Chine en Question

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Impressions d’un voyage en Chine


 

Toujours plus vite. La croissance est la valeur cardinale des économies modernes et nous sommes tous lancés dans une quête effrénée de performance. C’est aux sentiments de vertige et d’aliénation liés à l’accélération de nos sociétés que le penseur allemand Hartmut Rosa consacre sa réflexion depuis des années. En témoigne son récit d’un voyage en Chine, excursion dans un pays qui est passé de l’époque féodale au capitalisme le plus débridé en quarante ans.

Cet ouvrage avance, à travers une série de textes courts et marquants, une solution à la frénésie ambiante : il s’agit d’entrer en résonance avec le monde. Nouveau concept philosophique, la résonance vise à nous faire accéder à une vie meilleure, permettant de trouver un accord entre le monde tel qu’il est et l’existence telle qu’elle mérite d’être vécue.

Entrer en résonance avec le monde et les autres, voilà la proposition qui pourrait tous nous amener à découvrir, enfin, la vie bonne.

Hartmut ROSA, Remède à l’accélération – Impressions d’un voyage en Chine et autres textes sur la résonance, 2018 Philosophie Magazine, [Texte en ligne].

Je n’ai lu que les pages concernant la Chine et elles sont terriblement décevantes car l’auteur n’a pas cherché à découvrir ce pays, mais à plaquer son concept de résonance sur une réalité chinoise fantasmée :

Le concept de résonance semble avoir la capacité de se rattacher directement aux traditions et aux conceptions chinoises de la relation au monde – notamment avec l’idée taoïste du contact entre le Ciel et la Terre et les réflexions confucéennes sur l’ancrage émotionnel et contextuel des motivations d’une décision, plutôt que l’orientation sur des principes abstraits.
p.40

27/06/2020
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

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Chine et Occident : deux visions opposées de la « guerre » contre le coronavirus


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« Nous sommes en guerre », a martelé le président français Emmanuel Macron le 16 mars dernier, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel reprenait, deux jours plus tard, le thème de la mobilisation générale.

 

Ces déclarations traduisent une stratégie déployée en Europe qui diffère de l’approche chinoise décrite notamment par les travaux sur l’efficacité du philosophe et sinologue François Jullien [1].

Modélisation vs potentiel de situation

Si la stratégie est fille de la guerre, de Sun Tzu, auteur du célèbre L’art de la guerre [2], qui date du IVe siècle avant Jésus-Christ, au théoricien militaire prussien Carl von Clausewitz, en passant par Machiavel, elle repose sur une conception de l’efficacité et du changement dont l’ADN culturel gagne à être questionné.

En suivant Le traité de l’efficacité de François Jullien, il est possible de remonter dans la généalogie de deux traditions de pensée, l’européenne et la chinoise, longtemps indifférentes l’une à l’autre. Sans réelle rencontre et échanges avant le XVIe, voire le XVIIIe siècle, ce sont deux pensées plurimillénaires qui ont chacune évolué, indépendamment l’une de l’autre [3].

 

Pour la pensée européenne qui s’est érigée à partir du berceau philosophique grec, il s’agit d’abord de modéliser : le plan des opérations militaires du général, la courbe de croissance de l’économiste, la promesse du politique. La théorie est première ; elle précède la pratique dans ce rapport entre modélisation et application. Comme l’écrit François Jullien dans son livre De l’écart à l’inouï [4] :

La conception la plus commune de l’efficacité en Europe […] nous apprend à dresser un plan et à raisonner en termes de moyen(s) et de fin (le business plan) […] Or la pensée chinoise attire notre attention sur les conditions favorables inscrites dans la situation même, à titre de facteurs porteurs, et dont il faut tirer parti pour réussir. La situation n’est plus cette réalité adverse […], elle est la ressource qu’il faut savoir faire évoluer à son profit.

Il n’y a pas eu de coupure forgée entre théorie et pratique depuis la Chine. Dans les arts de la guerre chinois, le rapport entre modélisation et application n’émerge pas.

