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Estados Unidos: ¿Podrá con China y Rusia?


 

Destacadas figuras públicas alemanas, incluyendo a los ex primeros ministros Helmut Schmidt y Gerhard Schroder, han insistido en que las acciones occidentales para atraer a Ucrania a su bando implicaban una penetración en la esfera de interés legítima de Moscú y por tanto un acto de acorralamiento a este último. Una reacción era inevitable, aunque la fuerza de ésta indudablemente sorprendió a todos. Washington comparte con sus socios europeos la responsabilidad de haber puesto en movimiento una dinámica que ha conducido a una nueva guerra fría con Rusia. No obstante, a diferencia de aquellos, esto lo afecta en una escala global. Las posibilidades de concentrar esfuerzos en el Asia-Pacífico y de colocar allí al 60% de sus fuerzas militares para 2020, tal como había ofrecido, se hacen ahora cuesta arriba. Ello no fue obstáculo, sin embargo, para que Obama otorgase garantías directas e inequívocas de apoyo militar a sus aliados del Este de Asia en su reciente viaje a esta región. De más está decir que la tensión en esa parte del mundo aumenta a pasos agigantados, sentando las bases para que también allí Estados Unidos pueda verse confrontado a otra guerra fría, en este caso con China.

Mantener un estado de alta tensión con Rusia o con China individualmente no resultaría un problema mayúsculo para Washington, pero hacerlo con los dos a la vez atentaría contra la razón. De hecho, antes de los eventos de Ucrania, analistas estadounidenses venían recomendando a su gobierno una aproximación a Moscú, como vía para enfrentar con mayor fortaleza el reto representado por China. Robert Kaplan, destacado especialista en geopolítica y ex Subsecretario de Defensa estadounidense, llegó a sugerir en un libro reciente una alianza Washington-Moscú que llevase a China a volcar su atención sobre su frontera con Rusia, obligándola a relajarla en relación a sus mares del Este y del Sudeste. Lo que Estados Unidos pareciera estar logrando, en cambio, es exactamente lo contrario. Es decir, propiciando el surgimiento de una alianza Moscú-Pekín que le representaría un efecto tenaza sobre los escenarios de Europa y de Asia del Este. Ello colocaría a Washington frente a una doble amenaza. De un lado frente a los 8.500 misiles nucleares de los que dispone Moscú. Del otro frente al 1,2 millón de millones de dólares en bonos de la deuda pública estadounidense en manos de China. Aunque en ambos casos se trate de armas de destrucción recíproca asegurada, son gigantescas espadas de Damocles que penden sobre la suerte de Estados Unidos.

Estados Unidos confronta una deuda pública que supera los 17 billones (millón de millones) de dólares, lo que condujo a su Secretario de Defensa a anunciar en febrero pasado la intención de reducir en un billón de dólares los gastos de defensa en los próximos años, así como a llevar el número de sus efectivos militares a su menor nivel desde 1940. Dicho país no parece capacitado para asumir el reto dual planteado. Ello sin tomar en cuenta que una eventual guerra fría con China podría conducir a un desacoplamiento de la economía global, con este último país articulando su propio espacio de influencia a espaldas de Washington. China no sólo es el mayor exportador mundial de mercancías sino que desplazó a Estados Unidos dentro de la red global de comercio, siendo a la vez una fuente de inversiones extranjeras directas y de financiamiento de inmensa fortaleza. Ello podría conducir a una globalización paralela susceptible de debilitar fuertemente el papel detentado por Estados Unidos.

Observatorio de la política China

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Transformations silencieuses II


 

S’il y avait encore des doutes sur l’insondable bêtise des médias commerciaux occidentaux, sachez que le point culminant du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Beijing a été présenté comme celui où le président russe Vladimir Poutine a prétendument « dragué » l’épouse du président chinois Xi Jinping – et la censure chinoise qui a suivi du geste de Poutine qui a posé un châle sur ses épaules dans l’air froid où les dirigeants étaient rassemblés. Et puis quoi encore ? Poutine et Xi présentés comme un couple gay ?

Oublions ces clowns et passons aux choses sérieuses. Dès le début, le président Xi a exhorté l’APEC à « ajouter du bois sur le feu de l’économie de l’Asie-Pacifique et mondiale ». Deux jours plus tard, la Chine a obtenu tout ce qu’elle voulait.

1) Beijing a vu l’ensemble des 21 états membres de l’APEC approuver la Zone de libre-échange de l’Asie-Pacifique (FTAAP) – la version chinoise d’un accord commercial « tout inclus et que des avantages » capable de faire progresser la coopération Asie-Pacifique – voir le quotidien South China Morning Post. Le perdant a été l’accord de Partenariat Trans-Pacifique (TPP) défendu par les Etats-Unis, rédigé par les multinationales, et farouchement combattue – en particulier par le Japon et la Malaisie. [Voir ici]

2) de Beijing a avancé son projet de « connectivité tous azimuts » (selon les termes de Xi) à travers l’Asie-Pacifique – qui implique une stratégie à plusieurs volets. Une de ses caractéristiques principales est la mise en place de la banque d’investissement Asian Infrastructure Investment Bank dotée de 50 milliards de dollars et basée à Beijing. C’est la réponse de la Chine à Washington qui refusait de lui accorder une voix plus représentative au Fonds Monétaire International que l’actuelle et maigre 3,8% des voix (une part plus faible que les 4,5% détenus par la France en stagnation).

3) Beijing et Moscou se sont engagés dans un second méga-accord sur le gaz – cette fois à travers le gazoduc Altaï en Sibérie occidentale – après un premier méga-accord « Puissance de la Sibérie » conclu en mai dernier.

4) Beijing a annoncé un investissement initial de pas moins de $40 milliards pour lancer la construction de la ceinture économique Route de la Soie et de la Route de la Soie maritime 21e siècle.

