Chine en Question

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Revue de presse Chine 12/08/2011


12/08/2011, Le Parti communiste chinois face aux révoltes sociales, Le Monde

Il existe des canaux d’expression démocratique à l’intérieur du système communiste chinois : les pétitions en font partie, comme les élections villageoises.
Quel pourrait être donc l’avenir du PCC et de la démocratie en Chine ? Le maintien du PCC au pouvoir implique une réforme de son système politique, en premier lieu du système d’évaluation et de contrôle des cadres locaux qui existe déjà. Si le PCC réussit à contrôler les cadres locaux pour qu’ils répondent aux normes morales d’équité et de justice, il pourrait tenir par le principe de la souveraineté du peuple qui a été le fondement de sa légitimité au moment de la révolution communiste chinoise pendant la période maoïste… Le défi du PCC aujourd’hui est bien de se distinguer des cadres locaux et de montrer à la population chinoise qu’il ne tient pas seulement par la répression, mais en vertu de principes démocratiques à l’intérieur d’un système politique léniniste.
Que pourrions-nous faire de notre côté pour la démocratisation de la Chine ? Les Etats et les peuples occidentaux ont un rôle à jouer dans l’avenir de la Chine.
L’imposition de la démocratie occidentale est la version soft du néocolonialisme.

12/08/2011, Il faut maintenir le principe de transparence et d’ouverture pour promouvoir les réformes, Renmin Ribao

On a remarqué qu’aujourd’hui, de plus en plus de départements gouvernementaux ne cherchent plus à dissimuler les événements imprévus, dès qu’ils sont survenus. D’abord ils rendent publiques les informations pour que le public participe et délibère dans le règlement des affaires. En effet, le principe de transparence et d’ouverture est un point crucial pour promouvoir la reforme des systèmes administratifs et prévenir la corruption.

12/08/2011, L’économie chinoise va-t-elle connaître un atterrissage brutal ?, Renmin Ribao

L’économie chinoise n’a pas connu et ne connaîtra pas d’atterrissage brutal :
Le premier indice est le niveau de prospérité des entreprises. Selon la dernière enquête sur le niveau de prospérité des entreprises du deuxième trimestre menée par le bureau national des statistiques, cet indice reste à un niveau élevé.
Le second indice est l’emploi. Actuellement, le taux de croissance de l’emploi du secteur industriel reste à un niveau élevé dans l’histoire, en atteignant 10%, soit plus qu’en 2008, en 2009 ou même en 2010.
Le troisième indice est constitué par les bénéfices des entreprises. Les bénéfices sont un facteur très important pour juger de l’état d’une entreprise. Pendant la première moitié de l’année, les bénéfices des entreprises industrielles dont les revenus annuels dépassent 5 millions de yuans dans toute la Chine ont augmenté de 28,7% par rapport à la même période de l’année dernière, 0,9% de plus que le taux de croissance de janvier à mai.£Le quatrième indice est l’investissement. Pendant la première moitié de l’année, les investissements privés ont augmenté de 33,8%, les investissements totaux, 25,6%, et les investissements des entreprises d’Etat et des entreprises à actions contrôlées par l’Etat, seulement 14,6%.

11/08/2011, Dmitri KOSSYREV, Crise mondiale : l’Asie a été capable de faire front, RIA Novosti

Si la « première vague » de la crise 2008 a des conséquences globales, elles se limitent à une simple formule : la crise a profité à la Chine, l’Inde, l’Asie en général. Qui en 2009 a maintenu une croissance économique de 8,8% tandis que le monde entier a connu une baisse de 2,2%? La Chine. L’Inde a connu une croissance « modeste » de 6%, ce qui n’est pas mal non plus.
Et voilà ce qui s’est finalement produit : au début du siècle on pensait que l’économie chinoise égalera celle des Etats-Unis au milieu du siècle. Mais les estimations actuelles montrent que ce sera le quart dans les dix prochaines années, et pour 2050 elle sera deux fois supérieure à l’économie américaine, tandis que l’Inde rattrapera les Etats-Unis (l’auteur de cette estimation, faite en mars dans le  magazine Russia in Global Affairs, est Chas Freeman).

14/07/2011, Texte intégral : Rapport d’évaluation concernant le Plan d’action national sur les droits de l’homme (2009-2010), Xinhua 1/3, 2/3/ 3/3

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Tibet, Monde en Question.
Dossier documentaire Xinjiang, Monde en Question.

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Revue de presse Chine 10/08/2011


10/08/2011, La Chine réclame la réduction du budget… du Pentagone, Dedefensa

La Chine se conduit selon les pures règles du capitalisme le plus pur et le plus dur. Comme le veut ce capitalisme, et notamment aux USA, la souveraineté, l’Etat régalien, ces vieilles choses, valent bien peu de chose. C’est le dollar, le sacré dollar qui règle tout. Alors la Chine, qui a plus de $1.000 milliards en bons de trésor US et donc se trouve être la premières prêteuse à alimenter la dette colossale des USA, tape du poing. Imaginez qu’elle soit à la table du conseil d’administration du formidable consortium Washington-USA, Inc., comme premier actionnaire extérieur, et qu’elle consulte les comptes, et s’écrie, furieuse, à l’adresse des dirigeants de la société : “Ecoutez, vous dépensez trop d’argent en quincailleries militaires, en expéditions pas rentables du tout ; moi, je veux protéger mon investissement, et je veux une société plus rentable, – alors, arrêtez de faire joujou avec la ferraille militariste, sinon… !” (Menaces de retrait des investisseurs, comme on dit à Wall Street…)

10/08/2011, Dossier : S&P abaisse la note de dette américaine à « AA+ », Xinhua

08/08/2011, Les États-Unis et l’Europe devront assumer leur responsabilité politique pour la reprise de l’économie mondiale, Renmin Ribao

À ce moment crucial où l’économie mondiale fait face à un risque de « double dip », certains médias et chercheurs occidentaux ont une fois de plus joué la « carte » de la Chine, il semble que le « remède » du règlement de la crise soit dans les mains de la Chine. Un tel procédé n’est pas nouveau. Ces dernières années, chaque fois que l’économie mondiale rencontre des difficultés, l’Occident s’est mis à parler, sinon pour accuser la Chine d’ «avoir rejeté la crise » sur les autres, sinon pour « flatter » la Chine et lui demander de prendre la responsabilité. Ces deux jeux ne visent qu’un seul but, celui de se dérober à sa responsabilité.

