du secteur privé chinois a eu comme fondement les immenses dépenses publiques consenties depuis 1949.

La nouvelle classe capitaliste triomphante et ses collaborateurs occidentaux ont revendiqué tout le mérite de ce « miracle économique » alors que la Chine devenait la deuxième plus grande économie du monde. Cette nouvelle élite chinoise a été moins désireuse d’annoncer le statut de classe mondiale de la Chine en termes d’inégalités de classe brutales, rivalisant seulement avec les États-Unis.

Chine : De la dépendance impériale à la concurrence mondiale
La croissance soutenue de la Chine dans son secteur industriel était le résultat d’investissements publics très concentrés, de profits élevés, d’innovations technologiques et d’un marché intérieur protégé. Si les capitaux étrangers ont profité, ils ont toujours été dans le cadre des priorités et des réglementations de l’État chinois. La « stratégie d’exportation » dynamique du régime a conduit à d’énormes excédents commerciaux, ce qui a fait de la Chine l’un des plus gros créanciers au monde et surtout des Etats-Unis. Afin de maintenir ses industries dynamiques, la Chine a exigé d’énormes afflux de matières premières, ce qui s’est traduit par des investissements à grande échelle à l’étranger et des accords commerciaux avec des pays exportateurs d’agro-minéraux en Afrique et en Amérique latine. En 2010, la Chine a dépassé les États-Unis et l’Europe en tant que principal partenaire commercial dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

La Chine moderne, comme celle de 1100 à 1800, est devenue une puissance économique mondiale grâce à sa prodigieuse capacité de production. Le commerce et l’investissement étaient régis par une politique de non-ingérence stricte dans les relations internes de ses partenaires commerciaux. Contrairement aux États-Unis, la Chine n’a pas mené des guerres pour le pétrole. Au lieu de cela, elle a signé des contrats lucratifs. Et la Chine ne fait pas la guerre dans l’intérêt des Chinois de l’étranger, comme les États-Unis l’ont fait au Moyen-Orient pour Israël.

Le déséquilibre apparent entre la puissance économique chinoise et sa puissance militaire contraste fortement avec les États-Unis, où un puissant empire militaire parasite continue d’éroder sa propre présence économique mondiale.

Les dépenses militaires américaines sont douze fois supérieures à celles de la Chine. De plus en plus, l’armée américaine joue un rôle clé dans l’élaboration de la politique à Washington alors qu’elle cherche à réduire l’ascension de la Chine vers le pouvoir mondial.

La montée de la Chine au pouvoir mondial : l’histoire se répétera-t-elle ?

La Chine a augmenté d’environ 9% par an et ses biens et services augmentent rapidement en qualité et en valeur. En revanche, les États-Unis et l’Europe ont affiché une croissance de 1% entre 2007 et 2012. Les savants et techniciens chinois ont assimilé systématiquement les dernières inventions de l’Ouest (et du Japon) et les améliorent, réduisant ainsi le coût de production. La Chine a remplacé les « institutions financières internationales » contrôlées par les États-Unis et l’Europe (le FMI, la banque mondiale et la banque interaméricaine de développement) en tant que principal prêteur en Amérique latine. La Chine continue d’être le principal investisseur dans les ressources énergétiques et minérales africaines. La Chine a remplacé les États-Unis en tant que principal marché pour le pétrole saoudien, soudanais et iranien et remplacera bientôt les États-Unis en tant que principal marché pour les produits pétroliers du Venezuela. Aujourd’hui, la Chine est le plus grand fabricant et exportateur du monde, dominant même le marché américain, tout en jouant le rôle de la ligne de vie financière, car elle détient plus de 1,3 trillion de dollars en bons du Trésor américain.

Sous la pression croissante de ses ouvriers, fermiers et paysans, les dirigeants chinois ont développé le marché intérieur en augmentant les salaires et les dépenses sociales pour rééquilibrer l’économie et éviter le spectre de l’instabilité sociale. En revanche, les salaires, les traitements et les services publics vitaux des États-Unis ont fortement diminué en termes absolus et relatifs.

Compte tenu des tendances historiques actuelles, il est clair que la Chine remplacera les États-Unis en tant que première puissance économique mondiale, au cours de la prochaine décennie, si l’empire américain ne riposte pas et si les profondes inégalités de classe en Chine ne mènent pas à un bouleversement social majeur.

L’accession de la Chine moderne au pouvoir mondial est confrontée à de sérieux défis. Contrairement à l’ascension historique de la Chine sur la scène mondiale, le pouvoir économique mondial moderne chinois n’est pas accompagné d’entreprises impérialistes. La Chine a pris beaucoup de retard par rapport aux États-Unis et à l’Europe dans une capacité agressive de faire la guerre. Cela a peut-être permis à la Chine d’orienter les ressources publiques pour maximiser la croissance économique, mais elle a rendu la Chine vulnérable à la supériorité militaire américaine en termes d’arsenal massif, de bases avancées et de positions géo-militaires stratégiques au large des côtes chinoises. territoires.

Au XIXe siècle, l’impérialisme britannique a démoli la position mondiale de la Chine avec sa supériorité militaire, en s’emparant des ports chinois, en raison de la dépendance de la Chine à l’égard de la « supériorité mercantile ».

La conquête de l’Inde, de la Birmanie et de la plus grande partie de l’Asie a permis à la Grande-Bretagne d’établir des bases coloniales et de recruter des armées mercenaires locales. Les Britanniques et leurs alliés mercenaires ont encerclé et isolé la Chine, ouvrant la voie à la désorganisation des marchés chinois et à l’imposition de termes de l’échange brutaux. La présence armée de l’Empire britannique dictait ce que la Chine importait (l’opium représentait plus de 50% des exportations britanniques dans les années 1850) tout en sapant les avantages concurrentiels de la Chine par le biais de politiques tarifaires.

Aujourd’hui, les États-Unis poursuivent des politiques similaires : les patrouilles de la flotte navale américaine contrôlent les voies maritimes commerciales et les ressources pétrolières off-shore de la Chine via ses bases à l’étranger. La Maison Blanche de Obama et Clinton est en train de développer une réponse militaire rapide impliquant des bases en Australie, aux Philippines et ailleurs en Asie. Les États-Unis intensifient leurs efforts pour saper l’accès des Chinois à l’étranger aux ressources stratégiques tout en soutenant les séparatistes et les insurgés de base en Chine occidentale, au Tibet, au Soudan, en Birmanie, en Iran, en Libye, en Syrie et ailleurs. Les accords militaires américains avec l’Inde et l’installation d’un régime fantoche au Pakistan ont fait progresser sa stratégie d’isolement de la Chine. Alors que la Chine maintient sa politique de « développement harmonieux » et de « non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays », elle est restée neutre quand l’armée impérialiste des Etats-Unis et de l’Europe a attaqué une grande partie des partenaires commerciaux chinois pour inverser l’expansion commerciale pacifique de la Chine.

L’absence d’une stratégie politique et idéologique capable de protéger ses intérêts économiques à l’étranger a incité les États-Unis et l’OTAN à mettre en place des régimes hostiles à la Chine. L’exemple le plus frappant est celui de la Libye où les États-Unis et l’OTAN sont intervenus pour renverser un gouvernement indépendant dirigé par le président Kadhafi, avec qui la Chine avait signé des accords de commerce et d’investissement de plusieurs milliards de dollars. Le bombardement par l’OTAN de villes, de ports et d’installations pétrolières libyennes a forcé les Chinois à retirer 35 000 ingénieurs pétroliers et travailleurs de la construction chinois en quelques jours. La même chose s’est produite au Soudan où la Chine avait investi des milliards pour développer son industrie pétrolière. Les États-Unis, Israël et l’Europe ont armé les rebelles sud-soudanais pour perturber le flux de pétrole et attaquer les travailleurs pétroliers chinois [6]. Dans les deux cas, la Chine a laissé les impérialistes américains et européens attaquer ses partenaires commerciaux et de saper ses investissements.

Sous Mao Zedong, la Chine avait une politique active contre l’agression impériale. Elle soutenait les mouvements révolutionnaires et les gouvernements indépendants du tiers monde. La Chine capitaliste d’aujourd’hui n’a pas de politique active de soutien aux gouvernements ou aux mouvements capables de protéger les accords commerciaux et d’investissement bilatéraux de la Chine. L’incapacité de la Chine à faire face à la montée de l’agression militaire américaine contre ses intérêts économiques est due à de graves problèmes structurels. La politique étrangère de la Chine est façonnée par de grands intérêts commerciaux, financiers et manufacturiers qui comptent sur leur « avantage concurrentiel économique » pour gagner des parts de marché et ne comprennent pas les fondements militaires et sécuritaires de la puissance économique mondiale. La classe politique chinoise est profondément influencée par une nouvelle classe de milliardaires ayant des liens étroits avec les fonds d’actions occidentaux et qui ont absorbé sans discernement les valeurs culturelles occidentales. Ceci est illustré par leur préférence pour l’envoi de leurs propres enfants dans des universités d’élite aux États-Unis et en Europe. Ils cherchent « s’entendre avec l’Occident » à tout prix.

Ce manque de compréhension stratégique de la construction d’un empire militaire les a amenés à réagir de manière inefficace et ad hoc à chaque action impérialiste qui compromet leur accès aux ressources et aux marchés. Alors que les « premières affaires » de la Chine ont fonctionné alors qu’elle était un acteur mineur de l’économie mondiale, les constructeurs d’empire américains voyaient « l’ouverture capitaliste » comme une chance de prendre facilement les entreprises publiques chinoises et de piller l’économie. Cependant, lorsque la Chine (contrairement à l’ex-URSS) a décidé de maintenir des contrôles de capitaux et de développer une « politique industrielle » dirigée par l’État, orientée vers l’État et le transfert de technologie vers les entreprises publiques. Washington a commencé à se plaindre et a parlé de représailles.

Les énormes excédents commerciaux de la Chine avec les États-Unis ont provoqué une double réponse à Washington : elle a vendu massivement des bons du Trésor américain aux Chinois et a commencé à développer une stratégie globale pour bloquer l’avancée de la Chine. Comme les États-Unis n’avaient pas de levier économique pour inverser leur déclin, ils comptaient sur leur seul « avantage comparatif » – leur supériorité militaire basée sur un système mondial de bases d’attaque, un réseau de régimes clients étrangers, des procureurs militaires, des ONG et des intellectuels. mercenaires armés. Washington s’est tourné vers son vaste appareil de sécurité visible et clandestin pour saper les partenaires commerciaux de la Chine. Washington dépend de ses liens de longue date avec des dirigeants corrompus, des dissidents, des journalistes et des magnats des médias pour fournir la couverture de propagande puissante tout en faisant avancer son offensive militaire contre les intérêts étrangers de la Chine.