De manière prévisible, une fois de plus, cette vague vertigineuse d’accords et d’investissements devait déboucher sur la plus spectaculaire et ambitieuse infrastructure plurinationale jamais entreprise : les multiples Nouvelles Routes de la Soie – ce réseau complexe de trains à grande vitesse, de pipelines, de ports, de fibres optiques et du nec plus ultra en matière de télécommunications que la Chine est déjà en train de construire à travers l’Asie centrale, reliés à la Russie, l’Iran, la Turquie et l’océan Indien, et qui bifurque vers l’Europe jusqu’à Venise, Rotterdam, Duisburg et Berlin.
Maintenant, imaginez la terreur des élites de Washington et Wall Street qui observent Beijing interconnecter le « Rêve Asie-Pacifique » de Xi bien au-delà de l’Asie de l’Est et tous azimuts, vers le commerce pan-Eurasie – dont le centre sera, comme s’il pouvait en être autrement, l’Empire du Milieu ; dans un avenir proche, une Eurasie transformée en ceinture de Soie chinoise massive, dans certaines régions choisies, une sorte de plan urbain de développement avec la Russie.

Vlad ne fait pas des trucs stupides

En ce qui concerne ‘Don Juan’ Poutine, tout ce qu’il faut savoir sur la priorité économique / stratégique de l’Asie-Pacifique pour la Russie a été distillé dans son intervention au sommet de l’APEC.

C’était en fait une mise à jour économique de son désormais célèbre discours [version française ] lors de la réunion de Club Valdaï à Sotchi en octobre, suivi par de nombreuses questions/réponses, qui a également été dûment ignoré par les médias des sociétés occidentales (ou présenté comme une nouvelle « agression ») .

Le Kremlin est arrivé à la conclusion que les élites de Washington & Wall Street n’ont absolument aucune intention de permettre un minimum de multipolarité dans les relations internationales. Il ne reste que le chaos.

Il ne fait aucun doute que la réorientation de Moscou de l’Occident vers l’Asie de l’Est est un processus directement influencé par la soi-disant doctrine de politique étrangère « ne faites pas des trucs stupides » du président Barack Obama, une formule qu’il a trouvé à bord de l’avion présidentiel Air Force One en avril dernier lors de son retour d’un voyage en – devinez – Asie.

Mais la symbiose/partenariat stratégique entre la Russie et la Chine se développe à plusieurs niveaux.

En matière d’énergie, la Russie se tourne vers l’est parce que c’est là que la demande est la plus forte. Quant au financement, Moscou a mis fin à la parité du rouble avec le dollar américain et l’euro ; sans surprise, le dollar américain a immédiatement – même si brièvement – chuté contre le rouble. La banque russe VTB a annoncé qu’elle pourrait abandonner la bourse de Londres pour celle de Shanghai – qui est sur le point d’être directement connectée à Hong Kong. Et Hong Kong, quant à elle, attire déjà les géants énergétiques russes.

Mélangez à présent tous ces événements clés avec le double accord énergétique massif en yuans-roubles, et le tableau est clair ; La Russie se protège activement contre les attaques spéculatives & politiques des Occidentaux contre sa monnaie.

La symbiose/partenariat stratégique sino-russe se développe visiblement sur l’énergie, la finance et, inévitablement, dans le domaine de la technologie militaire. Ce qui inclut le point crucial de la vente par Moscou à Beijing du système de défense aérienne S-400 et, à l’avenir, du S-500 – contre lequel les Américains sont impuissants ; et cela alors que Pékin développe des missiles qui peuvent dégommer tout ce que l’US Navy est capable d’aligner.

Quoi qu’il en soit, à l’APEC, Xi et Obama ont au moins convenu d’établir un mécanisme de notification mutuelle sur les principales opérations militaires. Ce qui pourrait – et le mot clé est « pourrait » – éviter en Asie de l’Est une réplique des incessantes pleurnicheries de l’OTAN du genre « La Russie a envahi l’Ukraine ».

Tremblez, néo-conservateurs

Quand le petit Dubya Bush est arrivé au pouvoir au début de 2001, les néo-conservateurs étaient confrontés à une dure réalité : ce n’était qu’une question de temps avant que les Etats-Unis perdent de manière irréversible leur hégémonie géopolitique et économique mondiale. Il n’y avait donc que deux alternatives ; gérer le déclin, ou miser le tout pour le tout pour consolider l’hégémonie mondiale en recourant à – quoi d’autre – la guerre.

Nous connaissons tous le vœu pieux qui a accompagné la guerre « à moindre coût » contre l’Irak – de Paul Wolfowitz et son « Nous sommes la nouvelle OPEP » à l’illusion que Washington pouvait intimider de manière décisive tous les concurrents potentiels, l’UE, la Russie et la Chine.

Et nous savons tous de quelle manière spectaculaire tout a mal tourné. Et même si cette aventure de mille milliards de dollars, comme l’a analysé Minqi Li dans The Rise of China and the Demise of the Capitalist World (la montée de la Chine et la chute du monde capitaliste), « a dilapidé la marge de manœuvre stratégique de l’impérialisme US », les impérialistes humanitaires de l’administration Obama n’ont pas encore renoncé et refusent d’admettre que les États-Unis ont perdu toute capacité à fournir la moindre solution significative à l’actuel, comme dirait Immanuel Wallerstein, système-monde.

Il y a des signes sporadiques d’une vie géopolitique intelligente dans les milieux universitaires US, comme ici sur le site Web Wilson Center (même si la Russie et la Chine ne sont pas un « défi » à un prétendu « ordre » mondial : leur partenariat est en réalité orienté pour créer un peu d’ordre dans tout ce chaos.)

C’est pourtant un article comme celui-ci dans US News qui réussit à se faire passer pour une « analyse » académique dans les grand médias américains.

