Chine en Question

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Archives de Tag: Péril jaune

Chine, à la conquête de l’Ouest


 

Réalisateur : Laurent Bouit
Durée : 0h55
Année : 2016
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé : Comment la nouvelle route de la soie (encore en chantier) risque de bouleverser les relations entre la Chine, l’Asie centrale, la Russie et l’Europe.
Fiche : EntelekheiaLe MondeLibérationTélérama
Avis de Ciné Monde : En tout juste 10 ans, la Chine a construit 80 000 km d’autoroutes [13’40].
Par comparaison, le premier plan directeur routier français prévoyait, en 1960, le tracé de 1 933 km d’autoroutes à réaliser en 15 ans !

Les Chinois ont une vraie vision stratégique. […] De toute évidence, il est plus facile d’avoir des stratégies à long terme avec un pouvoir autoritaire stable [27’50].
Ce lien entre pouvoir autoritaire et stratégies à long terme est un lieu commun des médias dominants qu’on peut entendre comme un éloge non avoué.

Les journalistes reprennent la racisme de Charlie Hebdo et de Fluide Glacial : Comme souvent la démographie chinoise fait peur. Et l’angoisse du péril jaune n’est jamais très loin [39’50].

Les pleurnicheries des journalistes sur le fait que la nouvelle route de la soie profite plus aux grandes qu’au petites villes fait sourire car le développement des autoroutes (à partir de 1961) et du TGV (à partir de 1981) en France a suivi exactement la même logique sans qu’ils s’en émeuvent beaucoup.

Les journalistes ont une définition bizarre de l’impérialisme : Quel sera demain le poids de cet Europe face au nouvel ensemble que façonne la Chine tout le long de sa nouvelle route de la soie, face à ce nouvel impérialisme, basé sur l’extension économique, un impérialisme soft qui redessine la carte entre Europe et Asie [52’52] ?
Partage proposé par : Arte – YouTube Streaming FR

Lire aussi :
Pepe ESCOBAR, Xi’s road map to the Chinese Dream, Asia Times, 21/10/2017 – La feuille de route de Xi pour le grand Rêve chinois, Entelekheia, 26/10/2017.
Commentaire : Le gouvernement chinois a un programme de développement de la Chine pour les 33 ans à venir. Quel est le programme de développement du gouvernement des États-Unis ou des pays européens pour les 3 ans à venir ?
Charlie et « l’invasion des produits chinois », Chine en Question.
Fluide Glacial et le « péril jaune », Chine en Question.
L’im-Monde dénonce les grèves… en France, Monde en Question.
L’im-Monde prône la lutte des classes… en Chine, Chine en Question.
LÉNINE, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916 [Texte en ligne].
Eric X. LI, L’histoire de deux systèmes politiques, YouTube.
C’est une croyance habituelle en Occident : quand une société progresse, elle devient forcement une démocratie multipartite et capitaliste. Eric X. Li, investisseur et politologue chinois, nous invite à considérer qu’il n’existe pas qu’un seul système pour diriger une nation moderne prospère.

La Chine est une économie de marché, c’est une économie de marché mais ce n’est pas un pays capitaliste. Voilà pourquoi : Il est impossible qu’un groupe de milliardaires contrôle le Bureau politique de la manière dont des milliardaires contrôlent la politique aux USA. […] Aux États-Unis, le capital, les intérêts du capital et le capital lui-même se placent à la tête de la nation. L’autorité politique ne contrôle plus le pouvoir du capital. C’est pour ça que les USA sont un pays capitaliste. Et pas la Chine.
in The Coming War on China – La menace d’une guerre contre la Chine [53’43-59’22]

Dossier Cinéma France, Monde en Question.
Index Cinéma (Tous les dossiers), Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

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De l’Europe à l’Asie, que veut la Chine ?


 

Il y a quelques années, la question aurait semblé incongrue. Aujourd’hui l’hypothèse n’est plus à exclure tant les tensions sont fortes en Asie Pacifique. Les commentateurs en attribuent la responsabilité à la seule Chine prête à dévorer ses voisins – version moderne et asiatique du « péril jaune » !

Martine BULARD, Université Populaire de Toulouse

Le titre de cette conférence d’une journaliste du Monde diplomatique reprend le titre d’un ouvrage d’un journaliste du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Fluide Glacial et le « péril jaune »


 

La couverture du dernier numéro de Fluide Glacial affiche cette caricature ouvertement raciste avec la légende : « Péril jaune, et si c’était déjà trop tard ? » Elle remplace celle initialement prévue contre les musulmans : « Couscous Jambon ».