La Chine ne possède rien de comparable à l’appareil de sécurité » des États-Unis à l’étranger parce qu’elle pratique une politique de « non-ingérence ». Compte tenu de l’état avancé de l’offensive impériale occidentale, la Chine n’a pris que quelques initiatives diplomatiques, comme le financement des médias anglophones pour présenter son point de vue, opposant son veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour s’opposer aux efforts américains pour renverser le régime indépendant Assad en Syrie et s’opposant à l’imposition de sanctions drastiques contre l’Iran. Elle a sévèrement désapprouvé la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton quand elle a exprimé des doutes sur la « légitimité » de l’État chinois lorsqu’il a voté contre la résolution des États-Unis et de l’ONU préparant une attaque contre la Syrie [7].

Les stratèges militaires chinois sont plus conscients et alarmés par la menace militaire croissante pour la Chine. Ils ont exigé avec succès une augmentation annuelle de 19% des dépenses militaires au cours des cinq prochaines années (2011-2015) [8]. Même avec cette augmentation, les dépenses militaires de la Chine représenteront toujours moins d’un cinquième du budget militaire américain et la Chine ne dispose pas d’une base militaire à l’étranger, contrairement aux 750 installations américaines à l’étranger. Les opérations de renseignement chinois à l’étranger sont minimes et inefficaces. Ses ambassades sont dirigées par et pour des intérêts commerciaux étroits, qui ont complètement échoué à comprendre la politique brutale de l’OTAN de changement de régime en Libye et à informer Beijing de son importance pour l’État chinois.

Deux autres faiblesses structurelles minent la montée de la Chine en tant que puissance mondiale. Cela inclut l’intelligentsia hautement « occidentalisée » qui a avalé sans discernement la doctrine économique américaine sur les marchés libres tout en ignorant son économie militarisée. Ces intellectuels chinois répètent la propagande américaine sur les « vertus démocratiques » des campagnes présidentielles à un milliard de dollars, tout en soutenant la déréglementation financière qui aurait mené à une prise de contrôle des banques et de l’épargne chinoises par Wall Street. De nombreux consultants et universitaires chinois ont été formés aux États-Unis et influencés par leurs liens avec des universitaires américains et des institutions financières internationales directement liées à Wall Street et à la ville de Londres. Ils ont prospéré en tant que consultants hautement rémunérés recevant des postes prestigieux dans les institutions chinoises. Ils identifient la « libéralisation des marchés financiers » avec des « économies avancées » capables d’approfondir les liens avec les marchés mondiaux plutôt que comme une source majeure de la crise financière mondiale actuelle. Ces « intellectuels occidentalisés » sont comme leurs homologues compradores du 19ème siècle qui ont sous-estimé et rejeté les conséquences à long terme de la pénétration impériale occidentale. Ils ne comprennent pas comment la déréglementation financière aux États-Unis a précipité la crise actuelle et comment la déréglementation conduirait à une prise de contrôle occidentale du système financier chinois – dont les conséquences redistribueraient l’épargne intérieure de la Chine à des activités non productives (spéculation immobilière), précipitent la crise financière et finissent par miner la position mondiale dominante de la Chine.

Ces yuppies chinois imitent le pire des styles de vie consuméristes occidentaux et leurs conceptions politiques sont guidées par ces styles de vie et ces identités occidentalisées qui excluent tout sentiment de solidarité avec leur propre classe ouvrière.

Il existe une base économique pour les sentiments pro-occidentaux des néo-compradores chinois. Ils ont transféré des milliards de dollars à des comptes bancaires étrangers, acheté des maisons et des appartements de luxe à Londres, à Toronto, à Los Angeles, à Manhattan, à Paris, à Hong Kong et à Singapour. Ils ont un pied en Chine (la source de leur richesse) et l’autre en Occident (où ils consomment et cachent leur richesse).

Les compradores occidentalisés sont profondément ancrés dans le système économique chinois ayant des liens familiaux avec les dirigeants politiques de l’appareil du parti et de l’État. Leurs connexions sont les plus faibles dans l’armée et dans les mouvements sociaux en expansion, bien que certains étudiants « dissidents » et militants académiques dans les « mouvements démocratiques » soient soutenus par des ONG impériales occidentales. Dans la mesure où les compradores gagnent en influence, ils affaiblissent les institutions étatiques économiques fortes qui ont dirigé l’ascension de la Chine vers le pouvoir mondial, tout comme au 19ème siècle en servant d’intermédiaires pour l’Empire britannique. Au XIXe siècle, sous couvert de « libéralisme », les Anglais ont rendus plus de 50 millions de Chinois dépendants de l’opium en moins d’une décennie. Proclamant la « démocratie et les droits de l’homme », les canonnières américaines patrouillent maintenant au large des côtes chinoises. L’ascension de la Chine vers la puissance économique mondiale a engendré des inégalités monumentales entre les milliers de nouveaux milliardaires et multi-millionnaires au sommet et les centaines de millions de travailleurs pauvres, de paysans et de travailleurs migrants au bas de l’échelle.

L’accumulation rapide de la richesse et du capital de la Chine a été rendue possible grâce à l’exploitation intense de ses travailleurs qui ont été dépouillés de leur filet de sécurité sociale et des conditions de travail réglementées garanties sous le régime communiste. Des millions de ménages chinois sont dépossédés afin de promouvoir les promoteurs/spéculateurs immobiliers qui construisent des tours de bureaux et des appartements de luxe pour l’élite nationale et étrangère. Ces caractéristiques brutales du capitalisme chinois ont fait naître une revendication massive et grandissante qui concerne à la fois le travail et le logement qui se développe chaque année. Le slogan des promoteurs/spéculateurs « devenir riche est merveilleux » a perdu son pouvoir de tromper les gens. En 2011, il y avait plus de 200 000 usines côtières urbaines et villages ruraux populaires. La prochaine étape, qui ne manquera pas de se produire, sera l’unification de ces luttes dans de nouveaux mouvements sociaux nationaux avec un ordre du jour de classe exigeant la restauration des services de santé et d’éducation dont bénéficient les communistes ainsi qu’une plus grande part des richesses chinoises. Les demandes actuelles pour de meilleurs salaires peuvent se tourner vers des demandes pour une plus grande démocratie sur le lieu de travail. Pour répondre à ces demandes populaires, les nouveaux libéraux compradores occidentalisés ne peuvent pas proposer leur « modèle » américain en exemple car les travailleurs étasuniens sont en train d’être dépouillés de tout ce que les Chinois demandent maintenant qu’on leur rende.

La Chine, déchirée par l’intensification des conflits de classe et politiques, ne peut pas maintenir son élan vers le leadership économique mondial. L’élite chinoise ne peut pas faire face à la menace militaire impériale croissante des États-Unis alors que ses alliés, les compradores, font partie de l’élite libérale intérieure et que la société est profondément divisée avec une classe ouvrière de plus en plus hostile. Le temps de l’exploitation effrénée de la main-d’œuvre chinoise doit cesser pour faire face à l’encerclement militaire de la Chine par les États-Unis et à la désorganisation économique de ses marchés étrangers. La Chine possède d’énormes ressources. Avec plus de 1,5 billion de dollars de réserves, la Chine peut financer un programme national complet de santé et d’éducation dans tout le pays.

La Chine peut se permettre de mener un « programme de logement public » intensif pour les 250 millions de travailleurs migrants qui vivent actuellement dans des conditions urbaines sordides. La Chine peut imposer un système d’impôt sur le revenu progressif à ses nouveaux milliardaires et millionnaires et financer les petites coopératives agricoles familiales et les industries rurales pour rééquilibrer l’économie. Leur programme de développement de sources d’énergie alternatives, telles que les panneaux solaires et les parcs éoliens, est un début prometteur pour s’attaquer à leur grave pollution de l’environnement. La dégradation de l’environnement et les problèmes de santé connexes suscitent déjà l’inquiétude de dizaines de millions de personnes. En fin de compte, la meilleure défense de la Chine contre les empiètements impériaux est un régime stable basé sur la justice sociale pour des centaines de millions et une politique étrangère de soutien aux mouvements et régimes anti-impérialistes étrangers – dont l’indépendance est dans l’intérêt vital de la Chine. Ce qu’il faut, c’est une politique active basée sur des entreprises militaires conjointes et mutuellement profitables et de la solidarité diplomatique. Un petit groupe d’intellectuels chinois, déjà influent, a déjà soulevé la question de la menace militaire grandissante des États-Unis et « refuse la diplomatie des canonnières ». [9]

La Chine moderne a beaucoup de ressources et d’opportunités dont ne disposait pas la Chine au 19ème siècle quand elle a été soumise par l’Empire britannique. Si les États-Unis continuent d’intensifier leur politique militariste agressive contre la Chine, Pékin peut déclencher une grave crise budgétaire en déversant quelques centaines de milliards de dollars dans des billets du Trésor américain. La Chine, une puissance nucléaire devrait tendre la main à son voisin, également armé et menacé, la Russie, pour confronter et confondre les élucubrations belliqueuses de la secrétaire d’État américaine Hilary Clinton. Le futur président russe Poutine promet d’augmenter les dépenses militaires de 3% à 6% du PIB au cours de la prochaine décennie pour contrer les bases offensives de missiles de Washington aux frontières de la Russie et contrecarrer les programmes de changement de régime d’Obama contre ses alliés. [10]

La Chine possède de puissants réseaux commerciaux, financiers et d’investissement couvrant le monde entier ainsi que de puissants partenaires économiques. Ces liens sont devenus essentiels pour la croissance continue de nombreux pays du monde en développement. En s’attaquant à la Chine, les États-Unis devront faire face à l’opposition de nombreuses puissantes élites du marché à travers le monde. Rares sont les pays ou les élites qui voient leur avenir lié à un empire économiquement instable basé sur le militarisme et les occupations coloniales destructrices.

En d’autres termes, la Chine moderne, en tant que puissance mondiale, est incomparablement plus forte qu’elle ne l’était au début du XVIIIe siècle. Les États-Unis n’ont pas l’influence coloniale que possédait l’Empire britannique au cours de la période précédant la Guerre d’Opium. En outre, de nombreux intellectuels chinois et la grande majorité de ses citoyens n’ont pas l’intention de laisser les « compradores occidentalisés » vendre le pays. Rien n’accélérerait la polarisation politique dans la société chinoise et accélérerait l’avènement d’une seconde révolution sociale chinoise plus qu’une direction timide se soumettant à une nouvelle ère du pillage impérial occidental.

James PETRAS, China: Rise, Fall and Re-Emergence as a Global Power, Dissident Voice, 07/03/2012.


Notes et références

[1] John HOBSON, The Eastern Origins of Western Civilization, Cambridge University Press, 2004.
[2] Hobson, Op. Cit., Ch. 9 pp. 190-218.
[3] Hobson, Op. Cit., Ch. Ch. 11, pp. 244-248.
[4] Richard GOTT, Britain’s Empire: Resistance, Repression and Revolt, Verso, 2011. Chronique historique détaillée de la sauvagerie qui accompagne l’empire colonial britannique.
[5] Hobson, Op. Cit., pp. 253-256.
[6] Katrina Manson, South Sudan puts Beijing ‘s policies to the test, Financial Times, 21/02/12, p. 5.
[7] Interview de Clinton NPR, 26/02/12.
[8] La Jornada, 15/02/2012.
[9] China Daily, 20/02/2012.
[10] Charles Clover, Putin vows huge boost in defense spending, Financial Times, 12/02/2012.