En revanche, on y trouve les notions de situation, de configuration, de terrain, que Jullien traduit par « potentiel de situation ». Ce potentiel de situation évolue en fonction de La propension des choses, pour reprendre le titre d’un autre ouvrage du sinologue [5].

Deux conceptions de l’efficacité

Les choses évoluent, portées par une propension que Jullien appréhende à partir du shi (勢) chinois. Le terme peut se traduire par potentiel, circonstance, processus, mais aussi par pouvoir. Le réel est alors conçu comme un dispositif sur lequel on peut prendre appui opportunément pour le faire œuvrer.

Au lieu de mobiliser l’agir et la volonté du sujet comme le propose la pensée européenne, l’efficacité est attendue à partir du potentiel disponible dans la situation même. Cette conception de l’efficacité relève davantage d’une nécessité objective découlant des circonstances en constante évolution que de l’application d’une stratégie ou d’une tactique planifiée par une volonté humaine [6].

Si la pensée chinoise mobilise alors le non-agir, ce non-agir se révèle agissant ; de plus il ne supprime pas l’implication humaine. Il s’agit de « ne rien faire », mais de faire en sorte que « rien ne soit pas fait », comme l’explique François Jullien dans son Traité de l’efficacité.

Les notions a priori opposées de concession et de conséquence sont ainsi intimement mêlées, malgré la contradiction que perçoit l’esprit occidental. « Wu wei er wu bu wei » : le mot vide de la langue chinoise (er) qui relie ces deux notions, indique à la fois la concession (mais) et la conséquence (de sorte que).

L’approche chinoise de la stratégie permet un lâcher-prise devant les notions de modèle (idéal) et de volonté (héroïque). Dépourvue de support théorique a priori, l’approche chinoise s’appuie sur une pure logique d’intervention [7] . Qu’il soit sage ou guerrier, le stratège s’appuie sur le potentiel des situations pour mieux en tirer parti en cherchant ce qui est porteur.

Des repères européens brouillés

Dictée qu’elle est par la situation, la stratégie de lutte contre le coronavirus se manifeste comme défensive, se déployant sur le registre combiné de l’attente (d’une durée incertaine), du retrait généralisé des activités non essentielles (essentiel signifiant ici vital), et du repli individuel. Il faut rester chez soi.

S’il s’agit bien d’une guerre, il devient difficile de trouver les repères usuellement associés du côté européen : action, héroïsme, épopée.

Les héros de la guerre contre le coronavirus restent anonymes, mais ils appartiennent à un corps reconnu, particulièrement sollicité et plébiscité, celui des soignants (« soi-niant ») : ils portent des blouses blanches et des masques. Ils prennent soin, ils préservent le vital, en gérant des flux au quotidien. L’affaire est tout autant logistique qu’humaine, inscrite dans un collectif qui se déploie.

À partir de Sun Tzu, et à l’encontre de l’ego de nombre de dirigeants, Jullien explique [8] :

La grande stratégie est sans coup d’éclat, la grande victoire ne se voit pas. Je crois que nous pourrions le méditer en politique comme dans le domaine de l’entreprise et du management.

Face au virus, le « ne rien faire – mais faire en sorte que rien ne soit pas fait » résume une démarche stratégique d’empreinte taoïste, où la transformation en cours qui n’appartient à personne, concerne pourtant tout le monde [9]. L' »anthropo-logique » (qui procède de l’homme) est coiffé par l' »éco-logique » (qui procède de la situation).

Vers un management par induction

Loin de toute prétention ethnocentrique, l’approche des gouvernants européens est plus solennelle que puissante ; elle se veut certes radicale, par les interdits qu’elle pose ; mais elle est humble, aux couleurs des 5 gestes barrières du comportement d’évitement citoyen.