Que le racisme anti-musulman ou anti-chinois fasse rire révèle la lepénisation des médias dominants qui, désignant les boucs émissaires d’une crise qui ronge la société française, provoque un repli nationaliste et un intégrisme catho-laïque aussi dangereux que celui des année 30 en Allemagne.

Charlie Hebdo et Fluide Glacial sont des torchons racistes et les pires ennemis de la liberté d’expression qu’ils prétendent défendre car ils l’utilisent pour faire la propagande du choc des civilisations.

21/01/2015
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

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Choc des civilisations, Monde en Question.
Articles sur le « péril jaune », Chine en Question.
Bibliographie sur le « péril jaune », Chine en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
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Construction de la propagande anti-chinoise


 

Sous le titre « La Chine fait peur. Pourquoi et comment faire avec ? » Capital.fr reprend en partie un article publié par Harvard Business Review France.

Le chapeau contient les deux mots-clés de la propagande occidentale contre la Chine, « l’Empire du milieu« , forgé par l’armée coloniale au milieu du XIXe siècle, et « le péril jaune », construit par les médias au début du XXe siècle.

La suite est un tissu d’âneries dignes d’un « expert en analyse de la culture d’entreprises » qui s’appuie sur un sondage selon lequel 68% des Français auraient une mauvaise opinion de la Chine. Naturellement, il ne précise pas la nature de la ou des questions posées ni la méthodologie de ce sondage qu’il présente comme une réalité alors qu’il n’est qu’une construction médiatique.

23/05/2014
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

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Dossier documentaire Propagande, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Racisme médiatique… ordinaire


La propagande anti-chinoise est le lieu commun des médias dominants. Dans le média qui se présente comme la référence, le racisme prolifère dans toutes les rubriques y compris celle consacrée à la mode.

Ainsi la journaleuse de service titre que le goût des autres serait un danger aussi grave que le supposé « péril jaune »… Sans commentaire.

20/12/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

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Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

La Chine vue par Jack LONDON


 

Jack London est devenu un écrivain incontournable depuis que ses œuvres sont tombés dans le domaine public. Ses récits d’aventure, L’appel de la forêt et Croc-Blanc sont les best-sellers des éditeurs de la littérature de jeunesse. Ses récits politiques, moins lus aujourd’hui, restent auréolés d’une réputation révolutionnaire notamment Le talon de fer, mais ses écrits de propagande anti-chinoise sont ignorés ou méconnus.

Trotski considérait « Le Talon de fer » (1908) comme le seul roman politique réussi de la littérature. Un roman d’anticipation politique, pour être précis : qui prévoyait une guerre mondiale mettant aux prises l’Allemagne et les États-Unis, une révolution d’Octobre (mais à Chicago)… et l’avènement d’une dictature d’un genre nouveau (disons fasciste)… pour les trois siècles à venir !C’est le grand roman « politique » de London. Un genre qui ferait bâiller d’ennui – ou de commisération (l’utopie presque toujours étant prétexte au pénible étalage des fadaises que l’on sait) – si London ne s’y lançait avec le culot qu’on lui connaît. Son pari : imaginer une politique-fiction qui anticipe à peine sur la réalité historique. Le livre paraît en 1908 (l’heure de sa plus grande gloire) et évoque – pour tout à l’heure – une menace de guerre entre les États-Unis et l’Allemagne, alors les deux puissances montantes du capitalisme conquérant… Guerre qui ne sera stoppée (en 1912 !) que par la grève générale des travailleurs des deux pays. La Commune est proclamée à Chicago le 27 octobre 1917 (ah ! ce pressentiment des dates !), mais cette révolution d’Octobre devra elle-même céder devant l’avènement d’une moderne dictature… dont il nous est dit qu’elle perdurera pendant trois siècles ! Ce chant de révolte soulevé par un âcre pessimisme (c’est sa force) est à la fois un brûlot lancé contre les tiédeurs du socialisme « réformiste », un appel au soulèvement armé – et l’anticipation de tous les fascismes, de tous les totalitarismes à venir. Lisant en 1937 ce classique de la pensée insurrectionnelle, Trotski devait faire justice du « défaitisme » dont on a parfois accusé London (son pessimisme – un mot que conteste au reste Trotski – n’était que lucide : une vertu qui ne se pardonne pas) : « Dès 1907, London avait prévu le régime fasciste comme l’inévitable résultat de la défaite de la révolution prolétarienne. Nous ne pouvons que nous incliner devant la puissante intuition de l’artiste révolutionnaire. »
Mot de l’éditeur (Phebus), FNAC
Jack LONDON, Le talon de fer, 1908, [Télécharger pdf – Lettre de Léon Trotsky et préface d’Anatole France, Matière et Révolution].

