Chine en Question

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Les « quatre nouvelles grandes inventions » de la Chine


 

Comme tout le monde le sait, les « quatre grandes inventions » de la Chine antique, soit le papier, la boussole, l’imprimerie et la poudre à canon, furent introduits au Moyen-Orient et dans les pays arabes, puis en Occident par la Route de la Soie. Aujourd’hui, ce que les étudiants étrangers aimeraient emporter chez eux sont les « quatre nouvelles grandes inventions », à savoir le train à grande vitesse, le paiement par téléphonie mobile, le vélo en libre-service et les achats en ligne. À proprement parler, ces technologies ne sont en fait pas des inventions chinoises, mais elles ont eu un essor prodigieux et ont profondément changé la vie quotidienne des Chinois.

1) La France est le « berceau » du TGV. […] À ce moment-là [au début des années 1990], la Chine souhaitait que la France pût lui transférer sa technologie, mais l’entreprise française Alstom avait refusé de le faire.
[…] la Chine a commencé à envisager la mise au point du TGV par ses propres moyens. Dix ans plus tard, le TGV chinois, élaboré par la Chine, a commencé à circuler. Pour l’heure, plus de 65 % des lignes ferroviaires TGV dans le monde sont en Chine, et elles sont « fabriquées en Chine ». La vitesse du TGV chinois en exploitation commerciale se situe entre 300 et 350 km/h. […] La France a certes commencé à s’équiper du TGV dans les années 1980, mais la Chine commence désormais à la rattraper, voire à la dépasser…

2) En Chine, qu’il s’agisse d’Alipay, ou de WeChat Pay, tout est très pratique. On peut effectuer un paiement par téléphone pour la quasi-totalité des consommations, d’autant plus qu’il n’y a pas de restrictions particulières quant au montant à régler. Même pour payer un seul yuan, cela ne pose aucun problème. Un journaliste américain a fait une expérience en Chine. Il a essayé de sortir sans un seul sou en poche, ne gardant qu’un smartphone sur lui. Au final, que ce soit pour les frais de taxi et de restauration, les courses, les paiements d’électricité et d’eau, les billets de cinéma et même pour un virement bancaire entre amis, la quasi-totalité de ces opérations peuvent être effectuées via le paiement par téléphonie mobile.

3) La troisième « nouvelle grande invention » est le service de partage de vélos. En réalité, ce n’est pas non plus quelque chose de nouveau en France. […] Or, dans le système de partage de vélos pratiqué en Chine, ces derniers peuvent être systématiquement pris et rendus toujours n’importe où. Dès l’instant où une application informatique est installée sur le smartphone, on peut scanner le code QR à tout moment pour déverrouiller le vélo avant de s’en servir. Après usage, il suffit de le verrouiller, le paiement par téléphone s’effectue instantanément.

4) Quant aux achats en ligne, inutile de s’étendre sur le sujet. Le fondateur du groupe Alibaba, Jack Ma, est déjà une célébrité mondiale. En fait, il est déjà possible, même si l’on est en France, de faire des achats en passant par une série de plates-formes de commerce en ligne, telles que Tmall.com, qui relève du groupe de Ma, et des sites similaires comme JD.com, DangDang.com, etc. Aujourd’hui, les internautes en Chine se comptent au nombre de 731 millions de personnes, dont 64 % d’entre eux, soit 467 millions de Chinois, sont habitués à cette pratique. La valeur des transactions a atteint 26 100 milliards de yuans (plus de 3 400 milliards d’euros), soit environ 40 % du chiffre d’affaires des marchés d’e-commerce au détail dans le monde.

J’ai parlé des « quatre nouvelles grandes inventions » de la Chine avec force détails. En fait, cela ne représente qu’une infime partie des changements en cours qui interviennent en ce moment dans la modernisation du mode de vie des Chinois.

Lire l’intégralité de l’article : ZHENG Ruolin, Les « quatre nouvelles grandes inventions » de la Chine, Chine au présent, 29/06/2017.