La stratégie se déploie, en phase avec un virus évoluant dans un environnement non directement maîtrisable. L’enjeu consiste à « inter-venir » opportunément, à l’écoute de la propension à l’œuvre. Un management par induction se met en place à la lumière de ce que Jullien appelle Les transformations silencieuses [10] :

Le concept de transformation silencieuse évite d’avoir à séparer ce qui « arrive » de ce qui le porte (plutôt que ce qui le « cause »). De plus, « de concept descriptif, la transformation silencieuse pourrait-elle devenir un art de gérer […] un concept qui soit stratégique, et même à vocation politique ?

Le politique (associé à l’idéal européen [11]) pourrait reprendre de la vigueur face à la politique, bavarde, pour ne pas dire criarde. Il s’agit moins de dire qui aurait tort ou raison ; ce qui devrait être fait ou défait. Il s’agit de développer une attention stratégique à une transformation silencieuse, la propagation d’un virus invisible et qui se fait sans bruit, mais qui provoque des affleurements sonores chiffrés.

L’attention portée aux cours de la bourse est challengée par les chiffres de la pandémie, pays par pays ; des chiffres qui pourraient parler encore plus fort que ceux du réchauffement climatique qui peinent tellement à se faire entendre [12].

Source : Sybille Persson, The Conversation, 29/03/2020 (avec l’autorisation de l’auteur).

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Notes et références


[1] Lire : Cahier Jullien, L’Herne, 2018.

[2] Lire : SUN Tzu, L’art de la guerre, -512 [Texte en ligne].

[3] Lire : François JULLIEN, Traité de l’efficacité, Grasset, 1996.

[4] Lire : François JULLIEN, De l’écart à l’inouï, L’Herne, 2019.

[5] Lire : François JULLIEN, La Propension des choses – Pour une histoire de l’efficacité en Chine, Seuil, 1992.

[6] Lire : Paul SHRIVASTAVA et Sybille PERSSON, A Theory of Strategy – Learning From China From walking to sailing, M@n@gement, 2014.

[7] Lire : Giorgio NARDONE, Chevaucher son tigre, Seuil, 2008.

[8] Lire : François JULLIEN, Conférence sur l’efficacité, PUF, 2005.

[9] Lire : Sybille PERSSON, A qui appartient vraiment le changement ?, Les Échos, 13/11/2017.

[10] Lire : François JULLIEN, Les transformations silencieuses I, Grasset, 2009.

[11] Lire : François JULLIEN, L’invention de l’idéal et le destin de l’Europe ou Platon lu de Chine, Seuil, 2009.

[12] Lire : Paul SHRIVASTAVA et Sybille PERSSON, Silent transformation to 1.5°C – with China’s encumbered leading, Science Direct.

Francophonie en Orient (1840–1940)


 

Écrit dans un langage peaufiné, ce présent ouvrage pousse plus avant l’étude informative des faits francophones – historiques, sociologiques, littéraires – dans les pays non-francophones de l’Asie de l’Est, tels que le Japon, la Corée, mais surtout la Chine.

Mathilde Kang exclut délibérément les anciennes colonies françaises en Indochine de sa focalisation principale, tout en soulignant les relations pan-asiatiques face à l’influence politique et culturelle de la France dans cette région.

Mathilde KANG, Francophonie en Orient – Aux croisements France-Asie (1840–1940), Amsterdam University Press, 2017 [Texte en ligne].

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La Chine vue par Jean-Pierre RAFFARIN


 

Jean-Pierre Raffarin est connu parce qu’il fut Premier ministre de trois gouvernements successifs du 6 mai 2002 au 31 mai 2005 sous la présidence de Jacques Chirac. Son parcours assez banal ne le destinait pas à cette fonction car il a commencé sa carrière professionnelle au sein de la direction marketing des cafés Jacques Vabre et resta longtemps un homme politique obscur à Poitiers et dans la région Poitou-Charentes. Alain Juppé le mit sous les projecteurs en 1995 en le nommant ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce et de l’Artisanat.