Mais Jack London a aussi écrit des textes qui alimentent la propagande anti-chinoise, en vogue depuis plus d’un siècle de l’extrême droite à l’extrême gauche.
En 1904, il publie Le péril jaune – thème récurrent depuis la fin du XIXe siècle :

The menace to the Western world lies, not in the little brown man [Japonais], but in the four hundred millions of yellow men [Chinois] should the little brown man undertake their management. The Chinese is not dead to new ideas; he is an efficient worker; makes a good soldier, and is wealthy in the essential materials of a machine age. Under a capable management he will go far. The Japanese is prepared and fit to undertake this management. Not only has he proved himself an apt imitator of Western material progress, a sturdy worker, and a capable organizer, but he is far more fit to manage the Chinese than are we. The baffling enigma of the Chinese character is no baffling enigma to him. He understands as we could never school ourselves nor hope to understand. Their mental processes are largely the same. He thinks with the same thought-symbols as does the Chinese, and he thinks in the same peculiar grooves. He goes on where we are balked by the obstacles of incomprehension. He takes the turning which we cannot perceive, twists around the obstacle, and, presto! is out of sight in the ramifications of the Chinese mind where we cannot follow.

We have had Africa for the Afrikander, and at no distant day we shall hear « Asia for the Asiatic! » Four hundred million indefatigable workers (deft, intelligent, and unafraid to die), aroused and rejuvenescent, managed and guided by forty-five million additional human beings who are splendid fighting animals, scientific and modern, constitute that menace to the Western world which has been well named the « Yellow Peril. » The possibility of race adventure has not passed away. We are in the midst of our own. The Slav is just girding himself up to begin. Why may not the yellow and the brown start out on an adventure as tremendous as our own and more strikingly unique?

Back of our own great race adventure, back of our robberies by sea and land, our lusts and violences and all the evil things we have done, there is a certain integrity, a sternness of conscience, a melancholy responsibility of life, a sympathy and comradeship and warm human feel, which is ours, indubitably ours, and which we cannot teach to the Oriental as we would teach logarithms or the trajectory of projectiles. That we have groped for the way of right conduct and agonized over the soul betokens our spiritual endowment. Though we have strayed often and far from righteousness, the voices of the seers have always been raised, and we have harked back to the bidding of conscience. The colossal fact of our history is that we have made the religion of Jesus Christ our religion. No matter how dark in error and deed, ours has been a history of spiritual struggle and endeavour. We are pre-eminently a religious race, which is another way of saying that we are a right-seeking race.
Jack LONDON, The Yellow Peril, 1904, Internet Archive.

En 1910, il publie Une invasion sans précédent, nouvelle qui, reprenant les argument du texte précédent, vante la solution finale : éradiquer les Chinois de la surface de la terre grâce à l’arme bactériologique.
On remarque au passage que la traduction française introduit l’expression Empire du Milieu qui ne figure pas dans le texte original :

And so Japan took upon herself the management of China. In the years immediately following the war with Russia, her agents swarmed over the Chinese Empire.
C’est ainsi que le Japon prit la direction de la Chine. Dans les années qui suivirent la guerre avec la Russie, ses agents envahirent l’empire du Milieu.

Selon I.F. Clarke, le thème du « péril jaune » semble être apparu dans la fiction avec la publication, en 1881, de Three Hundred Years Hence, de l’Américain W.H. Day (Notice de Bernard CAZES). En France, il est apparu avec la publication, en 1897, de Le péril jaune, du sociologue russe d’expression française Jacques Novicow (Bibliographie de Serge LEFORT).
Alors que dans L’invasion jaune, publié en 1905, le Capitaine Danrit prophétisait la défaite des Européens, Jack London inverse le propos en proclamant la victoire de l’Occident qui repousse scientifiquement et radicalement cette « invasion » :

Durant l’été et l’automne 1976, la Chine fut un enfer. Il était impossible d’éviter les microscopiques projectiles qui s’infiltraient dans les moindres recoins. Les centaines de millions de morts ne furent pas enterrés, les germes se multiplièrent et, à la fin, des millions de survivants moururent chaque jour de la famine. En outre, celle-ci affaiblissait les victimes, détruisant leurs défenses naturelles contre les fléaux. Le cannibalisme, le meurtre et la folie régnèrent. Ainsi périt la Chine.