Lire aussi :
Dossier documentaire Sciences Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

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Le premier navire au monde à propulsion électrique mis à l’eau en Chine


 

La Chine a mis à l’eau le premier navire à zéro émission de gaz d’échappement au monde. Le bateau est propulsé par électricité !

Le premier navire à propulsion électrique au monde a été mis à l’eau le 12 novembre dernier à Guangzhou, dans la province chinoise de Guangdong (sud), ont annoncé les médias chinois.

Bâtiment de 2.000 tonnes, le navire a une autonomie de 80 km. Il faut seulement deux heures pour charger ses deux batteries au lithium. Leur capacité est de 2.400 kWh.

Le cargo en acier construit dans les chantiers navals de Guangzhou est long de 70,5m, large de 13,9 m et son tirant d’eau est de 3,3 mètres. Son équipage est de six personnes.

Selon les médias, le navire, qui n’utilise pas de pétrole et ne produit pas de déchets dangereux, transportera du charbon sur le fleuve Zhu Jiang.

​La Chine envisage d’utiliser la technologie de production de navires électriques pour élargir sa flotte de bateaux pour passagers et de cargos.

Source : Sputnik, 18/11/2017.

Lire aussi :
Dossier documentaire Sciences Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Supercalculateurs : la Chine règne en maître


 

Non contente de posséder les deux supercalculateurs les plus puissants de la planète, la Chine écrase les États-Unis dans le dernier top 500, avec 202 machines présentes dans ce classement, contre 143 pour son rival.
Lire la suite… Futura Tech, 15/11/2017.

L’article assez factuel est intéressant à un détail près. Le journaliste semble ignorer que la Chine est une République depuis 1911 et écrit Empire du Milieu, formulation hélas récurrente dans les médias français. Les médias étrangers, notamment anglo-saxons, n’utilisent jamais cette expression coloniale.
Lire : Commentaires, Futura Forum.

On remarquera la progression de la Chine dans ce domaine en comparant les données publiées il y a un exactement an.
Lire : Top500 : Les supercomputers gagnent en efficience énergétique Le Monde informatique, 14/11/2016.

16/11/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
China makes world’s fastest wind tunnel to test hypersonic weapons, RT World News, 16/11/2017.
La Chine construit la soufflerie la plus rapide du monde pour simuler des vols hypersoniques de 12 kilomètres par seconde dans le cadre du programme de développement d’armes hypersoniques du pays.
Le tunnel sera achevé en 2020 et permettra à la Chine d’effectuer des essais au sol d’avions hypersoniques, qui pourraient voyager de la Chine vers les États-Unis en moins de 14 minutes, selon le South China Morning Post.
Articles contenant l’expression Empire du Milieu, Google ActualitésGoogle Actualités RSS.
Ce lien est particulièrement destiné à un lecteur qui croit que cette expression coloniale n’est plus usitée par les médias dominants alors que j’ai comptabilisé plus de 186 000 occurrences entre le 15/11/2016 et le 15/11/2017.
Serge LEFORT, zhōng guó, Chine en Question, 23/02/2010.
Serge LEFORT, L’Empire du Milieu I, Chine en Question, 16/11/2012.
Dossier documentaire Sciences Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Nous n’avons pas encore pris la mesure de la montée en puissance scientifique de la Chine


 

Alors que la Chine pourrait devenir d’ici 2020 le géant de la science mondiale, Antoine Mynard, directeur du bureau du CNRS à Pékin fait le point sur notre coopération avec ce pays. Il en appelle à l’alliance de toutes les parties prenantes afin de faire émerger une nouvelle doctrine en matière de coopération scientifique franco-chinoise.