Ce chantre de la France d’en bas (une raffarinade parmi d’autres) donna sa démission de son poste de Premier ministre en 2005, à la suite de la victoire du « non » lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel européen, et retomba dans l’oubli. Il continua néanmoins à grenouiller activement dans les rangs de l’UMP jusqu’en octobre 2017, date à laquelle il se retira de la vie politique.

En 2008, il devint président de la Fondation Prospective et Innovation, groupe de réflexion se consacrant notamment aux relations économiques avec la Chine. En 2010, il a (sagement) décliné la proposition de Nicolas Sarkozy de devenir ambassadeur de France en Chine. En janvier 2018, il fut nommé administrateur de Plastic Omnium en Chine et il est chargé par Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, d’une mission de soutien aux entreprises françaises installées en Chine. En septembre 2019, il reçoit la médaille de l’Amitié des mains de XI Jinping.

J’ai consacré un dossier spécial à cette homme politique de droite qui, bien que ne lisant ni parlant le chinois, a une analyse beaucoup plus objective sur la Chine que tous les autres politiques français (de droite ou de gauche). Sa position peut se résumer par sa réaction aux polémiques sur les droits de l’homme en Chine : Ne donnons pas des leçons à la Chine.

04/10/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
07/05/2002, La télévision, vue par Marie-Claude Martin : L’inconnu d’avant-hier, Le Temps.
17/05/2002, France d’en bas : la récup’ de Raffarin, Libération.
27/06/2017, Le very best-of des Raffarinades, BFMTV.
Dossier Jean-Pierre RAFFARIN, Monde en Question.
Jacques CHIRAC (1932-2019), Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

La route de la soie – Un trait entre deux mondes (2019)


 

Titre : La route de la soie – Un trait entre deux mondes
Réalisateur : Steven R Talley
Durée : 1h29
Année : 2019
Pays : Nouvelle Zélande
Genre : Documentaire
Résumé : Remontant à plus de 4 000 ans, cet immense réseau commercial reliait la ville de Chang’an, en Chine, à Antioche, en Syrie médiévale. L’axe doit son nom à la précieuse étoffe, dont seuls les Chinois connaissaient alors le secret de fabrication : la soie. Des inventions majeures ont transité par cette route et ont permis aux populations de se rencontrer et d’évoluer au fil des siècles. Des innovations souvent révolutionnaires, comme la poudre ou le papier, qui ont participé à la transformation des sociétés. Mais c’est aussi par là que les virus qui ont ravagé et changé le visage de l’Europe se sont propagés… Sécurisée par Gengis Khan avec les conquêtes mongoles, la route de la soie a permis aux Européens de s’aventurer dans les pays du Levant pour vendre leurs biens et acheter des produits exotiques, marquant ainsi la naissance du commerce mondial.
Fiche : Programme TV
Partage proposé par : 9docu HD 720 VF
Avis de Chine en Question : Ce documentaire de propagande du QUAD raconte l’histoire des inventions qui ont permis aux Européens de conquérir le monde. Il entretient des légendes comme celle de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb où il aurait débarqué (sic) [1h10]. Et se termine par l’apologie de New York la ville-monde [1h28] !

Lire aussi :
Cinémathèque, Ciné Monde.
Dossier Cinéma Nouvelle Zélande, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
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Impressions au retour de Chine


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Les commentaires sur la Chine, qui ne relèvent pas de la propagande anti-chinoise en cours dans les médias et chez les universitaires français, sont si rares que je conseille la lecture de cette article. En voici un extrait :