C’est seulement au mois de février suivant, à la période la plus froide, que les premières expéditions furent lancées. Elles étaient modestes, composées de scientifiques et de quelques corps de troupes ; mais elles pénétrèrent en Chine de tous côtés. En dépit des précautions prises contre l’infection, de nombreux soldats et quelques médecins furent touchés. Mais l’exploration se poursuivit courageusement. Ils trouvèrent une Chine dévastée, transformée en une étendue en friche où erraient des meutes de chiens sauvages et des brigands désespérés qui avaient survécu. Tous les survivants furent mis à mort, où qu’ils se trouvent.

Alors commença la grande œuvre : le nettoyage de la Chine. Cinq années et des centaines de millions y furent engloutis, après quoi le monde vint s’installer, non dans des zones réparties d’avance, comme l’avait préconisé le baron Albrecht, mais de façon dispersée, selon le plan démocratique américain. Tout un vaste et heureux mélange de nationalités s’implanta en Chine en 1982 et, dans les années qui suivirent, une expérience de fertilisation croisée remarquablement réussie fut menée. Nous connaissons aujourd’hui les résultats admirables, sur le plan industriel, intellectuel et artistique, qui en furent le fruit.
[…] le 17 avril [1987], la Convention de Copenhague fut réunie. En présence des représentants de toutes les nations du monde, les participants jurèrent de ne jamais plus utiliser les méthodes de guerre bactériologique employées contre la Chine.
Jack LONDON, The Unparalleled Invasion, 1910, Internet ArchiveUne invasion sans précédent [Télécharger mp3Télécharger pdf].

Les deux textes de Jack London comme le recueil d’articles de Marx et Engels montrent que les préjugés contre la Chine sont anciens et partagés par le plus grand nombre au point d’être quasi invisibles. C’est la force de la novlangue politiquement correct.

02/04/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Jack LONDON, Articles, Essays, Novels, Internet Archive.
• Jack LONDON, The Complete Short Stories, Internet Archive.
• Jack LONDON, Textes en ligne :
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Articles Péril jaune, Chine en Question.
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Un spectre hante la France : le frelon chinois


Le fantasme du « péril jaune » agite périodiquement les médias dominants. Dans ce documentaire, il prend la forme d’un frelon chinois qui viendrait envahir la France et bientôt l’Europe. Rien moins que ça ! Il est intéressant d’analyser ce discours de propagande qui utilise efficacement la voix off et le montage.

Voix off

Comme l’écrit Serge Daney, la voix off est parallèle aux images. Elle ne les recoupe jamais, comme un métalangage. Elle ne s’adresse qu’au spectateur, avec lequel elle fait alliance. Commentaire ou propagande, elle force l’image.

La voix off exprime le point de vue du réalisateur qui n’apparaît pas à l’image, mais manipule la parole des personnes interviewées. Il a le dernier mot, celui de l’autorité qui impose son interprétation comme la seule légitime :

Le frelon asiatique inquiète. Il fait régulièrement la une des journaux comme une menace de plus pour l’apiculture et la biodiversité. En s’installant dans les zones urbaines, il est un danger potentiel pour l’homme. […] La mondialisation vient d’accoucher d’un super prédateur !
01′ 37″ – 02′ 14″

La voix off nous force à interpréter les images banales d’un laboratoire d’analyse :

À l’image d’une véritable enquête criminelle, Marieangela Arca [CNRS] remonte le fil qui mène au berceau du redoutable tueur d’abeille.
11′ 00″ – 11′ 10″

Alors que le commentaire en voix off affirme péremptoirement que le frelon vient de Chine, une scientifique du CNRS nuance en disant que « on n’en sera jamais absolument certain » (10′ 12″).

Montage

Les images proviennent de plusieurs sources :

• Images d’archives ou tournées pour l’occasion de containers en provenance de Chine, du village de Tonneins (Lot et Garonne), de Blanquefort (Gironde), de Tamniès (Dordogne), etc.
• Vidéos de coupures de presse (Libération)
• Vidéos de cartes animées
• Extraits de journaux radio-télévisés
• Images d’un reportage auprès de militants de l’association Action Anti Frelon Asiatique et du Groupement de Défense Sanitaire des Abeilles
• Images d’un reportage auprès de politiques (Communauté Urbaine de Bordeaux)
• Images d’un reportage auprès de scientifiques dont l’origine n’est pas toujours précisée

Le montage construit le récit en alternant les séquences dans l’ordre précis choisi par le réalisateur. Dans le cas du documentaire, il se substitue aussi au scénario généralement pas préétabli.