Lire aussi :
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [Texte en ligne].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
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Au pays du changement permanent


 

Les statistiques de la Banque mondiale montrent qu’en 2000, le PIB français se chiffrait à 1 326,3 milliards de dollars, contre 1 198,4 milliards de dollars pour la Chine. Deux ans plus tard, le PIB chinois dépassait le PIB français, avec 1 453,8 milliards de dollars contre 1 452 milliards de dollars. À l’époque, l’économie chinoise croissait à un rythme d’environ 10 % par an. Les trois années suivantes, en raison de la hausse de l’euro, la Banque mondiale qui calcule les PIB des pays en dollars indiquait que le PIB français avait à nouveau dépassé celui de la Chine. À partir de 2005, l’économie chinoise a commencé à connaître un essor considérable et le PIB chinois atteignait 2 256,9 milliards de dollars, dépassant à nouveau le PIB français qui était alors de 2 136,5 milliards de dollars. L’année suivante, le PIB chinois atteignait 2 712,9 milliards de dollars, alors que celui de la France s’établissait à 2 255,7 milliards de dollars. En 2008, année des Jeux olympiques de Beijing, le PIB chinois grimpait à 4 521,8 milliards de dollars, tandis que le PIB français indiquait 2 831,7 milliards de dollars. On voit que l’écart de PIB se creusait rapidement entre la Chine et la France, mais le public tant chinois que français n’en avait cure, car ces chiffres abstraits ne se reflètent pas dans la vie de tous les jours. Ce que pouvaient noter les Chinois, c’est que leurs voyages en France revenaient de moins en moins chers.

En 2010, avec 5 930,5 milliards de dollars, le PIB chinois prenait la seconde place mondiale, tandis que celui de la France se tassait à 2 565 milliards de dollars. Le PIB chinois était déjà plus de double du PIB français. En 2016, le PIB chinois se montait à 11 218,2 milliards de dollars, soit quatre fois plus que le PIB hexagonal. Ces chiffres abstraits, nous ne pouvons pas les percevoir au quotidien. Je vivais et travaillais dans les deux pays, et seules quelques différences me sautaient aux yeux : dans les grandes villes chinoises, à Beijing, à Shanghai ou à Shenzhen, je voyais plus de voitures de luxe que dans les villes françaises et on pouvait rencontrer plus de jeunes dans les hôtels 5 étoiles en Chine qu’en France. Autre différence : au classement du PIB par habitant publié en avril 2016 par le FMI, la France est au 24e rang avec 38 124 dollars/personne, alors que la Chine prend la 74e place avec seulement 8 113 dollars/habitant. Cela illustre le fossé qui sépare la Chine, un pays en développement, de la France, pays développé.

[…]

Un autre événement récent s’est produit en Chine, qui ne doit pas être négligé : le Sommet des BRICS qui s’est tenu au début de septembre à Xiamen. On sait que ce genre de sommets est riche en déclarations et annonces de toutes sortes, et les médias français en ont fait état. Je ne veux en citer qu’une parmi tant d’autres : la coopération monétaire entre pays des BRICS prend une tournure concrète. Au cours de son point de presse, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « la mise en place du réservoir de devises des cinq pays est en route ». Cette initiative avait été évoquée lors du premier sommet des cinq pays à Moscou ; elle a été précisée lors du sommet suivant des BRICS au Brésil. Lors du Sommet d’Afrique du Sud, cette proposition a été mise en œuvre. On ne sait pas encore la date du lancement du réservoir de devises, mais je note un paragraphe dans la déclaration des cinq pays publiée lors du sommet de cette année : « Nous convenons qu’à condition que les lois de nos cinq pays le permettent, nos cinq pays entretiendront des contacts étroits visant à renforcer la coopération monétaire et explorer plus de moyens à ce sujet à travers l’échange de monnaies, les règlements et les investissements en monnaies des cinq pays. »

[…]

Pour conclure, relatons un épisode qui s’est produit cet été. En juillet, la plus longue autoroute traversant un désert est entrée en service : il s’agit de l’autoroute reliant Beijing à Ürümqi qui s’étend sur 2 540 km. Le long de cette autoroute se trouve un paysage en tout point comparable à celui de la fameuse route 66 aux États-Unis. Nos amis français amateurs de paysages désertiques peuvent venir l’admirer ici. Lorsque j’étudiais le français, mon professeur s’étonnait, au début des années 1980, de ce que la Chine ne possédait pas d’autoroute. La première autoroute a été construite en 1988 dans la banlieue de Shanghai sur seulement 16 km. Mais aujourd’hui, la Chine est le pays qui possède le plus long réseau autoroutier au monde. Des nouvelles incroyables pour nos amis occidentaux qui peinent à s’habituer au rythme auquel se développe la Chine. Il faut voir la Chine comme un pays qui change constamment. C’est en tout cas mon vécu lorsque je suis rentré de France en Chine. Une expérience qui pourra être utile à nos amis français

Lire l’intégralité de l’article : ZHENG Ruolin, Au pays du changement permanent, Chine au présent, 28/09/2017.

Lire aussi :
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La quintessence de l’expérience chinoise


 

Lorsque Deng Xiaoping, architecte en chef de la réforme et de l’ouverture menées en Chine, avait rencontré en août 1985 le président tanzanien de l’époque, Julius Kambarage Nyerere, venu effectuer une visite en Chine, il avait affirmé : « Notre réforme est une expérimentation, aussi bien pour la Chine que pour le monde. Si elle réussit, nous pourrons fournir nos expériences pour qu’elles servent la cause socialiste et le développement dans les pays sous-développés aux quatre coins du globe. »

Aujourd’hui, plus de trente ans après le lancement de la politique de la réforme et de l’ouverture, la Chine polarise l’attention du monde de par son succès économique phénoménal. Elle a non seulement réussi l’exploit de faire sortir plus de 700 millions d’habitants de la pauvreté, mais en plus, elle est parvenue à se hisser au rang de deuxième économie mondiale juste derrière les États-Unis.

Alors comment la Chine a-t-elle pu opérer cette brillante métamorphose ? Tout au long de la réforme, comment le Parti communiste chinois (PCC), en tant que parti au pouvoir, a-t-il fait pour consolider sa capacité à gouverner et gagner constamment en popularité auprès du peuple ?

Lire la suite : HE Wenping, La quintessence de l’expérience chinoise, La Chine au présent 07/11/2017.

Lire aussi :
HE Wenping, China-Africa Knowledge Project Research HubJeune AfriqueWorld Economic Forum.
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Chine versus États-Unis


 

La clarté et la cohérence d’un penseur stratégique profond comme le président Xi Jinping contrastent avec les déclarations improvisées, contradictoires et incohérentes du président et du Congrès des États-Unis. Il ne s’agit pas d’une simple question de style, mais de fond.

La Chine a d’abord et avant tout établi des orientations stratégiques bien définies qui mettent l’accent sur les priorités macro-économiques et militaires des cinq, dix et vingt prochaines années [jusqu’en 2049 soit 32 ans !].

[…]

La Chine est devenue le chef de file mondial dans la réalisation de réseaux mondiaux d’infrastructures grâce à son projet One Belt One Road (la nouvelle Route de la Soie) qui va traverser l’Eurasie. Des ports, aéroports et chemins de fer chinois relient déjà vingt villes chinoises à l’Asie centrale, à l’Asie de l’Ouest, au Sud-Est asiatique, à l’Afrique et à l’Europe. La Chine a créé une banque asiatique multilatérale d’investissement dans les infrastructures (avec plus de 60 pays membres) qui a fourni 100 milliards de dollars pour le financement initial.

[…]

Le système chinois de planification centrale permet au gouvernement d’allouer des ressources à l’économie productive et à ses secteurs hautement prioritaires. Sous la présidence de Xi Jinping, la Chine a mis en place un système d’enquête et de justice qui a abouti à l’arrestation et à la poursuite de plus d’un million de fonctionnaires corrompus dans les secteurs tant public que privé. Un haut statut n’est pas une protection contre la campagne anticorruption du gouvernement : plus de 150 membres du Comité central et des ploutocrates milliardaires sont tombés. Il est tout aussi important de noter que le contrôle central exercé par la Chine sur les flux de capitaux (vers l’extérieur et vers l’intérieur) permet d’allouer des ressources financières aux secteurs productifs de haute technologie tout en limitant la fuite des capitaux ou leur détournement vers l’économie spéculative.

En conséquence, le PNB de la Chine a augmenté en moyenne de 6,5% à 6,9% par an, soit quatre fois le taux de croissance de l’UE et trois fois celui des États-Unis.

[…]

En revanche, le président et le Congrès des États-Unis n’ont pas élaboré de vision stratégique pour le pays, encore moins une vision liée à des propositions concrètes et à des priorités socioéconomiques qui pourraient profiter aux citoyens.

Les États-Unis ont 240 000 militaires, actifs et de réserve, stationnés dans 172 pays. La Chine en compte moins de 5 000 dans un seul pays – Djibouti. Les États-Unis ont placé 40 000 soldats au Japon, 23 000 en Corée du Sud, 36 000 en Allemagne, 8 000 au Royaume-Uni et plus de 1 000 en Turquie. La Chine dispose d’un nombre équivalent de personnel civil hautement qualifié engagé dans des activités productives dans le monde entier. Les missions outre-mer chinoises et leurs experts ont travaillé pour favoriser la croissance économique mondiale et chinoise.

Les nombreux conflits militaires sans fin que les États-Unis alimentent en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen, au Niger, en Somalie, en Jordanie et ailleurs ont absorbé et détourné des centaines de milliards de dollars qui auraient pu aller à des investissements productifs pour l’économie nationale. Dans quelques rares cas seulement, les dépenses militaires ont permis de construire des routes et des infrastructures utiles, ce qui pourrait être considéré comme à double usage, mais, la plupart du temps, les activités militaires américaines à l’étranger ont été totalement destructrices, comme en témoigne le démembrement délibéré de la Yougoslavie, de l’Irak et de la Libye.

[…]

Les États-Unis ont rompu leurs liens avec les centres de croissance dynamiques mondiaux. Washington recourt à une rhétorique auto destructrice idiote et chauviniste pour imposer sa politique commerciale, tandis que la Chine encourage les réseaux mondiaux par le biais d’associations commerciales. La Chine crée des chemins internationaux d’approvisionnement en reliant la haute technologie occidentale et la main d’œuvre bon marché orientale.

[…]

Alors que la Chine a élargi son horizon culturel, l’élite anglo-saxonne mondiale accroit les possibilités de guerre nucléaire. Le Financial Times traite le rayonnement culturel et économique de la Chine dans le monde entier de soft power subversif. Les esprits et les médias occidentaux considèrent l’expansion de la Chine comme un complot ou une conspiration. Tout auteur, penseur ou décideur sérieux qui a étudié et loué le succès de la Chine est écarté en tant que dupe ou agent du rusé président Xi Jinping. Sans substance ni réflexion, le Financial Times (27/10/17) met en garde ses lecteurs en leur demandant de rester vigilants et d’éviter d’être séduits par les succès chinois !