En plus de cela, les élites de Washington & Wall Street – par la myopie de leur Think Tanks – s’accrochent encore à des platitudes mythiques telles que le rôle « historique » des États-Unis en tant qu’arbitre de l’Asie moderne et garant incontournable de l’équilibre des pouvoirs.

Il n’est donc pas étonnant que l’opinion publique aux États-Unis – et en Europe occidentale – soit incapable ne serait-ce que d’imaginer l’impact fracassant qu’auront les Nouvelles Routes de la Soie sur la géopolitique en ce début du 21ème siècle.

Les élites de Washington & Wall Street – avec une arrogance digne de la guerre froide – ont toujours considéré comme acquis que Beijing et Moscou seraient irréconciliables. Désormais, c’est l’étonnement qui prévaut. Notez comment « le pivotement vers l’Asie » de l’administration Obama a été complètement effacé de la narration – après que Beijing l’ait reconnu pour ce qu’il était : une provocation belliqueuse. Le nouveau concept est « rééquilibrage ».

Quant aux entreprises allemandes, elles sont littéralement en train de péter les plombs de joie devant les Nouvelles Routes de la Soie reliant Beijing à Berlin – et, point crucial, via Moscou. Les politiciens allemands devront tôt ou tard comprendre le message.

Tout cela sera discuté à huis clos ce week-end lors des réunions clés en marge du G20 en Australie. L’alliance en cours entre la Russie, la Chine et l’Allemagne sera là. Les BRICS, avec ou sans crise, seront là. Tous les acteurs du G-20 qui travaillent activement à un monde multipolaire seront là.

L’APEC a une nouvelle fois démontré qu’en matière de géopolitique, plus ça change et moins c’est pareil ; tandis que les chiens de guerre, chantres de « l’exceptionnalisme », de l’inégalité et du diviser pour régner continuent d’aboyer, la caravane sino-russe pan-Eurasienne poursuit son chemin, toujours plus loin, et encore plus loin, sur la route (multipolaire).

18/11/2014
Pepe Escobar
Le Grand Soir

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Transformations silencieuses I


 

Les entreprises françaises rachetées par des chinois . Bilan des 10 dernières années
Entre 2003 et fin 2013, le nombre d’implantations chinoises en France a significativement augmenté, passant de 9 à 33 par an, selon le rapport de l’agence française pour les investissements internationaux (AFII). Le récent rachat de l’hôtel Marriott des Champs Elysée par le fonds d’investissements chinois Kuai Yuan Holdings pour une somme de 344.5 millions d’euros en est le dernier exemple.
Question Chine

La Chine se prépare à briser le blocus visant la Russie imposé par les États-Unis
La Chine deviendra, à la fin de cette année, la première économie du monde, menaçant le statut de leader militaire des Etats-Unis dans l’ouest du Pacifique. Les Etats-Unis ne maintiennent leur statut actuel que par parce qu’ils mettent tout en œuvre pour contenir la puissance économique chinoise en déployant des forces militaires considérables dans les Océans Indien et Pacifique.
[…]
Pour résumer, la Chine a des intérêts communs avec la Russie en Asie du sud-est, c’est à dire retirer les Etats-Unis de ce marché qui représente 60 % de la population mondiale. Sans la technologie militaire de pointe et la fourniture de pétrole et de gaz par la Russie, l’économie chinoise devrait stagner. Le récent plan d’investissement de la Chine en Europe de l’est fait également partie de la politique commune russo-chinois pour casser l’hégémonie américaine.
Mondialisation

Beijing, le crépuscule asiatique post Bretton Woods
Le vendredi 24 octobre, un groupe de 22 pays asiatiques s’est réuni à Beijing, pour signer un accord approuvant finalement la création de la Banque Asiatique d’Investissement pour l’Infrastructure (AIIB en anglais), un an après que le Président de la République Populaire de Chine, Xi Jiping, en a fait la proposition lors du Forum de Coopération Economique Asie-Pacifique (APEC), à Bali, en Indonésie.
[…]
Les principes directeurs d’AIIB seront « justice, équité, ouverture » dans une claire allusion à l’écrasante domination de Washington dans le gouvernement de l’Architecture Financière Internationale. 70 ans après la Conférence de Bretton Woods, le rôle des Etats-Unis comme gendarme du capitalisme mondial reste intact malgré son enlisement économique et le haut niveau de sa dette, aussi bien publique que privée. « On pourrait comparer cela à un match de basket où les Etats-Unis établiraient la durée du match, la taille du terrain, la hauteur du panier et tout adapteraient tout selon leurs besoins » condamna Wei Jianguo, ex ministre du Commerce Chinois.
[…]
Sachant que le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie et l’Australie n’ont pas souhaité appuyer la mise en route de l’AIIB à cause des pressions du Gouvernement de Barak Obama, le soutien majoritaire du continent asiatique a montré que les efforts faits par la Maison Blanche pour affaiblir l’intégration régionale sont extrêmement limités face à la diplomatie du yuan. De plus, la mise en place de nouvelles institutions défie clairement les piliers de Bretton Woods et accentue le processus de transition vers de nouvelles formes de gouvernement avec pour objectif la régionalisation financière. Peut-être qu’à un moment l’ère américaine s’écroulera brutalement face à l’éclat resplendissant du crépuscule asiatique centré sur l’ascension multipolaire de Beijing.
Le Grand Soir

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Créer un autre FMI



Qu’est-ce qui est écrit ? C’est écrit Danger !

Récemment, le problème du candidat au poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI) a suscité un vif débat au sein de l’opinion publique mondiale. L’Europe a rapidement proposé deux candidats à ce poste, alors que les pays du Brics ont déclaré le 24 mai qu’il faudrait rejeter le concept de nationalité dans l’élection du nouveau directeur général. La dispute est à son comble.