08/08/2011, Revue des hebdos chinois (1er au 5 août 2011), La France en Chine

07/08/2011, Les États-Unis dans la tourmente, les européens tentent de calmer la panique des marchés, NouvelObs

Les conseillers et ministres des Finances du G7 ont discuté de la crise de la dette et de l’évolution des marchés financiers mais rien n’a filtré de leurs décisions.
Standard & Poor’s (SP) a retiré vendredi aux États-Unis la prestigieuse note « AAA », dont jouissent les émetteurs d’obligations les plus fiables. Evoquant « des risques politiques » liés à l’énorme dette publique américaine, SP a abaissé la note du pays d’un cran à « AA+ ».
Cette sévère sanction infligée à la première économie mondiale était certes attendue, mais risque néanmoins d’embraser encore davantage des marchés affolés par l’incapacité des dirigeants à trouver une riposte commune à la crise.
Les créanciers étrangers des États-Unis ont réagi de façon mesurée, à l’exception du premier d’entre eux, la Chine, qui a exhorté Washington à cesser de vivre au-dessus de ses moyens.
Pékin, qui détenait en mai quelque 1.160 milliards de dollars de bons du Trésor américains, a estimé avoir « désormais tous les droits d’exiger des États-Unis qu’ils s’attaquent à leur problème structurel de dette ».
« Les jours où l’oncle Sam (…) pouvait facilement dilapider des quantités infinies d’emprunts de l’étranger semblent comptés », a commenté l’agence officielle Chine Nouvelle.

06/08/2011, Coup de tonnerre dans le ciel de l’économie mondiale, Journal de 18h France Culture

C’est une première dans l’histoire de l’économie mondiale : la dégradation de la note souveraine attribuée à la dette des États-Unis. Elle passe de la meilleure note, triple A à AA+. La Chine veut désormais se faire entendre, nous expliquera Anne-Laure Delatte, économiste.

06/08/2011, La Chine exige que les États-Unis remettent leurs finances en ordre, Journal de 12h30 France Culture

Après la dégradation de la note de la dette américaine, Pékin, premier créancier des États-Unis, hausse le ton et évoque l’idée de remplacer le dollar par une autre monnaie de réserve.

06/08/2011, Note américaine dégradée : le coup de colère de la Chine, Journal de 9h France Culture

Après la dégradation de la note de la dette américaine, Pekin exige que les États-Unis prennent des mesures pour rééquilibrer leur budget.

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Tibet, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Xinjiang, Monde en Question.

Revue de presse Chine 03/08/2011


03/08/2011, Pékin juge sévèrement l’accord sur la dette publique américaine, France 24

Pour la Chine, l’adoption du texte permettant aux États-Unis d’éviter un défaut de paiement ne parviendra pas à « désamorcer la bombe de leur dette ». Dans la foulée, l’agence de notation chinoise Dagong a abaissé la note de la dette américaine.

01/08/2011, Vladimir PETROVSKY, L’Asie dans l’attente du 2 août, RIA Novosti

Les principaux détenteurs d’obligations américaines, avant tout la Chine (plus de 1.150 milliards de dollars) et le Japon (890,3 milliards de dollars), qui se partagent 40% de la dette publique américaine, s’attendent à des temps difficiles. On voit les mêmes dispositions dans d’autres pays, par exemple en Corée du Sud ou en Inde, qui conservent la majeure partie de leurs réserves monétaires en dollars américains.

La Chine n’a pas l’intention de suspendre les achats d’obligations du Trésor américain dans un avenir proche, en dépit du risque de défaut de paiement des Etats-Unis. Comme l’a récemment écrit le journal Renmin Ribao en se référant au centre gouvernemental de recherche, « Pékin n’a pas d’autre choix que de continuer à acheter de la dette américaine, car la Chine veut que le dollar soit stable. Et les obligations américaines demeurent l’un des produits d’investissement les plus liquides sur le marché, compte tenu des immenses réserves de change de la Chine ».

Le Japon, dont la dette publique a atteint 200% du PIB, est également conscient qu’il n’existe pas d’alternative aux obligations américaines. Or, le pays devra dépenser beaucoup d’argent pour éliminer les conséquences de l’ouragan et du tsunami qui ont frappé le Japon en mars, laissant dans leur sillage des dommages estimés entre 16.000 et 25.000 milliards de yens, soit 195-305 milliards de dollars.

23/07/2011, Le concret, creuset de la pensée, movitcity

Cette petite histoire d’une lanterne à tenir élevée pour qu’elle diffuse mieux sa lumière souligne surtout que la pensée chinoise cherche (ou cherchait) toujours à s’inspirer de situations concrètes en se méfiant des « concepts purs » en se souvenant que c’est depuis notre existence concrète que nous sommes capables de penser. Cette attitude est à l’opposé de la pensée judéo-chrétienne qui tente de s’approcher de Dieu et qui se sent engluée dans la réalité.

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Tibet, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Xinjiang, Monde en Question.

L’Egypte et la Chine


Selon les médias dominants, les événements d’Egypte inquiéteraient tant le pouvoir chinois qu’il contrôlerait et censurerait les informations. Or, la lecture des dépêches de l’agence de presse chinoise Xinhua prouve qu’il s’agit de la propagande récurrente des médias occidentaux contre la Chine.

Ainsi le Nouvel Obs du 02/02/2011 affirme que :

Les médias chinois mettent l’accent sur le chaos engendré par la révolte égyptienne, ignorant la dénonciation par les manifestants de l’autocratie et de la corruption, deux sujets sensibles en Chine.

Mensonges puisque l’agence Xinhua écrivait le 28/01/2001 :

Des milliers d’Egyptiens sont descendus ces derniers jours dans la rue dans des manifestations sans précédent pour dénoncer la corruption, la pauvreté et le chômage et réclamer le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans.

Un peu plus objectif, Courrier international reconnaît que « la presse chinoise a utilisé l’angle économique pour expliquer les troubles » :

Le site officiel Renmin Wang [Renmin Ribao] critique ouvertement les médias occidentaux, ainsi que certains journaux chinois, qui ont selon lui utilisé abusivement les concepts de « liberté » et de « démocratie » pour décrire les soulèvements. Le site considère que cette attitude est hypocrite, car « les Occidentaux qui incitent les Egyptiens à descendre dans la rue ne les aideront pas à trouver un travail et ne partageront pas avec eux leurs privilèges ». Dans ces pays où le taux de chômage est monté en flèche ces dernières années, il ne sera pas facile de créer de nouveaux emplois, et « ce n’est pas des élections libres qui vont résoudre ce problème », ajoute le site officiel.

Au-delà de la propagande occidentale récurrente contre la Chine [1], force est de constater que la grille de lecture des événements est bien différente en Occident et en Chine.