Il ne fait pas de doute, au vu de ce qui précède, que si le 18ème siècle fut français, le 19ème siècle britannique et le 20ème siècle américain, le 21ème siècle sera très vraisemblablement chinois. Doit-on pour autant s’en inquiéter ? Je ne le pense pas. A ceux qui agitent l’image du péril jaune et d’une main mise de la Chine sur la planète je rappellerai que la Chine n’a jamais été expansionniste ni agressive, comme en témoignent son immense muraille exclusivement conçue pour la protéger des invasions ou les fabuleuses expéditions maritimes de l’amiral Zheng He au 15ème siècle, instruit par le troisième empereur Ming de découvrir ce qu’il y avait « au delà de l’horizon » et qui n’eurent jamais pour finalité de coloniser d’autres terres. La Chine a toujours eu une stratégie défensive et il est clair que la montée en puissance de son appareil militaire sert d’abord sa stratégie de dissuasion et la défense de ses lignes de communication. N’en déplaise donc à la classe dirigeante et au complexe militaro-industriel américains, le monde de demain sera de nouveau multipolaire et cela sera bon pour la planète. Il serait également bon pour la planète que la Chine continue de s’affirmer comme championne de l’environnement et continue d’impulser le changement dans ce sens.

Lire l’intégralité de l’article : Ariel FRANÇAIS, 16/09/2018.

26/09/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Retour de Chine : impressions en vrac (I), Paul Jorion, 18/11/2017.
Retour de Chine : impressions en vrac (II), Paul Jorion 24/11/2017.
Voyageurs français en Chine – Impressions et jugements, Dix-Huitième Siècle, 1990.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Dossier documentaire Récits de voyages Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

L’Occident déteste vraiment la Chine


 

Il n’y a aucune « clémence » pour la Chine, en Occident. A plusieurs titres, la plus grande et l’une des plus anciennes cultures de la Terre a été systématiquement dénigrée, insultée, ridiculisée et jugée avec arrogance par les faiseurs d’opinion, les propagandistes, les universitaires et la presse traditionnelle ayant des sièges à Londres, New York et Paris et par bien d’autres endroits que l’Occident appelle lui-même les centres de « l’érudition » et de la « liberté de l’information ».

Les messages anti-chinois sont parfois manifestes, mais la plupart du temps à peine voilés. Ils sont presque toujours racistes et fondés sur l’ignorance. Et, horrible réalité, c’est qu’ils fonctionnent !

Ils fonctionnent pour de nombreuses raisons. L’une d’entre elles est que si les Asiatiques du Nord en général, et les Chinois en particulier, ont appris avec ardeur tout ce qui concerne le reste du monde, l’Occident est complètement ignorant sur presque tout ce qui concerne les Asiatiques et les Chinois.

[…]

Ils fonctionnent pour de nombreuses raisons. L’une d’entre elles est que si les Asiatiques du Nord en général, et les Chinois en particulier, ont appris avec ardeur tout ce qui concerne le reste du monde, l’Occident est complètement ignorant sur presque tout ce qui concerne les Asiatiques et les Chinois.

J’ai personnellement mené une série d’expériences simples mais révélatrices en Chine, en Corée et au Japon, ainsi que dans plusieurs pays occidentaux : alors que presque tous les enfants d’Asie du Nord peuvent facilement identifier au moins quelques « icônes » de la culture occidentale, y compris Shakespeare et Mozart, la plupart des professeurs d’université européens titulaires d’un doctorat ne pouvaient pas nommer un seul réalisateur coréen, un compositeur de musique classique chinois ou un poète japonais.

Les Occidentaux ne savent rien à propos de l’Asie ! Non pas 50% d’entre eux, ni même 90%, mais très probablement dans les 99,9%.

Et il va sans dire que la Corée produit certains des meilleurs films d’art au monde, tandis que la Chine et le Japon sont réputés pour leur art classique raffiné, ainsi que pour leurs chefs-d’œuvre modernes.

En Occident, la même ignorance s’étend à la philosophie chinoise, à son système politique et à son histoire. En Europe et en Amérique du Nord, il y a une obscurité absolue, une ignorance foudroyante, concernant la vision du monde chinois. A Paris ou à Berlin, la Chine est jugée exclusivement par la logique occidentale, par les « analystes » occidentaux, avec une arrogance insurpassable.