Cependant, selon une règle du FMI, le pays dont le droit de vote dépasse 15% peut opposer son veto à tout sujet de discussion. A l’heure actuelle, seul le droit de vote des Etats-Unis dépasse 15%, à 17,407%. Viennent ensuite les droits de vote du Japon et de la Chine, soit respectivement 6,464% et 6,394%. C’est pourquoi dans le FMI, seuls les Etats-Unis possèdent le droit de veto.

Ainsi, pour le FMI, ce droit de veto revêt la plus grande valeur. Bien que le poste de son directeur général soit aux mains des Européens, les Etats-Unis sont le « patron » réel de cet organisme. Certes, le directeur général du FMI possède un pouvoir important. Mais si important qu’il soit, il doit être exercé dans le cadre établi par les Etats-Unis. C’est le cas actuellement, d’autant plus que les Européens et les Américains sont les alliés. Si les nouvelles économies réussissent à gagner ce poste, à quoi pourra servir ce poste pour ces pays. Les nouveaux pays montants devraient réfléchir sur ce point.

Et encore, ce qui rend le FMI attirant, est qu’il peut fournir un soutien financier à ses pays membres. Depuis 2009, les fonds que possède le FMI ont augmenté, passant de 250 milliards de dollars à 900 milliards de dollars. Pour vous donner une idée concrète de ces 900 milliards de dollars, les réserves en devises de la Chine ont déjà dépassé 3 000 milliards de dollars, soit plus du triple. D’ailleurs, les fonds du FMI, qui ont subitement augmenté, ont un caractère de bulle, du fait qu’ils sont liés à la politique monétaire souple de la réserve fédérale américaine. Ainsi à l’heure actuelle, le rôle du FMI est très limité pour sauver l’Europe de la crise de la dette, bien qu’il soit aux mains des Européens. Quel résultat y aura-t-il pour les nouveaux pays montants, si un candidat venant de ces pays émergents est élu directeur général du FMI ?

J’estime que si les pays en développement n’arrivent pas à augmenter leur part dans le FMI, ils devront établir un FMI qui leur appartiendra, ceci pour obtenir la justice et la transparence en terme de doit de vote au sens propre du terme.

A l’heure actuelle, les conditions sont déjà réunies pour la création de cet organisme. Avant la crise financière, les fonds possédés par le FMI n’étaient pas très importants. A l’heure actuelle, les forces réelles des nouvelles économies ont dépassé de loin les fonds du FMI. Selon une étude du journal britannique « Financial Times », les prêts accordés par deux banques nationales de la Chine à des pays en développement ont déjà dépassé ceux de la Banque mondiale.

Sur ce problème, les pays en développement doivent avoir confiance en eux-même. Cette confiance ne doit pas provenir de leurs importantes réserves en dollars, mais de la monnaie de leur propre pays. Retenons qu’on ne doit pas dépendre du dollar que les émissions incessantes rendront toujours plus nombreux. En comptant sur leurs dollars, les Etats-Unis pourraient toujours obtenir un droit de veto, quelle que soit leur part dans le nouveau FMI et même s’ils n’y participent pas directement. C’est une raison importante pour laquelle le Japon, qui possédait d’énormes réserves en dollars à l’époque, était incapable de lancer un « système monétaire japonais et européen » avec les pays d’Europe occidentale. Aujourd’hui, la Chine et les autres pays montants ont toutes les conditions pour établir un « système monétaire des nouveaux pays montants ».

30/05/2011
ZHOU Shumu, chercheur adjoint du Centre d’échange économique international de Chine
Renmin Ribao

Lire aussi :
• Dossier FMI, Renmin Ribao.
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.

Rivalités pour la présidence du FMI



Qu’est-ce qui est écrit ? C’est écrit Danger !

La démission de Dominique Strauss Kahn accusé d’agression sexuelle a provoqué une course pour le poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Le 15 mai, l’Europe a proposé une candidate de son continent et le 24, le BRICS s’est prononcé en faveur d’un candidat venant d’une nouvelle économie. En 10 jours seulement, les principales économies du monde sont impliquées dans cette course.

Quelle est la cause de ce phénomène ? Le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale. D’une part, le rapport entre le montant global des économies américaine et européenne et celui des nouvelles économies a changé nettement et la part des nouvelles économies ne cesse d’augmenter. D’autre part, les voix pour une réforme de l’ordre financier international se font de plus en plus vives, que ce soit au Sommet de Londres ou au Sommet de Pittsburgh du G20 de 2009. Aujourd’hui, cette réforme est devenue un objectif non astreignant.

Cette réforme comprend la réforme de la monnaie de réserve et la monnaie de facturation dans le monde et encore la restructuration de la plate-forme de l’ordre financier international. Puisqu’en 2009, le FMI a été reconnu encore une fois en tant que superviseur de l’ordre financier international et le créditeur le plus important, avoir dans son équipe dirigeante un porte-parole venant d’un continent autre que l’Europe et l’Amérique du Nord parait très important. Si sa direction demeure toujours dans les mains des Européens ou des Américains, cela signifie que le consensus de vues obtenu au cours de la crise financière pour élire ses responsables de manière transparente et réformer l’ordre financier international sera abandonné.

Cependant, les faits montrent qu’on oublie les douleurs, alors que les cicatrices ne sont pas encore effacées. Les noms de Christine Lagarde, ministre française des Finances et de Manfred Weber, gouverneur de la Banque centrale d’Allemagne, ont été mentionnés plusieurs fois par l’Europe. Evidemment, cette façon d’agir vise à occuper une piste dans la course imminente vers le poste de directeur général du FMI. Dans ce contexte, les noms du Chinois Zhu Min, assistant au Directeur général du FMI, d’Arminio Fraga, ancien gouverneur de la Banque centrale du Brésil, et de Trevor Manuel, ancien ministre sud-africain des Finances, ont aussi commencé à surgir.