Lire la suite… CNRS

Lire aussi :
Dossier documentaire Chine – Sciences, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Travail et savoirs techniques dans la Chine prémoderne


 

Face aux transformations de la société chinoise, dans un pays où l’action collective est soumise de très longue date à un État bureaucratique, étudier la formation des savoirs techniques, c’est se donner un angle pertinent pour saisir les liens que l’État et la société créent et reconfigurent sans cesse. Ce numéro traite de la transmission et de l’expertise lettrée. Le prochain analysera les trajectoires des experts.

Éric BRIAN, Travail et savoirs techniques dans la Chine prémoderne – 1 Transmission et expertise lettrée, Revue de Synthèse, 2010 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Sciences chinoises, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Le Monde de la propagande


Les médias dominants français ne ratent pas une occasion pour colporter des mensonges de propagande sur la Chine.

Le virus grippal de type A de sous-type H7N9 est une nouvelle souche de la grippe aviaire, découverte fin mars 2013 en Chine. Comme en 2009 à propos de la grippe A/H1N1, L’in-Monde fait ses choux gras de la peur d’une épidémie alors qu’il avoue que « aucune contamination d’homme à homme n’a été établie ».

La Chine est équipée d’un laboratoire de diagnostic et de recherche scientifique sur la grippe animale :

HARBIN, 4 mars (Xinhua) — L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a désigné lundi un laboratoire chinois comme centre de référence pour la grippe animale.

Le Laboratoire sur la grippe animale, qui appartient à l’Institut de recherche vétérinaire de Harbin de l’Académie des sciences agricoles de Chine, se trouve à Harbin, capitale de la province du Heilongjiang (nord-est).

Ce laboratoire est ainsi devenu le premier centre de référence chinois reconnu par la FAO et le deuxième au monde, après l’Institut Friedrich-Loeffler, organisme fédéral allemand de recherche sur la santé animale.

L’établissement de ce centre de référence en Chine montre que son niveau de diagnostic et de recherche scientifique sur la grippe animale est reconnu sur le plan international.

Selon Yu Kangzheng, chef des services vétérinaires chinois, cela permettra de promouvoir la coopération entre la Chine et la FAO à un niveau plus élevé.

Xinhua

Les médias chinois informent régulièrement de ce nouveau virus :

10/04/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Grippe A/H1N1, 2009 Revue de presse Monde en Question2010 Revue de presse Monde en Question.
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

Avancée technologique : la communication quantique


La Chine lancera en 2016 un satellite pour mener des expériences quantiques

La Chine prévoit de lancer en 2016 un satellite conçu pour mener des expériences en termes de technologie et d’information quantiques, a annoncé jeudi à Beijing le professeur Pan Jianwei, un éminent spécialiste de la physique quantique.

Pan Jianwei espère ainsi « établir un réseau de communication quantique entre Beijing et Vienne ».

« Un tel projet est impossible sans collaboration internationale », a indiqué M. Pan lors d’une conférence de presse en marge de la session annuelle de la Conférence consultative politique du Peuple chinois (CCPPC), organe consultatif suprême du pays.

Le domaine de la communication quantique, science de la transmission d’états quantiques entre des sites distants, attire l’attention du monde entier depuis quelques années, grâce à la découverte de la cryptographie quantique. Cette dernière est souvent décrite comme un moyen de créer des messages indéchiffrables.

Membre de l’Académie des sciences de Chine, le professeur Pan travaille à l’Université des sciences et technologies de Chine et a dirigé en 2005 une équipe de recherche exploratoire lors d’un test de communication quantique mené sur une trentaine de kilomètres de la Grande Muraille.

Source : Chine Informations

Nicolas CERF (Coordinateur), Introduction à l’information quantique et au calcul quantique – Conférence donnée à l’Académie royale de BelgiqueTélécharger mp3, 10/05/2010, 2 heures.
Ce cours-conférence a pour ambition d’introduire à un large public cette discipline récente, à la frontière de la physique, de l’informatique et des mathématiques. Les résultats principaux et les concepts fondamentaux seront abordés du triple point de vue de la physique théorique (leçon de Nicolas Cerf), de la physique expérimentale (leçon de Philippe Grangier) et de l’informatique (leçon de Frédéric Magniez).

