Chine en Question

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Bonnes vacances 2018 !



Chine en Question est en vacances 13 juillet – 19 août 2018
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Chronique d’une mort annoncée


Ébranlé par le cours nouveau d’un bonapartisme à la chinoise du PCC, je cesse de publier mes chroniques sur la voie chinoise pour un temps indéterminé… Lire : Articles XI Jinping.
19/03/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

C’est probablement le début de la fin


 

Le premier quinquennat de XI Jinping avait suscité beaucoup d’espoir pour l’avenir de la Chine et du monde. L’initiative 一带一路 une Ceinture une Route, annoncée en 2013, augurait d’un développement économique, politique et culturel selon une logique plus équitable que le libéralisme occidental en cours depuis le XVIe siècle.

Le second quinquennat de XI Jinping commence mal, très mal. En supprimant la limitation à deux mandats de cinq ans, le PCC ouvre une crise de gouvernance qui, à plus ou moins long terme, aboutira à une sclérose au mieux comparable à celle de la période MAO Zedong et au pire à celle de la dynastie Qing.

L’empire mandchoue des Qing s’effondra autant du fait de la décomposition politique interne que de la guerre économique externe. En effet, la guerre coloniale anglo-française brisa d’autant plus facilement l’économie chinoise que la gouvernance ne reposait que sur l’allégeance à l’empereur.

DENG Xiaoping, en réintroduisant le principe de la sélection des cadres selon leurs compétences et non leur obéissance à la pensée de MAO Zedong, sauva le PCC. Cette mesure politique, alliée à la capitalisation de l’économie, permit à la Chine de retrouver au XXIe siècle la place qu’elle occupait au XVIIIe siècle.

Les arguments du PCC, complaisamment relayés par Pepe Escobar, ne tiennent pas :

Xi pourrait incarner la garantie dont la Chine a besoin pour mener à bien, aussi efficacement que possible, la purge anti-corruption dont elle a bien besoin dans les nombreuses branches pourries du PCC, tout en dirigeant une réorientation économique qui devrait avant tout bénéficier au prolétariat rural.
De plus, Xi est déjà la voix la plus importante dans le monde sur les thèmes du changement de climat, de la prolifération nucléaire, sans même parler du réalignement du commerce mondial dans le cadre de la mondialisation 2.0 emmenée par son pays.
Source : Asia Times, 02/03/2018.

Le PCC conserve toutes les garanties internes et externes. Il est le seul parti au pouvoir depuis 1949 et il est reconnu internationalement comme le gouvernement légitime depuis 1964.

En fait, la Chine est entrée dans un cercle vicieux négatif où la crise économique alimente la crise politique qui aggravera en retour la crise économique. Le cours nouveau se traduit par un raidissement de l’appareil du PCC qui espère sauver son avenir en se remettant à un seul homme XI Jinping, dont la pensée est inscrite désormais dans la Constitution. Ce faisant, le PCC bloque pour un temps indéterminé l’émergence d’hommes et de femmes capables d’envisager des solutions innovantes. Le renouvellement des cadres, se faisant sur l’allégeance à la pensée de XI Jinping, aboutira à une sclérose… mortelle. Ce bonapartisme à la chinoise sera préjudiciable aussi à l’économie chinoise et risque de créer une crise plus grave que celle de 1839…

12/03/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Léon TROTSKY, Cours nouveau, 1923 [Archive Internet des marxistesUQAC].
Dossier documentaire Politique Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

L’armée américaine déploie des milliers de Marines contre la Chine


 

Le déploiement actuel de 1250 Marines américains à Darwin vient de terminer sa rotation. Avec un nombre similaire de soldats australiens, ils suivent une formation intensive depuis avril pour des débarquements amphibies depuis des navires et des avions. Ils seraient parmi les premières forces disponibles pour le déploiement en cas de guerre dans la péninsule coréenne.

Bien que ce ne soit jamais déclaré publiquement, le rôle potentiel d’une force conjointe américano-australienne serait de s’emparer des îlots occupés par les Chinois dans la mer de Chine méridionale si les tensions avec Pékin montaient au point d’un conflit ouvert.

Une série de discours stratégiques et de documents de politique depuis 2011 n’ont pas caché que la Chine est la cible du « pivot » américain. La classe dirigeante américaine est prête à mener une guerre catastrophique pour empêcher la Chine de défier la domination mondiale américaine.

L’administration Obama a exploité les différends territoriaux dans la mer de Chine méridionale pour lancer des provocations ouvertes contre Pékin, telles que les intrusions de « la liberté de navigation » des navires de guerre américains sur le territoire revendiqué par la Chine. Depuis que Trump a pris le pouvoir, les programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord ont été utilisés comme prétexte pour intensifier massivement les tensions militaires dans la région.

Lire l’intégralité de l’article : L’Australie déploie ses navires pour une guerre contre la Corée du Nord et une confrontation avec la Chine, WSWS, 12/02/2018.

Lire aussi :
The US is considering sending Marines to Asia to counter China, Business Insider, 09/02/2018.
US to send 1,000s of extra Marines to East Asia to counter China, RT News, 10/02/2018.
US military to deploy 1000s of Marines to E Asia to curb China’s clout, PressTV, 11/02/2018.
Dossier documentaire Économie Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Un nouvel équilibre des pouvoirs


 

Le Parti communiste chinois (PCC) doit sa force à tous les gens du peuple qui ont combattu à ses côtés pour parvenir à l’indépendance nationale et qui l’ont aidé à remporter la guerre civile contre le Guomindang.

Toutefois, le Parti est sorti du droit chemin à un moment de l’histoire : il a commis des erreurs de jugement et de calcul qui ont eu des conséquences tragiques comme la Révolution culturelle (1966-1976) ou la mise en œuvre de politiques hostiles aux échanges et au commerce, ce qui a provoqué une perte de dynamisme économique.

Après s’être rendu compte de ses erreurs, le PCC a réajusté ses politiques, sorti la population chinoise de la pauvreté et accompli un miracle économique qui a étonné le monde entier.

[…]

Tous ces progrès n’auraient pu voir le jour si la Chine avait adopté un système multipartite sur le modèle occidental. Sous la gouvernance du PCC, la Chine est exempte des querelles politiques partisanes comme l’on voit en Occident, ce qui explique en partie pourquoi la nation chinoise parvient toujours à établir un consensus pour avancer en accord avec les intérêts de la grande majorité des citoyens.

Dans une large mesure, le PCC a perpétué les traditions confucianistes et construit un prodigieux système de sélection des dirigeants sur la base de leurs mérites et de leurs performances. Par exemple, la plupart des décideurs aux plus hautes sphères du pouvoir ont exercé au moins deux fois plus longtemps que les secrétaires du Parti ou les gouverneurs au niveau provincial.

[…]

Aux États-Unis, le pouvoir du capital affiche un avantage sur les pouvoirs politique et social. Influencé par le capital, le pouvoir politique américain manque d’indépendance et de neutralité, n’ayant d’autre choix que de céder aux exigences émanant des divers intérêts personnels.

De la même façon, le pouvoir du capital a imprégné le pouvoir social dans ses moindres aspects. Cela ne fait aucun doute au vu de sa capacité à contrôler les médias traditionnels et à fixer l’agenda social du pays. Si le penchant actuel en faveur du pouvoir du capital n’est pas rectifié à temps, il est fort probable qu’une nouvelle crise, encore plus grave, se déclenche. Pourtant, pas l’ombre d’une réforme pour s’attaquer à ces problèmes n’est en vue.

En Chine, il est impossible pour les 100 Chinois les plus riches d’influencer le Bureau politique du Comité central du PCC ; alors qu’aux États-Unis, les quelque dix magnats les plus fortunés peuvent façonner les politiques de la Maison-Blanche.