Le racisme est la seule explication fondamentale, bien qu’il existe de nombreuses autres raisons secondaires à cet état de fait.

Le racisme occidental, qui a humilié, attaqué et ruiné la Chine pendant des siècles, a modifié progressivement ses tactiques et ses stratégies. D’ouvertement et clairement insultant et vulgaire, il s’est progressivement développé en quelque chose de beaucoup plus « raffiné » mais constamment manipulateur.

[…]

Le concept de « droits de l’homme », que l’Occident utilise constamment contre la Chine, est « ciblé ». La plupart des accusations et des « faits  » ont été retirés du contexte de ce qui s’est passé à l’échelle mondiale (de nos jours et dans l’histoire). Des vues et des « analyses » exclusivement eurocentrées lui ont été appliquées. La philosophie et la logique chinoises ont été totalement ignorées ; elles n’ont jamais été prises au sérieux. Personne en Occident ne demande au peuple chinois ce qu’il veut vraiment (seuls les soi-disant « dissidents » sont autorisés à parler au public occidental par l’intermédiaire des médias de masse). Une telle approche n’est pas censée défendre ou aider qui que ce soit ; au contraire, elle est dégradante, conçue pour causer le maximum de dommages au pays le plus peuplé de la Terre, à son système unique et, de plus en plus, à son importante stature mondiale.

Il est évident que les universités et les médias occidentaux sont financés par des centaines de millions et de milliards de dollars pour censurer les principales voix médiatiques chinoises et promouvoir un nihilisme anticommuniste et contre le Parti communiste chinois.

Je connais un universitaire irlandais basé en Asie du Nord, qui enseignait en Chine. Il m’a dit, avec fierté, qu’il avait l’habitude de provoquer les étudiants chinois : « Savez-vous que Mao était un pédophile ? » Et il ridiculisait ceux qui le défiaient et trouvaient ses propos déplaisants.

Mais une telle approche est tout à fait acceptable pour l’académie occidentale établie en Asie. Inversez les rôles et imaginez un universitaire chinois qui vient à Londres pour enseigner la langue et la culture chinoises, et commençant ses cours en demandant aux élèves s’ils savent que Churchill avait des relations sexuelles avec des animaux ? Que se passerait-il ? Serait-il renvoyé immédiatement ou à la fin de la journée ?

Lire l’intégralité de l’article : Réseau International.

Lire aussi :
Articles André VLTCHEK : Arrêt sur InfoGlobal ResearchLe Grand SoirRéseau International.
Bibliographie André VLTCHEK : Babelio.
Noam CHOMSKY, André VLTCHEK, L’Occident terroriste – D’Hiroshima à la guerre des drones, Écosociété, 2015 [Texte en ligne].
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Les sextants de Pékin


 

Les touristes qui visitent la Cité interdite à Pékin sont souvent surpris d’y trouver un observatoire équipé de sextants, de théodolites, de sphères armillaires et d’autres instruments de l’ancienne astronomie occidentale. Malgré leur facture indéniablement chinoise, ces instruments de bronze ont en effet été exécutés sous la supervision d’un jésuite flamand, à la demande d’un empereur Qing qui espérait trouver dans la science occidentale un appui à son pouvoir. Les sextants de Pékin témoignent ainsi de l’intérêt et de la curiosité que les Chinois ont pu manifester à l’égard d’une culture pourtant bien éloignée de la leur, et ce, il y a déjà plus de trois cents ans, à une époque où l’Occident ne montrait pas tant d’ouverture d’esprit.