Alors que c’est au cri de Pain, liberté et dignité ! que les Égyptiens sont descendus dans la rue, les commentaires des médias occidentaux prétendent que les Égyptiens réclameraient avant tout la démocratie – catéchisme du néocolonialisme – comme si la démocratie pouvait résoudre les problèmes sociaux. Partout dans le monde, les gouvernements dits démocratiques s’inclinent devant les exigences du marché c’est-à-dire la soif de profits des actionnaires au prix d’un accroissement de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion. Depuis 2008, la crise a plongé dans la pauvreté des millions de salariés et a accentué les écarts entre riches et pauvres dans les pays occidentaux.

Non seulement les médias occidentaux mais aussi les organisations « révolutionnaires » nous débitent un discours cuit et recuit qui esquive le social au profit du politique en pronostiquant une révolution démocratique [2] alors que pas une seule des centaines d’émeutes de la faim survenues un peu partout dans le monde, depuis 2008, n’a débouché sur un mouvement de contestation politique durable. Ce seul chiffre explique plus LES événements d’Egypte que les discours partisans : 40% des Égyptiens, c’est-à-dire 32 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour.

08/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

[note du 11/02/2011] Lire aussi : Esther BENBASSA, Révoltes dans le monde arabe : notre arrogance colonialiste, Rue89.

Revue de presse :
• L’usure du régime de Moubarak, Lutte de Classe n°92, Novembre 2005.

Après plus de vingt ans de pouvoir ininterrompu de Moubarak, son régime donne des signes d’usure. La crise économique et sociale, mais aussi les conflits permanents de la région moyen-orientale et leurs conséquences, ainsi que la perspective de devoir assurer la succession d’un président désormais âgé, ne sont pas sans provoquer des fissures dans l’appareil du pouvoir et dans la société.

• Les ouvrières égyptiennes aux avant-postes du combat social, BabelMed, 16/04/2008.

Les usines d’Egypte sont maintenant la ligne de front du mouvement des travailleurs qui a débuté en décembre 2006, lorsque les ouvriers textiles ont été 10.000 à manifester à Mahallah Al Kobra, cité industrielle du delta du Nil. Cette mobilisation sans précédent a marqué le point de départ d’une vague de grèves, la plus grande dans le pays depuis les années 1940 selon les spécialistes.

• Maghreb : un profond malaise social, une absence de perspectives politiques, Le PointCourrier international, 06/01/2011.

Les violentes protestations sociales en Algérie et en Tunisie témoignent d’un malaise social profond, touchant en particulier les jeunes diplomés, aggravé par la crise économique et l’usure des élites politiques, estiment des experts interrogés par l’AFP.

• La crise économique enflamme un Maghreb déjà sous tension, L’Expansion, 07/01/2011.

Après la Tunisie, c’est l’Algérie qui connaît des émeutes violentes, dans plusieurs villes du pays. Le malaise social, particulièrement profond au sein de la jeunesse, est exacerbé par les conséquences de la crise économique.

• Égypte : malaise social, Arte, 27/01/2011.

Ce sont les jeunes – qui ont grandi sous le régime d’Hosni Moubarak et l’état d’urgence- qui se mobilisent le plus en faveur d’un changement en Égypte. Un pays gangréné par la corruption, le chômage et le manque de perspectives d’avenir.

• Le chômage au coeur de la crise, Radio-Canada, 27/01/2011.

Les troubles politiques qui secouent actuellement l’Égypte prennent racine dans un régime autocratique, mais aussi [et surtout] dans une économie qui fait du surplace et plombée par le chômage.
« Pain, liberté et dignité » est d’ailleurs un slogan des manifestants.

• Une économie au service d’une caste, Le Temps d’Algérie, 29/01/2011.

«Pain, liberté et dignité», ce sont les mots d’ordre des manifestants égyptiens qui continuaient hier à réclamer le départ du président Moubarak. Pour certains spécialistes, la révolte du peuple égyptien est d’essence socio-économique, car les richesses économiques ne profitent pas aux populations, réduites à la pauvreté et à la précarité extrême.

• Déclaration du Directeur général de l’OIT sur la situation en Egypte, OIT, 02/02/2011 – Le Point et RIA Novosti, 03/02/2011.

Depuis de nombreuses années, l’OIT dénonce l’ampleur du déficit de travail décent en Egypte et dans d’autres pays de la région, où le chômage, le sous-emploi et le travail informel demeurent parmi les plus élevés au monde. L’incapacité à gérer efficacement cette situation, avec toutes ses répercussions en termes de pauvreté et d’inégalités de développement, ainsi que les entraves à l’exercice des libertés fondamentales, ont déclenché ce déferlement historique de revendications populaires.

• Hosni Moubarak, le président égyptien assiégé, Xinhua, 03/02/2011.

Sa politique économique, relativement libérale, n’a bénéficié qu’à une poignée de personnes. Des millions d’Egyptiens sont au chômage et de nombreux habitants vivent dans un état de grande pauvreté.

• Moubarak hausse le salaire des fonctionnaires pour calmer le jeu, Le Point, 07/02/2011.

Le président égyptien Hosni Moubarak a tenté de gagner du temps lundi face aux manifestants qui réclament depuis deux semaines son départ immédiat, en promettant une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites.

• De 1789 à l’intifada égyptienne, le pain reste le symbole de la contestation sociale, Le Monde, 07/02/2011.

Comme en Tunisie, où, dans les manifestations de la révolution dite de jasmin, on brandissait des pains – toujours signe d’une sévère réprobation sociale -, en Egypte le pain est très présent dans le répertoire de l’action collective. Au pays des Pharaons, ce n’est pas un fait nouveau. En 1977, déjà, de façon spectaculaire, et encore en 2008, les émeutes du pain ont ébranlé le régime.

Lire aussi :
• Dossier d’actualité : Égypte, Yahoo! Actualités.
• Dossier : Troubles en Egypte, RIA Novosti.
• Revue, Égypte/Monde arabe.


[1] Deux exemples de questions qui ne font sens que pour ceux qui la posent :
• L’Egypte et la question chinoise, AGEFI, 04/02/2011.

Les différents régimes politiques en place depuis plusieurs décennies dans le Maghreb et au Moyen-Orient sont de plus en plus nombreux à se voir défiés par la rue arabe. L’inflation, la hausse du prix des matières premières et du chômage ont mené aux soulèvements tunisien et égyptien.
Les mêmes facteurs peuvent-ils à terme provoquer un bouleversement similaire en Chine ?

• Pourquoi l’Egypte devrait inquiéter la Chine, Les Echos, 09/02/2011.

Une interprétation purement économique des évènements en Tunisie et en Egypte serait trop simpliste – même si un tel exercice est très tentant pour un économiste. Ceci étant dit, il ne fait aucun doute que les soulèvements dans ces deux pays – et ailleurs dans le monde arabe – reflètent pleinement l’inaptitude de leurs gouvernements à partager la richesse.