Le nom de Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque centrale de Chine, figure également sur la liste des candidats. Fin mars 2009, avant le Sommet de Londres du G20, M.Zhou a publié trois articles de suite sur la mise en doute de la sécurité du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale. Le 19 mai, M. Zhou a exposé sur le site Internet de sa banque ses vues sur le candidat au poste de directeur général du FMI. Ce qui reflète un point de vue commun des pays du BRICS selon lequel dans l’élection du directeur général du FMI, l’accent devra être mis sur la capacité, mais non sur la nationalité.

En tout cas, si le processus d’élection est encore verrouillé par les concertations entre Européens et Américains, l’injustice d’un tel processus portera atteinte à l’autorité du FMI. Si le directeur général est élu selon un processus transparent, l’impact produit par l’affaire DSK pourra être diminué au maximum.

27/05/2011
Renmin Ribao

Lire aussi :
• 21/05/2011, Derrière la lutte acerbe pour choisir le nouveau chef du FMI, WSWS.
• 27/05/2011, FMI – Pour les peuples victimes de l’impérialisme : Une succession sans enjeu, Lutte Ouvrière.
• 28/05/2011, M. K. BHADRAKUMAR, Nouveau DG au FMI : la Chine est stoïque, l’Inde méfiante et la Russie acrobatique, Questions Critiques.
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.

Guerre contre le dollar


Certains croyaient qu’il existait un accord implicite entre les États-Unis et la Chine : les premiers acceptaient la sous-évaluation massive du yuan, mais obtenaient en échange de la seconde un financement indéfectible de la dette publique américaine, et la reconnaissance du dollar comme seule vraie monnaie de réserve. On l’a même appelé « l’accord Bretton Woods 2 ». Or depuis juillet 2008, et jusqu’à la visite du président brésilien Lula à Pékin, hier, tout indique que cet accord, s’il a jamais existé, n’existe plus.

Dès juillet dernier, on vit ses premières fissures. Les dirigeants chinois interrompent, unilatéralement et sans avertissement préalable, le processus de réévaluation très graduel du yuan contre dollar qu’ils avaient accepté sous la pression du Congrès américain (de 8,28 yuans pour 1 dollar en juillet 2005 à 6,85). Quand le cours équilibrant se situe sans doute à 2 yuans pour 1 dollar, on mesure la provocation que cette interruption soudaine signifiait pour les dirigeants américains.

Au même moment, l’organisme qui gère les réserves de change de l’Etat chinois décide de sortir des obligations Agencies (Freddie Mac et Fannie Mae) pour se concentrer sur les seules obligations du Trésor américain. Ils accentuent ainsi la crise des Agencies, et contraignent monsieur Paulson à les nationaliser le 7 septembre pour un coût de 200 milliards de dollars. Un stress qui conduira les dirigeants américains à lâcher Lehman Brothers huit jours plus tard. La Chine ne jouant plus le jeu, la panique s’était emparée de l’administration américaine.

L’arrivée d’Obama à la présidence des États-Unis ne ramènera pas la Chine à plus de coopération. En janvier 2009, sans doute pour décourager la nouvelle administration d’exiger une réévaluation du yuan, la Chine interrompt ses achats d’obligations du Trésor à plus de deux ans ; elle ne les reprendra qu’en mars, et pour un montant limité, après que Tim Geithner, nouveau secrétaire au Trésor, a dissuadé publiquement ses partenaires du G7 de réclamer l’inscription du yuan à l’agenda du G20 suivant.

En clair, la Chine entend bien continuer à capitaliser sur son commerce extérieur l’avantage que lui donne la sous-évaluation massive du yuan. Pour autant, elle n’entend plus financer le déficit public américain, ni soutenir le dollar comme monnaie de réserve. En mars, le numéro deux chinois, Wen Jiabao, et le gouverneur de la banque centrale, M. Zhou, dénigraient la capacité du dollar à se maintenir comme monnaie de réserve et pointaient la nécessité de son remplacement à terme par une monnaie non nationale : un nouveau DTS.

Au même moment, la Russie annonçait vouloir remplacer le dollar par une monnaie non nationale avec l’aval des autres pays du BRIC (Brésil, Inde et Chine) ainsi que de la Corée du Sud et de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, la Chine et le Brésil, qui ont des réserves de change considérables, ont refusé de s’inscrire comme les pays du G7 dans les accords d’emprunt en dollar du FMI, accords qui visent à protéger de la crise mondiale les pays émergents en difficulté (Mexique, Turquie, Pologne, etc.). S’ils ont consenti le 23 mars à financer le FMI, c’est à la condition expresse que, pour la première fois de son histoire, il se finance par émission d’obligations, et ce libellées en DTS et non en dollar.

Dans le même esprit, la Chine révélait, le 27 avril, que ses réserves d’or s’élevaient, non pas à 400 tonnes d’or comme affirmé depuis 2003, mais en réalité à 1.000 tonnes. Tout est bon pour déconsidérer le dollar et convaincre les pays tiers (les pays du Golfe en particulier) de le répudier comme monnaie de réserve et comme monnaie de règlement. Enfin, dernier coup porté au billet vert, le 18 mai, le Brésil et la Chine, à l’occasion d’un voyage du président Lula à Pékin, annoncaient qu’ils n’utiliseraient plus le dollar comme moyen de règlement dans leurs échanges bilatéraux.

Dans ces grandes manœuvres visant à mettre en cause le privilège du dollar tout en conservant pour elle une monnaie sous-évaluée, la Chine joue donc un rôle central. Une évolution hautement géopolitique. Comme l’a rappelé Adam Poser, du Peterson Institute, « le gouvernement américain a toutes les raisons de croire que le dollar doit rester la devise de référence du commerce international.