C’est au mythe d’une Chine monolithique, refermée sur elle-même, immobile et figée dans sa grandeur antique, que s’attaque ici Joanna Waley-Cohen. Cette idée reçue ne résiste pas à l’analyse. Toute l’histoire de l’Empire du milieu montre au contraire que les Chinois ont toujours accueilli avec intérêt les produits, les techniques, les idées, et même les religions des autres cultures, dans la mesure où l’on ne tentait pas de les leur imposer par la force. En s’appuyant sur les résultats les plus récents de la recherche historique, l’auteur montre les relations fructueuses que les Chinois ont su entretenir avec leurs voisins asiatiques et avec les Occidentaux, depuis les temps anciens de la Route de la soie jusqu’à nos jours.

Joanna WALEY-COHEN, Les sextants de Pékin – Sociétés et cultures de l’Asie, Presses de l’Université de Montréal, 2002 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Dossier documentaire Sciences Chine, Monde en Question.
< Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

La Chine imaginaire construite par les médias et les sinologues


 

Au seuil d’une nouvelle année, nous aimons faire la rétrospective de ce qui s’est passé et envisager l’avenir. Respectant cette tradition, je voudrais expliquer aux lecteurs occidentaux que la Chine est absolument une chance pour l’Europe et non une menace. La raison est très simple : entre la Chine et l’Europe il n’existe aucun conflit, qu’il soit d’ordre géopolitique, commercial, militaire ou financier. Depuis des milliers d’années, la Chine garde son art de vivre à travers « l’harmonie respectueuse de la diversité » de Confucius. La Chine vise toujours à « rechercher des vues identiques tout en mettant de côté les divergences », en d’autres termes, c’est « la coopération gagnant-gagnant ».

Cependant, mon intention a changé après la rétrospective 2017 faite par des médias français dans les reportages et commentaires portant sur l’un des événements majeurs survenus en Chine : le XIXe Congrès du PCC et le deuxième mandat de Xi Jinping. Puisque les Français ne peuvent pas connaître la Chine réelle à travers les médias, il est vain de souligner que la Chine n’est pas une menace. La presse française et certains sinologues butés font flèche de tout bois pour créer une « image imaginaire de la Chine » dans la tête des Français. Voilà la clé du problème.

[…]

Un autre exemple me vient à l’esprit. Les Chinois ont l’habitude d’épargner comme les Français, mais dans la bouche de Valérie Niquet, une « sinologue » française, les Chinois doivent déposer l’argent à la banque, car il n’existe pas de régime de retraite en Chine. La Chine sans régime de retraite ?! Je ne sais pas combien de gens en Europe croient ce mensonge, mais la Chine possède non seulement un régime parfait de retraite pour tous les travailleurs urbains, et depuis 2010, les habitants ruraux profitent aussi du nouveau type d’assurance vieillesse. Plus de 90% des paysans touchent actuellement la pension de vieillesse. Pour être honnête, la pension de retraite des fonctionnaires chinois est bien meilleure par rapport à celle en France. En Chine, tous les fonctionnaires masculins prennent la retraite à 60 ans, et pour les femmes à 55 ans. La pension de retraite équivaut à 80% du salaire avant la retraite. Lors de la retraite, le niveau de vie des fonctionnaires n’est pas considérablement diminué. Ils peuvent maintenir leur train de vie. Mais en France, les gens ne recevront une retraite qu’après avoir travaillé plus de 40 annuités, et la façon de la calculer est aussi étrange : 50 % du salaire moyen des 25 meilleures années. Les meilleurs salaires sont aux dernières années de la carrière, donc un fonctionnaire français retraité prendra moins d’une moitié de son salaire. De fait son niveau de vie baisse immédiatement. Mme Niquet ne connaît-elle pas la situation réelle ? Ou bien a-t-elle l’intention de tromper la population française ? Je ne sais pas.

Lire l’intégralité de l’article : ZHENG Ruolin, Deux images de la Chine : l’imaginaire et la réelle, La Chine au présent, 04/01/2018.

