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Créer un autre FMI



Qu’est-ce qui est écrit ? C’est écrit Danger !

Récemment, le problème du candidat au poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI) a suscité un vif débat au sein de l’opinion publique mondiale. L’Europe a rapidement proposé deux candidats à ce poste, alors que les pays du Brics ont déclaré le 24 mai qu’il faudrait rejeter le concept de nationalité dans l’élection du nouveau directeur général. La dispute est à son comble.

Cependant, selon une règle du FMI, le pays dont le droit de vote dépasse 15% peut opposer son veto à tout sujet de discussion. A l’heure actuelle, seul le droit de vote des Etats-Unis dépasse 15%, à 17,407%. Viennent ensuite les droits de vote du Japon et de la Chine, soit respectivement 6,464% et 6,394%. C’est pourquoi dans le FMI, seuls les Etats-Unis possèdent le droit de veto.

Ainsi, pour le FMI, ce droit de veto revêt la plus grande valeur. Bien que le poste de son directeur général soit aux mains des Européens, les Etats-Unis sont le « patron » réel de cet organisme. Certes, le directeur général du FMI possède un pouvoir important. Mais si important qu’il soit, il doit être exercé dans le cadre établi par les Etats-Unis. C’est le cas actuellement, d’autant plus que les Européens et les Américains sont les alliés. Si les nouvelles économies réussissent à gagner ce poste, à quoi pourra servir ce poste pour ces pays. Les nouveaux pays montants devraient réfléchir sur ce point.

Et encore, ce qui rend le FMI attirant, est qu’il peut fournir un soutien financier à ses pays membres. Depuis 2009, les fonds que possède le FMI ont augmenté, passant de 250 milliards de dollars à 900 milliards de dollars. Pour vous donner une idée concrète de ces 900 milliards de dollars, les réserves en devises de la Chine ont déjà dépassé 3 000 milliards de dollars, soit plus du triple. D’ailleurs, les fonds du FMI, qui ont subitement augmenté, ont un caractère de bulle, du fait qu’ils sont liés à la politique monétaire souple de la réserve fédérale américaine. Ainsi à l’heure actuelle, le rôle du FMI est très limité pour sauver l’Europe de la crise de la dette, bien qu’il soit aux mains des Européens. Quel résultat y aura-t-il pour les nouveaux pays montants, si un candidat venant de ces pays émergents est élu directeur général du FMI ?

J’estime que si les pays en développement n’arrivent pas à augmenter leur part dans le FMI, ils devront établir un FMI qui leur appartiendra, ceci pour obtenir la justice et la transparence en terme de doit de vote au sens propre du terme.

A l’heure actuelle, les conditions sont déjà réunies pour la création de cet organisme. Avant la crise financière, les fonds possédés par le FMI n’étaient pas très importants. A l’heure actuelle, les forces réelles des nouvelles économies ont dépassé de loin les fonds du FMI. Selon une étude du journal britannique « Financial Times », les prêts accordés par deux banques nationales de la Chine à des pays en développement ont déjà dépassé ceux de la Banque mondiale.

Sur ce problème, les pays en développement doivent avoir confiance en eux-même. Cette confiance ne doit pas provenir de leurs importantes réserves en dollars, mais de la monnaie de leur propre pays. Retenons qu’on ne doit pas dépendre du dollar que les émissions incessantes rendront toujours plus nombreux. En comptant sur leurs dollars, les Etats-Unis pourraient toujours obtenir un droit de veto, quelle que soit leur part dans le nouveau FMI et même s’ils n’y participent pas directement. C’est une raison importante pour laquelle le Japon, qui possédait d’énormes réserves en dollars à l’époque, était incapable de lancer un « système monétaire japonais et européen » avec les pays d’Europe occidentale. Aujourd’hui, la Chine et les autres pays montants ont toutes les conditions pour établir un « système monétaire des nouveaux pays montants ».

30/05/2011
ZHOU Shumu, chercheur adjoint du Centre d’échange économique international de Chine
Renmin Ribao

Lire aussi :
• Dossier FMI, Renmin Ribao.
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.

Rivalités pour la présidence du FMI



Qu’est-ce qui est écrit ? C’est écrit Danger !

La démission de Dominique Strauss Kahn accusé d’agression sexuelle a provoqué une course pour le poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Le 15 mai, l’Europe a proposé une candidate de son continent et le 24, le BRICS s’est prononcé en faveur d’un candidat venant d’une nouvelle économie. En 10 jours seulement, les principales économies du monde sont impliquées dans cette course.