Dans le cas de l’Europe, les forces sociales peuvent souvent mettre à mal le processus de décision. La plupart du temps, de cette situation naît un dilemme où les gens ont tendance à privilégier le gain personnel aux dépens des objectifs collectifs et de long terme. Face à ce manque de consensus dans la démocratie européenne, il est difficile pour les gouvernements de poser des bases solides pour la réforme.

Le pouvoir politique en Chine a, dans l’ensemble, réussi à conserver son indépendance et sa neutralité au cours d’une trentaine d’années de réforme et d’ouverture, malgré la croissance rapide de ses pouvoirs social et du capital. En Chine, le pouvoir du capital est limité dans une large mesure par les forces politiques et sociales, le rendant incapable d’imposer un diktat politique. Certes, le fossé entre les riches et les pauvres s’est élargi ces dernières années, mais le pouvoir politique en Chine a majoritairement réussi à garantir l’élévation constante du niveau de vie des catégories modestes.

Dans le même temps, le pouvoir social en Chine a hérité d’une tradition d’égalitarisme, de telle sorte que la société chinoise est presque toujours encline à limiter le pouvoir du capital. Cet équilibre entre les pouvoirs politique, social et du capital a permis à la Chine d’éviter le genre de crise financière et crise de la dette qu’ont connu les États-Unis, tout en faisant de la vaste majorité des Chinois les bénéficiaires du développement rapide du pays.

[…]

Après vingt années passées à travailler/étudier à l’étranger et à voyager dans une centaine de pays et régions, j’en suis arrivé à la simple conclusion que la structure du parti chinois et sa gouvernance de type méritocratique transcende le modèle occidental, comme l’illustrent l’amélioration continue du bien-être de la population et la hausse du taux de satisfaction de l’opinion publique quant à l’approche chinoise pour la modernisation.

Le 5 octobre 2016, le centre de recherche américain Pew Research Center a publié les résultats d’un sondage, révélant que les Chinois se montrent optimistes vis-à-vis de l’avenir économique à long terme. « Environ 82 % pensent que les enfants qui grandissent aujourd’hui au pays bénéficieront d’une meilleure situation financière que leurs parents », indique le rapport. Il fait remarquer que « l’attitude positive du peuple chinois contraste nettement avec le pessimisme observé aux États-Unis et dans la plupart des pays européens ».

ZHANG Weiwei, Un nouvel équilibre des pouvoirs, Chine au présent, 23/10/2017.

Lire aussi :
ZHANG Weiwei, réforme du système politique et vox populi, Chine au présent, 04/03/2011.
Eric X. LI, L’histoire de deux systèmes politiques, Chine en Question.
XIXe Congrès du Parti communiste chinois, Agence de Presse XinhuaBeijing InformationCentre d’Informations Internet de ChineChine au présent.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Les USA essaient de sauver le pétrodollar au moyen de guerres


 

Les transactions internationales sont actuellement payées presque exclusivement en dollar américain, la principale monnaie mondiale. Non seulement cela fortifie la position de pouvoir du dollar, qui est aussi appelé pétrodollar dans le commerce du pétrole, mais en plus chaque paiement en dollar est également un tribut indirect à l’empire des États-Unis. La banque centrale russe (CBR) a plus que doublé ses acquisitions de réserves d’or pendant la dernière décennie. Au vu de la politique antirusse de Washington, 1 250 tonnes d’or ont été ajoutées afin que le pays soit indépendant des monnaies étrangères et en particulier du dollar américain. Le Brésil et l’Uruguay ont changé leur commerce bilatéral en passant d’un paiement en dollar américain à des paiements en monnaie du pays, le real et le peso, « afin de rendre plus économiques de vieux mécanismes et pour se défaire des régulations dictées par les États-Unis. » En 2017 la Chine paye déjà les importations de pétrole en yuan. L’établissement d’un pétro-yuan, pour contrebalancer le pétrodollar, est un pas pour briser la dominance monétaire globale des États-Unis. Des analystes considèrent cela comme un pas énorme sur le chemin qui mène à la fin de la dominance globale du dollar.

L’expert financier Max Keiser reprend cette pensée dans une interview accordée à la chaîne de télévision RT. Il estime que les efforts récents de la Chine sont certes très courageux, mais rappelle que des tentatives similaires d’autres chefs d’Etats pour quitter la matrice du pétrodollar n’ont jusqu’à présent jamais réussi et qu’elles se sont terminées avec la mort de leurs initiateurs. Max Keiser rappelle l’exemple du chef d’Etat irakien Saddam Hussein et aussi du chef d’Etat libyen Muammar al-Kadhafi. L’expert financier s’attend même à ce que le gouvernement américain aille faire la guerre pour sauver le pétrodollar.

Commentaires : Nicolás Maduro, Président du Venezuela, est aussi dans la ligne de mire des États-Unis. Mais il est impensable qu’ils s’en prennent à XI Jinping.

Voyez maintenant une courte interview de Max Keiser dans la vidéo d’environ trois minutes qui suit.

Présentateur : Bonsoir Max, merci d’être là. Nous avons appris que la Chine défie le pétrodollar. Pourquoi Pékin veut-il faire cela ?

Max Keiser : Tout d’abord ils sont très courageux dans ce qu’ils font, car la plupart du temps les pays qui ont essayé de sortir de la matrice du dollar ont eu une fin tragique. Saddam Hussein a voulu vendre du pétrole en euros et il a été tué, Mouammar al-Kadhafi a voulu vendre de l’énergie en d’autres devises et il a été tué lui aussi. Le bilan est donc plutôt affreux. Tout mon respect pour la Chine, qui prend en main ce projet. Il y a aussi des bruits selon lesquels la Chine fera partie des grands acheteurs dans la prochaine offre d’ARAMCO. Géopolitiquement, cela fait sens. La Chine, la Russie et les Saoudiens veulent sortir de l’hégémonie du dollar. Ces pays veulent se défaire du dollar.

Commentaires : Depuis le coup de force de Mohammed ben Salmane Al Saoud contre sa famille avec le soutien Donald Trump, les accords entre Saudi Aramco et la société chinoise Sinopec sont remis en cause.
Lire : Serge LEFORT, La guerre contre la Chine passe par Riyad, Chine en Question, 13/11/2017.

C’est ce que nous voyons partout dans le monde : les pays veulent échapper au complexe militaro-industriel des USA. Ils en ont assez de financer les aventures militaires des États-Unis en faisant partie de l’empire mondial de dettes en dollars. Ils veulent en sortir et être indépendants. La Chine veut être indépendante, la Russie veut être indépendante et l’Iran aussi le veut. Ils ne veulent plus être gouvernés par le dollar américain. Et un chemin possible serait de vendre le pétrole contre des yuans, qui peuvent eux-mêmes être échangés contre de l’or. Ces pays peuvent donc échapper à l’hégémonie de Bretton Woods, à l’empire des dettes, à la monnaie de réserve mondiale, le dollar, qui règne depuis la Seconde Guerre mondiale. Je pense que c’est un nouveau départ.

Présentateur : Les USA peuvent-ils faire quelque chose contre cela ? Ils ne vont certainement pas être contents de perdre le pétrodollar. Comment penses-tu qu’ils vont retourner la frappe ?