C’est une question géopolitique autant que monétaire. Il offre la meilleure sécurité possible aux États-Unis dans l’économie mondiale ». Les Chinois comme les Russes semblent ne pas avoir oublié que c’est en finançant la guerre des étoiles par le dollar, monnaie de réserve, que les États-Unis de Reagan avaient défait l’URSS de Brejnev.

19/05/2009
Antoine Brunet
La Tribune

L’alliance russo-israélienne


En mars, je posais la question «Quel média dominant a évoqué que « l’armée russe se dotera de drones israéliens » ? A ma connaissance aucun, sinon l’agence russe RIA Novosti» [1]. Aujourd’hui, je découvre (via un blog [2]) que l’Express avait relayé cette information, publiée par l’AFP via RIA Novosti le 07/10/2008 [3]. Donc acte.

Il demeure que l’achat de drones israéliens par la Russie reste peu commenté [4]. L’alliance russo-israélienne est pourtant un retournement stratégique. Elle se réalise sur le dos Palestiniens (qui s’en soucie ?) et contre l’Iran, qui est devenu fréquentable par les USA… pour vaincre en Afghanistan [5] et isoler la Chine (pour combien de temps ?).

15/04/2009
Serge LEFORT


[1] Mensonges médiatiques, Monde en Question.
[2] Le jeu israélo-russe, Nomades express.
[3] Ehud Olmert à Moscou : le retour de la géopolitique, l’Express.
[4] Lire :
• La Russie va acheter des drones israéliens, AFP-Yahoo! Actualités.
• La Russie acquiert des drones israéliens pour la première fois, Reuters-Yahoo! Actualités.
• Articles Défense, RIA Novosti.
[5] Lire :
• Tous comptes faits, l’Iran est de plus en plus sympa, Dedefensa.
• Moscou, le BMDE et la “fenêtre d’opportunité” d’Obama, Dedefensa.
• Considérations sur un compromis à propos du BMDE et de l’Iran, Dedefensa.
• Obama, Netanyahou et “AfPak”/ peut-être des surprises…, Dedefensa.
• L’Iran : “Yes, we can (change)”?, Dedefensa.
• La politique iranienne de BHO et le sort de Dennis Ross, Dedefensa.
• Vers l’affrontement Obama-Netanyahou?, Dedefensa.

 

Inde-Russie-États-Unis-Chine-Pakistan


Après l’attentat au Pakistan qui a fait au moins 22 morts et plus de 70 blessés et serait attribué à des groupes afghans [1], un tir de missile américain dans la même région a fait trois morts [AP – Yahoo! Actualités]

La Chine joue la carte du dialogue entre l’Inde et le Pakistan :

La Chine a appelé jeudi à plus de dialogue et de coopération entre l’Inde et le Pakistan dans le but de sauvegarder ensemble la paix et la stabilité en Asie.
Le porte-parole du ministère des A.E. Liu Jianchao a fait cette remarque en réponse à une question concernant l’attaque terroriste la semaine dernière à Bombay, le centre financier de l’Inde.
Xinhua – Le Quotidien du peuple.

La Russie privilégie le langage de la lutte antiterroriste :

« L’Inde et la Russie comprennent qu’elles doivent conjuguer leurs efforts pour combattre le terrorisme. Et les membres de la communauté internationale doivent aussi agir de concert pour vaincre le terrorisme. C’est très important », a pour sa part déclaré la présidente Patil.
RIA Novosti.

Mais, derrière le langage diplomatique, la Chine et la Russie n’oublient pas leurs intérêts économiques et militaires :

Les forces militaires chinoises et indiennes feront un entraînement militaire anti-terrorisme conjoint du 6 au 14 décembre en Inde, a annoncé jeudi le ministère chinois de la Défense.
Xinhua – Le Quotidien du peuple.

Le président russe Dmitri Medvedev et le premier ministre indien Manmohan Singh ont passé vendredi en revue, en présence des délégations des deux pays, la coopération économique, en matière d’armements et l’exploration de l’Espace.
RIA Novosti.

L’agence russe d’exportation d’armements Rosoboronexport projette de signer vendredi un contrat prévoyant la livraison à l’Inde de 80 hélicoptères de transport militaire Mi-27, a annoncé aux journalistes le directeur de Rosoboronexport, Anatoli Issaïkine.
RIA Novosti.

D’autres alliances se nouent :

Le président afghan Hamid Karzaï, le Pakistanais Asif Ali Zardari et leur homologue turc Abdullah Gül se sont engagés à lutter ensemble contre le terrorisme lors d’un sommet tripartite organisé vendredi à Istanbul. Cette réunion était la deuxième du genre, sur le sol turc mais celle-ci semble avoir porté plus de fruits.
RFI.

La police indienne a découvert des explosifs dans un hôpital de Nagpur :

Nagpur, dans l’Etat de Maharashtra, est le siège d’un groupe nationaliste hindou, le Rashtrya Swayamsevak Sangh.
Reuters – Yahoo! Actualités.

Elle a aussi arrêtés deux hommes « soupçonnés d’avoir fourni des cartes SIM (de téléphones portables) aux terroristes des attaques de Bombay ».

Selon la police, les deux suspects se nomment « Tousif Rahaman et Sheikh Muktar ». Ce dernier serait originaire du Cachemire, région dont la partie indienne est en proie à une insurrection séparatiste islamiste contre la souveraineté de New Delhi.
AFP – Yahoo! Actualités.

Commentaires : Dire « insurrection séparatiste islamiste » relève de la propagande. La division du Cachemire est l’héritage de la politique coloniale des britanniques. Le Cachemire est en fait divisée en trois zones :
• à l’ouest et au nord, la zone revendiquée par le Pakistan depuis 1947 ;
• au sud, celle revendiquée par l’Inde depuis 1947 ;
• à l’est, celle conquise par la Chine en 1962 et, au nord, celle cédée par le Pakistan à la Chine en 1963.