Quelle est la cause de ce phénomène ? Le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale. D’une part, le rapport entre le montant global des économies américaine et européenne et celui des nouvelles économies a changé nettement et la part des nouvelles économies ne cesse d’augmenter. D’autre part, les voix pour une réforme de l’ordre financier international se font de plus en plus vives, que ce soit au Sommet de Londres ou au Sommet de Pittsburgh du G20 de 2009. Aujourd’hui, cette réforme est devenue un objectif non astreignant.

Cette réforme comprend la réforme de la monnaie de réserve et la monnaie de facturation dans le monde et encore la restructuration de la plate-forme de l’ordre financier international. Puisqu’en 2009, le FMI a été reconnu encore une fois en tant que superviseur de l’ordre financier international et le créditeur le plus important, avoir dans son équipe dirigeante un porte-parole venant d’un continent autre que l’Europe et l’Amérique du Nord parait très important. Si sa direction demeure toujours dans les mains des Européens ou des Américains, cela signifie que le consensus de vues obtenu au cours de la crise financière pour élire ses responsables de manière transparente et réformer l’ordre financier international sera abandonné.

Cependant, les faits montrent qu’on oublie les douleurs, alors que les cicatrices ne sont pas encore effacées. Les noms de Christine Lagarde, ministre française des Finances et de Manfred Weber, gouverneur de la Banque centrale d’Allemagne, ont été mentionnés plusieurs fois par l’Europe. Evidemment, cette façon d’agir vise à occuper une piste dans la course imminente vers le poste de directeur général du FMI. Dans ce contexte, les noms du Chinois Zhu Min, assistant au Directeur général du FMI, d’Arminio Fraga, ancien gouverneur de la Banque centrale du Brésil, et de Trevor Manuel, ancien ministre sud-africain des Finances, ont aussi commencé à surgir.

Le nom de Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque centrale de Chine, figure également sur la liste des candidats. Fin mars 2009, avant le Sommet de Londres du G20, M.Zhou a publié trois articles de suite sur la mise en doute de la sécurité du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale. Le 19 mai, M. Zhou a exposé sur le site Internet de sa banque ses vues sur le candidat au poste de directeur général du FMI. Ce qui reflète un point de vue commun des pays du BRICS selon lequel dans l’élection du directeur général du FMI, l’accent devra être mis sur la capacité, mais non sur la nationalité.

En tout cas, si le processus d’élection est encore verrouillé par les concertations entre Européens et Américains, l’injustice d’un tel processus portera atteinte à l’autorité du FMI. Si le directeur général est élu selon un processus transparent, l’impact produit par l’affaire DSK pourra être diminué au maximum.

27/05/2011
Renmin Ribao

Lire aussi :
• 21/05/2011, Derrière la lutte acerbe pour choisir le nouveau chef du FMI, WSWS.
• 27/05/2011, FMI – Pour les peuples victimes de l’impérialisme : Une succession sans enjeu, Lutte Ouvrière.
• 28/05/2011, M. K. BHADRAKUMAR, Nouveau DG au FMI : la Chine est stoïque, l’Inde méfiante et la Russie acrobatique, Questions Critiques.
Revue de presse Dominique Strauss-Kahn, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.

Guerre contre le dollar


Certains croyaient qu’il existait un accord implicite entre les États-Unis et la Chine : les premiers acceptaient la sous-évaluation massive du yuan, mais obtenaient en échange de la seconde un financement indéfectible de la dette publique américaine, et la reconnaissance du dollar comme seule vraie monnaie de réserve. On l’a même appelé « l’accord Bretton Woods 2 ». Or depuis juillet 2008, et jusqu’à la visite du président brésilien Lula à Pékin, hier, tout indique que cet accord, s’il a jamais existé, n’existe plus.

Dès juillet dernier, on vit ses premières fissures. Les dirigeants chinois interrompent, unilatéralement et sans avertissement préalable, le processus de réévaluation très graduel du yuan contre dollar qu’ils avaient accepté sous la pression du Congrès américain (de 8,28 yuans pour 1 dollar en juillet 2005 à 6,85). Quand le cours équilibrant se situe sans doute à 2 yuans pour 1 dollar, on mesure la provocation que cette interruption soudaine signifiait pour les dirigeants américains.