Max Keiser : Ils vont frapper en retour. Ils vont commencer une guerre, peut-être entre le Japon et la Chine, peut-être contre la Corée du Nord. Les États-Unis vont tout mettre en œuvre pour garder le dollar américain comme devise de la réserve mondiale. Ils vont attaquer un pays comme il l’ont fait en Afghanistan. Là ils n’ont aucun scrupule car il s’agit de la base de l’empire US. Celui-ci n’est pas basé sur des territoires, ni sur des biens matériels, mais sur le « rent seeking », en français « la recherche de rentes », sur le fait de prêter des dollars et de prendre des intérêts. Quand des pays ne peuvent pas payer, alors on leur prend leurs ressources. C’est ce qui est arrivé en Amérique du sud. C’est ainsi que les États-Unis ont construit leur empire. Les pays qui se sont levés contre le cartel financier des USA sont la Chine, la Russie et l’Iran et maintenant ils vont se séparer du dollar avec un nouveau contrat. Et ils sont aussi intéressés par les monnaies cryptées, car celles-ci sont également une manière de sortir du dollar américain. Le dollar est tout juste encore gardé en vie par les agissements du Pentagone et par les manigances des banques centrales. Mais quand ce jeu va venir à la lumière, le dollar va s’effondrer de manière impressionnante.

Commentaires : Une guerre des États-Unis contre la Chine via le Japon ou la Corée du Nord semble peu probable. Par contre les États-Unis tenteront de saboter tous les accords commerciaux entre la Chine et d’autres pays par un renforcement du contrôle militaire.

Aujourd’hui, les États-Unis poursuivent des politiques similaires : les patrouilles de la flotte navale américaine contrôlent les voies maritimes commerciales et les ressources pétrolières off-shore de la Chine via ses bases à l’étranger. La Maison Blanche de Obama et Clinton est en train de développer une réponse militaire rapide impliquant des bases en Australie, aux Philippines et ailleurs en Asie. Les États-Unis intensifient leurs efforts pour saper l’accès des Chinois à l’étranger aux ressources stratégiques tout en soutenant les séparatistes et les insurgés de base en Chine occidentale, au Tibet, au Soudan, en Birmanie, en Iran, en Libye, en Syrie et ailleurs. Les accords militaires américains avec l’Inde et l’installation d’un régime fantoche au Pakistan ont fait progresser sa stratégie d’isolement de la Chine. Alors que la Chine maintient sa politique de « développement harmonieux » et de « non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays », elle est restée neutre quand l’armée impérialiste des Etats-Unis et de l’Europe a attaqué une grande partie des partenaires commerciaux chinois pour inverser l’expansion commerciale pacifique de la Chine.
James PETRAS, Chine : hausse, chute et ré-émergence en tant que puissance mondiale, Chine en Question, 07/03/2012.

Ces propos, datant de 2012, doivent être nuancés à la lumière d’événements récents comme le fait que la banque centrale du Pakistan a donné son feu vert à l’utilisation du yuan chinois pour le commerce bilatéral, garantissant que les importations, les exportations et les transactions financières pourront être libellées dans cette devise.
Le Pakistan supprime le dollar, Réseau International, 04/01/2018.
Le Pakistan lâche le dollar pour les échanges commerciaux avec la Chine, Réseau International, 06/01/2018.

Max KEISER, Les USA essaient de sauver le pétrodollar au moyen de guerres, Medien-Klagemauer.TV, 04/01/2018.

Lire aussi :
La bombe du pétroyuan et sa relation avec la nouvelle doctrine de sécurité nationale des USA, Entelekehia, 26/12/2017.
Le pétroyuan va-t-il tuer le pétrodollar ?, Entelekehia, 29/12/2017.
Dossier documentaire Economie Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Bonne année 2018 !



Je vous souhaite tout ce que vous souhaitiez qu’on vous souhaite… mais en mieux !

 

Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Bonnes fêtes 2017 !



La publication de Chine en Question est suspendue jusqu’au 07 janvier 2018

 

Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Chine : hausse, chute et ré-émergence en tant que puissance mondiale


 

L’étude du pouvoir mondial a été entachée par les historiens eurocentristes qui ont déformé et ignoré le rôle dominant joué par la Chine dans l’économie mondiale entre 1100 et 1800. L’étude historique brillante de John Hobson sur l’économie mondiale pendant cette période fournit une abondance de données empiriques. des données plaident en faveur de la supériorité économique et technologique de la Chine sur la civilisation occidentale pendant la plus grande partie du millénaire avant sa conquête et son déclin au XIXe siècle [1].

La réapparition de la Chine en tant que puissance économique mondiale soulève d’importantes questions sur ce que nous pouvons apprendre de sa précédente montée et de sa descente et sur les menaces externes et internes auxquelles cette nouvelle puissance économique émergente est confrontée dans un avenir immédiat.

Dans un premier temps, nous exposerons les principaux contours de l’ascension de la Chine historique vers la supériorité économique mondiale sur l’Occident avant le XIXe siècle, en suivant de près le récit de John Hobson dans Les Origines orientales de la civilisation occidentale. Puisque la majorité des historiens économiques occidentaux (libéraux, conservateurs et marxistes) ont présenté la Chine historique comme une société stagnante, arriérée et bornée, un « despotisme oriental » selon leur expression, des correctifs détaillés seront nécessaires. Il est particulièrement important de souligner comment la Chine, puissance technologique mondiale entre 1100 et 1800, a rendu possible l’émergence de l’Occident. Ce n’est qu’en empruntant et en assimilant les innovations chinoises que l’Occident a pu faire la transition vers les économies capitalistes et impérialistes modernes.

Dans la deuxième partie, nous analyserons les facteurs et les circonstances qui ont conduit au déclin de la Chine au XIXe siècle, à sa domination, son exploitation et son pillage par les pays impériaux occidentaux, en premier Angleterre puis le reste de l’Europe, le Japon et les États-Unis.

Dans la troisième partie, nous décrirons brièvement les facteurs conduisant à l’émancipation de la Chine de la domination coloniale et néo-coloniale et analyserons sa récente ascension pour devenir la deuxième plus grande puissance économique mondiale.

Enfin, nous examinerons les menaces passées et présentes pesant sur l’émergence de la Chine au pouvoir économique mondial, soulignant les similitudes entre le colonialisme britannique des XVIIIe et XIXe siècles et les stratégies impériales américaines actuelles et mettant l’accent sur les faiblesses et les forces des Chinois passés et présents réponses.

Chine : La montée et la consolidation du pouvoir mondial 1100 – 1800

Dans une étude comparative systématique, John Hobson fournit une mine d’indicateurs empiriques démontrant la supériorité économique globale de la Chine sur l’Occident et en particulier l’Angleterre. Voici les faits :

Dès 1078, la Chine était le principal producteur mondial d’acier (125 000 tonnes) alors que la Grande-Bretagne n’en produisait encore que 76 000 tonnes en 1788.

La Chine était le leader mondial des innovations techniques dans la fabrication des textiles, sept siècles avant la « révolution textile » britannique du XVIIIe siècle.

La Chine était la première nation commerçante, le commerce à longue distance atteignant la plus grande partie de l’Asie du Sud, de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe. La « révolution agricole » et la productivité de la Chine ont dépassé l’Occident jusqu’au 18ème siècle.

Ses innovations dans la production de papier, l’impression de livres, les armes à feu et les outils ont conduit à une superpuissance de fabrication dont les marchandises ont été transportées à travers le monde par le système de navigation le plus avancé.

La Chine possédait les plus grands navires commerciaux du monde. En 1588, les plus gros navires anglais étaient 400 tonnes contre 3 000 tonnes pour les navires chinois. Même à la fin du XVIIIe siècle, les marchands chinois employaient 130 000 navires de transport privés, plusieurs fois celui de Grande-Bretagne. La Chine a conservé cette position prééminente dans l’économie mondiale jusqu’au début du XIXe siècle.