La manipulation du montage est moins évidente que celle de la voix off car nous avons l’habitude d’un récit non linéaire. Ici, la technique est efficacement utilisée pour marteler le message sur le registre de la peur.

Ainsi, alors que les scientifiques restent prudents sur l’extension des frelons asiatiques en France (19′ 25″ – 20′ 26″), le réalisateur affirme le contraire via une carte animée non sourcée (21′ 15″ – 21′ 36″) et annonce que le pire reste à venir… Il réitère en effet le même procédé pour confirmer sa prédiction (46′ 15″ – 46′ 38″) :

Sans doute, dans les années qui viennent, ce frelon chinois aura-t-il franchit d’autres frontières européennes. […] L’invasion d’une bonne partie du continent n’est plus à exclure.

Là encore, c’est le point de vue du réalisateur qui prévaut sur celui des personnes interviewées. En l’occurrence, il étouffe le discours scientifique par le discours militant qui prétend que « aujourd’hui la France est envahit un peu partout, demain ce sera l’Europe » (24′ 03″) et que « vous risquez la vie des enfants » (24′ 48″) !

Message

La bande annonce du documentaire, diffusé par France 3 Aquitaine, résume les techniques utilisées (voix off et montage) pour nous convaincre que le frelon chinois serait un danger pour tous :

Des escadrilles de frelons chinois envahissent, attaquent et colonisent nos villes et nos campagnes. L’homme et l’abeille s’unissent et préparent la riposte !

Le frelon asiatique, et non spécifiquement chinois comme le prétend ce documentaire, fut répertorié par Amédée Louis Michel Lepeletier en 1836 sous le nom peu vendeur de Vespa velutina :

Contrairement à ce qu’affirme le réalisateur, Vespa velutina n’est pas plus dangereux que d’autres prédateurs des abeilles, prédateurs utiles par ailleurs dans l’équilibre des écosystèmes.

Le nombre de proies d’un écosystème détermine celui de leurs prédateurs. Imaginons une forêt peuplée de martres et d’écureuils, leurs proies habituelles. Si le nombre de martres tend à augmenter, celui des écureuils va légèrement diminuer. Ayant donc moins de nourriture, les martres vont se raréfier (soit par mortalité, soit par émigration vers d’autres forêts), et les écureuils deviendront à nouveau plus abondants, et ainsi de suite. Il se crée donc, dans le rapport de nombre entre prédateurs et proies, de lentes oscillations qui équivalent à un équilibre.

La présence des prédateurs est garante du bon fonctionnement des écosystèmes. Ils assurent une sélection en capturant les individus malades ou âgés. Le loup et le lynx, par exemple, n’ont jamais décimé ni les cerfs ni les chevreuils d’Europe, mais seulement assuré une sélection efficace au sein de leurs populations. La densité de ces cervidés est quant à elle déterminée par la quantité de nourriture disponible. S’ils tendent à devenir trop nombreux – parce que leurs prédateurs disparaissent -, plusieurs facteurs de régulation peuvent se mettre en place : une épidémie peut rétablir leur nombre à un niveau raisonnable, certains peuvent émigrer vers d’autres lieux, ou encore, comme ils exercent une pression trop forte sur la végétation, celle-ci se raréfie, et les herbivores redeviennent moins nombreux faute de ressources alimentaires.

Écosystème, Enclyclopédie Larousse

Sans compter que la fameuse riposte vantée par le réalisateur fait beaucoup de dégâts collatéraux sur l’environnement (31′ 45″ – 32′ 42″). Là encore, il noie le discours scientifique sous les flots du discours militant qui illustre sa thèse (32′ 52″ – 37′ 05″). Le rapport est de cinquante-sept secondes contre quatre minutes et quarante-sept secondes, soit cinq fois plus.

Pour conclure, le réalisateur donne la parole à un client des médias qui annonce sans rire que l’invasion du frelon chinois n’est que la prémisse d’une invasion des chinois eux-mêmes puisque, selon lui, « on a pu suivre l’itinéraire des humains grâce à l’itinéraire des poux ».
Ce paléontologue est l’invité d’honneur de la la station des Angles dans les Alpes, il fait des ménages à France Info et la publicité pour Opel :

L’Opel Ampera est d’abord une voiture élégante mais c’est aussi une voiture souple, douce, silencieuse, au séjour et roulage très confortables. Ampera et moi commençons à nous aimer !