Au même moment, l’organisme qui gère les réserves de change de l’Etat chinois décide de sortir des obligations Agencies (Freddie Mac et Fannie Mae) pour se concentrer sur les seules obligations du Trésor américain. Ils accentuent ainsi la crise des Agencies, et contraignent monsieur Paulson à les nationaliser le 7 septembre pour un coût de 200 milliards de dollars. Un stress qui conduira les dirigeants américains à lâcher Lehman Brothers huit jours plus tard. La Chine ne jouant plus le jeu, la panique s’était emparée de l’administration américaine.

L’arrivée d’Obama à la présidence des États-Unis ne ramènera pas la Chine à plus de coopération. En janvier 2009, sans doute pour décourager la nouvelle administration d’exiger une réévaluation du yuan, la Chine interrompt ses achats d’obligations du Trésor à plus de deux ans ; elle ne les reprendra qu’en mars, et pour un montant limité, après que Tim Geithner, nouveau secrétaire au Trésor, a dissuadé publiquement ses partenaires du G7 de réclamer l’inscription du yuan à l’agenda du G20 suivant.

En clair, la Chine entend bien continuer à capitaliser sur son commerce extérieur l’avantage que lui donne la sous-évaluation massive du yuan. Pour autant, elle n’entend plus financer le déficit public américain, ni soutenir le dollar comme monnaie de réserve. En mars, le numéro deux chinois, Wen Jiabao, et le gouverneur de la banque centrale, M. Zhou, dénigraient la capacité du dollar à se maintenir comme monnaie de réserve et pointaient la nécessité de son remplacement à terme par une monnaie non nationale : un nouveau DTS.

Au même moment, la Russie annonçait vouloir remplacer le dollar par une monnaie non nationale avec l’aval des autres pays du BRIC (Brésil, Inde et Chine) ainsi que de la Corée du Sud et de l’Afrique du Sud. D’ailleurs, la Chine et le Brésil, qui ont des réserves de change considérables, ont refusé de s’inscrire comme les pays du G7 dans les accords d’emprunt en dollar du FMI, accords qui visent à protéger de la crise mondiale les pays émergents en difficulté (Mexique, Turquie, Pologne, etc.). S’ils ont consenti le 23 mars à financer le FMI, c’est à la condition expresse que, pour la première fois de son histoire, il se finance par émission d’obligations, et ce libellées en DTS et non en dollar.

Dans le même esprit, la Chine révélait, le 27 avril, que ses réserves d’or s’élevaient, non pas à 400 tonnes d’or comme affirmé depuis 2003, mais en réalité à 1.000 tonnes. Tout est bon pour déconsidérer le dollar et convaincre les pays tiers (les pays du Golfe en particulier) de le répudier comme monnaie de réserve et comme monnaie de règlement. Enfin, dernier coup porté au billet vert, le 18 mai, le Brésil et la Chine, à l’occasion d’un voyage du président Lula à Pékin, annoncaient qu’ils n’utiliseraient plus le dollar comme moyen de règlement dans leurs échanges bilatéraux.

Dans ces grandes manœuvres visant à mettre en cause le privilège du dollar tout en conservant pour elle une monnaie sous-évaluée, la Chine joue donc un rôle central. Une évolution hautement géopolitique. Comme l’a rappelé Adam Poser, du Peterson Institute, « le gouvernement américain a toutes les raisons de croire que le dollar doit rester la devise de référence du commerce international.

C’est une question géopolitique autant que monétaire. Il offre la meilleure sécurité possible aux États-Unis dans l’économie mondiale ». Les Chinois comme les Russes semblent ne pas avoir oublié que c’est en finançant la guerre des étoiles par le dollar, monnaie de réserve, que les États-Unis de Reagan avaient défait l’URSS de Brejnev.

19/05/2009
Antoine Brunet
La Tribune

Inde-Russie-États-Unis-Chine-Pakistan


Après l’attentat au Pakistan qui a fait au moins 22 morts et plus de 70 blessés et serait attribué à des groupes afghans [1], un tir de missile américain dans la même région a fait trois morts [AP – Yahoo! Actualités]

La Chine joue la carte du dialogue entre l’Inde et le Pakistan :

La Chine a appelé jeudi à plus de dialogue et de coopération entre l’Inde et le Pakistan dans le but de sauvegarder ensemble la paix et la stabilité en Asie.
Le porte-parole du ministère des A.E. Liu Jianchao a fait cette remarque en réponse à une question concernant l’attaque terroriste la semaine dernière à Bombay, le centre financier de l’Inde.
Xinhua – Le Quotidien du peuple.

La Russie privilégie le langage de la lutte antiterroriste :

« L’Inde et la Russie comprennent qu’elles doivent conjuguer leurs efforts pour combattre le terrorisme. Et les membres de la communauté internationale doivent aussi agir de concert pour vaincre le terrorisme. C’est très important », a pour sa part déclaré la présidente Patil.
RIA Novosti.