Les constructeurs britanniques et européens ont suivi l’exemple de la Chine en assimilant et en empruntant sa technologie plus avancée et étaient impatients de pénétrer le marché chinois avancé et lucratif.

Le secteur bancaire, la stabilité de l’économie du papier-monnaie, la fabrication et les rendements élevés de l’agriculture ont permis au revenu par habitant de la Chine d’égaler celui de la Grande-Bretagne jusqu’en 1750.

La position dominante de la Chine a été remise en question par la montée de l’impérialisme britannique, qui avait adopté les innovations technologiques, de navigation et de marché avancées de la Chine et d’autres pays asiatiques pour contourner les stades antérieurs de devenir une puissance mondiale [2].

L’impérialisme occidental et le déclin de la Chine

La conquête impériale britannique et occidentale de l’Orient reposait sur la nature militariste de l’État impérial, ses relations économiques non réciproques avec les pays commerçants d’outre-mer et l’idéologie impériale occidentale qui motivait et justifiait la conquête à l’étranger.

Contrairement à la Chine, la révolution industrielle britannique et l’expansion à l’étranger ont été dictées par une politique militaire. Selon Hobson, au cours de la période de 1688-1815, la Grande-Bretagne était engagée dans des guerres 52% du temps [3]. Alors que les Chinois dépendaient de leurs marchés ouverts et de leur production supérieure et de leurs compétences commerciales et bancaires sophistiquées, les Britanniques comptaient sur la protection tarifaire, la conquête militaire, la destruction systématique des entreprises compétitives outre-mer ainsi que l’appropriation et le pillage des ressources locales. La prédominance mondiale de la Chine reposait sur des « avantages réciproques » avec ses partenaires commerciaux, tandis que la Grande-Bretagne comptait sur des armées mercenaires d’occupation, une répression sauvage et une politique de « diviser pour régner » pour fomenter les rivalités locales. Face à la résistance indigène, les Britanniques (ainsi que d’autres puissances impériales occidentales) n’hésitèrent pas à exterminer des communautés entières [4].

Incapable de conquérir le marché chinois par une plus grande compétitivité économique, la Grande-Bretagne comptait sur une puissance militaire brutale. Elle a mobilisé, armé et formé des mercenaires recrutés dans ses colonies en Inde et ailleurs pour forcer la Chine à importer ses produits et imposer des traités inégaux à des tarifs préférentiels. En conséquence, la Chine a été inondée d’opium britannique produit dans ses plantations en Inde – malgré les lois chinoises interdisant ou réglementant l’importation et la vente du stupéfiant. Les dirigeants de la Chine, habitués depuis longtemps à sa supériorité commerciale et industrielle, n’étaient pas préparés aux « nouvelles règles impériales » pour le pouvoir mondial. La volonté de l’Occident d’utiliser le pouvoir militaire pour gagner des colonies, piller les ressources et recruter d’immenses armées de mercenaires commandées par des officiers européens, a marqué la fin de la Chine en tant que puissance mondiale.

La Chine avait fondé sa prédominance économique sur la « non-ingérence dans les affaires intérieures de ses partenaires commerciaux ». En revanche, les impérialistes britanniques sont intervenus violemment en Asie, réorganisant les économies locales pour répondre aux besoins de l’empire (éliminant les concurrents économiques y compris des producteurs de coton indiens plus efficaces) et contrôlant les appareils politiques, économiques et administratifs locaux pour établir l’État colonial.

L’empire britannique a été construit avec des ressources saisies des colonies et à travers la militarisation massive de son économie [5]. Il a ainsi pu assurer la suprématie militaire sur la Chine. La politique étrangère de la Chine a été entravée par la dépendance excessive de son élite dirigeante à l’égard des relations commerciales. Les fonctionnaires chinois et les élites marchandes ont cherché à apaiser les Britanniques et ont convaincu l’empereur d’accorder des concessions extra-territoriales dévastatrices ouvrant des marchés au détriment des fabricants chinois tout en abandonnant la souveraineté locale. Comme toujours, les Britanniques ont précipité des rivalités internes et des révoltes qui ont encore déstabilisé le pays.

La pénétration et la colonisation occidentales et britanniques du marché chinois ont créé une toute nouvelle catégorie : les riches « compradores » chinois ont importé des biens britanniques et facilité la prise de contrôle des marchés et des ressources locaux. Le pillage impérialiste a forcé une plus grande exploitation et une plus grande taxation de la grande masse des paysans et ouvriers chinois. Les dirigeants de la Chine ont été obligés de payer les dettes de guerre et de financer les déficits commerciaux imposés par les puissances impériales occidentales en serrant la paysannerie. Cela a conduit les paysans à la famine et la révolte.

Au début du XXe siècle (moins d’un siècle après les guerres de l’opium), la Chine était passée du pouvoir économique mondial à un pays semi-colonial brisé avec une énorme population démunie. Les principaux ports étaient contrôlés par des fonctionnaires impériaux occidentaux et la campagne était soumise à la domination de seigneurs de guerre corrompus et brutaux. L’opium britannique a asservi des millions de personnes.

Les universitaires britanniques : des apologistes éloquents pour la conquête impériale

L’ensemble de la profession académique occidentale – en premier lieu les historiens impériaux britanniques – attribuait la domination impériale britannique de l’Asie à la « supériorité technologique » anglaise et la misère et le statut colonial de la Chine au « retard oriental » sans mentionner la supériorité millénaire du commerce et des avancées techniques de la Chine qui a duré jusqu’au début du 19ème siècle. À la fin des années 1920, avec l’invasion impériale japonaise, la Chine a cessé d’exister en tant que pays unifié. Sous l’égide de la domination impériale, des centaines de millions de Chinois sont morts de faim ou ont été dépossédés ou massacrés, alors que les puissances occidentales et le Japon pillaient son économie. L’ensemble de l’élite compradore chinoise « collaboratrice » a été discréditée aux yeux du peuple chinois.

Ce qui restait dans la mémoire collective de la grande masse du peuple chinois – et ce qui était totalement absent dans les récits des prestigieux universitaires américains et britanniques -, c’était le sentiment que la Chine avait été une puissance mondiale prospère, dynamique et dominante. Les commentateurs occidentaux ont discrédité cette mémoire collective de la suprématie de la Chine en la qualifiant d’illusion ridicule due à la nostalgie des seigneurs et de la royauté, et à l’arrogance sans fondement des Han.

La Chine surgit des cendres du pillage impérial et de l’humiliation : la révolution communiste chinoise

La montée de la Chine moderne pour devenir la deuxième plus grande économie du monde n’a été rendue possible que grâce au succès de la révolution communiste chinoise au milieu du XXe siècle. L’Armée rouge, l’armée populaire de libération, a d’abord vaincu l’invasion de l’armée impériale japonaise et ensuite l’armée impérialiste étasunienne soutenue par le Kuomintang, l’armée « nationaliste » menée par les « compradores ». Cela a permis la réunification de la Chine en tant qu’État souverain indépendant. Le gouvernement communiste a aboli les privilèges extra-territoriaux des impérialistes occidentaux, a mis fin aux fiefs territoriaux des chefs de guerre et des gangsters régionaux et a chassé les propriétaires millionnaires des bordels, les trafiquants de femmes et de drogues ainsi que les autres « fournisseurs de services » de l’empire étasuno-européen.

Dans tous les sens du terme, la révolution communiste a forgé l’État chinois moderne. Les nouveaux dirigeants ont alors entrepris de reconstruire une économie ravagée par les guerres impériales et pillée par les capitalistes occidentaux et japonais. Après plus de 150 ans d’infamie et d’humiliation, le peuple chinois a retrouvé sa fierté et sa dignité nationale. Ces éléments socio-psychologiques ont été essentiels pour motiver les Chinois à défendre leur pays contre les attaques américaines, le sabotage, les boycotts et les blocus imposés immédiatement après la libération.