05/02/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Note du 18/05/2015 : Dans une émission dite scientifique, France Culture remet le couvert le 17/05/2015 en titrant : « Le retour redouté du mangeur d’abeilles : le frelon asiatique ».

Titre : Le frelon chinois, histoire d’un passager clandestin
Réalisateur : Eric Moreau
Durée : 0h53
Année : 2011
Pays : France
Genre : Documentaire
Résumé : La présence de frelons asiatiques est devenue depuis quelques années un fléau en France et dans notre région. Ce documentaire retrace l’histoire de l’incroyable parcours de ces frelons si redoutés, car dangereux voire mortels. L’implantation de ces frelons s’est faite par l’intermédiaire de marchandises en provenance de Chine. Transitant dans des containeurs, elles ont voyagé par train jusqu’à Agen et apporté avec elles ces insectes. De là, commence progressivement dès 2004, une importante prolifération de ces frelons sur plus de 40 départements français. Une fois installés sur un terrain qui leur est propice, ils sont redoutables, initiateurs de changements écologiques importants. Sous forme d’enquête, de l’Aquitaine à la Chine en passant par Paris et sa région, il sera question du parcours de ce terrible insecte. Nous verrons comment certains anonymes s’impliquent, avec de faibles moyens, pour tenter de le combattre, en cherchant à l’éradiquer ou tout au moins, à enrayer sa propagation.
Fiche : IMDbCinquillo films
Partage proposé par : RedList DVD FR

Lire aussi :
Serge LEFORT, Le « péril jaune » se vend bien, Chine en Question.
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Le « péril jaune » se vend bien


Sélection d’articles récents qui agitent la menace du « péril jaune » :
• 18/08/2010, Le spectre d’un « péril jaune » inquiète Washington, FRANCE 24.
• 02/11/2010, Du péril jaune au péril bleu, chronique d’un fiasco européen, Euros du Village.
• 05/11/2010, Hu Jintao à Paris [REVUE DE PRESSE], NouvelObs.
• 28/12/2010, Péril jaune, La Libre Belgique.
• 05/01/2011, Discours du Péril Jaune, La Chine à notre porte.
• 07/01/2011, Le « péril jaune », vu du bout du monde…, Blog Philippe Jandrok.
• 14/01/2011, Le retour du péril jaune ?, Blog de Charles Gave.
• 02/02/2011, Faut-il avoir peur de l’offensive chinoise en Europe ?, L’Express.
• 03/02/2011, Pourquoi l’expansion chinoise nous fait peur, Les Echos.

Sélection d’articles critiques de l’usage du concept de « péril jaune » :
• 1984, Maurice TOURNIER, Les jaunes : un mot-fantasme à la fin du 19e siècle, Mots n°8.
• 1996, Nayan SHAH, White Label et « péril jaune » : race, genre et travail en Californie, fin XIXe-début XXe siècle, Clio.
• 07/11/2005, Régis POULET, Le Péril jaune, La revue des ressources.
26/12/2005, Serge LEFORT, Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Chine en Question.
• Janvier 2006, Martine BULARD, Fantasmes du péril jaune, Le Monde diplomatique.

Sélection de livres qui agitent la menace du « péril jaune » :
• 1897, Jacques NOVICOW, Le péril jaune, Giard & Brière [GallicaRevue Internationale de Sociologie].
• 1901, Edmond THÉRY, Le péril jaune, Felix Juven [GallicaLes Echos].
• 1904, Ármin VÁMBÉRY, Le péril jaune : étude sociale, G. Ranschburg [Gallica].
• 1904, Austin de CROZE, Péril jaune et Japon, Comptoir général d’éditions [Gallica].
• 1905, Capitaine DANRIT, L’invasion jaune, Flammarion [GallicaLa revue des ressourcesChemins de mémoire ].
• 1910, Jack LONDON, The Tale of the Next Great War, McClure Magazine [Une invasion sans précédent, Politique étrangère n°2].
• 1912, François De TESSAN, Promenades au Far-West, Plon [Journal de la Société des Américanistes].
• 1926, R. d’AUXION de RUFFÉ, Chine et Chinois d’aujourd’hui – Le nouveau péril jaune, Berger-Levrault [Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient].