Lire aussi :
Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000 [Google Books].
Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident. C’est l’histoire de la Chine comme l’ont comprise et imaginée les Occidentaux que retrace ici le grand sinologue américain Jonathan D. Spence. Pour rendre compte de cette fascination, il fait appel aux récits des voyageurs, aux systèmes des philosophes, aux rapports des diplomates, aux témoignages des missionnaires et, surtout, aux œuvres des grands écrivains qui, de Mendes Pinto à Italo Calvino, en passant par Voltaire, Segalen et Brecht, ont voulu communiquer leur vision de la Chine. Grossiers ou subtils, généreux ou empreints de préjugés, sobres ou avides d’exotisme, ces documents nous en apprennent finalement autant sur l’Occident que sur la Chine.
ZHENG Lu-nian, Daniel HABER, Chine-Ocident – Le grand malentendu du XXIe siècle, L’Harmattan, 2010 [Chine en Question].
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

L’Empire du Milieu II


 

Dans le précédent article, j’avais étudié l’origine de cette expression à partir de l’utilisation qu’en avait fait Elisée Reclus.

Malheureusement le sujet est loin d’être clos car les universitaires s’alignent sur les médias en nommant ainsi non seulement la Chine impériale, mais aussi la Chine contemporaine qui est pourtant une République depuis le 1er janvier 1912 !

Médias dominants

Une recherche dans les archives de L’im-Monde, qui se veut le quotidien de référence, montre que cette expression était peu utilisée avant la reconnaissance de la Chine par la France en 1964, mais que son usage a très fortement augmenté depuis cette date au point de devenir usuel.

L’occurrence Empire du Milieu fut utilisée 351 fois en 50 ans (entre le 01/01/1944 et le 01/01/1994 soit une moyenne de 7,02 fois par an) et 1091 fois en seulement 20 ans (entre le 01/01/1984 et le 01/01/2014 soit une moyenne de 54,55 fois par an) soit une progression spectaculaire qui s’amplifie encore pour l’année en cours :

1 925 éléments trouvés depuis 1944.
15 éléments trouvés entre le 01/01/1944 et le 01/01/1954.
13 éléments trouvés entre le 01/01/1954 et le 01/01/1964.
57 éléments trouvés entre le 01/01/1964 et le 01/01/1974.
79 éléments trouvés entre le 01/01/1974 et le 01/01/1984.
187 éléments trouvés entre le 01/01/1984 et le 01/01/1994.
431 éléments trouvés entre le 01/01/1994 et le 01/01/2004.
660 éléments trouvés entre le 01/01/2004 et le 01/01/2014.
120 éléments trouvés depuis 1 an.

Médias universitaires

On pourrait penser que les médias universitaires, notamment ceux dédiés à la Chine, ne tomberaient pas dans la propagande anti-chinoise. Il n’en est rien ! Le blog ChinElectrodoc – blog de veille sur le monde chinois, qui fait partie de la plateforme académique Hypotheses, a publié le compte-rendu de l’ouvrage Chine, les visages de la justice ordinaire : entre faits et droit sous le titre L’empire du Milieu par ses tribunaux !

J’avais posté un commentaire, qui est resté longtemps en attente de validation mais n’a pas été publié. Je l’ai reposté le 27/11/2017 à 16h52 (heure Mexico) sous la référence #comment-40597, mais sans succès.

En bref, tout le monde s’aligne, par ignorance ou/et propagande anti-chinoise, sur la pire des encyclopédies qui traduit zhōng guó par Empire du Milieu. J’avais modifié le texte le 21/02/2010 à 10h02 (heure Mexico) ainsi :

L' »empire du Milieu » (du chinois  »zhōngguó », 中国) est un terme étranger pour désigner la Chine alors qu’il signifie « pays du milieu ».
Source

Cette modification fut révoquée selon les techniques décrites dans le documentaire Die dunkle Seite der Wikipedia (version doublée en français).

30/11/2017
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Articles contenant l’expression Empire du Milieu, Google Actualités.
Serge LEFORT, zhōng guó, Chine en Question, 23/02/2010.
Serge LEFORT, L’Empire du Milieu I, Chine en Question, 16/11/2012.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.