Contrairement à ce que prétendent les économistes occidentaux et les économistes néolibéraux chinois, la croissance dynamique de la Chine n’a pas commencé en 1980. Elle a débuté en 1950 lorsque la réforme agraire a fourni des terres, des infrastructures, des crédits et une assistance technique à des centaines de millions de paysans sans terre et sans terre. Grâce à ce qu’on appelle aujourd’hui le « capital humain » et la gigantesque mobilisation sociale, les communistes construisirent des routes, des aérodromes, des ponts, des canaux et des chemins de fer ainsi que des industries de base comme le charbon, le fer et l’acier. Le vaste système d’éducation et de santé gratuits de la Chine communiste ont créé une force de travail saine, instruite et motivée. Son armée hautement professionnelle a empêché les États-Unis d’étendre leur empire militaire dans toute la péninsule coréenne jusqu’aux frontières territoriales de la Chine. De même que les érudits et les propagandistes occidentaux ont inventé l’histoire d’un empire « stagnant et décadent » pour justifier leur conquête destructrice, leurs homologues modernes ont aussi réécrit les trente premières années de l’histoire communiste chinoise, niant le rôle de la révolution dans le développement de éléments essentiels pour une économie, un État et une société modernes. Il est clair que la croissance économique rapide de la Chine reposait sur le développement de son marché intérieur, son nombre croissant de scientifiques, de techniciens et de travailleurs qualifiés et le filet de sécurité sociale qui protégeait et promouvait la mobilité des travailleurs et des paysans. et les investissements.

L’ascension de la Chine au pouvoir mondial commença en 1949 par l’évincement de toute la classe financière spéculatrice parasite des « compradores » qui avaient servi d’intermédiaires aux impérialistes européens, japonais et étasuniens pour drainer les grandes richesses de la Chine.

La transition de la Chine vers le capitalisme

À partir de 1980, le gouvernement chinois a initié un changement radical dans sa stratégie économique : au cours des trois décennies suivantes, il a ouvert le pays à des investissements étrangers à grande échelle ; il a privatisé des milliers d’industries et mis en branle un processus de concentration des revenus basé sur une stratégie délibérée de recréer une classe économique dominante de milliardaires liés aux capitalistes étrangers. La classe politique dominante en Chine a adopté l’idée d ‘ »emprunter » le savoir-faire technique et d’accéder aux marchés étrangers auprès d’entreprises étrangères en échange d’une abondante main-d’œuvre bon marché.

L’État chinois a réorienté des subventions publiques massives pour promouvoir une croissance capitaliste élevée en démantelant son système national d’éducation publique gratuite et de soins de santé. Ils ont mis fin à des logements sociaux subventionnés pour des centaines de millions de paysans et de travailleurs d’usines urbaines et ont fourni des fonds à des spéculateurs immobiliers pour la construction d’appartements de luxe privés et de gratte-ciel de bureaux. La nouvelle stratégie capitaliste de la Chine ainsi que sa croissance à deux chiffres étaient basées sur les changements structurels profonds et les investissements publics massifs rendus possibles par le précédent gouvernement communiste. « L’envolée » du secteur privé chinois a eu comme fondement les immenses dépenses publiques consenties depuis 1949.

La nouvelle classe capitaliste triomphante et ses collaborateurs occidentaux ont revendiqué tout le mérite de ce « miracle économique » alors que la Chine devenait la deuxième plus grande économie du monde. Cette nouvelle élite chinoise a été moins désireuse d’annoncer le statut de classe mondiale de la Chine en termes d’inégalités de classe brutales, rivalisant seulement avec les États-Unis.

Chine : De la dépendance impériale à la concurrence mondiale

La croissance soutenue de la Chine dans son secteur industriel était le résultat d’investissements publics très concentrés, de profits élevés, d’innovations technologiques et d’un marché intérieur protégé. Si les capitaux étrangers ont profité, ils ont toujours été dans le cadre des priorités et des réglementations de l’État chinois. La « stratégie d’exportation » dynamique du régime a conduit à d’énormes excédents commerciaux, ce qui a fait de la Chine l’un des plus gros créanciers au monde et surtout des Etats-Unis. Afin de maintenir ses industries dynamiques, la Chine a exigé d’énormes afflux de matières premières, ce qui s’est traduit par des investissements à grande échelle à l’étranger et des accords commerciaux avec des pays exportateurs d’agro-minéraux en Afrique et en Amérique latine. En 2010, la Chine a dépassé les États-Unis et l’Europe en tant que principal partenaire commercial dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

La Chine moderne, comme celle de 1100 à 1800, est devenue une puissance économique mondiale grâce à sa prodigieuse capacité de production. Le commerce et l’investissement étaient régis par une politique de non-ingérence stricte dans les relations internes de ses partenaires commerciaux. Contrairement aux États-Unis, la Chine n’a pas mené des guerres pour le pétrole. Au lieu de cela, elle a signé des contrats lucratifs. Et la Chine ne fait pas la guerre dans l’intérêt des Chinois de l’étranger, comme les États-Unis l’ont fait au Moyen-Orient pour Israël.

Le déséquilibre apparent entre la puissance économique chinoise et sa puissance militaire contraste fortement avec les États-Unis, où un puissant empire militaire parasite continue d’éroder sa propre présence économique mondiale.

Les dépenses militaires américaines sont douze fois supérieures à celles de la Chine. De plus en plus, l’armée américaine joue un rôle clé dans l’élaboration de la politique à Washington alors qu’elle cherche à réduire l’ascension de la Chine vers le pouvoir mondial.

La montée de la Chine au pouvoir mondial : l’histoire se répétera-t-elle ?

La Chine a augmenté d’environ 9% par an et ses biens et services augmentent rapidement en qualité et en valeur. En revanche, les États-Unis et l’Europe ont affiché une croissance de 1% entre 2007 et 2012. Les savants et techniciens chinois ont assimilé systématiquement les dernières inventions de l’Ouest (et du Japon) et les améliorent, réduisant ainsi le coût de production. La Chine a remplacé les « institutions financières internationales » contrôlées par les États-Unis et l’Europe (le FMI, la banque mondiale et la banque interaméricaine de développement) en tant que principal prêteur en Amérique latine. La Chine continue d’être le principal investisseur dans les ressources énergétiques et minérales africaines. La Chine a remplacé les États-Unis en tant que principal marché pour le pétrole saoudien, soudanais et iranien et remplacera bientôt les États-Unis en tant que principal marché pour les produits pétroliers du Venezuela. Aujourd’hui, la Chine est le plus grand fabricant et exportateur du monde, dominant même le marché américain, tout en jouant le rôle de la ligne de vie financière, car elle détient plus de 1,3 trillion de dollars en bons du Trésor américain.

Sous la pression croissante de ses ouvriers, fermiers et paysans, les dirigeants chinois ont développé le marché intérieur en augmentant les salaires et les dépenses sociales pour rééquilibrer l’économie et éviter le spectre de l’instabilité sociale. En revanche, les salaires, les traitements et les services publics vitaux des États-Unis ont fortement diminué en termes absolus et relatifs.

Compte tenu des tendances historiques actuelles, il est clair que la Chine remplacera les États-Unis en tant que première puissance économique mondiale, au cours de la prochaine décennie, si l’empire américain ne riposte pas et si les profondes inégalités de classe en Chine ne mènent pas à un bouleversement social majeur.