Michel LE BELLAC, Introduction à l’information quantique – Cours donné à l’Ecole Supérieure de Sciences Informatiques (ESSI), CEL cours en ligne, octobre 2003, 51 pages.
Ce cours a pour objectif d’exposer à un public de non physiciens les notions de physique quantique nécessaires pour comprendre l’information quantique et d’illustrer le calcul quantique en prenant comme exemple de l’algorithme de factorisation de Shor.

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Sciences chinoises, Monde en Question.

12 + 1 livres sur la Chine


Il règne dans le milieu universitaire le même racisme colonial que dans les médias dominants. Cela tient aux origines des études sur les Indes (Indes occidentales ou Amérique et Indes orientales ou Asie) et sur l’Afrique qui visaient à apporter « les bienfaits de la civilisation » occidentale à des sociétés jugées primitives. Ce que dit Laurence Roulleau-Berger de la sociologie est applicable aux autres sciences humaines.

Des formes de colonialisme scientifique ont marqué le développement de la pensée sociologique. Comme l’a écrit Edward Saïd, « l’orientalisme est un style occidental de la domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient… L’Orientalisme est – et non seulement représente – une dimension considérable de la culture politique et intellectuelle moderne et, comme tel, il a moins de rapports avec l’Orient qu’avec notre monde ». [1]

Si la traduction d’œuvres littéraires chinoises est aujourd’hui relativement abondante, celle d’ouvrages dans les domaines de la philosophie, des sciences sociales (sociologie, économie, politique, etc.), des sciences pures (mathématiques, astronomie, physique, etc.) et de l’histoire est quasi inexistante. Il suffit de consulter les catalogues des éditions en langues étrangères de Pékin, de la librairie Le Phénix, des éditions You Feng et des éditions Picquier pour s’en rendre compte.
En France particulièrement, le discours scientifique sur la Chine est réservé aux universitaires occidentaux qui donnent la parole à quelques Chinois… formés en Europe ou aux États-Unis.

Pensée chinoise
Les traductions disponibles sont principalement celles des penseurs taoïstes. Les études de la pensée chinoise iuxta propria principia [suivant son propre principe] sont peu nombreuses.
Je déconseille Claude WEILL qui présente une pensée asiatique construite en France.
Je recommande L’intelligence de la Chine – Le social et le mental de Jacques GERNET et Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois et Pensée d’un dehors (la Chine) de François JULLIEN.

Sciences sociales
Les rares traductions disponibles sont celles de L’art de la guerre de SUN Tzu et les œuvres choisies de JIANG Zemin qui remplacent celles de MAO Zedong, conspué en France par ses anciens idolâtres.
Je déconseille Jean-Louis ROCCA qui fait croire que la sociologie de la Chine construite en France serait la sociologie chinoise.
Je recommande La nouvelle sociologie chinoise sous la direction de Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu, L’économie chinoise – Une perspective historique de Angus MADDISON et La Chine et la démocratie sous la direction de Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL.

Sciences
Les traductions inexistantes dans ce domaine pourtant aussi important que la philosophie – terme grec qui ne correspond pas du tout au procès de la pensée chinoise.
Je recommande les travaux de Joseph NEEDHAM résumés dans La science chinoise et l’Occident à compléter par le très bel ouvrage Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions de Robert TEMPLE et La comète de Halley – Une révolution scientifique de Paolo MAFFEI qui contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise.