Mais, derrière le langage diplomatique, la Chine et la Russie n’oublient pas leurs intérêts économiques et militaires :

Les forces militaires chinoises et indiennes feront un entraînement militaire anti-terrorisme conjoint du 6 au 14 décembre en Inde, a annoncé jeudi le ministère chinois de la Défense.
Xinhua – Le Quotidien du peuple.

Le président russe Dmitri Medvedev et le premier ministre indien Manmohan Singh ont passé vendredi en revue, en présence des délégations des deux pays, la coopération économique, en matière d’armements et l’exploration de l’Espace.
RIA Novosti.

L’agence russe d’exportation d’armements Rosoboronexport projette de signer vendredi un contrat prévoyant la livraison à l’Inde de 80 hélicoptères de transport militaire Mi-27, a annoncé aux journalistes le directeur de Rosoboronexport, Anatoli Issaïkine.
RIA Novosti.

D’autres alliances se nouent :

Le président afghan Hamid Karzaï, le Pakistanais Asif Ali Zardari et leur homologue turc Abdullah Gül se sont engagés à lutter ensemble contre le terrorisme lors d’un sommet tripartite organisé vendredi à Istanbul. Cette réunion était la deuxième du genre, sur le sol turc mais celle-ci semble avoir porté plus de fruits.
RFI.

La police indienne a découvert des explosifs dans un hôpital de Nagpur :

Nagpur, dans l’Etat de Maharashtra, est le siège d’un groupe nationaliste hindou, le Rashtrya Swayamsevak Sangh.
Reuters – Yahoo! Actualités.

Elle a aussi arrêtés deux hommes « soupçonnés d’avoir fourni des cartes SIM (de téléphones portables) aux terroristes des attaques de Bombay ».

Selon la police, les deux suspects se nomment « Tousif Rahaman et Sheikh Muktar ». Ce dernier serait originaire du Cachemire, région dont la partie indienne est en proie à une insurrection séparatiste islamiste contre la souveraineté de New Delhi.
AFP – Yahoo! Actualités.

Commentaires : Dire « insurrection séparatiste islamiste » relève de la propagande. La division du Cachemire est l’héritage de la politique coloniale des britanniques. Le Cachemire est en fait divisée en trois zones :
• à l’ouest et au nord, la zone revendiquée par le Pakistan depuis 1947 ;
• au sud, celle revendiquée par l’Inde depuis 1947 ;
• à l’est, celle conquise par la Chine en 1962 et, au nord, celle cédée par le Pakistan à la Chine en 1963.

Pour pimenter le scénario de cette telenovela :

Un policier, dans le Cachemire indien, a affirmé que l’homme, Mukhtar Ahmed, faisait partie d’un réseau de contre-espionnage semi-officiel dont les membres sont souvent d’anciens militants cachemiris.
AP – Yahoo! Actualités.

La Jornada (quotidien mexicain) a traduit l’article de Tariq Ali « L’assaut sur Mumbai« .


[1] La responsabilité de l’attaque n’a pas été revendiquée mais le chef des autorités provinciales, Haider Khan Hoti, a déclaré que des « forces extérieures » pourraient être derrière cet acte terroriste, un commentaire qui au Pakistan désigne l’Inde.
AP – Yahoo! Actualités.

 

Le grand jeu asiatique


Afghanistan-Pakistan, le « juste champ de bataille » (B. Obama)

La bataille de Mumbai, quelle que soit la régie des attaques, prend place dans une dispute de grande ampleur conduite avec des outils politiques, économiques et militaires par plusieurs protagonistes : non seulement l’Inde et le Pakistan, mais les États-Unis, la Russie et la Chine. L’Asie centrale est le principal terrain de confrontation, aire d’énorme importance de par sa position géostratégique et pour le contrôle du pétrole de la Caspienne et des « corridors énergétiques ».