L’accession de la Chine moderne au pouvoir mondial est confrontée à de sérieux défis. Contrairement à l’ascension historique de la Chine sur la scène mondiale, le pouvoir économique mondial moderne chinois n’est pas accompagné d’entreprises impérialistes. La Chine a pris beaucoup de retard par rapport aux États-Unis et à l’Europe dans une capacité agressive de faire la guerre. Cela a peut-être permis à la Chine d’orienter les ressources publiques pour maximiser la croissance économique, mais elle a rendu la Chine vulnérable à la supériorité militaire américaine en termes d’arsenal massif, de bases avancées et de positions géo-militaires stratégiques au large des côtes chinoises. territoires.

Au XIXe siècle, l’impérialisme britannique a démoli la position mondiale de la Chine avec sa supériorité militaire, en s’emparant des ports chinois, en raison de la dépendance de la Chine à l’égard de la « supériorité mercantile ».

La conquête de l’Inde, de la Birmanie et de la plus grande partie de l’Asie a permis à la Grande-Bretagne d’établir des bases coloniales et de recruter des armées mercenaires locales. Les Britanniques et leurs alliés mercenaires ont encerclé et isolé la Chine, ouvrant la voie à la désorganisation des marchés chinois et à l’imposition de termes de l’échange brutaux. La présence armée de l’Empire britannique dictait ce que la Chine importait (l’opium représentait plus de 50% des exportations britanniques dans les années 1850) tout en sapant les avantages concurrentiels de la Chine par le biais de politiques tarifaires.

Aujourd’hui, les États-Unis poursuivent des politiques similaires : les patrouilles de la flotte navale américaine contrôlent les voies maritimes commerciales et les ressources pétrolières off-shore de la Chine via ses bases à l’étranger. La Maison Blanche de Obama et Clinton est en train de développer une réponse militaire rapide impliquant des bases en Australie, aux Philippines et ailleurs en Asie. Les États-Unis intensifient leurs efforts pour saper l’accès des Chinois à l’étranger aux ressources stratégiques tout en soutenant les séparatistes et les insurgés de base en Chine occidentale, au Tibet, au Soudan, en Birmanie, en Iran, en Libye, en Syrie et ailleurs. Les accords militaires américains avec l’Inde et l’installation d’un régime fantoche au Pakistan ont fait progresser sa stratégie d’isolement de la Chine. Alors que la Chine maintient sa politique de « développement harmonieux » et de « non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays », elle est restée neutre quand l’armée impérialiste des Etats-Unis et de l’Europe a attaqué une grande partie des partenaires commerciaux chinois pour inverser l’expansion commerciale pacifique de la Chine.

L’absence d’une stratégie politique et idéologique capable de protéger ses intérêts économiques à l’étranger a incité les États-Unis et l’OTAN à mettre en place des régimes hostiles à la Chine. L’exemple le plus frappant est celui de la Libye où les États-Unis et l’OTAN sont intervenus pour renverser un gouvernement indépendant dirigé par le président Kadhafi, avec qui la Chine avait signé des accords de commerce et d’investissement de plusieurs milliards de dollars. Le bombardement par l’OTAN de villes, de ports et d’installations pétrolières libyennes a forcé les Chinois à retirer 35 000 ingénieurs pétroliers et travailleurs de la construction chinois en quelques jours. La même chose s’est produite au Soudan où la Chine avait investi des milliards pour développer son industrie pétrolière. Les États-Unis, Israël et l’Europe ont armé les rebelles sud-soudanais pour perturber le flux de pétrole et attaquer les travailleurs pétroliers chinois [6]. Dans les deux cas, la Chine a laissé les impérialistes américains et européens attaquer ses partenaires commerciaux et de saper ses investissements.

Sous Mao Zedong, la Chine avait une politique active contre l’agression impériale. Elle soutenait les mouvements révolutionnaires et les gouvernements indépendants du tiers monde. La Chine capitaliste d’aujourd’hui n’a pas de politique active de soutien aux gouvernements ou aux mouvements capables de protéger les accords commerciaux et d’investissement bilatéraux de la Chine. L’incapacité de la Chine à faire face à la montée de l’agression militaire américaine contre ses intérêts économiques est due à de graves problèmes structurels. La politique étrangère de la Chine est façonnée par de grands intérêts commerciaux, financiers et manufacturiers qui comptent sur leur « avantage concurrentiel économique » pour gagner des parts de marché et ne comprennent pas les fondements militaires et sécuritaires de la puissance économique mondiale. La classe politique chinoise est profondément influencée par une nouvelle classe de milliardaires ayant des liens étroits avec les fonds d’actions occidentaux et qui ont absorbé sans discernement les valeurs culturelles occidentales. Ceci est illustré par leur préférence pour l’envoi de leurs propres enfants dans des universités d’élite aux États-Unis et en Europe. Ils cherchent « s’entendre avec l’Occident » à tout prix.

Ce manque de compréhension stratégique de la construction d’un empire militaire les a amenés à réagir de manière inefficace et ad hoc à chaque action impérialiste qui compromet leur accès aux ressources et aux marchés. Alors que les « premières affaires » de la Chine ont fonctionné alors qu’elle était un acteur mineur de l’économie mondiale, les constructeurs d’empire américains voyaient « l’ouverture capitaliste » comme une chance de prendre facilement les entreprises publiques chinoises et de piller l’économie. Cependant, lorsque la Chine (contrairement à l’ex-URSS) a décidé de maintenir des contrôles de capitaux et de développer une « politique industrielle » dirigée par l’État, orientée vers l’État et le transfert de technologie vers les entreprises publiques. Washington a commencé à se plaindre et a parlé de représailles.

Les énormes excédents commerciaux de la Chine avec les États-Unis ont provoqué une double réponse à Washington : elle a vendu massivement des bons du Trésor américain aux Chinois et a commencé à développer une stratégie globale pour bloquer l’avancée de la Chine. Comme les États-Unis n’avaient pas de levier économique pour inverser leur déclin, ils comptaient sur leur seul « avantage comparatif » – leur supériorité militaire basée sur un système mondial de bases d’attaque, un réseau de régimes clients étrangers, des procureurs militaires, des ONG et des intellectuels. mercenaires armés. Washington s’est tourné vers son vaste appareil de sécurité visible et clandestin pour saper les partenaires commerciaux de la Chine. Washington dépend de ses liens de longue date avec des dirigeants corrompus, des dissidents, des journalistes et des magnats des médias pour fournir la couverture de propagande puissante tout en faisant avancer son offensive militaire contre les intérêts étrangers de la Chine.

La Chine ne possède rien de comparable à l’appareil de sécurité » des États-Unis à l’étranger parce qu’elle pratique une politique de « non-ingérence ». Compte tenu de l’état avancé de l’offensive impériale occidentale, la Chine n’a pris que quelques initiatives diplomatiques, comme le financement des médias anglophones pour présenter son point de vue, opposant son veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour s’opposer aux efforts américains pour renverser le régime indépendant Assad en Syrie et s’opposant à l’imposition de sanctions drastiques contre l’Iran. Elle a sévèrement désapprouvé la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton quand elle a exprimé des doutes sur la « légitimité » de l’État chinois lorsqu’il a voté contre la résolution des États-Unis et de l’ONU préparant une attaque contre la Syrie [7].

Les stratèges militaires chinois sont plus conscients et alarmés par la menace militaire croissante pour la Chine. Ils ont exigé avec succès une augmentation annuelle de 19% des dépenses militaires au cours des cinq prochaines années (2011-2015) [8]. Même avec cette augmentation, les dépenses militaires de la Chine représenteront toujours moins d’un cinquième du budget militaire américain et la Chine ne dispose pas d’une base militaire à l’étranger, contrairement aux 750 installations américaines à l’étranger. Les opérations de renseignement chinois à l’étranger sont minimes et inefficaces. Ses ambassades sont dirigées par et pour des intérêts commerciaux étroits, qui ont complètement échoué à comprendre la politique brutale de l’OTAN de changement de régime en Libye et à informer Beijing de son importance pour l’État chinois.