Histoire
Les traductions sont quasi inexistantes dans ce domaine. Il serait pourtant particulièrement intéressant de connaître comment s’écrit l’histoire chinoise en Chine notamment à travers l’étude des livres scolaires à différentes périodes. Dans l’ouvrage Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Marc Ferro ne consacre que 14 pages à la Chine. L’essentiel de sa documentation repose sur des études américaines. Il cite seulement trois manuels du maître en chinois publiés respectivement par le Centre d’éducation de Shanghai (1958-1959), par le Centre d’enseignement populaire de Pékin (1959) et le Centre Nationale d’Éducation de Taïwan (1972), mais aucun ouvrage scolaire.
Je déconseille John King FAIRBANK qui, en tant que ancien fonctionnaire des services de renseignement, veut nous convaincre que l’Occident en général et les États-Unis en particulier seraient la lumière du monde.
Je recommande Le monde chinois de Jacques GERNET, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours de Marie-Claire BERGÈRE et Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium de Bernard BRIZAY.

Chine/Occident
La publication française d’ouvrages sur la Chine est peu importante en comparaison des publications anglo-américaines et reste cantonnée aux domaines de l’économie et de la politique. La majorité de ces livres ne correspondent pas, ou de très loin, à une réalité chinoise mais sont la construction d’une « Chine imaginaire » qui reflète les préjugés occidentaux à l’encontre d’une ex-colonie qui est en train de reprendre la place qu’elle occupait dans le monde avant que les puissances coloniales n’aient tenté de la ramener très loin en arrière grâce au trafic de la drogue.

Une bonne méthode de tri est de repérer l’usage du terme l’Empire du Milieu pour désigner la Chine. L’auteur, qui utilise cette expression, est au mieux d’une ignorance crasse et au pire un propagandiste anti-chinois. Beaucoup relèvent des deux catégories.

08/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Références bibliographiques :
Pensée chinoise
Jacques GERNET, L’intelligence de la Chine – Le social et le mental, Gallimard, 1994.
Même s’il existe des constantes qui tiennent aux caractères fondamentaux et les plus durables de chaque civilisation, la thèse de l’immobilisme chinois est trop absurde pour qu’on s’attache à la réfuter. Nous ne connaissons bien que ce qui nous touche de près : notre univers d’Occident. La civilisation chinoise inviterait sans doute à d’autres conceptions du religieux, de l’économique, du social et du politique. Mais elle souffre d’un redoutable handicap : à peu près ignorée même dans ces aspects les plus élémentaires, elle présente à ceux qui l’abordent les plus redoutables obstacles en raison de ses singularités, des difficultés de sa langue écrite, de sa richesse, de son évolution et des ruptures qu’elle a connues au cours de trois millénaires et demi. Aucune étude n’invite autant à la modestie.
L’auteur réuni ici des textes parus entre 1955 et 1992. Ils touchent à des aspects divers et à divers moments de cette longue histoire. Leur intérêt n’est pas simplement celui de la connaissance d’un univers exotique : dans la mesure même où diffèrent toutes nos références et l’histoire dont nous sommes les héritiers, ils nous concernent directement. En témoignent, en particulier, l’influence des plus anciens rituels religieux de l’écriture dans la formation de l’imposante tradition historiographique de la Chine ; le rôle déterminant de la révolution étatique, fondatrice d’un pouvoir non plus centré sur la ville et morcelé comme jadis en Occident, mais territorial et unifié ; l’importance attachée au milieu et aux premières impressions de vie ; les transformations contemporaines de la reproduction courante du livre au XIXe siècle ; l’intérêt porté au changement et aux oppositions non exclusives, et l’absence de toute idée de réalités immuables.
François JULLIEN, Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 1989 réédition Points Seuil, 1996.
Que toute réalité soit conçue comme processus en cours, relevant d’un rapport d’interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu’il y ait, par conséquent, à l’origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement, c’est là une représentation de base de la culture chinoise.
François JULLIEN et Thierry MARCHAISSE, Pensée d’un dehors (la Chine) – Entretiens d’Extrême-Occident, Seuil, 2000.
Entreprenant ici un premier bilan de son travail, et l’ouvrant ainsi aux non-spécialistes, François Jullien nous promène à travers le foisonnement des interrogations que fait lever la Chine face à l’Europe et nous confronte à l’expérience que, loin de nous, durant des millénaires, elle a accumulée.
En choisissant de dialoguer avec un philosophe, il entend proposer une introduction vivante, parce que questionnante, et sans facilités, à ce que nous entrevoyons trop vaguement comme la « Sagesse de l’Orient » et, chemin faisant, dégager de nouvelles intelligibilités.
Serge LEFORT, La pensée asiatique construite en France [par Claude WEILL], Chine en Question.