[2] Références :
• Les États-Unis, l’Egypte et la lutte pour la révolution socialiste, WSWS, 29/01/2011.
• Derrière les révoltes en Egypte et dans les pays arabes, le spectre du développement des combats de classe, Courant Communiste International, 31/01/2011.
• Déclaration de la Quatrième Internationale sur la Tunisie et l’Égypte, NPA, 01/02/2011.
• Georges KALDY, Après Ben Ali, Moubarak menacé de tomber : Quelle politique pour les classes exploitées ?, Lutte Ouvrière, 02/02/2011.

La première puissance mondiale ébranlée


Le 3 février, Lianhe Zaobao a publié un article intitulé « Pourquoi Obama se soucie que les États-Unis perdent son titre de premier mondial ? ». Selon cet article, il s’agit de la première fois depuis le début du XXe siècle qu’un président américain s’avoue publiquement soucieux de la position mondiale de son pays. En effet, depuis qu’ils sont devenus la première économie mondiale, les États-Unis se maintiennent en tête de peloton, place qu’ils garderont pour encore longtemps. Alors, comment pourraient-ils passer du sommet à l’abîme ? Qu’est-ce qui a poussé Obama à jurer que son pays n’accepterait pas la deuxième place mondiale ? La situation mondiale et son évolution, qui leur devient défavorable.

Le 27 janvier, le président Obama a prononcé son discours sur l’État de l’Union dans lequel on a remarqué trois « premiers » :

1. C’est la première fois que le président américain place un discours sous le signe de la sauvegarde de l’économie, tout en éludant les questions diplomatiques internationales. Cela n’est pas sans rappeler le discours sur la crise économique de Roosevelt en 1933. Plus de 70 ans après, Obama emprunte le vocabulaire de son prédécesseur, en parlant des « fournisseurs de monnaies cupides » et des « banquiers de Wall Street, acteurs principaux de la crise financière »… Du début à la fin, Obama prie les Américains noyés dans les difficultés de garder confiance, et de soutenir leur président, afin de surmonter ensemble la crise.

2. C’est la première fois depuis l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine en 1978 que le président américain parle de la Chine en termes admiratifs. Dans son discours, Obama a cité le développement du chemin de fer à haute vitesse et l’exploitation pionnière des énergies nouvelles en Chine, afin de motiver le peuple américain.

3. C’est la première fois depuis le début du XXe siècle que le président américain s’avoue publiquement soucieux de la chute des États-Unis.

Ces trois « premiers » sont interdépendants. Le déclin économique retarde le développement militaire et affaiblit l’hégémonie américaine. Et le seul pays capable de défier les États-Unis, c’est la Chine, pays au fort potentiel et à la croissance vertigineuse.

La première puissance mondiale ébranlée

En 1894, un pays composé de treize États indépendants, rafle au Royaume Uni la place de première économie mondiale. Ce pays ? Les États-Unis. En 1914, le revenu national américain atteint 37 milliards de dollars, soit 337 dollars par habitant, 50 % de plus qu’au Royaume Uni, et deux fois plus qu’en Allemagne et en France. Au début du XXe siècle, les États-Unis gagnent en puissance grâce au développement des chemins de fers, de l’électricité, des sciences et des technologies.

Certes, ils ne se sont pas hâtés dans leur hégémonie. Quand les puissances européennes se plongeaient dans la guerre, ils se contentaient d’observer, de l’autre côté de l’Atlantique. Mais alors l’Europe entière risquait d’être anéantie par les deux guerres mondiales, ils ont choisi d’intervenir. Le débarquement de Normandie a finalement conduit à la victoire des armées alliées sur l’Allemagne et l’Italie, et permis aux États-Unis de s’ériger en leader de l’Occident, par le biais de la fondation de l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN), bloc militaire contre l’Union soviétique.

Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis sont devenus la première puissance militaire du monde, et contrôlaient la moitié du volume économique et de la réserve d’or du globe. Reliant l’Atlantique et le Pacifique, le territoire américain profite bien de ses avantages géographiques dans le commerce libre. De là, une grande variété de produits, gros comme les véhicules, les avions et les navires, petits comme les copies de films, les disques de Jazz et le chewing-gum, inondent les marchés mondiaux. Un hamburger et une canette de coca-cola peuvent apporter des centaines de milliards de profits.

Entrés dans l’ère de la mondialisation, les États-Unis ont inventé une nouvelle méthode pour faire de gros bénéfices avec un petit capital. En délocalisant les usines, les produits haut de gamme de marque américaine se vendent dans le monde entier pour un coût de revient très bas, et créent ainsi une fortune inépuisable. L’Oncle Sam demeure le plus riche du monde et distance de loin ses rivaux.

Selon le grand historien anglais Arnold Toynbee, l’Orient se cachait dans l’ombre de l’Occident. De l’Égypte à la Chine, le monde de l’Est avait été plus brillant que l’Ouest. Hélas, cette situation fut renversée plus tard. Face aux avantages absolus des États-Unis dans les domaines économique, militaire, culturel et social, Henry Luce, patron du Times et de Life, s’est exclamé que le XXe siècle était le siècle américain !

Aucun empire n’est éternel

Il n’y a jamais eu d’empire éternel dans l’Histoire. D’une petite ville à un empire qui s’étend en Europe, en Asie et en Afrique, Rome a fini par décliner après quatre siècles. Quand Napoléon a battu toute l’Europe pour devenir le roi des rois, il ne savait pas que sa gloire ne durerait qu’une génération. L’Empire britannique que l’on appelait au XIXe siècle l’« empire sur lequel le soleil ne se couche jamais » n’arrivait même plus à payer ses factures après la seconde guerre mondiale. Pour l’écrivain soviétique Ehrenbourg, la révolution d’Octobre 1917 en Russie a ouvert l’ère du socialisme mondial. Cependant, l’«empire rouge » s’est effondré avant même la fin du XXe siècle.

Un pays, une époque ou un système, s’il ne peut faire valoir les avantages ni remédier à ses faiblesses, finit par décliner. Quand la crise économique structurelle balayait le monde capitaliste dans les années 70 et 80, les États-Unis ont réajusté les politiques afin de se rétablir. Une révolution informatique a été lancée, allant de pair avec l’essor du marché boursier et de l’immobilier. Avec l’excès du nombre de cartes bancaires, la consommation gonflait dangereusement. Les produits bon marché provenant de la Chine satisfaisaient l’appétence de milliers de familles américaines. Il semblait que l’argent était inépuisable.

Pourtant, une crise financière surprenante a mis l’empire du dollar au tapis. Il était trop tard quand on a réalisé que le système était en panne et que la voracité des financiers de Wall Street était la source du mal. L’économie s’était déjà noyée. Endossant de lourds déficits budgétaires, les États-Unis d’aujourd’hui ne peuvent qu’émettre des emprunts nationaux auprès des pays étrangers et faire fonctionner la planche à billets. Le pouvoir d’achat en berne, la qualité des marchandises dans les centres commerciaux de Washington se dégrade.