Pour aller plus loin :
• 1974, Gérard HERVOUET, Perceptions occidentales de la Chine contemporaine  : l’analyse de la politique étrangère chinoise dans la littérature spécialisée, Études internationales n°4.
• 1986, Danièle BONNAUD-LAMOTTE, KIM Jung-Wha, Regards sur l’Asie dans trois revues des années trente, Mots n°13.
• 1987, Denise HELLY, Les Chinois à Montréal 1877-1951, Institut québécois de recherche sur la culture, [Revue d’histoire de l’Amérique française n°1Anthropologie et Sociétés n°2].
• 1991, Thanh H. VUONG, Stratégies technico-commerciales asiatiques, Études internationales n°3.
• 2001, Lucie BERNIER, Fin de siècle et exotisme : le récit de voyage en extrême-Orient, Revue de littérature comparée n°297.
• 2001, Gérard SIARY, Images et contre-images de l’extrême-orient au Japon et en Occident, Revue de littérature comparée n°297.
• 2001, LU Xiaobo, L’avenir des relations sino-américaines, Revue internationale et stratégique n°43.
• 2002, Junzo KAWADA, « Est contre Ouest », Diogène n°200.
• 2003, CHONG Woei Lien, La Chine par elle-même, Critique internationale n°20.
• 2003, Daniel SABBAGH, Le statut des « Asiatiques » aux États-Unis, Critique internationale n°20.
• 2004, Emmanuel PUIG, L’ordre et la menace : analyse critique du discours de la menace chinoise en Relations internationales, Revue internationale et stratégique n°54.
• 2005, Pierre RAJOTTE, L’Orient dans les récits des voyageurs québécois de la seconde moitié du vingtième siècle, Figures et contre-figures de l’orientalisme.
• 2006, Michel KORINMAN, De Pékin à Beijing, Outre-Terre n°25.
• 2007, YU Shuo, Aperçu transculturel des trois rencontres Europe-Chine, Revue du MAUSS n°30.
• 2010, Pierre GROSSER, Comment écrire l’histoire des relations internationales aujourd’hui ? Quelques réflexions à partir de l’Empire britannique, Histoire@Politique n°10.
• 2010, Yann BÉLIARD, Le syndicat des gens de mer contre le Péril Jaune: les ressorts d’une campagne oubliée (Royaume-Uni, printemps 1914), Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique n°11.

Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois »


Les fêtes de Noël furent l’occasion pour certains médias de réactualiser le « péril jaune », mythe raciste né à la fin du XIXe siècle [1], en manipulant un communiqué de presse d’Eurostat [2]. Les quatre sous-titres du communiqué : « Plus de 80% des jouets importés dans l’UE25 proviennent de Chine », « Trois quarts des exportations de vins mousseux proviennent de France », « 97% des guirlandes de Noël importées proviennent de Chine » et « 80% des arbres de Noël naturels importés proviennent du Danemark » furent résumés en une phrase-choc « Les produits chinois envahissent le marché de Noël ».

L’utilisation récurrente des termes « invasion », « menace », « péril » n’est pas neutre, elle vise à provoquer la peur et nous convaincre que les difficultés de certains secteurs de l’économie nationale seraient imputables à ces « hordes barbares » – Attila et Gengis-Khan sont réactivés dans l’imaginaire collectif. Ce réflexe nationaliste en politique et protectionniste en économie ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Dans le cas de la France, la division internationale du travail a depuis longtemps réduit la production nationale des industries du jouet et du textile. La mondialisation des échanges a accéléré le processus de transfert de la production des vieux pays industriels vers de plus jeunes : Japon, Asie du Sud-Est, Brésil et Mexique hier, Inde et Chine aujourd’hui. Ce transfert fut réalisé par l’intermédiaire d’accords bilatéraux et multilatéraux, dont le dernier en date fut l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001.

Parler de « l’invasion des produits chinois » relève donc d’un grossier mensonge. Ce procédé incantatoire masque la volonté des industriels des pays riches de délocaliser leurs usines vers les pays pauvres pour profiter de coûts de production plus bas, essentiellement celui de la main-d’œuvre. Il masque aussi le développement des importations vers la Chine de produits très rentables (produits financiers, armement [3], aviation civile [4], télécommunications) et des investissements étrangers (153 milliards de dollars en 2004)

Au lieu de parler de « l’invasion des produits chinois », il faudrait insister sur le fait que les échanges internationaux, organisés par les grandes puissances, profitent surtout aux multinationales au détriment des petits entrepreneurs nationaux et des pays dits émergents. Ainsi, entre 2001 et 2003, 474 maquiladoras [5] ont été transférées du Mexique en Chine. Partout ce sont les salariés qui en font les frais.