L’épicentre en est l’Afghanistan. C’est là que s’embourba pendant dix ans l’armée soviétique, alors que la CIA entraînait au Pakistan, par l’intermédiaire de l’ISI, plus de 100 mille moudjahidin pour la guerre en Afghanistan. Parmi eux se distingua Ossama Ben Laden, le riche saoudien qui apporta de gros financements et des milliers de combattants. Toujours au Pakistan fut entraînée et armée, avec le consensus de Washington, la milice taliban qui en 1996 conquit le pouvoir en Afghanistan. C’est là, en 2001, qu’arrivèrent les troupes étasuniennes, officiellement pour combattre les talibans et faire la chasse à Ben Laden. L’objectif stratégique est en réalité d’occuper un positon clé dans le nouveau scénario créé en Asie par la désagrégation de l’URSS et par l’émergence des puissances chinoise et indienne. « La possibilité existe qu’émerge dans la région un rival militaire avec une formidable base de ressources », prévenait un document publié par le Pentagone une semaine avant l’invasion de l’Afghanistan. Cet objectif stratégique a été confirmé par le président élu Barack Obama qui a annoncé vouloir « sortir d’Irak » et « passer au juste champ de bataille en Afghanistan et au Pakistan ». Le Pakistan est ainsi lui aussi considéré comme champ de bataille ; un Pakistan qui est considéré à Washington comme un allié pas très fiable, dont les services secrets ont été suspectés d’avoir des liens avec les talibans. Quand, en janvier 2008, les USA ont demandé au président Musharraf de leur laisser les mains libres dans les zones de frontière avec l’Afghanistan, ils reçurent une fin de non recevoir. Et, à cause de la forte opposition intérieure, le président actuel Zardari semble aussi être réticent.

Ce qui rend la situation plus complexe encore est le choix de Washington de privilégier ses relations avec l’Inde, pour empêcher son rapprochement avec la Russie et la Chine. C’est dans ce cadre qu’entre l’accord, ratifié le 2 octobre par le Sénat, par lequel les États-Unis « légalisent » le nucléaire de l’Inde, qui n’a jamais adhéré au Traité de Non Prolifération, en lui permettant de garder huit réacteurs nucléaires militaires hors de tout contrôle international et en lui fournissant des technologies à double usage, civil et nucléaire. Ceci pousse le Pakistan, qui n’a jamais adhéré au TNP, à accélérer ses programmes nucléaires militaires. Avec comme résultat le fait que les deux pays alignent déjà au total environ 110 ogives nucléaires et sont en mesure d’en fabriquer beaucoup plus.

Sur ce terrain, en concurrence avec les USA, la Russie et la Chine entrent en jeu. En septembre a été confirmé que la Russie fournira à l’Inde un porte-avions avec 16 Mig-29 ; en même temps, la joint-venture russo-indienne BrahMos Aerospace a annoncé qu’elle augmentera sa production de missiles de croisière supersoniques lancés par avions, pouvant être armés de têtes aussi bien conventionnelles que nucléaires. La Chine est par contre en train d’établir des relations particulièrement étroites avec le Pakistan. Le 18 octobre on a annoncé que le président Zardari, en visite à Pékin, a signé 12 accords, dont un engageant la Chine à construire deux autres réacteurs nucléaires au Pakistan. La Chine fournit en outre au Pakistan des avions de chasse JF-17 dotés de moteurs russes, dont la livraison a été autorisée par Moscou.

Dans la « guerre des oléoducs », l’Iran entre aussi en jeu, avec le projet d’un gazoduc qui, à travers le Pakistan, devrait amener en Inde le gaz iranien. Sous la pression étasunienne, l’Inde n’a jusqu’à présent pas adhéré à l’accord. L’Iran s’est cependant déclaré disponible, le 11 octobre, pour construire le gazoduc (coût : 7,5 milliards de dollars) jusqu’au Pakistan, en attendant l’adhésion de l’Inde. Plus difficile encore aujourd’hui, après les attaques à Mumbai.

03/12/2008
Manlio DINUCCI
Il manfesto
Version intégrale traduite par Marie-Ange Patrizio, Le Grand Soir.

La valse des sommets


Après les Sommets du G20, de l’UE-Russie ou Russie-UE, de l’APEC, Dmitri Medvedev annonce l’organisation du Sommet du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) en Russie en 2009 [RIA Novosti].

Ce Sommet du BRIC sera particulièrement important car il tracera les contours d’une nouvelle organisation mondiale sans les États-Unis.

Lire aussi :
• Sommets, Monde en Question.
• G20, Wikipédia.
• G20, Google Actualités .
• G20, Yahoo! Actualités.
• Sommet du G20, RIA Novosti.
• UE-Russie, Google Actualités .
• UE-Russie, Yahoo! Actualités.
• Sommet Russie-UE, RIA Novosti.
• Coopération économique pour l’Asie-Pacifique, Wikipédia.
• APEC, Google Actualités .
• APEC, Yahoo! Actualités.
• Sommet de l’APEC, RIA Novosti.
• BRIC, Wikipédia.
• BRIC, Google Actualités .
• BRIC, Yahoo! Actualités.