Le 1er février, le président Obama a proposé un plan budgétaire de 3 830 milliards de dollars pour l’année 2011, qui prévoit que le déficit représentera 8,3 % du PNB. Selon l’Institution Brookings, « dans un avenir prévisible, l’administration Obama ne nous apportera que des déficits insupportables ». Bien que les États-Unis soient encore la première puissance économique mondiale, ils seront parallèlement le champion mondial du chômage, du déficit et de l’endettement.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’économie, les forces militaires et les concepts constituent les trois piliers de la légende américaine. Aujourd’hui, le Trésor public américain souffre d’anémie et n’arrive pas à joindre les deux bouts. La NASA a déjà abandonné ses missions lunaires. Les deux guerres anti-terroristes coûteuses en Irak et en Afghanistan les maintiennent en grande difficulté. Quant au modèle américain caractérisé par la liberté et la démocratie, il ne s’est implanté avec succès qu’au Japon et en Allemagne, deux vaincus de la seconde guerre mondiale. Au regard de l’effritement de ses fondations, sur quoi s’appuiera l’Oncle Sam pour maintenir son hégémonie et propager ses valeurs et son modèle ?

Quand le président Obama jure qu’il n’acceptera pas une seconde place, on le comprend bien. Seulement, la tâche sera ardue. Les mesures économiques, comme la réduction du déficit, l’augmentation des revenus, le renforcement de la compétitivité ainsi que l’assistance aux pauvres, ne sont pas suffisantes. D’une part, il lui faut mettre fin à la situation affreuse causée par le néoprotectionnisme de l’administration Bush, d’autre part, il doit recourir à une nouvelle diplomatie emprunte de respect mutuel, d’égalité réelle et de coopération harmonieuse.

Quoiqu’il en soit, se plaindre et scruter le voisin ne permet pas de garder la première place mondiale. C’est en suivant le pas de l’époque que l’on remédie aux faiblesses et que l’on se perfectionne.

01/03/2010
CHEN Youwei
Beijing Information

Le naufrage du dollar


Quand le Premier ministre chinois Wen Jiabao déclarait en mars 2009 qu’il était «un peu inquiet» de l’état du dollar américain, il ne faisait que répercuter le sentiment des Etats, des entreprises et des individus dans le monde. Il invitait les Etats-Unis à «tenir leurs promesses, honorer leurs engagements et garantir la sécurité des avoirs chinois».

Il y a encore cinq ans, de tels propos seraient passés pour une demande très présomptueuse. A présent, cette invite apparaît «compréhensible» aux yeux même de Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale de San Francisco, qui considère cependant que les propositions chinoises d’une monnaie de réserve internationale sont «loin d’être une alternative réalisable».

Il n’existe que deux façons de stocker de la richesse : soit dans des structures physiques réelles soit sous différentes formes d’argent (devises, obligations, or). Chacune de ces deux voies comporte des risques pour le détenteur de richesses. Les structures physiques se détériorent à moins d’être utilisées et les utiliser comporte des coûts. Obtenir des revenus et par conséquent tirer des profits de leur utilisation dépend du «marché», c’est-à-dire de l’existence d’acheteurs disposés à acheter ce que les structures physiques peuvent produire.

Au moins, les structures physiques sont tangibles. L’argent (qui s’exprime en chiffres nominaux) n’est rien de plus qu’un droit potentiel à faire valoir sur des structures physiques. La valeur de ce droit dépend de sa relation d’échange avec les structures physiques. Et cette relation peut varier, ce qui lui arrive constamment. Si elle varie faiblement, personne ou presque ne le remarque. En revanche, si elle varie considérablement et fréquemment, ses détenteurs gagnent ou perdent beaucoup d’argent, souvent assez rapidement.

En termes économiques, une monnaie de réserve n’est vraiment rien d’autre que la forme d’argent la plus fiable, celle qui varie le moins. C’est par conséquent le lieu le plus sûr pour conserver toutes les richesses qui ne se présentent pas sous la forme de structures physiques. Depuis au moins 1945, la monnaie de réserve mondiale a été le dollar américain. C’est toujours le cas.

Le pays qui émet la monnaie de réserve possède un avantage singulier sur tous les autres pays. Il est le seul à pouvoir légalement créer de cette monnaie chaque fois qu’il le juge dans son intérêt.

Les monnaies ont toutes des taux de change les unes par rapport aux autres. Comme les Etats-Unis ont mis fin à leur taux de change fixe avec l’or en 1973, le dollar a depuis fluctué par rapport aux autres devises, à la hausse ou à la baisse. Quand le dollar s’est déprécié vis-à-vis d’une autre devise, les exportations américaines ont trouvé plus facilement preneur parce que l’acheteur avait moins à dépenser dans sa propre monnaie. Par contre, les importations s’en trouvaient du même coup renchéries puisque plus de dollars étaient nécessaires pour payer les biens importés.

A court-terme, une devise affaiblie peut augmenter le nombre d’emplois dans le pays. Mais c’est au mieux un avantage de court-terme. Dans le moyen-terme, les avantages à disposer d’une «monnaie forte» sont plus importants. Cela signifie que le détenteur de cette devise dispose d’une plus grande maîtrise de la richesse mondiale telle que mesurée par les structures et les produits physiques.

Sur le moyen-terme, les monnaies de réserve sont des monnaies fortes et comptent le demeurer. La force d’une monnaie de réserve découle non seulement de sa maîtrise de la richesse mondiale mais aussi du pouvoir politique qu’elle procure dans le système-monde. C’est pourquoi la monnaie de réserve internationale a tendance à être la devise de la puissance hégémonique mondiale, même sur le déclin. C’est pourquoi le dollar américain est la monnaie de réserve internationale.

Pourquoi le Premier ministre Wen se dit-il alors «un peu inquiet» ? Parce que, clairement, au cours des dernières décennies, le taux de change du dollar américain a beaucoup fluctué mais en suivant, globalement, une pente lentement déclinante. Un des principaux facteurs responsables est celui de l’explosion de la dette globale du gouvernement américain. Les Etats-Unis ont été capables d’équilibrer leurs bilans de deux grandes manières : en faisant marcher la planche à billets et en vendant des bons du Trésor, en premier lieu à d’autres gouvernements (les «fonds souverains»).

Ce n’est un secret pour personne que dans les années récentes, la Chine a été le plus gros acquéreur de bons du Trésor américain. Elle n’est pas la seule. Le Japon et la Corée du Sud, l’Arabie saoudite et Abou Dhabi, l’Inde et la Norvège ont tous acheté de ces obligations américaines. Mais la Chine en est aujourd’hui le plus gros client et, vue l’actuelle contraction du crédit, elle fait partie des rares acheteurs probables dans un avenir immédiat.