[…]

Pendant que les bombes américaines pleuvent sur le Yémen et que les contribuables américains financent le gigantesque camp de concentration israélien autrefois connu sous le nom de Palestine, la Chine construit des réseaux routiers et ferroviaires reliant l’Himalaya et l’Asie centrale à l’Europe.

Comme Sherlock Holmes exerçait son art de l’observation et de la déduction, les médias et les politiciens américains perfectionnent leur art de la manipulation et de la tromperie.

En Chine, les scientifiques et les innovateurs jouent un rôle central dans la production et l’augmentation de biens et de services pour la classe moyenne et ouvrière en plein essor. Aux États-Unis, l’élite économique joue un rôle central dans l’aggravation des inégalités, l’augmentation des profits par la réduction des impôts et la transformation du travailleur américain en un travailleur intérimaire mal rémunéré, destiné à mourir prématurément de causes pourtant évitables.

James PETRAS, China’s Strategic Economic Planning versus America’s Failed Capitalism, Global Research, 05/11/2017 – La Chine et les États-Unis – Planification rationnelle d’un côté, « Lumpen » capitalisme de l’autre, Mondialisation, 16/11/2017

Lire aussi :
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La guerre contre la Chine passe par Riyad


Les États-Unis sont en guerre contre la Chine depuis 1856 (seconde guerre de l’opium) aux côtés de l’Angleterre et la France. Il s’agissait de démanteler l’économie chinoise qui menaçait les grandes puissances alors que la dynastie Qing était dans sa phase décadente [1]. La République de Chine resta sous domination étrangère entre 1911 et 1949. La Chine retrouva son indépendance nationale en octobre 1949, date de la proclamation de la République populaire de Chine, mais ce n’est qu’à partir de 2001 qu’elle a retrouvé le niveau de développement qu’elle avait atteint au XIXe siècle [2].

Depuis 1945, les États-Unis contrôle tous les pays via une structure militaires divisée en cinq zones [3] via l’OTAN sous commandement américain et, depuis 2001, des partenariats de coopération militaire [4]. À cela s’ajoute les interventions de la CIA [5], celles d’armées secrètes sous couvert de l’OTAN [6] et, last but not least, le recours aux mercenaires divers et variés notamment les terroristes se réclamant de l’islam.

Ainsi, les frontières de la Chine sont sous le contrôle militaires des États-Unis (marron), auquel s’ajoutent les anciennes colonies américaines (orange) et les multiples groupes islamistes instrumentalisés (vert) sans compter les réseaux d’espionnage dont on ne sait rien par définition [7].

La guerre n’aura pas lieu ! La guerre n’aura pas lieu frontalement ni entre les États-Unis et la Chine ni, sauf un possible dérapage, entre les États-Unis et la Chine via la Corée. L’administration américaine de Donald Trump, comme celle de Barack Hussein Obama, maintiendra la pression aux frontières, notamment en mer de Chine, et poursuivra ses tentatives de déstabilisation au Xinjiang, après son échec au Tibet en 2008, et au Myanmar (Birmanie), mais la guerre se déroule sur le front économique.

L’étude de cas du coup de force, survenu à Riyad dans la nuit du 4 au 5 novembre dernier [8], montre que l’événement se comprend pour l’essentiel comme un épisode de la guerre économique entre les États-Unis et la Chine et, en l’occurrence, la bataille pour le contrôle de Saudi Aramco [9].

Nous pouvons ignorer complètement les centaines d’articles, dont la matrice est rédigée par quelques agences et qui sont ensuite copier-coller par tous les médias payants ou gratuits, car ils n’apportent aucun élément de réflexion.
Les rares analyses se révèlent très décevantes car elles s’en tiennent à une approche géopolitique, héritée du XIXe siècle et donc largement insuffisante [10].

Pour comprendre l’événement, il faut le placer dans son contexte géo-économique-politique et rappeler donc quelques faits.

1) L’Arabie saoudite est une monarchie islamique dirigée par la famille Saoud depuis sa création en 1932. L’État est la propriété privée de la famille royale ! II s’agit d’une famille élargie qui, jusqu’à aujourd’hui, maintenait un équilibre plus ou moins précaire fondé sur le partage des richesses du royaume entre les principaux clans [11].

2) La découverte de pétrole en 1938 transforme le pays sur le plan économique et marque le début d’une alliance stratégique avec les États-Unis, qui en échange d’un accès au pétrole, engage les États-Unis à protéger militairement la dynastie des Saoud [12].

3) Depuis cette date, l’économie de l’Arabie saoudite reposent exclusivement sur les revenus du pétrole gérés par la compagnie Saudi Aramco appartenant aux différents membres de la famille royale. La baisse structurelle de la rente pétrolière a créé une crise économique d’autant plus grave que les princes continuaient leur consommation ostentatoire des produits de luxe.

4) Pour tenter de sortir de cette crise, le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud décida d’ouvrir le capital de Saudi Aramco par une introduction en bourse prévue pour 2018. La Chine, qui a avait déjà réalisée une joint-venture pétrolière intégrée avec le groupe américain Exxon Mobile et l’Aramco d’Arabie saoudite en 2007 et avait signé un nouvel accord stratégique de coopération avec Saudi Aramco en 2016, était fortement intéressée par l’achat d’actions de la compagnie [13].

5) Les investisseurs anglo-américains l’étaient plus encore car ils craignaient par dessus- tout le projet clairement affiché par la Chine de substituer le pétro-yuan au pétrodollar, mais la bourse de Londres et celle de New-York ont empêché de réaliser l’opération. Max Keiser explique pourquoi :

L’Arabie saoudite a été récemment empêchée de se joindre à la dédollarisation par les États-Unis […].
La motivation des Saoudiens est logique. Ils veulent spéculer sur Aramco car ils sont profondément endettés et ils manquent de liquidité. Ils voulaient faire une offre publique d’achat sur le marché de Londres ou des États-Unis, mais en ont été empêché par les actions judiciaires des rescapés du 11 septembre, qui ont à juste titre désigné les Saoudiens comme responsables.
Source : Max KEISER, US Empire of Debt will go to war to stop emergence of petro-yuan, RT Business News, 25/10/2017 – Les États-Unis déclencheront une guerre pour empêcher l’émergence du pétro-yuan, Chine en Question, 10/11/2017.
Traduction de Serge LEFORT [14]

6) En 2016, Mohammed ben Salmane Al Saoud a naturellement intégré l’ouverture du capital de Saudi Aramco dans le plan Vision 2030, mais il soulignait que Aramco était à la fois le problème et la solution et critiquait vertement ses prédécesseurs pour leur addiction à la rente pétrolière.

Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman said that the Kingdom of Saudi Arabia was founded by late King Abdul Aziz and his companions without the need for oil, pointing out that it is very dangerous to deal with Aramco company as our constitution. He said that Aramco’s reverence by some is a very big problem and we have a state of oil addiction in the kingdom, which disrupted the development. He added that we will turn Aramco into a holding company and move its operations to companies owned by it.
Source : Vision 2030 constitutes roadmap for kingdom’s development, economy objectives for next 15 years, Deputy Crown Prince says, Saudi Vision 2030, 25/04/2016 [15].

7) En juin 2017, promu prince héritier d’Arabie saoudite et vice-Premier ministre, Mohammed ben Salmane Al Saoud était pressé d’aboutir… et, dans la nuit du 4 au 5 novembre, réalisa un coup de force contre sa propre famille en s’arrogeant tous les pouvoirs. David Hearst résume ainsi la situation :

En d’autres termes, le prince [Mohammed ben Salmane] peut faire tout ce qu’il veut à quiconque, saisissant leurs biens dans et en dehors du royaume. Rappelons-nous simplement ce qu’il contrôle désormais. Le prince dirige les trois armées d’Arabie saoudite ; il dirige Aramco, la plus grande compagnie pétrolière du monde ; il dirige la commission chargée de toutes les affaires économiques qui est sur le point de lancer la plus grande privatisation que le royaume ait connue ; et il contrôle maintenant toutes les chaînes médiatiques saoudiennes.
Source : David HEARST, Ces étranges événements qui hantent les nuits de Riyad, Middle East Eye, 07/11/2017.

Si Mohammed ben Salmane Al Saoud s’appelait Saddam Hussein, une campagne médiatique serait aussitôt orchestrer pour renverser ce sinistre dictateur… avant qu’il ne soit trop tard. Mais, affublé du doux acronyme de MBS, il devient le chevalier blanc, mise en scène par Coca-Cola avec comme slogan Le changement a une saveur [16].

8) Il est clair que l’ouverture du capital de Saudi Aramco constitue un facteur déterminant pour comprendre l’essentiel de cet imbroglio. Gregory Brew fait l’analyse suivante [17] :

Un autre facteur influençant les événements est la vente anticipée de Saudi Aramco, la compagnie pétrolière nationale et probablement la plus grande entreprise au monde. MBS a soutenu la décision de mettre en vente une partie d’Aramco, en utilisant les bénéfices pour financer un important projet de développement économique connu sous le nom de Vision 2030. Il a soutenu qu’avec des prix plus bas sur le marché pétrolier mondial et un avenir incertain, l’économie saoudienne doit être diversifiée pour ne plus dépendre de la production de pétrole et de gaz naturel.
[…]
L’introduction en bourse de Saudi Aramco a besoin de prix élevés pour réussir, et l’introduction en bourse est courtisée par les États-Unis, le président Donald Trump exhortant les Saoudiens à publier l’offre à la bourse de New York.
Le beau-fils et conseiller principal du président, Jared Kushner, a fait un voyage imprévu et soudain en Arabie Saoudite, où il aurait rencontré MBS pour une longue réunion secrète.
Source : Gregory BREW, Why Saudi Arabia’s crackdown sent oil prices soaring, Oil Price, 06/11/2017.
Traduction de Serge LEFORT


Source : Twitter
Traduction : J’apprécierais beaucoup que l’Arabie Saoudite fasse l’introduction en bourse d’Aramco au New York Stock Exchange. Important pour les USA !

Ainsi, pièce importante du puzzle, Donald Trump soutient totalement Mohammed ben Salmane Al Saoud et, plus encore, il lui offre la bourse de New York pour réaliser l’opération financière prévue en 2018 ! David Hearst fait aussi le lien avec Aramco :

Tout cela serait-il arrivé sans un nouvel accord de Trump ? Il a tweeté hier qu’il « apprécierait beaucoup que l’Arabie saoudite procède à l’introduction en bourse d’Aramco sur le New York Stock Exchange, important pour les États-Unis ! » Trump a également appelé le roi Salmane, le félicitant pour tout ce qu’il a fait depuis son arrivée au pouvoir. Cette décision est survenue après la troisième visite de Jared Kushner au royaume cette année.
Source : David HEARST, article cité.