Après le Sommet du G20


La presse européenne commente positivement le Sommet du G20 :

NRC Handelsblad – Pays-Bas
Ce qui est positif dans ce sommet, c’est que les discussions relatives à l’économie mondiale ne sont plus l’apanage exclusif des pays industrialisés du G7. La rencontre de Washington pourrait rester dans l’histoire comme l’événement marquant le changement des rapports de force dans le G20. Des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil ont dorénavant une voix dans les décisions.
Commentaires : Les médias dominants ne disent pas que la participation aux décisions a un prix.

ABC – Espagne
Ce processus permettra à la communauté internationale de disposer de meilleurs instruments pour repérer les crises, les gérer et les résoudre. Ni plus ni moins.
Commentaires : Ce bel optimisme est démenti par le sacro-saint marché (voir plus bas).

RIA Novosti – Russie
La position de la Russie et d’autres pays émergents a été entendue au sommet du G20 grâce au fait que le groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) a fait front commun, a estimé lors d’un point de presse lundi le vice-ministre russe des Finances, Dmitri Pankine.

Après le Sommet du G20, comme après l’annonce du plan Paulson, les bourses de Wall Street et de Paris continuent à baiser. Voir la carte interactive des indices publiée par Le Journal des Finances. La liste des pays en récession s’allonge et « Les inquiétudes sur l’économie ne se sont pas dissipées au cours du week-end, alors que le sommet du G20 n’a donné lieu à aucun accord susceptible de changer significativement les perspectives à court terme », a estimé Patrick O’Hare, du site d’analyse financière Briefing.com (AFP – Yahoo! Actualités).

Alors que la déclaration finale du Sommet du G20 à Washington inclut l’engagement exprès des participants de ne pas réagir à la crise par une politique protectionniste, chaque pays cherche aussi des solutions nationales à la crise :
• Barack Obama veut trouver des solutions nationales à la crise, Euronews – Yahoo! Actualités
• Crise : la Russie respectera les décisions du G20 mais pas au détriment de ses intérêts nationaux, RIA Novosti
• G20 : le Japon appelle la Chine à augmenter sa contribution au FMI, Aujourd’hui le Japon

WYPLOSZ Charles, Le G7 est mort. Vive le G20 ?, Telos

Comme prévu, le sommet du G20 aura accouché de vœux pieux et d’une longue déclaration qui promet des lendemains qui chantent. Rien de ce qui figure dans la déclaration finale n’est nouveau.
[…]
Parmi les aspects positifs on peut noter un bon diagnostic de la crise financière, qui reconnaît même que les pouvoirs publics « dans certains pays » n’ont pas pris la mesure des dangers qui s’accumulaient. […] Le G20 s’est aussi beaucoup préoccupé d’améliorer la réglementation financière, un besoin flagrant. Mais aucune mesure spécifique n’a été annoncée, et pour cause. […] De même, promettre plus de transparence dans les comptes des banques, c’est bien, mais quelque peu naïf. Chaque entreprise a ses secrets de fabrication, auxquels elles tiennent jalousement, et même très légitimement ; pour les banques, c’est la composition de leurs portefeuilles. Quoi qu’on fasse, elles sauront toujours trouver la parade.
[…]
Tout le reste est de l’eau tiède. On parle de renforcer la coopération entre les régulateurs nationaux. C’est très bien, mais il faut reconnaître que même en Europe, où la coopération économique a atteint un niveau unique au monde (marché commun, monnaie commune), les régulateurs et les superviseurs nationaux sont parvenus à maintenir leurs prés carrés, soutenus par leurs gouvernements qui caressent tous l’idée d’utiliser la réglementation pour protéger les champions nationaux. On voit mal les Anglais et les Chinois soumettre leurs banques à une quelconque supervision supranationale, et les Français n’y sont pas plus disposés, ni aucun autre pays d’ailleurs.
[…]
Le G20 indique son intention de « revoir » les rémunérations des dirigeants. Il est éminemment souhaitable que ces rémunérations soient conçues de manière à encourager plus de prudence, et de nombreuses idées ont été avancées dans ce sens. Mais, dans les entreprises privées, ces rémunérations sont fixées par les actionnaires. On peut toujours essayer de légiférer en la matière, mais toute loi est faite pour être contournée. De plus, un pays plus laxiste a de fortes chances d’attirer les meilleurs talents, une tentation à laquelle il sera difficile de résister.
[…]
Le communiqué de Washington se garde bien de mentionner une refondation de Bretton Woods. Cette idée était mort-née, elle est désormais enterrée.
[…]
Finalement, que restera-t-il de ce G20 ? Probablement sa naissance. […] Dans presque tous les domaines, comment croire que l’opinion – lire : les intérêts – du Canada, de l’Italie, et même de la France, compte infiniment plus que celle de la Chine, de l’Inde ou du Brésil ?
[…]
Manifestement, le Sommet de Washington n’a pas été réuni pour être efficace, juste symbolique et spectaculaire. Malheureusement, ce ne sont ni les symboles ni les spectacles qui règlent les grandes questions du monde.