Le dilemme pour la Chine, comme pour d’autres qui ont investi dans ces bons du Trésor, c’est que si le dollar continue sa baisse ou si une inflation importante résulte de la création de monnaie par les Etats-Unis, leurs investissements en obligations du Trésor américain pourraient leur faire perdre de l’argent. D’un autre côté, ont-ils d’autres solutions ?

La conclusion que la Chine (et les autres acheteurs) en tire en termes de politique à suivre est celle d’un désengagement discret. Ils ne veulent pas aller trop vite pour ne pas provoquer de «panique bancaire» mais pas trop lentement non plus pour ne pas être le dernier à fermer la porte «avant le sauve-qui-peut», pour rependre le titre que W. Joseph Stroupe a donné à son article dans l’Asia Times.

La Chine réduit les quantités de bons du Trésor américain qu’elle achète et préfère maintenant acquérir des obligations à court-terme plutôt qu’à long-terme. La Chine s’engage dans des «swaps de devises» avec d’autres pays, comme l’Argentine, de sorte que personne n’ait à utiliser le dollar dans les transactions. De plus, la Chine appelle à la création d’une autre monnaie de réserve qui serait basée sur les Droits de tirage spéciaux (DTS) créés par le Fonds monétaire international et reposant sur un panier de devises. La Russie a soutenu cet appel.

Les Etats-Unis ne sont pas sûrs de savoir comment répondre. Lorsque le secrétaire au Trésor Timothy Geithner a déclaré que le gouvernement américain était «assez ouvert» à la proposition chinoise d’augmenter le recours aux DTS, le dollar a immédiatement chuté sur le marchés des devises. Geithner a alors dû «clarifier» ses propos : le dollar reste la «monnaie de réserve dominante» dans le monde et ceci a «des chances de continuer pendant encore un long moment». Et de poursuivre en affirmant que «nous allons faire le nécessaire pour être sûr de maintenir la confiance dans nos marchés financiers, dans la capacité productive de ce pays et dans les fondamentaux à long-terme de notre économie».

Geithner essaie-t-il juste de se donner du courage ? Plus important, qui peut tenir de telles affirmations pour vraisemblables ? L’élément clé qui fait la force d’une monnaie, ce ne sont pas ses «fondamentaux» mais la «foi» dans la réalité de ces fondamentaux.

Tous les principaux acteurs espèrent qu’un atterrissage en douceur est possible, c’est-à-dire une transition ordonnée de sortie du dollar américain. Personne ne veut précipiter une chute libre car personne n’est sûr d’en sortir gagnant si cela se produit. En revanche, si le stimulus américain se révèle être la dernière des bulles en date, le dollar pourrait très soudainement se dégonfler sur un mode des plus chaotiques. Au sens premier, «sauve-qui-peut» signifie «que se sauve celui qui le peut».

15/05/2009
Immanuel Wallerstein
Fernand Braudel Center

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Immanuel WALLERSTEIN, Monde en Question.

Guerre contre le dollar


Certains croyaient qu’il existait un accord implicite entre les États-Unis et la Chine : les premiers acceptaient la sous-évaluation massive du yuan, mais obtenaient en échange de la seconde un financement indéfectible de la dette publique américaine, et la reconnaissance du dollar comme seule vraie monnaie de réserve. On l’a même appelé « l’accord Bretton Woods 2 ». Or depuis juillet 2008, et jusqu’à la visite du président brésilien Lula à Pékin, hier, tout indique que cet accord, s’il a jamais existé, n’existe plus.

Dès juillet dernier, on vit ses premières fissures. Les dirigeants chinois interrompent, unilatéralement et sans avertissement préalable, le processus de réévaluation très graduel du yuan contre dollar qu’ils avaient accepté sous la pression du Congrès américain (de 8,28 yuans pour 1 dollar en juillet 2005 à 6,85). Quand le cours équilibrant se situe sans doute à 2 yuans pour 1 dollar, on mesure la provocation que cette interruption soudaine signifiait pour les dirigeants américains.

Au même moment, l’organisme qui gère les réserves de change de l’Etat chinois décide de sortir des obligations Agencies (Freddie Mac et Fannie Mae) pour se concentrer sur les seules obligations du Trésor américain. Ils accentuent ainsi la crise des Agencies, et contraignent monsieur Paulson à les nationaliser le 7 septembre pour un coût de 200 milliards de dollars. Un stress qui conduira les dirigeants américains à lâcher Lehman Brothers huit jours plus tard. La Chine ne jouant plus le jeu, la panique s’était emparée de l’administration américaine.

L’arrivée d’Obama à la présidence des États-Unis ne ramènera pas la Chine à plus de coopération. En janvier 2009, sans doute pour décourager la nouvelle administration d’exiger une réévaluation du yuan, la Chine interrompt ses achats d’obligations du Trésor à plus de deux ans ; elle ne les reprendra qu’en mars, et pour un montant limité, après que Tim Geithner, nouveau secrétaire au Trésor, a dissuadé publiquement ses partenaires du G7 de réclamer l’inscription du yuan à l’agenda du G20 suivant.

En clair, la Chine entend bien continuer à capitaliser sur son commerce extérieur l’avantage que lui donne la sous-évaluation massive du yuan. Pour autant, elle n’entend plus financer le déficit public américain, ni soutenir le dollar comme monnaie de réserve. En mars, le numéro deux chinois, Wen Jiabao, et le gouverneur de la banque centrale, M. Zhou, dénigraient la capacité du dollar à se maintenir comme monnaie de réserve et pointaient la nécessité de son remplacement à terme par une monnaie non nationale : un nouveau DTS.

Au même moment, la Russie annonçait vouloir remplacer le dollar par une monnaie non nationale avec l’aval des autres pays du BRIC (Brésil, Inde et Chine) ainsi que de la Corée du Sud et de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, la Chine et le Brésil, qui ont des réserves de change considérables, ont refusé de s’inscrire comme les pays du G7 dans les accords d’emprunt en dollar du FMI, accords qui visent à protéger de la crise mondiale les pays émergents en difficulté (Mexique, Turquie, Pologne, etc.). S’ils ont consenti le 23 mars à financer le FMI, c’est à la condition expresse que, pour la première fois de son histoire, il se finance par émission d’obligations, et ce libellées en DTS et non en dollar.