Pour pimenter le scénario de cette telenovela :

Un policier, dans le Cachemire indien, a affirmé que l’homme, Mukhtar Ahmed, faisait partie d’un réseau de contre-espionnage semi-officiel dont les membres sont souvent d’anciens militants cachemiris.
AP – Yahoo! Actualités.

La Jornada (quotidien mexicain) a traduit l’article de Tariq Ali « L’assaut sur Mumbai« .


[1] La responsabilité de l’attaque n’a pas été revendiquée mais le chef des autorités provinciales, Haider Khan Hoti, a déclaré que des « forces extérieures » pourraient être derrière cet acte terroriste, un commentaire qui au Pakistan désigne l’Inde.
AP – Yahoo! Actualités.

 

Le grand jeu asiatique


Afghanistan-Pakistan, le « juste champ de bataille » (B. Obama)

La bataille de Mumbai, quelle que soit la régie des attaques, prend place dans une dispute de grande ampleur conduite avec des outils politiques, économiques et militaires par plusieurs protagonistes : non seulement l’Inde et le Pakistan, mais les États-Unis, la Russie et la Chine. L’Asie centrale est le principal terrain de confrontation, aire d’énorme importance de par sa position géostratégique et pour le contrôle du pétrole de la Caspienne et des « corridors énergétiques ».

L’épicentre en est l’Afghanistan. C’est là que s’embourba pendant dix ans l’armée soviétique, alors que la CIA entraînait au Pakistan, par l’intermédiaire de l’ISI, plus de 100 mille moudjahidin pour la guerre en Afghanistan. Parmi eux se distingua Ossama Ben Laden, le riche saoudien qui apporta de gros financements et des milliers de combattants. Toujours au Pakistan fut entraînée et armée, avec le consensus de Washington, la milice taliban qui en 1996 conquit le pouvoir en Afghanistan. C’est là, en 2001, qu’arrivèrent les troupes étasuniennes, officiellement pour combattre les talibans et faire la chasse à Ben Laden. L’objectif stratégique est en réalité d’occuper un positon clé dans le nouveau scénario créé en Asie par la désagrégation de l’URSS et par l’émergence des puissances chinoise et indienne. « La possibilité existe qu’émerge dans la région un rival militaire avec une formidable base de ressources », prévenait un document publié par le Pentagone une semaine avant l’invasion de l’Afghanistan. Cet objectif stratégique a été confirmé par le président élu Barack Obama qui a annoncé vouloir « sortir d’Irak » et « passer au juste champ de bataille en Afghanistan et au Pakistan ». Le Pakistan est ainsi lui aussi considéré comme champ de bataille ; un Pakistan qui est considéré à Washington comme un allié pas très fiable, dont les services secrets ont été suspectés d’avoir des liens avec les talibans. Quand, en janvier 2008, les USA ont demandé au président Musharraf de leur laisser les mains libres dans les zones de frontière avec l’Afghanistan, ils reçurent une fin de non recevoir. Et, à cause de la forte opposition intérieure, le président actuel Zardari semble aussi être réticent.

Ce qui rend la situation plus complexe encore est le choix de Washington de privilégier ses relations avec l’Inde, pour empêcher son rapprochement avec la Russie et la Chine. C’est dans ce cadre qu’entre l’accord, ratifié le 2 octobre par le Sénat, par lequel les États-Unis « légalisent » le nucléaire de l’Inde, qui n’a jamais adhéré au Traité de Non Prolifération, en lui permettant de garder huit réacteurs nucléaires militaires hors de tout contrôle international et en lui fournissant des technologies à double usage, civil et nucléaire. Ceci pousse le Pakistan, qui n’a jamais adhéré au TNP, à accélérer ses programmes nucléaires militaires. Avec comme résultat le fait que les deux pays alignent déjà au total environ 110 ogives nucléaires et sont en mesure d’en fabriquer beaucoup plus.

Sur ce terrain, en concurrence avec les USA, la Russie et la Chine entrent en jeu. En septembre a été confirmé que la Russie fournira à l’Inde un porte-avions avec 16 Mig-29 ; en même temps, la joint-venture russo-indienne BrahMos Aerospace a annoncé qu’elle augmentera sa production de missiles de croisière supersoniques lancés par avions, pouvant être armés de têtes aussi bien conventionnelles que nucléaires. La Chine est par contre en train d’établir des relations particulièrement étroites avec le Pakistan. Le 18 octobre on a annoncé que le président Zardari, en visite à Pékin, a signé 12 accords, dont un engageant la Chine à construire deux autres réacteurs nucléaires au Pakistan. La Chine fournit en outre au Pakistan des avions de chasse JF-17 dotés de moteurs russes, dont la livraison a été autorisée par Moscou.

Dans la « guerre des oléoducs », l’Iran entre aussi en jeu, avec le projet d’un gazoduc qui, à travers le Pakistan, devrait amener en Inde le gaz iranien. Sous la pression étasunienne, l’Inde n’a jusqu’à présent pas adhéré à l’accord. L’Iran s’est cependant déclaré disponible, le 11 octobre, pour construire le gazoduc (coût : 7,5 milliards de dollars) jusqu’au Pakistan, en attendant l’adhésion de l’Inde. Plus difficile encore aujourd’hui, après les attaques à Mumbai.

03/12/2008
Manlio DINUCCI
Il manfesto
Version intégrale traduite par Marie-Ange Patrizio, Le Grand Soir.

La fin de l’Empire américain (2)


Les médias ont peu parlé du rapport « Global Trends 2025 – a Transformed World » publié par le National Intelligence Council (PDF).