Deux autres faiblesses structurelles minent la montée de la Chine en tant que puissance mondiale. Cela inclut l’intelligentsia hautement « occidentalisée » qui a avalé sans discernement la doctrine économique américaine sur les marchés libres tout en ignorant son économie militarisée. Ces intellectuels chinois répètent la propagande américaine sur les « vertus démocratiques » des campagnes présidentielles à un milliard de dollars, tout en soutenant la déréglementation financière qui aurait mené à une prise de contrôle des banques et de l’épargne chinoises par Wall Street. De nombreux consultants et universitaires chinois ont été formés aux États-Unis et influencés par leurs liens avec des universitaires américains et des institutions financières internationales directement liées à Wall Street et à la ville de Londres. Ils ont prospéré en tant que consultants hautement rémunérés recevant des postes prestigieux dans les institutions chinoises. Ils identifient la « libéralisation des marchés financiers » avec des « économies avancées » capables d’approfondir les liens avec les marchés mondiaux plutôt que comme une source majeure de la crise financière mondiale actuelle. Ces « intellectuels occidentalisés » sont comme leurs homologues compradores du 19ème siècle qui ont sous-estimé et rejeté les conséquences à long terme de la pénétration impériale occidentale. Ils ne comprennent pas comment la déréglementation financière aux États-Unis a précipité la crise actuelle et comment la déréglementation conduirait à une prise de contrôle occidentale du système financier chinois – dont les conséquences redistribueraient l’épargne intérieure de la Chine à des activités non productives (spéculation immobilière), précipitent la crise financière et finissent par miner la position mondiale dominante de la Chine.

Ces yuppies chinois imitent le pire des styles de vie consuméristes occidentaux et leurs conceptions politiques sont guidées par ces styles de vie et ces identités occidentalisées qui excluent tout sentiment de solidarité avec leur propre classe ouvrière.

Il existe une base économique pour les sentiments pro-occidentaux des néo-compradores chinois. Ils ont transféré des milliards de dollars à des comptes bancaires étrangers, acheté des maisons et des appartements de luxe à Londres, à Toronto, à Los Angeles, à Manhattan, à Paris, à Hong Kong et à Singapour. Ils ont un pied en Chine (la source de leur richesse) et l’autre en Occident (où ils consomment et cachent leur richesse).

Les compradores occidentalisés sont profondément ancrés dans le système économique chinois ayant des liens familiaux avec les dirigeants politiques de l’appareil du parti et de l’État. Leurs connexions sont les plus faibles dans l’armée et dans les mouvements sociaux en expansion, bien que certains étudiants « dissidents » et militants académiques dans les « mouvements démocratiques » soient soutenus par des ONG impériales occidentales. Dans la mesure où les compradores gagnent en influence, ils affaiblissent les institutions étatiques économiques fortes qui ont dirigé l’ascension de la Chine vers le pouvoir mondial, tout comme au 19ème siècle en servant d’intermédiaires pour l’Empire britannique. Au XIXe siècle, sous couvert de « libéralisme », les Anglais ont rendus plus de 50 millions de Chinois dépendants de l’opium en moins d’une décennie. Proclamant la « démocratie et les droits de l’homme », les canonnières américaines patrouillent maintenant au large des côtes chinoises. L’ascension de la Chine vers la puissance économique mondiale a engendré des inégalités monumentales entre les milliers de nouveaux milliardaires et multi-millionnaires au sommet et les centaines de millions de travailleurs pauvres, de paysans et de travailleurs migrants au bas de l’échelle.

L’accumulation rapide de la richesse et du capital de la Chine a été rendue possible grâce à l’exploitation intense de ses travailleurs qui ont été dépouillés de leur filet de sécurité sociale et des conditions de travail réglementées garanties sous le régime communiste. Des millions de ménages chinois sont dépossédés afin de promouvoir les promoteurs/spéculateurs immobiliers qui construisent des tours de bureaux et des appartements de luxe pour l’élite nationale et étrangère. Ces caractéristiques brutales du capitalisme chinois ont fait naître une revendication massive et grandissante qui concerne à la fois le travail et le logement qui se développe chaque année. Le slogan des promoteurs/spéculateurs « devenir riche est merveilleux » a perdu son pouvoir de tromper les gens. En 2011, il y avait plus de 200 000 usines côtières urbaines et villages ruraux populaires. La prochaine étape, qui ne manquera pas de se produire, sera l’unification de ces luttes dans de nouveaux mouvements sociaux nationaux avec un ordre du jour de classe exigeant la restauration des services de santé et d’éducation dont bénéficient les communistes ainsi qu’une plus grande part des richesses chinoises. Les demandes actuelles pour de meilleurs salaires peuvent se tourner vers des demandes pour une plus grande démocratie sur le lieu de travail. Pour répondre à ces demandes populaires, les nouveaux libéraux compradores occidentalisés ne peuvent pas proposer leur « modèle » américain en exemple car les travailleurs étasuniens sont en train d’être dépouillés de tout ce que les Chinois demandent maintenant qu’on leur rende.

La Chine, déchirée par l’intensification des conflits de classe et politiques, ne peut pas maintenir son élan vers le leadership économique mondial. L’élite chinoise ne peut pas faire face à la menace militaire impériale croissante des États-Unis alors que ses alliés, les compradores, font partie de l’élite libérale intérieure et que la société est profondément divisée avec une classe ouvrière de plus en plus hostile. Le temps de l’exploitation effrénée de la main-d’œuvre chinoise doit cesser pour faire face à l’encerclement militaire de la Chine par les États-Unis et à la désorganisation économique de ses marchés étrangers. La Chine possède d’énormes ressources. Avec plus de 1,5 billion de dollars de réserves, la Chine peut financer un programme national complet de santé et d’éducation dans tout le pays.

La Chine peut se permettre de mener un « programme de logement public » intensif pour les 250 millions de travailleurs migrants qui vivent actuellement dans des conditions urbaines sordides. La Chine peut imposer un système d’impôt sur le revenu progressif à ses nouveaux milliardaires et millionnaires et financer les petites coopératives agricoles familiales et les industries rurales pour rééquilibrer l’économie. Leur programme de développement de sources d’énergie alternatives, telles que les panneaux solaires et les parcs éoliens, est un début prometteur pour s’attaquer à leur grave pollution de l’environnement. La dégradation de l’environnement et les problèmes de santé connexes suscitent déjà l’inquiétude de dizaines de millions de personnes. En fin de compte, la meilleure défense de la Chine contre les empiètements impériaux est un régime stable basé sur la justice sociale pour des centaines de millions et une politique étrangère de soutien aux mouvements et régimes anti-impérialistes étrangers – dont l’indépendance est dans l’intérêt vital de la Chine. Ce qu’il faut, c’est une politique active basée sur des entreprises militaires conjointes et mutuellement profitables et de la solidarité diplomatique. Un petit groupe d’intellectuels chinois, déjà influent, a déjà soulevé la question de la menace militaire grandissante des États-Unis et « refuse la diplomatie des canonnières ». [9]

La Chine moderne a beaucoup de ressources et d’opportunités dont ne disposait pas la Chine au 19ème siècle quand elle a été soumise par l’Empire britannique. Si les États-Unis continuent d’intensifier leur politique militariste agressive contre la Chine, Pékin peut déclencher une grave crise budgétaire en déversant quelques centaines de milliards de dollars dans des billets du Trésor américain. La Chine, une puissance nucléaire devrait tendre la main à son voisin, également armé et menacé, la Russie, pour confronter et confondre les élucubrations belliqueuses de la secrétaire d’État américaine Hilary Clinton. Le futur président russe Poutine promet d’augmenter les dépenses militaires de 3% à 6% du PIB au cours de la prochaine décennie pour contrer les bases offensives de missiles de Washington aux frontières de la Russie et contrecarrer les programmes de changement de régime d’Obama contre ses alliés. [10]

La Chine possède de puissants réseaux commerciaux, financiers et d’investissement couvrant le monde entier ainsi que de puissants partenaires économiques. Ces liens sont devenus essentiels pour la croissance continue de nombreux pays du monde en développement. En s’attaquant à la Chine, les États-Unis devront faire face à l’opposition de nombreuses puissantes élites du marché à travers le monde. Rares sont les pays ou les élites qui voient leur avenir lié à un empire économiquement instable basé sur le militarisme et les occupations coloniales destructrices.

En d’autres termes, la Chine moderne, en tant que puissance mondiale, est incomparablement plus forte qu’elle ne l’était au début du XVIIIe siècle. Les États-Unis n’ont pas l’influence coloniale que possédait l’Empire britannique au cours de la période précédant la Guerre d’Opium. En outre, de nombreux intellectuels chinois et la grande majorité de ses citoyens n’ont pas l’intention de laisser les « compradores occidentalisés » vendre le pays. Rien n’accélérerait la polarisation politique dans la société chinoise et accélérerait l’avènement d’une seconde révolution sociale chinoise plus qu’une direction timide se soumettant à une nouvelle ère du pillage impérial occidental.

James PETRAS, China: Rise, Fall and Re-Emergence as a Global Power, Dissident Voice, 07/03/2012.


Notes et références

[1] John HOBSON, The Eastern Origins of Western Civilization, Cambridge University Press, 2004.
[2] Hobson, Op. Cit., Ch. 9 pp. 190-218.
[3] Hobson, Op. Cit., Ch. Ch. 11, pp. 244-248.
[4] Richard GOTT, Britain’s Empire: Resistance, Repression and Revolt, Verso, 2011. Chronique historique détaillée de la sauvagerie qui accompagne l’empire colonial britannique.
[5] Hobson, Op. Cit., pp. 253-256.
[6] Katrina Manson, South Sudan puts Beijing ‘s policies to the test, Financial Times, 21/02/12, p. 5.
[7] Interview de Clinton NPR, 26/02/12.
[8] La Jornada, 15/02/2012.
[9] China Daily, 20/02/2012.
[10] Charles Clover, Putin vows huge boost in defense spending, Financial Times, 12/02/2012.

Lire aussi :
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [Texte en ligne].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Dossier documentaire Economie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Au pays du changement permanent


 

Les statistiques de la Banque mondiale montrent qu’en 2000, le PIB français se chiffrait à 1 326,3 milliards de dollars, contre 1 198,4 milliards de dollars pour la Chine. Deux ans plus tard, le PIB chinois dépassait le PIB français, avec 1 453,8 milliards de dollars contre 1 452 milliards de dollars. À l’époque, l’économie chinoise croissait à un rythme d’environ 10 % par an. Les trois années suivantes, en raison de la hausse de l’euro, la Banque mondiale qui calcule les PIB des pays en dollars indiquait que le PIB français avait à nouveau dépassé celui de la Chine. À partir de 2005, l’économie chinoise a commencé à connaître un essor considérable et le PIB chinois atteignait 2 256,9 milliards de dollars, dépassant à nouveau le PIB français qui était alors de 2 136,5 milliards de dollars. L’année suivante, le PIB chinois atteignait 2 712,9 milliards de dollars, alors que celui de la France s’établissait à 2 255,7 milliards de dollars. En 2008, année des Jeux olympiques de Beijing, le PIB chinois grimpait à 4 521,8 milliards de dollars, tandis que le PIB français indiquait 2 831,7 milliards de dollars. On voit que l’écart de PIB se creusait rapidement entre la Chine et la France, mais le public tant chinois que français n’en avait cure, car ces chiffres abstraits ne se reflètent pas dans la vie de tous les jours. Ce que pouvaient noter les Chinois, c’est que leurs voyages en France revenaient de moins en moins chers.

En 2010, avec 5 930,5 milliards de dollars, le PIB chinois prenait la seconde place mondiale, tandis que celui de la France se tassait à 2 565 milliards de dollars. Le PIB chinois était déjà plus de double du PIB français. En 2016, le PIB chinois se montait à 11 218,2 milliards de dollars, soit quatre fois plus que le PIB hexagonal. Ces chiffres abstraits, nous ne pouvons pas les percevoir au quotidien. Je vivais et travaillais dans les deux pays, et seules quelques différences me sautaient aux yeux : dans les grandes villes chinoises, à Beijing, à Shanghai ou à Shenzhen, je voyais plus de voitures de luxe que dans les villes françaises et on pouvait rencontrer plus de jeunes dans les hôtels 5 étoiles en Chine qu’en France. Autre différence : au classement du PIB par habitant publié en avril 2016 par le FMI, la France est au 24e rang avec 38 124 dollars/personne, alors que la Chine prend la 74e place avec seulement 8 113 dollars/habitant. Cela illustre le fossé qui sépare la Chine, un pays en développement, de la France, pays développé.

[…]

Un autre événement récent s’est produit en Chine, qui ne doit pas être négligé : le Sommet des BRICS qui s’est tenu au début de septembre à Xiamen. On sait que ce genre de sommets est riche en déclarations et annonces de toutes sortes, et les médias français en ont fait état. Je ne veux en citer qu’une parmi tant d’autres : la coopération monétaire entre pays des BRICS prend une tournure concrète. Au cours de son point de presse, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « la mise en place du réservoir de devises des cinq pays est en route ». Cette initiative avait été évoquée lors du premier sommet des cinq pays à Moscou ; elle a été précisée lors du sommet suivant des BRICS au Brésil. Lors du Sommet d’Afrique du Sud, cette proposition a été mise en œuvre. On ne sait pas encore la date du lancement du réservoir de devises, mais je note un paragraphe dans la déclaration des cinq pays publiée lors du sommet de cette année : « Nous convenons qu’à condition que les lois de nos cinq pays le permettent, nos cinq pays entretiendront des contacts étroits visant à renforcer la coopération monétaire et explorer plus de moyens à ce sujet à travers l’échange de monnaies, les règlements et les investissements en monnaies des cinq pays. »

[…]

Pour conclure, relatons un épisode qui s’est produit cet été. En juillet, la plus longue autoroute traversant un désert est entrée en service : il s’agit de l’autoroute reliant Beijing à Ürümqi qui s’étend sur 2 540 km. Le long de cette autoroute se trouve un paysage en tout point comparable à celui de la fameuse route 66 aux États-Unis. Nos amis français amateurs de paysages désertiques peuvent venir l’admirer ici. Lorsque j’étudiais le français, mon professeur s’étonnait, au début des années 1980, de ce que la Chine ne possédait pas d’autoroute. La première autoroute a été construite en 1988 dans la banlieue de Shanghai sur seulement 16 km. Mais aujourd’hui, la Chine est le pays qui possède le plus long réseau autoroutier au monde. Des nouvelles incroyables pour nos amis occidentaux qui peinent à s’habituer au rythme auquel se développe la Chine. Il faut voir la Chine comme un pays qui change constamment. C’est en tout cas mon vécu lorsque je suis rentré de France en Chine. Une expérience qui pourra être utile à nos amis français

Lire l’intégralité de l’article : ZHENG Ruolin, Au pays du changement permanent, Chine au présent, 28/09/2017.

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