Sciences sociales
Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL (sous la direction de), La Chine et la démocratie, Fayard, 2007.
Enraciné dans l’histoire de l’Empire et du premier XXe siècle, appuyé sur des recherches pour la plupart inédites, l’inventaire porte sur les institutions publiques et « civiles », les mentalités et les pratiques, les débats d’idées et les expériences. Il montre que la vision des réformateurs de la Chine républicaine, bien qu’influencée par l’Occident, était nourrie d’une tradition juridique chinoise forte, et même « moderne » à certains égards.
Mais le retour actuel au droit, tel que l’analysent les dernières parties, ne suffit pas à garantir l’ouverture politique. Faut-il y voir une sorte de compensation illusoire, ou bien le détour par lequel pourrait émerger une nouvelle forme de citoyenneté ?
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [Télécharger].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu (sous la direction de), La nouvelle sociologie chinoise, CNRS, 2008.
Ce livre est le premier sur la sociologie chinoise en français. Privée d’existence pendant trente ans, la sociologie chinoise a été refondée en 1979. Ce tournant dans l’histoire internationale de la pensée, ainsi que l’intégration des théories occidentales, la restructuration de la discipline, et la multiplication des enquêtes qualitatives comme quantitatives qui ont été accomplies depuis, ne demeurent que trop méconnues.
Ce livre donne la parole à des sociologues chinois, témoins éminents de ce renouveau. L’État, la ville, le marché : en nous faisant entrer dans ces différents mondes sociaux de la Chine qui constituent aussi des thèmes majeurs de leurs recherches, c’est la réalité même de la transition qu’ils nous font saisir.
Ainsi voit-on s’affirmer, au cours de ces études souvent étonnantes, toujours passionnantes, une dynamique intellectuelle, originale, créative et vigoureuse au sein d’une société en grande transformation, appelée à marquer la sociologie contemporaine et à rénover notre vision tant de la Chine que du monde.
Serge LEFORT, La sociologie chinoise… construite en France, [par Jean-Louis ROCCA] Chine en Question.

Sciences
Paolo MAFFEI, La comète de Halley – Une révolution scientifique, Fayard, 1985
Contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise : un chapitre sur les observations chinoises, un catalogue des sources chinoises, une carte du ciel chinois et un long chapitre sur l’histoire de la comète de Halley établie grâce à l’astronomie chinoise.
Joseph NEEDHAM, La science chinoise et l’Occident, Seuil, 1977.
Biologie, astronomie, médecine, histoire : la science chinoise a connu très tôt un développement considérable, dont Joseph Needham dresse ici l’inventaire. S’y ajoute une masse de découvertes techniques (boussole magnétique, harnais adapté au cheval, étrier à pied, poudre à canon, etc.) qui, transmises à l’Europe, y ont produit un véritable bouleversement. Pourquoi cette tradition scientifique chinoise a-t-elle été si longtemps ignorée en Occident ? Pourquoi n’a-t-elle pas abouti au développement d’un civilisation plus technologique ? Autant de questions essentielles qui impliquent un radical changement de perspective.
Robert TEMPLE, Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions, Philippe Picquier, 2000 et 2007.
Bien des siècles avant l’Occident, la Chine avait déjà inventé un grand nombre des techniques sur lesquelles repose notre monde moderne. Voici détaillées l’origine et l’histoire de ces grandes découvertes chinoises, dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’astronomie, la médecine, la physique, les mathématiques, la musique, les transports ou la guerre. Elles révèlent l’extraordinaire inventivité de la Chine, depuis le premier millénaire avant notre ère jusqu’au XIIIe siècle, depuis la brouette ou le cerf-volant jusqu’à la combustion spontanée et l’identification des taches solaires.