Quelle garantie précise a donné Donald Trump afin de faciliter « l’introduction en bourse d’Aramco sur le New York Stock Exchange » ? Nous le saurons certainement plus tard quand sera éclairci le rôle que Jared Kushner, gendre de Donald Trump, a joué pour renverser à Riyad le spectre du pétro-yuan qui hante les dirigeants américains [18].

À Pékin, XI Jinping propose très logiquement à Donald Trump « un accord plus large visant à ce que les deux pays partagent la responsabilité des affaires internationales » [19]. À Riyad, Mohammed ben Salmane Al Saoud met un coup d’arrêt à toutes les négociations antérieures pour substituer le yuan au dollar dans les achats du pétrole saoudien. C’est la réponse de Donald Trump, homme d’affaires et président américain, à XI Jinping, stratège et président chinois [20].

09/11/2017 modifié le 14/11/2017 et le 15/11/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question
La mise à jour du 14/11/2017 porte sur :
– la reproduction du tweet de Donald Trump qui a fait lui-même le lien entre le coup de force de Mohammed ben Salmane Al Saoud et le contrôle de Saudi Aramco ;
– l’ajout dans la note [14] de l’article publié par Sputnik le 10/11/2017 et donc après la rédaction du présent article ;
– la suppression de la version courte au format pdf.
La mise à jour du 15/11/2017 porte sur l’insertion de balises (aller et retour) pour faciliter la lecture des notes et références. Merci au lecteur qui m’a demandé cette amélioration ergonomique.


Notes et références

[1] Un siècle de guerres contre la Chine :
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa, 10/08/2008.
Michel TIBON-CORNILLOT, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa, 29/08/2008.
Corinne AUTEY-ROUSSEL, Guerres de l’opium : le viol de la Chine par les puissances occidentales, Entelekheia, 30/04/2017.
Dossier documentaire Histoire Chine, Monde en Question.

[2] L’économie chinoise XIXe-XXIe siècles :
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [BooksGooglePerspectives chinoisesTexte en ligne].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Dossier documentaire Économie Chine, Monde en Question.

[3] Le contrôle militaire du monde :
Carte USom
Contrôle de l’Amérique du Nord, USNorthCom.
Contrôle de l’Amérique du Sud, USSouthCom.
Contrôle de l’Europe, USEuCom.
Contrôle de l’Afrique, USAfriCom.
Contrôle du Moyen-Orient, USCentCom.
Contrôle de l’Asie et de l’Océanie, USPaCom.
Carte bases militaires dans le Pacifique
Au 30 juin 2011, l’ensemble des Forces militaires américaines, c’est-à-dire l’US Army, l’US Navy, l’US Air Force et l’US Marine Corps (exception faite de l’US Coast Guard qui compte 43 521 personnels d’active au 30 septembre 2011) regroupaient 1 434 312 militaires répartis sur un millier de bases dans une centaine de pays.
Par comparaison, la Chine possède une et une seule base militaire à Djibouti !
Lire : La Chine construit sa première base militaire à l’étranger, Sputnik, 13/07/2017.

[4] L’OTAN :
Pays membres
Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA)
Partenariat avec pays non membres
Manlio DINUCCI, Brève histoire de l’OTAN de 1991 à nos jours, Le Grand Soir, 23/10/2017.

[5] Les guerres de la CIA :
William BLUM, Les guerres scélérates – Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Parangon, 2004 [Le Grand Soir].
John K. COOLEY, CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Autrement, 2002.

[6] Les guerres secrètes de l’OTAN :
Daniele GANSER, Les armées secrètes de l’OTAN, Demi Lune, 2007 réédition 2011 et 2016 [Monde en Question].
Daniele GANSER, Les guerres illégales de l’OTAN – Une chronique de Cuba jusqu’à la Syrie, Demi Lune, 2017 [Monde en Question].

[7] Le contrôle militaire de la Chine :
Bases militaires : Corée du Sud, Japon, Philippines
Opération Enduring Freedom : Afghanistan
Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA) : Kazakhstan, Kirghizistan, Tajikistan
Partenariat avec pays non membres : Afghanistan, Pakistan, Corée du Sud, Japon, Mongolie

[8] Coup de force à Riyad :
Il ne s’agit pas d’un coup d’État puisque le pouvoir reste aux mains de la famille Saoud – un jeu à somme nul.
Cela me rappelle les rivalités pour la succession au trône de France de 1314 à 1356 sous les règnes de Philippe le Bel à Jean le Bon que Maurice Druon a magistralement racontées dans la suite romanesque historique Les rois maudits ou les aventures d’Iznogoud qui veut devenir calife à la place du calife !
Maurice DRUON, Les rois maudits 7 volumes, 1955-1977 [Texte en ligne].
René GOSCINNY (scénario) et Jean TABARY (dessin), Iznogoud (titres divers) 19 albums (en comptant ceux de Goscinny publiés après sa mort en 1977), 1966-1994 [Bedetheque].

[9] Saudi Aramco :
Site officiel EN, Saudi AramcoHistorySaudi Aramco China.

[10] Extraits commentés d’une sélection de trois articles :
Alors que la popularité du régime chutait radicalement, MBS a sorti sa Vision 2030. Théoriquement, il s’agissait de faire la transition énergétique pour sortir du pétrole, de vendre une partie d’Aramco et de tenter d’introduire de nouvelles industries. Pour calmer le mécontentement, on a procédé à des paiements royaux aux principaux princes pour qu’ils restent loyaux et au versement des arriérés de salaires aux masses indisciplinées.
[…]
En un mot : un État qui s’avère être la propriété privée d’une famille royale hostile à tous les principes de la liberté d’expression et de religion, ainsi que la matrice idéologique de toutes les formes de djihadisme salafiste ne peut pas métastaser en un État « modéré » sur un claquement de doigts de MBS.
C’est le seul article qui rappelle la nature de l’État en Arabie saoudite bien différent des fantasmes occidentaux.
Source : Pepe ESCOBAR, The inside story of the Saudi night of long knives, Asia Times, 06/11/2017 – Rififi dans la Maison des Saoud : décodage, Tlaxcala, 08/11/2017.

Selon la Maison-Blanche, le président Trump et « MBS » se sont parlé par téléphone durant la journée du 4 novembre (horaire US), ce qui pourrait être soit juste avant le coup de Palais, soit au cours de l’opération. Un accord a été discrètement conclu prévoyant que l’offre publique d’achat d’Aramco sera lancée non pas à Riyad, mais à la Bourse de New York.
Ce sont les deux informations importantes, mais l’auteur n’en tire aucune conséquence.
Source : Thierry MEYSSAN, Coup de Palais à Riyad, Réseau Voltaire, 07/11/2017.

En réalité, cela ne leurre personne car, sans connaître dans le détail les éléments précis des dossiers à charge, cette action possède en réalité une dimension principalement politique. L’intrication entre sphère politique et économique est en effet structurelle en Arabie saoudite et nombres d’entreprises sont détenues par des membres de familles princières. Cela permet de saisir la signification des arrestations opérées à l’initiative de Mohamed Ben Salman dans la perspective de son accession au trône. C’est la volonté de marginalisation de ceux qui pourraient lui faire de l’ombre, voire le contester, et à une concentration accélérée du pouvoir entre ses mains auxquelles nous assistons.
L’auteur souligne bien la dimension politique de l’événement, mais ne dit rien de la dimension économique alors qu’il précise qu’elles sont intriquées.
Source : Didier BILLION, Mohamed Ben Salman, prince tout puissant mais responsable des échecs de Ryad sur la scène internationale, IRIS, 08/11/2017.

[11] Histoire Arabie saoudite :
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Arabie Saoudite, Les clés du Moyen-Orient, 01/02/2010.
Yara EL KHOURY, Ibn Saoud et la naissance du royaume d’Arabie saoudite – première partie, Les clés du Moyen-Orient, 14/06/2014.
Yara EL KHOURY, Ibn Saoud et la naissance du royaume d’Arabie saoudite – deuxième partie, Les clés du Moyen-Orient, 16/06/2014.

[12] Pacte du Quincy :
Comme le rappelle clairement Henry Laurens, ce pacte est une légende urbaine :

Si les deux personnalités n’évoquent pas la question du pétrole, c’est que l’affaire a déjà été réglée. L’Arabie saoudite a accordé en 1933 des concessions pétrolières à la Standard Oil of California (Socal) qui a créé la California Arabian Standard Oil Company (Casoc). En 1936, la Socal s’est associé avec la Texaco au Moyen-Orient pour former la Caltex. La Casoc a trouvé du pétrole en 1938 et a créé un terminal pétrolier à Ras Tanura et une petite ville à Daran.
[…]
Ce qui était implicite en février 1945 était la concurrence anglo-américaine qu’Ibn Saoud, en vieux roi rusé, savait attiser. Il avait laissé croire aux Américains que les Britanniques voulaient leur reprendre les concessions pétrolières et aux Britanniques que les Américains voulaient les chasser de la région. En fait, au début de 1945, la question essentielle était la transformation de Dahran en base militaire américaine, créant ainsi une présence militaire permanente et la fin du monopole militaire britannique déjà entamé par le corridor persan.
[…]
Dans les mois qui suivent l’entrevue du Quincy, la diplomatie saoudienne continue de jouer sur la rivalité anglo-américaine, insiste sur le danger hachémite et marque sa préoccupation en ce qui concerne la Palestine. Elle obtient explicitement un engagement américain de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures saoudiennes en échange de la primauté accordée aux États-Unis dans les échanges entre l’Arabie saoudite et le monde extérieur (non arabe et non musulman).
Source : Henry LAURENS, De quoi parlaient le président américain et le roi saoudien en février 1945 ?, Orient XXI, 23/02/2016.

Écouter : Henry LAURENS, Histoire contemporaine du monde arabe, Collège de France.

[13] Participations chinoises aux projets de Saudi Aramco :
La Chine, les États-Unis et l’Arabie saoudite sont partenaires de ce projet industriel qui comprend tous les stages de la production et de la commercialisation du pétrole et de ses dérivés.
A cette fin, en mars 2007, Sinopec, un des plus grands groupes de raffinage pétroliers de la Chine et le gouvernement provincial du Fujian ont établi deux joint ventures avec le groupe américain Exxon Mobile et l’Aramco d’Arabie saoudite, pour un investissement total d’environ 5 milliards de dollars.
Dans cette première société, les parties chinoises (Sinopec et province du Fujian) détiendront 50% du capital, Exxon Mobile 25% et Aramco 25%.
Dans la seconde société qui sera chargée de commercialiser les carburants dans le Fujian, Sinopec détient 55%, Exxon Mobile 22,5% et Aramco 22,5%.
Source : Début des essais de la première joint-venture pétrolière intégrée, Renmin Ribao – Quotidien du peuple, 21/05/2009 – History 2000s, Saudi Aramco.

Que ce soit en Arabie saoudite ou ailleurs, Huawei coopère avec les opérateurs locaux, à la fois sur les réseaux fixes et mobiles. En 2005, elle a signé avec Saudi Aramco un contrat de huit ans concernant le réseau fixe. En 2013, le PDG de Huawei d’alors, Hu Houkun, a tenu des entretiens avec Khalid G. Al-Buainain, vice-président de Saudi Aramco, au sujet d’un système de vidéoconférence téléphonique devant être fourni par Huawei. En 2006, STC a décerné un prix d’excellence à Huawei. En 2009, les deux ont signé un accord de partenariat stratégique, qui a évolué en accord de coopération stratégique en 2014, gage d’une collaboration plus étendue et plus durable.
Source : Huawei : pour une Arabie saoudite mieux connectée, Chine au présent, 04/08/2015.

Pendant l’après-midi, MM. Xi et Salmane ont assisté à une cérémonie au Centre d’étude et de recherche sur le pétrole du roi Abdallah afin d’inaugurer à distance la raffinerie de pétrole Yasref, une coentreprise associant Aramco (Arabie saoudite) et Sinopec (Chine). Il s’agit du plus important projet d’investissement chinois réalisé en Arabie saoudite.
Yasref est la première raffinerie que Sinopec a construite à l’étranger. Les deux entreprises ont signé l’accord début 2012 et ont investi près de 10 milliards de dollars. Aramco et Sinopec détiennent respectivement 62,5 et 37,5 % du capital.
Source : Le président chinois a visité un palais historique et inauguré une raffinerie en Arabie saoudite, Chine au présent, 21/01/2016 – History 2010s, Saudi Aramco.

La Saudi Aramco, plus grande compagnie de pétrole au monde, envisage d’approfondir ses investissements dans les secteurs de la raffinerie, de la pétrochimie avec les entreprises chinoises. La première grande raffinerie saoudienne de Yanbu est entrée en fonction le 20 janvier 2016 avec d’importants capitaux de SINOPEC [entreprise publique chinoise]. Ces deux compagnies ont signé un nouvel accord stratégique de coopération pour se déployer dans les marchés mondiaux. Ainsi, la relation pragmatique sino-saoudienne pourrait être un levier pour l’économie saoudienne hors pétrole.
[…]
Pour financer les projets d’infrastructure, les entreprises chinoises bénéficient de la fameuse Exim Bank (Export-Import Bank of China), qui disposerait de plus d’un tiers des liquidités mondiales, ce qui permettrait d’investir dans les infrastructures ferroviaires en Arabie saoudite. Cette perspective permettrait à la fois aux saoudiens d’accompagner le plan « Vision 2030 » et aux Chinois de compléter le maillage de la Nouvelle Route de la Soie à travers le royaume pour ouvrir d’autres voies terrestres et maritimes aux marchandises chinoises à destination de l’Afrique dans laquelle elle est déjà fortement implantée.
[…]
Pékin a créé un outil puissant dans la stratégie de la NRS, la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB en anglais), concurrente implicite de la Banque mondiale. Elle compte parmi ses 57 membres l’Arabie saoudite, le Pakistan, l’Indonésie, la Malaisie, Oman et l’Iran, pays clefs de la route de la Soie. La Chine entend assumer le leadership mondial dans le domaine du financement des infrastructures mais elle a besoin d’une stabilisation du Moyen-Orient pour déployer ses investissements économiques, et l’Arabie saoudite est un acteur clef de cette région.
Source : Brahim KAS, L’Arabie saoudite et la Nouvelle Route de la Soie : vers un rôle accru ?, IRIS, 10/02/2017.

[14] Pétro-yuan vs Pétrodollar :
La Chine a commencé à encourager certains de ses fournisseurs de pétrole à substituer des paiements en dollar à des paiements en yuan et en or. En juillet, une proposition aurait été faite dans ce sens à l’Arabie Saoudite, le premier exportateur mondial. Même si cette dernière bénéficie d’une relation privilégiée avec la Chine – selon le Nikkei Asian Review, les deux pays auraient établi un fond d’investissement commun de 20 milliards de dollars et souhaitent cimenter leur relation lors de la mise sur le marché de l’entreprise nationale Saudi Aramco -, Ryad a perdu près de 10 % de ses parts de marché sur le marché chinois depuis 2008, au profit de la Russie, de l’Iran et de l’Angola, l’Angola ayant fait de la monnaie chinoise sa deuxième monnaie de référence au niveau national. Les décisions de l’Arabie saoudite risquent d’être la clé de voute des grands équilibres pétroliers et monétaires dans les années à venir.
Source : Emmanuel HACHE, Fake news ou pragmatisme chinois sur les marchés internationaux ?, IRIS, 28/09/2017.

L’introduction imminente de la vente du pétrole en yuan est une décision très audacieuse de la part de la Chine, car les États-Unis n’abandonneront jamais la base leur hégémonie – le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale – sans combattre, a déclaré Keiser.
[…]
Bravo à la Chine pour ce projet d’autant qu’elle est un gros acheteur potentiel de la privation [prévue pour 2018] de la compagnie Aramco appartenant à l’État saoudien, a déclaré Keiser, en référence aux ventes anticipées d’actions de la compagnie Saudi Aramco.
« Cela a du sens, du point de vue géopolitique, car la Chine, la Russie et les Saoudiens cherchent à échapper au dollar américain, à l’hégémonie du dollar américain ».
L’Arabie saoudite a été récemment empêchée de se joindre à la dédollarisation par les États-Unis, qui, l’année dernière, ont permis aux survivants et aux proches des victimes de l’attentat du 11 septembre de poursuivre le royaume pour son rôle présumé dans les actes terroristes, a déclaré Keiser.
Source : Max KEISER, US Empire of Debt will go to war to stop emergence of petro-yuan, RT Business News, 25/10/2017 – Les États-Unis déclencheront une guerre pour empêcher l’émergence du pétro-yuan, Chine en Question, 10/11/2017.

Le passage à un islam modéré en Arabie saoudite, allié principal des États-Unis au Proche-Orient, peut être considéré comme une tentative de rétablir l’influence du pétrodollar face au yuan chinois, a déclaré à Sputnik le docteur en économie Volkan Özdemir, directeur de l’Institut turc de la politique et des marchés énergétiques (EPPEN).
« On assiste à la lutte contre les forces hostiles au pétrodollar en Arabie saoudite […]. Au lieu de soutenir le wahhabisme, il faut utiliser une nouvelle rhétorique qui plaira aux États-Unis. Et cette rhétorique consiste à créer une apparence de rapprochement entre les États-Unis et l’Arabie saoudite », a indiqué M.Özdemir.
[…]
Ces derniers temps, les représentants de l’Arabie saoudite et de la Chine ont mené des entretiens en vue de passer aux échanges libellés en yuan. Mais l’arrivée au pouvoir du Président américain Donald Trump a changé la donne. Le Président Trump a déclaré qu’il voulait revenir à politique extérieure classique à l’égard de l’Arabie saoudite, contrairement à son prédécesseur Barack Obama.
« Les partisans du pétrodollar l’ont emporté à court terme après l’arrivée de M.Trump, mais ce système n’a aucune chance de survie […], il disparaîtra d’ici à 2020, affirme l’expert.
Source : Le retour à un islam modéré à Riyad aurait un arrière-goût de pétrole, Sputnik, 10/11/2017.

[15] Saudi Vision 2030 :
Site officiel EN, Saudi Vision 2030. Le contenu, assez pauvre, ressemble au travail d’un candidat au BTS en marketing. Bien qu’il existe une version chinoise du site, l’occurrence China est introuvable. L’occurrence Aramco renvoie à un seul texte intéressant :

In an exclusive interview with Al Arabiya News Channel by Turki Aldakhayel, Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman said that the Kingdom of Saudi Arabia was founded by late King Abdul Aziz and his companions without the need for oil, pointing out that it is very dangerous to deal with Aramco company as our constitution. He said that Aramco’s reverence by some is a very big problem and we have a state of oil addiction in the kingdom, which disrupted the development. He added that we will turn Aramco into a holding company and move its operations to companies owned by it.
Deputy Crown Prince explained that high risks would have occurred if there had not been a move to offer Aramco for public subscription, saying that the investment fund will not manage Aramco and there will be a board of directors to manage it. He pointed out that we have three strong points on which nobody competes with us: they are our Arab and Islamic depth, our investment strength and our geographical location.
Source : Vision 2030 constitutes roadmap for kingdom’s development, economy objectives for next 15 years, Deputy Crown Prince says, Saudi Vision 2030, 25/04/2016.

[16] Le chevalier blanc – Le changement a une saveur :
Tout le monde use et abuse de l’acronyme MBS pour désigner Mohammed ben Salmane Al Saoud. Cette pratique crée une image flatteuse et quasi iconique du personnage qu’on nous vend comme le chevalier blanc.
• Le chevalier blanc en littérature
Le chevalier blanc est une série de bande dessinée créée en 1953 par Fred et Liliane Funcken qui conte les aventures du jeune Jehan de Dardemont qui, de retour des croisades en 1210, doit succéder à son père comme justicier masqué auprès des pauvres et des opprimés.
Lire : Fred et Liliane FUNCKEN, Le chevalier blanc 11 albums, Éditions du Lombard, 1956-1994 [Bedetheque].
• Le chevalier blanc en droit financier
Jugeant « hostile » une offre publique d’achat ou d’échange de ses titres visant à une prise de contrôle, une entreprise « cible » et ses dirigeants disposent de plusieurs moyens de défense contre cette offre publique, dont celui de faire appel à une offre publique concurrente initiée par une tierce entreprise, appelée en cette occasion chevalier blanc.
Source : Chevalier blanc, Mataf.

Source : La nouvelle publicité Coca-Cola en Arabie saoudite fait le buzz, Huffpost Maghreb, 07/11/2017.

[17] Gregory Brew :
Gregory Brew, un chercheur et analyste basé à Washington, poursuit actuellement un doctorat à l’Université de Georgetown dans l’histoire du pétrole et la politique étrangère américaine.
Lire : Articles, Oil Price.

[18] Les visites de Jared Kushner en Arabie Saoudite :
Jared Kushner, le gendre et conseiller du président américain Donald Trump, s’est rendu en toute discrétion en Arabie Saoudite ces dernières semaines.
Une influence discrète, mais non négligeable. Depuis le début de l’année, Jared Kushner s’est rendu à trois reprises (en mai, en août et en octobre) en Arabie Saoudite pour des déplacements non annoncés au programme officiel.
[…]
Quelques jours après cette dernière visite en date, Mohammed ben Salman lançait le coup de filet spectaculaire qui a mené à l’arrestation de 11 princes, ministres et ex-ministres, dans le cadre d’une opération anti-corruption. Donald Trump a évidemment commenté cette nouvelle sur Twitter, félicitant le souverain saoudien et son fils : « J’accorde une grande confiance au roi Salman et au prince héritier d’Arabie Saoudite, ils savent exactement ce qu’ils font. Certains de ceux qu’ils traitent sévèrement ont pompé leur pays pendant des années ! »
Source : Les déplacements (très) discrets de Jared Kushner en Arabie Saoudite, Paris Match, 07/11/2017.
Lire aussi : Annie KARNI, Kushner took unannounced trip to Saudi Arabia, Politico, 29/10/2017.