Dans le même esprit, la Chine révélait, le 27 avril, que ses réserves d’or s’élevaient, non pas à 400 tonnes d’or comme affirmé depuis 2003, mais en réalité à 1.000 tonnes. Tout est bon pour déconsidérer le dollar et convaincre les pays tiers (les pays du Golfe en particulier) de le répudier comme monnaie de réserve et comme monnaie de règlement. Enfin, dernier coup porté au billet vert, le 18 mai, le Brésil et la Chine, à l’occasion d’un voyage du président Lula à Pékin, annoncaient qu’ils n’utiliseraient plus le dollar comme moyen de règlement dans leurs échanges bilatéraux.

Dans ces grandes manœuvres visant à mettre en cause le privilège du dollar tout en conservant pour elle une monnaie sous-évaluée, la Chine joue donc un rôle central. Une évolution hautement géopolitique. Comme l’a rappelé Adam Poser, du Peterson Institute, « le gouvernement américain a toutes les raisons de croire que le dollar doit rester la devise de référence du commerce international.

C’est une question géopolitique autant que monétaire. Il offre la meilleure sécurité possible aux États-Unis dans l’économie mondiale ». Les Chinois comme les Russes semblent ne pas avoir oublié que c’est en finançant la guerre des étoiles par le dollar, monnaie de réserve, que les États-Unis de Reagan avaient défait l’URSS de Brejnev.

19/05/2009
Antoine Brunet
La Tribune

La Chine retire son soutien aux USA


Un parlementaire US, le Représentant Mark Kirk qui fait partie d’un comité de soutien au développement des relations entre les USA et la Chine, jette un cri d’alarme auprès de ses collègues. Il leur signale que la Chine a entamé un processus de retrait de son soutien financier indirect aux USA, au travers de ses achats de bons du trésor US qui sont stoppés depuis janvier-février. Kirk, qui promeut effectivement de meilleures relations entre la Chine et les USA est très inquiet de ces prolongements, qu’il juge par ailleurs justifiés du point de vue de la Chine qui n’a pas trouvé, selon lui, l’ouverture et la compréhension qu’elle pourrait attendre des USA en raison du soutien qu’elle apporte à ce pays.

Kirk exprime une inquiétude existant dans certains milieux, assez restreints à Washington, favorables à de bonnes relations avec la Chine. Pour ces milieux, les pressions bureaucratiques alarmistes anti-chinoises du Pentagone, soutenues et complétées par des groupes de pression idéologiques de même orientation existent toujours et retrouvent de la vigueur; ils sont renforcées par l’attitude générale des milieux financiers gagnés par l’optimisme printanier annonçant la “reprise” comme de plus en plus imminente, qui tend à tenir désormais pour plus négligeable le rôle de la Chine, selon justement l’affirmation de cette “reprise” miraculeuse déjà en route du côté US.

[…]

Les déclarations de Mark Kirk sont rapportées par AFP, relayé le 30 avril 2009 par RAW Story. On observe effectivement dans les déclarations de Kirk, ce qui est encore plus remarquable du fait qu’il est républicain, une justification constante du comportement des Chinois. Il s’agit, de sa part, d’un avertissement à peine voilé à ceux qui, à Washington, estiment qu’il n’y a aucune raison de ménager les Chinois. Plus qu’une critique d’une position politique anti-chinoise, il s’agit de la dénonciation d’une attitude de complaisance, d’égocentrisme et de futilité qui fait oublier littéralement du jour au lendemain, en fonction d’un courant virtualiste, les nécessités de la véritable situation américaniste.

01/05/2009
Dedefensa

Titanic financier


Pendant que Barack Obama, constitutionnellement incapable d’agir avant le 20 janvier 2009, multiplie les conférences de presse pour occuper les médias, la crise financière et économique s’approfondit chaque jour. Ainsi, l’OCDE a prévu pour 2009 une récession qui sera la plus grave depuis le début des années 80, tandis que le PIB américain reculait de 0,5% au troisième trimestre. Barack Obama a appelé les Américains à se serrer la ceinture, mais ce qu’ils font déjà. Or la baisse des « dépenses de consommation des ménages » (dans la novlangue des économistes) a provoqué un recul de 3,7% de la croissance de l’économie américaine [AFP – Yahoo! ActualitésAP – Yahoo! Actualités].

Dans ce contexte, il est intéressant de lire le point de vue du politologue Igor Panarine dans une interview publiée lundi dernier par le quotidien russe Izvestia, qui évoque un risque d’éclatement des États-Unis (RIA Novosti).

M. Panarine est persuadé que les États-Unis se scinderont d’ici l’automne 2009 en six parties: la côte pacifique, les États hispanophones, la côte atlantique, les cinq États peuplés par des Indiens et le Nord pro-canadien.

« D’abord, il s’agira du littoral pacifique des États-Unis. Il suffit de citer San Francisco où 53% des habitants sont d’origine chinoise. Cette région passe progressivement sous l’influence de la Chine, c’est évident. Le Sud est peuplé par des Mexicains, et l’espagnol est par endroits une langue officielle, alors que le Texas lutte ouvertement pour son indépendance. La côte atlantique est ethniquement et mentalement tout à fait différente par rapport au reste du pays. Enfin, il y a les États dépressifs du centre. Je vous rappelle que cinq États du centre des États-Unis, peuplés par des Indiens, revendiquent leur indépendance. Le nord du pays est sous l’influence du Canada », explique-t-il.

[…]

« Les problèmes financiers s’aggraveront aux États-Unis. Des millions d’Américains ont déjà perdu leurs épargnes, alors que l’inflation et le chômage sont en hausse. General Motors et Ford sont au bord de la faillite, ce qui veut dire que des villes entières se retrouveront sans emploi », prédit-il.

« La grogne monte, elle n’a été enrayée jusqu’à présent que par la campagne électorale et l’espoir d’un miracle Obama. Mais, d’ici le printemps, il sera clair qu’il n’y aura pas de miracles », estime-t-il.

Selon M. Panarine, après le crash de Wall Street, les États-Unis céderont leur place de régulateur mondial à la Chine et à la Russie, deux pays disposant d’énormes réserves de change.

Pour éviter des bouleversements en raison d’une éventuelle paralysie économique aux États-Unis, la Russie devrait développer le rouble en tant que monnaie régionale et créer une bourse du pétrole en roubles, conseille le politologue.

« Nous devons couper toutes les cordes qui nous lient au Titanic financier qui va sombrer très vite », résume-t-il.

Commentaires : Même si Dedefensa reprend l’hypothèse de l’éclatement des États-Unis, le plus important est la seconde partie, qui est une thématique de Dmitri Medvedev à savoir la création d’une « monnaie régionale » (RIA Novosti) et d’une « bourse du pétrole en roubles » (RIA Novosti).
Par ailleurs, l’hypothèse « American Gorbatchev » se précise…

On licencie pour « garder nos marges de profit »


Obama promet de créer 2,5 millions d’emplois d’ici 2011 alors qu’il avoue que « la plupart des experts pensent que nous pourrions perdre des millions d’emplois l’année prochaine » [AP – Yahoo! Actualités].