Histoire
Marie-Claire BERGÈRE, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, 1989 et 2001.
1) L’Institutionnalisation de la révolution 1949-1956
2) La fuite dans l’utopie 1965-1976
3) Victoire et crise du pragmatisme 1976-1989
4) De l’isolement à l’ouverture : la politique extérieure depuis 1960
Cet ouvrage analyse les politiques économiques successives et leurs retombées sociales (fragmentation de la société en groupes antagonistes : ouvriers réticents, cadres apeurés, jeunesse sceptique, intellectuels réduits au silence). Il éclaire la lutte entre les diverses lignes et la montée de factionnalismes.
Bernard BRIZAY, Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium, Editions du Rocher, 2003.
Les 7 et 8 octobre 1860, le fabuleux Palais d’Eté de Pékin, le Versailles chinois, est pillé par les Français et les Anglais, au terme d’une expédition militaire destinée à ouvrir la Chine au commerce occidental… et surtout à l’opium que les Anglais produisent aux Indes ! Dix jours plus tard, sur ordre de Lord Elgin, il est incendié en représailles aux tortures et à la mort de prisonniers, otages des Chinois. Pour la Chine – et pour le patrimoine de l’Humanité -, la perte est immense, incalculable, irréparable.
Jacques GERNET, Le monde chinois, Armand Collin, 1972, 1980, 1990 et 1999.
« L’objet de ce livre est de servir d’introduction à l’histoire du monde chinois. Il est de montrer quelles ont été les étapes de sa formation, ses expériences successives, les apports qui, de toutes las parties du monde, sont venus l’enrichir au cours des siècles, les influences qu’il a exercées, sa contribution à l’histoire universelle. » (p.9) Bibliographie de l’ouvrage.
Serge LEFORT, La Chine vue par John FAIRBANK, Chine en Question.

Chine/Occident
Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000.
Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident.
Serge LEFORT, 中國 zhōng guó, Chine en Question.

Lire aussi :
Marc FERRO, Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Payot, 1986.
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa – La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.


[1] Références :
Laurence ROULLEAU-BERGER, Désoccidentaliser la sociologie – L’Europe au miroir de la Chine, Editions de l’Aube, 2011.
Comment penser la pluralité des récits des sociétés contemporaines ? Comment casser la hiérarchie construite par les colonialismes entre sociétés occidentales et sociétés orientales ? Il nous paraît aujourd’hui moins pertinent de penser la pluralité des « provinces du savoir » que de penser les continuités et les discontinuités, les agencements et les disjonctions entre des lieux de savoir situés à différents endroits du monde susceptibles de laisser apparaître un espace intermédiaire transnational à la fois local et global.
L’auteur cherchera ici à construire des effets de miroir entre sociologie chinoise et sociologie européenne autour des thématiques suivantes : emploi et travail ; frontières sociales et ségrégations urbaines ; modernités, sujet et souci d’autrui ; Etats, conflit social et action collective ; inégalités et parcours biographiques ; migrations internes et internationales. Un essai qui nous en apprend autant sur la sociologie chinoise que sur la sociologie européenne.
Edward SAÏD, L’orientalisme – L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980.
D’Eschyle à Kissinger, de Marx à Barrès, l’Occident a tenu un discours sur l’Orient. Mais, puisque «l’Orient» n’existe pas, d’où vient ce discours et comment expliquer son étonnante stabilité à travers les âges et les idéologies? «L’Orient» est une création de l’Occident, son double, son contraire, l’incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois, la chair d’un corps dont il ne voudrait être que l’esprit.
À étudier l’orientalisme, présent en politique et en littérature, dans les récits de voyage et dans la science, on apprend donc peu de choses sur l’Orient, et beaucoup sur l’Occident. Le portrait que nous prétendons faire de l’Autre est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre image.