La revue de presse de Google Actualités est pauvre. La presse chinoise est muette. L’agence russe RIA Novosti a, par contre, publié une analyse d’Andreï Fediachine :

Tout ce qui est le plus alarmant dans ce rapport est consacré à l’Amérique.
[…]
Pour la Russie, les experts ont trouvé non pas une bonne prévision, mais carrément plusieurs. Si l’on met de côté la « diminution » de notre population, annoncée par le Conseil pour 2025, qui passera des 141 millions d’habitants actuels à 130 millions (ce que nous savons déjà, sans lui), les Russes continueront d’être aidés par leur gaz et leur pétrole, et même par le réchauffement global attendu. Selon les experts, l’Union européenne ne sera pas parvenue, en 2025, à diversifier ses fournisseurs de ressources énergétiques et conservera sa dépendance vis-à-vis des importations, et donc vis-à-vis des livraisons de gaz naturel russe. L’augmentation de la consommation européenne est prévue à hauteur de 60%. En 2025, 57% de l’ensemble des réserves mondiales de gaz seront concentrées en Russie, en Irak et au Qatar. De nombreux producteurs actuels de pétrole auront perdu leurs positions, et près de 40% du pétrole produit sera concentré entre les mains de 6 États. Ceux-ci sont cités dans l’ordre suivant : Russie, Arabie saoudite, Iran, Koweït, Emirats arabes unis, Irak. Si l’on prend en compte la totalité des réserves de gaz et de pétrole, il y aura en 2025 deux grandes Puissances énergétiques mondiales : la Russie et l’Iran.

[…]

Si l’on en croit le rapport, les États-Unis vont continuer de perdre leur poids et leur influence jusqu’à la fin du premier quart du XXIe siècle, tout en demeurant une grande puissance ; mais ils perdront leur influence dominante et ne seront qu’un « égal parmi leurs pairs ». Il en sera de même du dollar. La niche d’influence libérée par l’Amérique sera comblée par le Brésil, l’Inde, la Chine et, comme le dit le rapport, la « Péninsule coréenne » (les deux Corées étant, visiblement, alors réunies). Une certaine « forme d’union » est même pronostiquée pour ces trois dernières. Le monde sera multipolaire, les modèles occidentaux du libéralisme économique, de la démocratie perdront leur force d’attraction (c’est ce qui se produit déjà). L’Union européenne aura cédé elle aussi de son influence et sera devenue un « géant creux ».

[…]

Ces rapports ne sont pas des prévisions ou des pronostics précis, mais plutôt un rappel aux administrations américaines de ce qui pourrait arriver si elles ne pratiquent pas telle ou telle politique. C’est à la fois une base de réflexion et un instrument pour faire avancer cette réflexion dans une direction donnée.

Pour savoir si un avenir aussi effroyable nous attend véritablement, et dans quelle mesure le NIC est objectif dans ses évaluations, il n’est pas mauvais de rappeler ce qu’il est véritablement. Le Conseil national du renseignement est le principal « brain trust » auprès du directeur de la CIA, Michael McConnell, lequel a en charge l’analyse stratégique à moyen et long termes. C’est de lui que dépend directement le patron actuel de cette « agence Nostradamus », Thomas Fingar. Le Conseil « ravitaille » toute la direction américaine, et sa principale marchandise, ce sont les Evaluations du renseignement national (National Intelligence Estimates), dont une grande partie, naturellement, est tenue secrète, mais dont des « extraits » sont toujours distillés à la presse. Le Conseil, comme aiment à le dire ses collaborateurs, a pour vocation d' »analyser l’horizon ». Cela le conduit parfois à s’aventurer bien au-delà de la ligne d’horizon fictive, pour des raisons purement politiques. Le NIC, comme cela se produit fréquemment avec n’importe quelle organisation de renseignement créée auprès des administrations, et pour elles, « se démarque d’avec la ligne politique » de manière modérée. Ce n’est absolument pas une particularité endémique propre à l’Amérique : c’est la caractéristique génétique de quasiment toutes les formations de ce type. De celles-là même qui, « ayant mûri » (or, le NIC a été créé en 1979), ont bien compris avec le temps que ce que l’on attend d’elles, ce ne sont pas des prophéties à la Nostradamus, mais « ce qu’on a besoin d’entendre ».

Le NIC doit effectuer de ce point de vue une tâche peu enviable. Il doit, en principe, coordonner et « unifier » l’analyse de tous les centres de renseignement américains – la CIA, la Direction du renseignement du département de la Défense (le GRU russe), le renseignement politique du Département d’État, les renseignements de l’Armée, de l’Aviation, de la Marine, du Service des frontières, du ministère des Finances, du ministère de l’Energie et, pour finir, le FBI (qui s’occupe du contre-espionnage). Et c’est en cela que réside le principal « hic ». Toutes les administrations tirent, naturellement, la couverture à elles, s’efforçant de pousser le président, les ministères, le Congrès vers les mesures ou les lois dont elles ont besoin. C’est la raison pour laquelle des discussions très chaudes surgissent toujours autour de l’élaboration du principal « produit » du NIC, ce que l’on appelle les Evaluations du renseignement national, et autour également des analyses de renseignement thématiques. Il s’agit de documents analytiques ciblés sur n’importe quels thèmes, allant par exemple de l’arme nucléaire, la Russie, ou Israël, à l’évaluation des conséquences possibles d’une mauvaise récolte de riz en Asie. Il peut y avoir plusieurs de ces évaluations par an. Les patrons de ces administrations sont plongés dans la plus grande effervescence s’ils viennent à apprendre que leurs évaluations, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas été retenues dans la variante finale des « Evaluations ». Il en va à peu près de même pour ces fameuses « Tendances globales ».

États-Unis : le renseignement d’accord pour enterrer l’avenir, RIA Novosti.

Commentaires : Encore une fois, RIA Novosti se révèle plus pertinent que les médias dominants français, qui se contentent de copier-coller un communiqué de presse ou une dépêche d’agence.