[19] XI Jinping propose à Trump de « diriger à deux » :
Mais le président chinois Xi Jinping souhaite un accord plus large visant à ce que les deux pays partagent la responsabilité des affaires internationales. Il n’est pas encore question d’un duumvirat mais de la reconnaissance du leadership de la Chine en Asie par les Américains, écrit mercredi le quotidien Nezavissimaïa gazeta.
Les dirigeants chinois revendiquent un statut d’égalité avec les présidents américains depuis longtemps. Mais Xi Jinping souhaite aller encore plus loin et souhaite établir des relations particulières avec l’Amérique, ce qui signifierait la reconnaissance de la Chine en tant que deuxième grande puissance dans le monde bipolaire en formation.
[…]
Le directeur de l’Institut d’Extrême-Orient affilié à l’Académie des sciences de Russie Alexandre Larine analyse la situation : « Lors du 19e congrès du Parti communiste la Chine a revendiqué le leadership mondial. C’est un défi direct lancé aux USA. La Chine est convaincue de pouvoir rattraper et dépasser les USA. Il est évident qu’au fur et à mesure que la puissance nationale de la Chine grandira, sa rivalité avec les USA s’aggravera. Leur lutte prendra une place de plus en plus grande dans la politique mondiale. Auparavant ce sont les USA et l’URSS qui étaient impliqués dans une telle compétition. Maintenant on peut parler d’une nouvelle adversité entre deux superpuissances. »
Source : Xi Jinping proposerait à Trump de « diriger à deux » ?, Sputnik, 08/11/2017.

[20] Donald Trump vs XI Jinping :
David Hearst termine malheureusement son article par la diatribe habituelle et contreproductive contre Donald Trump, un président américain qui ne sait pas ce qu’il fait.

Si ce n’était pas encore évident pour tout le monde, cela doit sûrement l’être à présent. La capitale de l’insécurité au Moyen- Orient est Riyad, et les initiatives d’un prince âgé de 32 ans, en quête d’un pouvoir absolu, sont capables de déstabiliser les pays voisins et de destituer leurs Premiers ministres. Pire, ce prince semble être encouragé par un président américain qui ne sait pas ce qu’il fait.
Des dirigeants plus sages à Washington D.C., comme le secrétaire d’État Rex Tillerson ou le secrétaire à la Défense James Mattis, doivent s’arracher les cheveux – ou ce qu’il en reste. Cela ne m’étonnerait pas d’apprendre que Tillerson en a assez d’essayer d’éteindre les incendies que son président et son entourage immédiat continuent à déclencher.
Source : David HEARST, article cité.

Donald Trump sait parfaitement ce qu’il fait puisque Jared Kushner, son gendre et son conseiller, avait préparé le terrain depuis plusieurs mois. Mais, comme d’habitude, il a trop parlé et surtout trop vite en tweetant samedi qu’il « apprécierait beaucoup que l’Arabie saoudite procède à l’introduction en bourse d’Aramco sur le New York Stock Exchange, important pour les États-Unis ! »

XI Jinping, lui, est un stratège qui a une vision à très long terme. Ainsi, il a lancé le programme de développement de la Chine pour les 33 ans à venir ! avec un échéancier en trois étapes :
– Une société modérément prospère pour 2020 ;
– Un pays relativement modernisé en 2035 ;
– Une nation socialiste riche et puissante en 2050.
Lire : Pepe ESCOBAR, Xi’s road map to the Chinese Dream, Asia Times, 21/10/2017 – La feuille de route de Xi pour le grand Rêve chinois, Entelekheia, 26/10/2017.
Voir : Laurent BOUIT, Chine, à la conquête de l’Ouest, Chine en Question, 25/10/2017.

En conclusion, Donald Trump incarne la modernité occidentale dépendante du commentaire instantané et limité aux 140 caractères de Twitter alors que XI Jinping incarne la plus ancienne civilisation vivante du monde qui s’engage dans la réalisation d’ambitieux projets de développement d’une société harmonieuse.
Lire : YINGKUI Tian, La voie chinoise – Concept de développement scientifique, Editions en langues étrangères, 2008.

Les États-Unis déclencheront une guerre pour empêcher l’émergence du pétro-yuan


 

L’introduction imminente de la vente du pétrole en yuan est une décision très audacieuse de la part de la Chine, car les États-Unis n’abandonneront jamais la base leur hégémonie – le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale – sans combattre, a déclaré Keiser.

Le plan chinois de déploiement d’un contrat pétrolier libellé en yuan avant la fin de cette année est une initiative très courageuse, car les pays qui « ont essayé de sortir de la matrice dollar-pétrole ont très mal terminé », a souligné Keiser.

« Saddam Hussein voulait vendre son pétrole en euros et il a été tué, Mouammar Kadhafi voulait le vendre dans une monnaie différente du dollar américain – il a été tué », a rappelé l’analyste.

La Chine, cependant, a la volonté et les ressources pour réussir la dédollarisation, et, de plus, elle est soutenue par plusieurs pays importants qui « résistent au cartel financier des États-Unis », à savoir la Russie et l’Iran, a déclaré Keiser.

Bravo à la Chine pour ce projet d’autant qu’elle est un gros acheteur potentiel de la privation [prévue pour 2018] de la compagnie Aramco appartenant à l’État saoudien, a déclaré Keiser, en référence aux ventes anticipées d’actions de la compagnie Saudi Aramco.

« Cela a du sens, du point de vue géopolitique, car la Chine, la Russie et les Saoudiens cherchent à échapper au dollar américain, à l’hégémonie du dollar américain ».

L’Arabie saoudite a été récemment empêchée de se joindre à la dédollarisation par les États-Unis, qui, l’année dernière, ont permis aux survivants et aux proches des victimes de l’attentat du 11 septembre de poursuivre le royaume pour son rôle présumé dans les actes terroristes, a déclaré Keiser.

« La motivation des Saoudiens est logique. Ils veulent spéculer sur Aramco car ils sont profondément endettés et ils manquent de liquidité. Ils voulaient faire une offre publique d’achat sur le marché de Londres ou des États-Unis, mais en ont été empêché par les actions judiciaires des rescapés du 11 septembre, qui ont à juste titre désigné les Saoudiens comme responsables », note Keiser.

« Tous les pays en ont assez de financer l’aventurisme militaire de « l’Empire de la dette » – le dollar américain – et se joindront donc probablement au mouvement de dédollarisation », a déclaré Keiser.

Il est peu probable que le secteur financier américain et son complexe militaro-industriel abandonnent l’hégémonie du dollar sans se battre, car le dollar est à la fois la base et le principal produit de l’Amérique. Et les États-Unis utiliseront leur instrument favori : la guerre, estime Keiser.

« Peut-être vont-ils préparer une guerre entre le Japon et la Chine, ou peut-être vont-ils en préparer une avec la Corée du Nord. L’Amérique fera tout pour que le dollar américain reste la monnaie de réserve mondiale », a déclaré Keiser.

« Ils envahiront d’autres pays, comme l’Afghanistan, et ne reculeront devant rien. Parce que c’est la base de l’empire américain. Il n’est pas basé sur des biens matériels, mais sur la rente. Il est basé sur les prêts et les revenus des intérêts en dollars et quand les pays ne peuvent pas payer, ils démantèlent leurs actifs et se les approprient. Nous l’avons vu en Amérique latine, c’est comme ça que les États-Unis ont construit leur empire. »

Max KEISER, US ‘Empire of Debt’ will go to war to stop emergence of petro-yuan, RT Business News, 25/10/2017.
Traduction de Serge LEFORT


Malgré mes faibles compétences en anglais, j’ai traduit cet article fondamental. J’avais exprimé depuis plusieurs mois et à plusieurs reprises la même analyse que celle de Max Keiser. Je regrette d’avoir couru après le vent… au lieu de la publier début septembre.

Suivre l’actualité
courir après le vent.
Penser l’actualité
marcher à contre-courant.

Cette analyse est d’autant plus importante qu’elle permet de comprendre les enjeux stratégiques du coup d’État de Mohammed ben Salame en Arabie saoudite, coup d’État soutenu par Donald Trump, promu par Coca-Cola et acclamé par les médias français (L’im-Monde, Libération, etc.) !

Je poursuis ma recherche documentaire pour peaufiner mon analyse que j’espère publier la semaine prochaine…

06/11/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Keiser Report, Russia Today.
Petro-Yuan, Chine en QuestionMonde en Question Russia Today.
Dossier documentaire USA, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Résolution du 19e Congrès national du PCC


 

Les extraits suivants de la Résolution du 19e Congrès national du PCC montrent que le texte original est très éloigné de la propagande des médias dominants occidentaux qui unanimement présentent Xi Jinping comme le nouvel empereur… de l’Empire du milieu :

• Xi Jinping, l’empereur rouge, Le Monde, 13/10/2017.
• Xi Jinping, l’empereur rouge déterminé à sauver le communisme chinois, Le Vif, 13/10/2017.
• Xi Jinping, le nouvel empereur, Arte, 16/10/2017.
• Le deuxième sacre de Xi Jinping, le tout-puissant « empereur rouge », Le Figaro, 17/10/2017.
• Xi Jinping ou le mythe du « Nouvel empereur rouge », RFI, 18/10/2017.
• Xi Jinping, l’empereur rouge de la Chine, L’Echo, 25/10/2017.
• Xi Jinping, empereur de Chine, L’Express, 25/10/2017.
• Xi Jinping, l’apprenti empereur, Le Vent de la Chine, 02/11/2017.
• L’empereur géo-économique Xi Jinping a quinze ans d’avance, La Jornada – Réseau Voltaire, 03/11/2017.

06/11/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Le Congrès souligne que le socialisme à la chinoise, après avoir parcouru un long chemin, est entré dans une nouvelle ère, et au cours de son développement, un nouvel horizon historique s’est ouvert à notre pays. Avec l’entrée du socialisme à la chinoise dans la nouvelle ère, la principale contradiction dans la société chinoise s’est transformée en celle entre l’aspiration croissante de la population à une vie meilleure et le développement déséquilibré et insuffisant de la Chine. Cette transformation de la principale contradiction sociale en Chine est un changement historique touchant à la situation d’ensemble. Le Parti et l’État doivent donc agir en s’adaptant à de nombreuses nouvelles exigences qui en découlent. Il nous faut, en poursuivant nos efforts en faveur du développement, tout mettre en œuvre pour résoudre le problème lié à un développement déséquilibré et insuffisant, et améliorer sensiblement sa qualité et ses performances, de manière à satisfaire au mieux les besoins croissants de la population dans les domaines économique, politique, culturel, social et écologique, à encourager le plein épanouissement de l’homme, et à faire progresser la société dans tous les domaines.

Le Congrès indique que, jusqu’à 2020, nous nous trouverons dans l’étape décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance. Il nous faut donc, en conformité avec les exigences formulées par les XVIe, XVIIe et XVIIIe Congrès du Parti, mettre l’accent sur les domaines prioritaires, remédier à nos insuffisances, nous débarrasser de nos points faibles, et surtout, livrer la dure bataille pour parer aux risques majeurs, réaliser l’élimination ciblée de la pauvreté et maîtriser la pollution de l’environnement. Et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que, le moment venu, le peuple chinois reconnaisse l’avènement de la société de moyenne aisance et que cette dernière résiste à l’épreuve de l’histoire.