Commentaires : Le point de vue d’un économiste, qui appartient au système, est beaucoup plus riche d’informations que beaucoup de critiques de « gauche » (si ce terme a encore un sens).

L’enjeu du Sommet du G20 (4) suite


Le Sommet du G20 fut un succès parce qu’il s’est contenté de préconisations (Le texte complet est publié par The New York Times). L’une d’entre elles est plus importante qu’il n’y paraît :

A moyen terme, mieux refléter l’évolution des poids des économies dans le FMI et la Banque mondiale.
NouvelObs

Les chefs d’Etat et de gouvernement du G20 ont convenu samedi d’accroître la représentation des pays en développement au sein du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, selon le communiqué publié à l’issue de leur premier sommet, à Washington.
Romandie News

Mais cette participation a un prix :
• La Chine devrait prêter plus d’argent au FMI (on parle de 100 milliards de dollars) pour occuper une place plus importante.
• Plus de 150 pays, dont la plupart des pays d’Amérique latine, des Caraïbes, d’Afrique, d’Asie et d’Océanie, n’auront pas le droit d’émettre leurs vues sur l’ordre financier international.
• Le FMI et la Banque mondiale feront encore payer aux plus pauvres les pertes des plus riches (Le Grand Soir).

La Chine n’est pas pressée d’affirmer sa puissance, en pillant l’Afrique et l’Amérique latine, car le temps joue en sa faveur. Pendant que Nicolas Sarkozy attire l’attention des médias, Hu Jintao « renforce la coordination face à la crise financière » avec le Brésil et la Russie.

La retour à la réalité risque d’être brutal :

Première réaction des marchés, les places du Golfe seules ouvertes le dimanche, ont chuté déprimées par les mauvaises perspectives économiques, Dubaï perdant notamment 4,5%.
AFP – Yahoo! Actualités

Wall Street aura du mal à éviter d’être dans le rouge la semaine prochaine, résultats de sociétés et indicateurs économiques risquant d’attester d’un ralentissement conjoncturel prolongé.
Reuters – Yahoo! Actualités

L’enjeu du Sommet du G20 (4)


Le Sommet du G20 s’achève sur des déclarations de principe et un vague plan d’action, qui ne mécontente personne et satisfait donc tout le monde.
Cela est illustré par cette dépêche, dont la pauvreté de contenu est compensée par le titre « Le plan d’action du G20 en détails » et l’accroche « Plus aucune zone d’ombre, des places financières sous haute surveillance, le G20 veut davantage de régulation » (Euronews – Yahoo! Actualités).

Nicolas Sarkozy présente l’événement comme « historique » pour s’en attribuer naturellement tous les mérites. Le plus intéressant est dans cet aveu (Reuters – Yahoo! Actualités) :

Il s’est réjoui que le président chinois Hu Jintao n’ait « rien bloqué », que son homologue coréen ait été « très moteur » et le Premier ministre indien « très coopératif ».

Hu Jintao a fait des propositions pour l’avenir car, selon la Chine, le G20 est la première étape d’un processus (Xinhua) :

La réforme du système financier international doit permettre d’établir un nouvel ordre financier international qui est juste, inclusif et méthodique et qui crée un environnement institutionnel en faveur d’un bon développement de l’économie globale », a-t-il indiqué.

Il faut qu’elle soit menée de manière complète, équilibrée et progressive en accordant l’importance à ses résultats.

Une réforme complète est celle qui a un plan général et comprend des mesures pour améliorer non seulement le système financier international, le système monétaire et les institutions financières, mais aussi les règles et les procédures financiers internationaux », a-t-il précisé.

« Une réforme équilibrée est celle qui est basée sur une considération globale et cherche un équilibre entre les intérêts de toutes les parties« , a dit le président chinois.