Au lieu de parler de « l’invasion des produits chinois », il faudrait tenir compte du fait que tous les pays qui commercent avec la Chine acceptent, concurrence oblige, l’inégalité des échanges [6] pour « être présent » sur un marché considéré comme l’Eldorado du XXIe siècle. Cette perte relative est présentée par les responsables économiques et politiques comme un investissement dont ils attendent en retour des privilèges.

Faute de pouvoir remettre en cause l’OMC, les élites économiques et politiques entonnent le refrain de « l’invasion des produits chinois », afin de masquer leur responsabilité des déséquilibres économiques et du chômage qui en résulte. En définitive, ce discours, complaisamment mis en scène par les médias, vise à convaincre les travailleurs – de plus en plus précaires –, les chômeurs et les exclus que les « barbares chinois » seraient responsables de leur misère.

26/12/2005
Serge LEFORT


[1] La recherche pour « péril jaune » sur Google aboutit à 30 600 pages en français ! Voici une sélection d’articles :
• 07/11/2005, Régis Poulet, Le Péril jaune, La revue des ressources
En ce début de XXIe siècle, nos oreilles sont rebattues de mises en garde, de propos alarmistes relatifs au danger que l’Asie ferait courir à l’Occident dans les domaines économiques, sociaux voire culturels. Cela fait plus d’un siècle que le Péril jaune est brandi régulièrement. Examinons-en l’origine, les caractéristiques et tentons de comprendre ce qu’il révèle des représentations occidentales.
• 26/10/2005, Gaétan POULIOT, La Chine représente-t-elle un nouveau péril jaune ?, Alternatives
Une certaine fièvre protectionniste s’empare des gouvernements qui, pourtant, affirment que le libre-échange est la planche de salut du développement des États du tiers-monde. Lorsque des multinationales européennes, américaines ou canadiennes parviennent à percer le marché chinois, ce sont de bonnes nouvelles pour les économies occidentales. Toutefois, le contraire apparaît comme un danger, une menace pour nos économies locales.
• 1996, Nayan SHAH, White Label et « péril jaune » : race, genre et travail en Californie, fin XIXe-début XXe siècle, Clio
Au tournant du siècle, les syndicats américains tendent à présenter les immigrants chinois comme la principale menace contre les travailleurs syndiqués blancs. Par une analyse des discours sur le danger racial, la santé publique et les rôles sexués qui permettent la sécurité familiale, cet article examine la façon dont l’image de la menace sanitaire représentée par les Chinois a fini par être partie intégrante des campagnes en direction des consommateurs orchestrées par les syndicats américains.
[2] 22/12/2005, Commerce extérieur en produits de Noël, Eurostat (PDF).
[3] Voici une sélection d’articles :
• 21/12/2005, Les ventes d’armes en forte hausse, Le Nouvel Observateur
• 10/07/2005, Les chiffres impressionnants du commerce des armes d’Israël vers la Chine, De defensa
• 23/02/2005, Chine : l’Europe souhaite lever son embargo, RFI
[4] Après la visite de Wen Jiabao en France, le gouvernement s’est félicité d’avoir vendu des 150 Airbus sans préciser l’humour du Premier ministre chinois : « Il faut 800 millions de chemises pour acheter un Airbus » (Les Échos).
[5] Entreprises sous-traitantes américaines concentrées le long de la frontière.
« Le véritable essor de la zone frontalière date du milieu des années 1960, quand les deux pays se sont mis d’accord pour permettre l’installation sur le territoire mexicain d’une série d’usines destinées à l’exportation vers les États-Unis [maquiladoras].
La répartition des tâches entre les deux pays s’est concrétisée par la création d’usines jumelles (twin-plants), situées de part et d’autre de la frontière. Au nord, un établissement rassemble les fonctions d’encadrement et de gestion. Au sud, les centres de production fonctionnent sous le contrôle des administrateurs nord-américains. Les marchandises sont assemblées sur place à partir d’éléments importés du pays voisin. »
in MUSSET Alain, Le Mexique entre deux Amériques, Ellipses, 1994, p.21.
[6] Le déséquilibre de la balance commerciale au profit de la Chine (43,2 milliards de dollars en 2000) s’observe aussi en Europe au profit de l’Allemagne par exemple (51,8 milliards de dollars en 2000).