Le Congrès estime que la période qui sépare le XIXe du XXe Congrès du Parti constitue la charnière des objectifs des « deux centenaires ». Durant cette période, nous devons non seulement par achever l’édification intégrale de la société de moyenne aisance pour réaliser l’objectif du premier centenaire, mais également entreprendre, sur cette lancée, l’édification intégrale d’un pays socialiste moderne-nouvelle grande marche conduisant à la réalisation de l’objectif du deuxième centenaire. Après l’analyse de la conjoncture, tant extérieure qu’intérieure, et l’analyse des conditions de développement dont dispose notre pays, nous pouvons diviser en deux phases la période allant de 2020 au milieu du siècle pour prendre des dispositions : la première phase va de 2020 à 2035, phase pendant laquelle, partant de l’établissement de la société de moyenne aisance, nous poursuivrons nos efforts pour réaliser l’essentiel de la modernisation socialiste; la deuxième phase va de 2035 au milieu du siècle, phase pendant laquelle nous allons, partant de la modernisation réalisée pour l’essentiel, poursuivre nos efforts pendant encore 15 ans pour transformer la Chine en un grand pays socialiste beau, moderne, prospère, puissant, démocratique, harmonieux et hautement civilisé.

Le Congrès approuve les dispositions proposées dans le rapport d’activité concernant l’édification du socialisme sur les plans économique, politique, culturel, social et écologique. Il souligne qu’il faut appliquer le nouveau concept de développement et édifier un système économique moderne; insister sur la primauté de la qualité et privilégier la rentabilité du développement; prendre pour fil conducteur la réforme structurelle du côté de l’offre pour promouvoir un changement en matière de qualité, d’efficacité et de force motrice du développement économique; accélérer l’instauration d’un système industriel où l’économie réelle, l’innovation scientifique et technique, la finance moderne et les ressources humaines se développent de façon coordonnée; et construire un système économique caractérisé par la grande efficacité du rôle du marché, un dynamisme entrepreneurial des acteurs microéconomiques et un emploi à bon escient du macrocontrôle, notre but visé étant d’accroître sans cesse la capacité d’innovation et la compétitivité de notre économie. Il faut approfondir la réforme structurelle du côté de l’offre, accélérer l’édification d’un État innovant, appliquer la stratégie de redressement des régions rurales, mettre en œuvre la stratégie de développement interrégional coordonné, accélérer le perfectionnement du système d’économie de marché socialiste, promouvoir une nouvelle conjoncture d’ouverture tous azimuts, de manière à réaliser un développement de meilleure qualité, plus efficace, plus équitable et plus durable.

[…] il faut, avant tout, concentrer nos efforts sur les problèmes qui touchent aux intérêts directs et réels de la population et qui sont au centre de ses préoccupations: développer en priorité l’éducation, augmenter la qualité de l’emploi et les revenus de la population, renforcer l’édification du système de protection sociale, remporter la victoire finale dans la lutte contre la pauvreté, mettre en œuvre la stratégie de « Chine saine », mettre en place une architecture de gouvernance sociale dite « synergie, concertation et partage », et assurer efficacement la sécurité nationale, afin de procurer au peuple un sentiment de satisfaction, de bonheur et de sécurité qui soit plus fort, mieux garanti et plus durable. Il faut accélérer la réforme en faveur de la civilisation écologique et construire une belle Chine. À cet effet, il importe de promouvoir le développement vert, de veiller à résoudre les problèmes saillants de l’environnement, de renforcer la protection de l’écosystème, et d’innover dans le domaine du système de surveillance de l’écosystème pour créer une nouvelle situation de modernisation marquée par le développement harmonieux de l’homme et de la nature.

Texte intégral : Résolution du 19e Congrès national du Parti communiste chinois sur le rapport du 18e Comité central, Xinhua, 24/10/2017.

Lire aussi :
XIXe Congrès du Parti communiste chinois, Agence de Presse XinhuaBeijing InformationCentre d’Informations Internet de ChineChine au présent.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Chine, à la conquête de l’Ouest


 

Réalisateur : Laurent Bouit
Durée : 0h55
Année : 2016
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé : Comment la nouvelle route de la soie (encore en chantier) risque de bouleverser les relations entre la Chine, l’Asie centrale, la Russie et l’Europe.
Fiche : EntelekheiaLe MondeLibérationTélérama
Avis de Ciné Monde : En tout juste 10 ans, la Chine a construit 80 000 km d’autoroutes [13’40].
Par comparaison, le premier plan directeur routier français prévoyait, en 1960, le tracé de 1 933 km d’autoroutes à réaliser en 15 ans !

Les Chinois ont une vraie vision stratégique. […] De toute évidence, il est plus facile d’avoir des stratégies à long terme avec un pouvoir autoritaire stable [27’50].
Ce lien entre pouvoir autoritaire et stratégies à long terme est un lieu commun des médias dominants qu’on peut entendre comme un éloge non avoué.

Les journalistes reprennent la racisme de Charlie Hebdo et de Fluide Glacial : Comme souvent la démographie chinoise fait peur. Et l’angoisse du péril jaune n’est jamais très loin [39’50].

Les pleurnicheries des journalistes sur le fait que la nouvelle route de la soie profite plus aux grandes qu’au petites villes fait sourire car le développement des autoroutes (à partir de 1961) et du TGV (à partir de 1981) en France a suivi exactement la même logique sans qu’ils s’en émeuvent beaucoup.

Les journalistes ont une définition bizarre de l’impérialisme : Quel sera demain le poids de cet Europe face au nouvel ensemble que façonne la Chine tout le long de sa nouvelle route de la soie, face à ce nouvel impérialisme, basé sur l’extension économique, un impérialisme soft qui redessine la carte entre Europe et Asie [52’52] ?
Partage proposé par : Arte – YouTube Streaming FR

Lire aussi :
Pepe ESCOBAR, Xi’s road map to the Chinese Dream, Asia Times, 21/10/2017 – La feuille de route de Xi pour le grand Rêve chinois, Entelekheia, 26/10/2017.
Commentaire : Le gouvernement chinois a un programme de développement de la Chine pour les 33 ans à venir. Quel est le programme de développement du gouvernement des États-Unis ou des pays européens pour les 3 ans à venir ?
Charlie et « l’invasion des produits chinois », Chine en Question.
Fluide Glacial et le « péril jaune », Chine en Question.
L’im-Monde dénonce les grèves… en France, Monde en Question.
L’im-Monde prône la lutte des classes… en Chine, Chine en Question.
LÉNINE, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916 [Texte en ligne].
Eric X. LI, L’histoire de deux systèmes politiques, YouTube.
C’est une croyance habituelle en Occident : quand une société progresse, elle devient forcement une démocratie multipartite et capitaliste. Eric X. Li, investisseur et politologue chinois, nous invite à considérer qu’il n’existe pas qu’un seul système pour diriger une nation moderne prospère.

La Chine est une économie de marché, c’est une économie de marché mais ce n’est pas un pays capitaliste. Voilà pourquoi : Il est impossible qu’un groupe de milliardaires contrôle le Bureau politique de la manière dont des milliardaires contrôlent la politique aux USA. […] Aux États-Unis, le capital, les intérêts du capital et le capital lui-même se placent à la tête de la nation. L’autorité politique ne contrôle plus le pouvoir du capital. C’est pour ça que les USA sont un pays capitaliste. Et pas la Chine.
in The Coming War on China – La menace d’une guerre contre la Chine [53’43-59’22]

Dossier Cinéma France, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

Travail, luttes sociales et régulation du capitalisme dans la Chine contemporaine


 

Les transformations économiques et sociales d’une Chine devenue capitaliste suscitent des commentaires fascinés ou craintifs. Quand les uns soulignent l’enrichissement de la population, le pragmatisme des dirigeants, et la grandeur retrouvée du pays, les seconds insistent sur les risques d’instabilité sociale, l’autoritarisme, la corruption et l’ampleur des dégâts environnementaux.

En cherchant à renouveler l’analyse du développement chinois et de ses conséquences, cet ouvrage collectif et pluridisciplinaire encourage le lecteur à se défaire d’une vision manichéenne des mutations en cours.

Pour ce faire, la transition économique est analysée au prisme des transformations institutionnelles et juridiques des entreprises et du rapport salarial. Si l’abandon des anciennes structures socialistes et le développement du secteur privé ont permis d’atteindre des taux de croissance inégalés sur plus de trois décennies, ils ont également conduit à la déstabilisation du monde du travail, avec l’émergence de conflits et de revendications qui menacent la stabilité sociale. Tout l’enjeu est alors de savoir avec quels acteurs (État, organisations de travailleurs, entreprises multinationales, « société civile ») et à partir de quels compromis sociopolitiques peut se construire une régulation « à la chinoise » du capitalisme.

Clément SEHIER, Richard SOBEL, Travail, luttes sociales et régulation du capitalisme dans la Chine contemporaine, Presses Universitaires du Septentrion, 2015 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Chine – Économie, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Transformations silencieuses IV


 

Pendant que François Hollande poursuit sa croisade et permet au FN d’engranger les gains

Les 1er et 2 décembre, tous les médias chinois ont célébré la nouvelle, annoncée le 30 novembre par une conférence de presse de Christine Lagarde, d’inclure le Renminbi dans le panier des monnaies de réserve du FMI servant de références pour le calcul des droits de tirage spéciaux (DTS).

La satisfaction des autorités chinoises est encore augmentée par le fait que le poids relatif du Yuan dans le panier des monnaies de réserve sera de 10,92%, avant le Yen japonais (8,3%) et la Livre Sterling (8,1%), ce qui fait de la devise chinoise la 3e monnaie de référence globale, après l’Euro (30,9%) et le Dollar (41,7%).

Alors que la Banque Centrale a atteint l’objectif de faire figurer le Yuan au cœur de la direction des finances mondiales, la question est de savoir si Pékin a l’intention de pousser son avantage pour tenter de hisser sa monnaie au niveau d’une réserve globale à parité avec le Dollar.

A terme, la décision du FMI encouragera les banques centrales à détenir plus de réserves en monnaie chinoise et contribuera à augmenter l’utilisation du Yuan dans les transactions commerciales. Elle pourrait aussi pousser les autorités chinoises à ouvrir plus avant le marché des capitaux en Chine et à réaliser l’objectif que le Parti s’est lui-même fixé, de parvenir en 2020, à un marché du Yuan complètement libre dont le taux serait fixé sans entraves par le marché.

Le Renminbi accède au cercle fermé des monnaies de référence du FMI, Question Chine

Lire aussi :
• USA, FMI et Chine créent une « union monétaire » contre l’Allemagne, Sputnik.
• Edwin Le Heron : « Place importante pour le yuan baissera le rôle du dollar », Sputnik.
• Jacques Sapir : « face aux pressions US, la France devrait opter pour le yuan », Sputnik.
Dossier documentaire Chine – Économie, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.