En attendant qu’il prenne ses fonctions à la Maison Blanche, le 20 janvier prochain, les entreprises américaines licencient massivement. Depuis le début de 2008, 1,2 million emplois ont été perdus aux États-Unis. Au cours de la semaine précédant le 15 novembre, 542 000 nouveaux chômeurs ont un recours aux prestations d’assurance-emploi, selon des chiffres avancés par le département du Travail américain. L’Administration Bush poursuit la politique qui a conduit au désastre.

Il a semblé jusqu’ici beaucoup plus utile à Hank Paulson de voler au secours d’AIG à hauteur de 150 milliards de dollars pour préserver éventuellement quelques dizaines de milliers d’emplois plutôt que de soutenir les Big Three qui représentent, directement ou indirectement, 2,5 à trois millions d’emplois. Ceux-ci pourraient pourtant être perdus en seulement quelques mois, ce qui constituerait un signal conjoncturel et social aux conséquences désastreuses, sans commune mesure avec la faillite de Lehman Brothers. C’est à se demander si l’administration Bush sera capable — avant de lâcher le devant de la scène — de démontrer qu’elle sait tirer les conséquences de ses erreurs passées.

L’activité industrielle a dégringolé de +3,8 à -37,5 dans la région de Philadelphie en octobre, selon l’enquête mensuelle publiée jeudi par la Réserve fédérale locale — alors que les économistes prévoyaient un repli limité de l’indice à -10 environ.

Pour couronner le tout, le département du Travail confirme tous les signaux de dégradation du marché de l’emploi observés dans la quasi-totalité des secteurs d’activité, avec la multiplication des plans de licenciements. Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont ainsi grimpé de 27 000 à 542 000 au cours de la semaine achevée le 15 novembre.

[…]

Après le « too big to fail » (trop gros pour disparaître), c’est le « trop gros pour être sauvé » qui semble constituer un obstacle psychologique majeur pour les sénateurs républicains qui prétendent défendre les principes libéraux qui ont fait — et c’est désormais du passé décomposé — la fortune de l’Amérique.

Ils n’éprouvent en revanche nulle réticence à voter chaque année des rallonges de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour financer les vaines guerres impériales de l’Amérique, comme les baptise depuis leur origine Bill Bonner.

Ces sénateurs républicains ont en effet les moyens d’opposer un veto à un plan de sauvetage de 25 milliards de dollars qui pourrait éviter la perte de 2,5 millions à 3,5 millions d’emplois avant la fin 2009.

[…]

Un jusqu’au-boutisme dans le chaos économique après l’effondrement du système financier qui semble satisfaire la fibre apocalyptique de nombreux sénateurs et représentants qui ont suivi (ou même encouragé) G.W. Bush dans les pires mésaventures géopolitiques de l’après 11 septembre 2001 et qui ont ruiné le crédit de l’Amérique – dans tous les sens du terme.

Chronique Agora

Pendant les Trente Glorieuses du néo-libéralisme, les entreprises licenciaient pour accroître leurs profits. Aujourd’hui, elles licencient pour préserver leurs profits comme l’explique cyniquement Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.

« Dans la division médicale, les contours d’un programme d’optimisation ont été récemment annoncés », a indiqué à l’AFP Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.

« Dans ce secteur, environ 5% de tous les emplois vont devoir disparaître, malheureusement. Il y a dans la division 32.000 emplois, donc si on calcule on en arrive à environ 1.600 », a-t-il ajouté.

« Nous voulons prendre des mesures qui nous permettront, même dans une période où l’économie est moins forte, de garder nos marges de profit à niveau et de même les améliorer là où c’est possible« , a expliqué le porte-parole.

Le groupe a enregistré au troisième trimestre un bénéfice net en hausse de 7,8% à 357 millions d’euros grâce à la vente de sa participation dans le fabricant de semi-conducteurs TSMC.

AFP – Yahoo! Actualités

Partout, aux États-Unis comme en Chine ou en Europe, les gouvernements suivent la même politique : ils financent les entreprises qui font du chantage aux licenciements pour maintenir leurs profits.

Les Pays-Bas ont annoncé vendredi des mesures pour soutenir leurs entreprises d’un montant de six milliards d’euros, soit 1% de leur produit intérieur brut (PIB), quelques jours avant la présentation d’un plan de relance européen qui fait débat.
[…]
Outre l’Allemagne, qui a déjà annoncé un plan national de 32 milliards d’euros sur deux ans, d’autres capitales européennes, comme Paris, Madrid ou Bruxelles ont déjà pris d’importantes mesures de soutien de l’économie.
AFP – Yahoo! Actualités

22/11/2008
Serge LEFORT

Lire aussi :
• Ford demande 40 milliards d’euros à l’Union européenne, France 24.
• L’État allemand doit-il sauver Opel ?, France 24.
• L’Etat doit aider l’industrie automobile à sortir de la crise, euro|topics.
• General Motors : le CA prêt à envisager la faillite, contre l’avis du PDG, AFP – Yahoo! Actualités.
• Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?, Le Monde diplomatique.
• Citigroup vacille et l’Amérique s’angoisse, Libération.
• Citigroup : sauvetage, rachat ? le marché attend une annonce avant lundi, AFP – Yahoo! Actualités.
• Toyota supprime 3.000 postes temporaires au Japon, AFP – Aujourd’hui le Japon.
• La Chine surveille les éventuels licenciements de masse et les contestations salariales, China.org.
• La Chine appelle au contrôle des licenciements de masse et des conflits du travail à grande échelle, Xinhua – Le Quotidien du Peuple.

Pour aller plus loin : LANGLET Denis, L’industrie dans la tourmente de la finance, L’Harmattan, 2008.
Alors que les sommets internationaux se succèdent et que les gouvernants du monde entier promettent des jours meilleurs, les plans sociaux tombent. Dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans les banques et compagnies d’assurance, mais aussi dans les petites et moyennes entreprises, des centaines de milliers de travailleurs, de salariés, sont confrontés à la perte de leur emploi ou au chômage partiel, à la difficulté croissante de «faire leur fin de mois».

L’étude produite par Denis Langlet dans son ouvrage L’industrie dans la tourmente de la finance est un matériau qui tombe à pic pour démontrer que toutes les déclarations n’engageront que ceux qui auront décidé de bien vouloir y croire. Il s’agit d’un livre explicatif, extrêmement documenté, dans lequel toute affirmation est étayée [1].
La Sociale


[1] L’auteur rappelle opportunément que la gauche, PS et PCF, ont impulsé la déréglementation néo-libérale à partir de 1982. Lire : Dossier documentaire & Bibliographie Tournant de la rigueur, Monde en Question.