Si la presse russe rapporte avec gourmandise que «l’intervention du président russe lors du sommet financier du G20 à Washington a été qualifiée samedi « d’extraordinaire » par le Wall Street Journal», elle ne dit pratiquement rien de plus (RIA Novosti).

Luiz Inacio Lula da Silva a plaidé pour une meilleur représentation politique des pays en développement (Xinhua) :

M. Lula, président par intérim du G20, a appelé également à une régulation équitable du système financier international et de l’économie mondiale.

Selon lui, le G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie, Grande-Bretagne, Canada, Russie) n’est plus approprié dans le monde mondialisé d’aujourd’hui et le G20 devrait jouer un rôle plus important dans la définition des régulations financières internationales.

« Nous parlons maintenat du G20 parce que le G8 n’a plus de raison d’exister, en d’autres termes, les économies émergentes doivent être prises en considération dans le monde mondialisé d’aujourd’hui », a-t-il dit.

« Les organisations multilatérales et les règles internationales existantes ont été rejetées par l’histoire. Le Fonds monétaire internationale et la Banque mondiale devraient s’ouvrir davantage à une plus grande participation des économies en développement », a dit M. Lula dans son discours prononcé lors du sommet du G20.

« Cela signifie plus de voix et plus de représentations pour les pays en développement« , a-t-il souligné.

Sommet du G20 : les réactions, NouvelObs.

L’enjeu du Sommet du G20 (3)


Le Sommet du G20 «a pour objectif de réformer et réguler le système financier international» (RFI), mais cette déclaration officielle masque l’intérêt des États-Unis à maintenir un statu quo politique qui leur est favorable.

De nouvelles alliances se sont nouées, celle entre l’UE et la Russie (Monde en Question) et celle entre Tokyo, Pékin et Séoul (RIA Novosti) et entre l’Europe et l’Asie.

Mais il est douteux que ces alliances aboutissent à «tenir compte des intérêts des nouvelles puissances économiques que sont la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, ou encore les pays exportateurs de pétrole» (Les Affaires).

Mais un processus est en cours, qui inexorablement aboutira à un nouveau partage du pouvoir politique au sein des organisations internationales conforme au pouvoir économique (Xinhua).

Le temps joue en faveur de la Chine :

[Les économistes et les experts financiers chinois ] pensent que les participants au Sommet vont probablement attendre que la Chine commence à jouer un rôle plus important et prenne sur elle plus de responsabilité en fonction de sa grande taille économique.

A court terme, les économistes et les experts financiers pourraient s’adresser à la Chine pour qu’elle fournisse des liquidités en dollars américains aux banques centrales de nombreux pays, lui demander de continuer à détenir des actifs en dollars dans les réserves de devises étrangères, et, à moyen terme, de demander qu’elle adopte un système plus flexible du taux de change.

En mettant en évidence l’importance croissante de la Chine, certains économistes suggèrent aussi qu’on pourrait lui donner une position plus importante dans les principaux organismes monétaires internationaux afin qu’elle puisse jouer une fonction dans le remodelage de la nouvelle structure financière internationale.

Wang Tao, économiste de l’UBS Securities a dit à China Daily: « La question d’accroître le rôle de la Chine dans les organismes internationaux importants, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, sera certainement discutée ».

Le Quotidien du Peuple

G20 : les USA doivent en priorité éliminer les actifs « toxiques », Aujourd’hui le Japon

Le Premier ministre japonais Taro Aso va pousser lors du sommet du G20 à Washington pour que les Etats-Unis et les autres pays touchés par la crise donnent la priorité à l’élimination des actifs « toxiques » des bilans de leurs établissements financiers.

« La première chose à faire c’est de donner une information complète sur les crédits douteux et retirer ces actifs à problèmes des bilans » des banques et autres institutions qui en détiennent, a indiqué Kazuo Kodama, porte-parole du ministère des Affaires étrangères nippon.

Le porte-parole a émis une critique à peine voilée de déclarations récentes du secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson qui a annoncé mercredi qu’il privilégiait désormais l’apport par l’Etat de capitaux aux banques, plutôt que d’utiliser l’enveloppe budgétaire de 700 milliards de dollars à sa disposition pour leur racheter leurs actifs invendables.

La Russie commence à former une zone rouble, RIA Novosti

Après la Biélorussie, la zone rouble sera sans doute étendue à la Moldavie où les chefs de gouvernement des pays membres de la CEI (Communauté des Etats indépendants) se sont réunis vendredi pour discuter de « l’intempérie financière » dans le monde. La Moldavie pourrait être suivie de la Chine et des autres pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine).