Chine en Question

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La face cachée du Dalaï-Lama


Prix Nobel de la paix, le Dalaï-lama, abrité sous sa toge safran, incarne le martyre d’un Tibet soumis au joug chinois. Symbole de sagesse, il rassemble les foules partout dans le monde. Sacralisé, adulé : qui remettrait en cause ce dieu vivant qui prétend porter avec lui l’espoir de liberté de tout un peuple ?

Maxime Vivas ose s’attaquer au mythe : et si le Dalaï-lama était un théocrate qui remplit d’or les coffres de ses palais tandis que les Tibétains n’étaient que des serfs auxquels on refuse toute éducation ? Et si, en bon opportuniste, il tenait un discours changeant à l’égard des Chinois, tantôt amis, tantôt ennemis ? Et s’il faisait le jeu des Américains et de la CIA davantage que celui des Tibétains qu’il prétend défendre ?

S’appuyant sur les propos mêmes du Dalaï-lama, sur les témoignages de prosélytes ainsi que sur son propre voyage au Tibet, l’auteur dresse un portrait au vitriol de « Sa Sainteté » et nous démontre que tout n’est pas si zen au royaume de Bouddha.

Maxime VIVAS, Dalaï-Lama – Pas si zen, Max Milo, 2011 [Blog de Bernard GensaneLe Grand SoirRenmin RibaoXinhua].

Stéphane Hessel, qui s’indigne dans les médias, s’affiche aussi avec Sa Sainteté le Dalaï Lama !

15/08/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• 28/03/2008, Serge LEFORT, La promotion de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Monde en Question.
• 28/03/2008, Maxime VIVAS, Tibet : départ de diplomates étrangers pour Lhassa, Le Grand Soir.
• 16/04/2008, Serge LEFORT, Mélenchon contre la théocratie tibétaine, Monde en Question.
• 20/06/2008, Maxime VIVAS, Le Tibet, « Paradis perdu » !, Le Grand Soir.
• Articles Maxime VIVAS, AtlanticoLe Grand Soir.
• Articles Dalaï Lama, Chine en Question.
• Articles Tibet, Chine en Question.
Revue de presse Chine 2008 [La promotion de Sa Sainteté le Dalaï Lama], Monde en Question.
Dossier documentaire Tibet, Monde en Question.
• L’actualité des livres
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Veille littéraire CNL

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中國 zhōng guó


Que savons nous de la Chine ? Rien, pratiquement rien. Le volume d’informations quotidiennes est inversement proportionnel à l’importance de ce pays. Yahoo! Actualité est un bon indicateur. En temps ordinaire, ce site publie moins de 5 dépêches par jour, qui sont reprises en boucle par tous les médias dominants. Mais dès que le dalaï-lama s’exprime, les médias dominants se prosternent aux pieds de sa Sainteté, la 14e réincarnation d’une divinité tibétaine, pour recueillir sa parole en copiant-collant les dépêches d’agences [1].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la Chine ne fut pas et n’est pas un objet de connaissance, mais de convoitise des puissances occidentales. Christophe Colomb mourut sans savoir qu’il avait découvert l’Amérique car il croyait avoir trouvé le chemin le plus court pour conquérir Cathay, nom donné à la Chine par Marco Polo [2].
La colonisation de la Chine fut donc retardée et finalement réalisée par d’autres puissances occidentales, principalement l’Angleterre et la France entre 1839 et 1949, avec une brutalité non moins raffinée que celles des Conquistadores espagnols. Les chercheurs anglo-saxons, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle [3]. Il ne faut jamais oublier cette barbarie quand les mêmes puissances occidentales prétendent donner des leçons de démocratie à la Chine.

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que, pour commencer, nous lui attribuons un nom qui n’est pas le sien. 中國 en chinois, transcrit zhōng guó en pinyin, se traduit par « pays du milieu » et non par « empire du milieu » comme on le fait couramment, y compris dans Wikipédia qui comporte beaucoup d’autres erreurs dont l’usage du terme « sinogramme » au lieu de « caractère chinois » [4].
L’usage de l’expression volontairement fautive « empire du milieu », qui induit l’idée de domination voire d’assujettissement, était le lieu commun des colonisateurs et est resté le lieu commun de la propagande des médias dominants.
Pays s’écrit 國 en graphie classique et 国 en graphie simplifiée. 國 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos), 口 kǒu (bouche), 一 yī (le chiffre un) et 戈 gē (lance / hallebarde). 国 est composé de 囗 wéi (enceinte / enclos) et 玉 yù (jade). Ainsi, le mot pays évoque, en graphie classique, un espace délimité par une frontière, protégé par une force militaire et administré efficacement et, en graphie simplifiée, un espace délimité par une frontière et précieux comme le jade [5].

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que la majorité des sinologues français, plus encore les prétendus tels, ont conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la philosophie occidentale. C’est le cas des contributions de La pensée en Chine aujourd’hui [6] et notamment celle de Joël Thoraval qui annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

Nous ne savons rien de la Chine ou si peu… parce que les médias dominants simplifient à l’extrême comme toujours et surtout parce qu’ils sont unanimes à relayer les idéologies les plus réactionnaires. Conformément à un processus classique d’évolution, les petits maîtres à penser, hier pro-chinois parce que disciples béats du grand timonier, sont aujourd’hui anti-chinois parce que prosélytes zélés du consensus néo-libéral droite-gauche [7]. La réalité chinoise est beaucoup plus complexe, mais qui s’en soucie ?

20/02/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Dictionnaire chinois français – français chinois en caractères simplifiés, Chine nouvelle.
• L’étude des caractères classiques permet de comprendre les subtilités de la langue et donc de la pensée chinoise. Ces deux livres, de lecture facile, constituent une excellente introduction :

– FAZZIOLI Edoardo, Caractères chinois – Du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, Flammarion, 1987 et 1993.
– JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 [DjohiZénith FM].
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Cyrille JAVARY, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question.


[1] Les médias droite-gauche de la France catho-laïque se complaisent à encenser le dalaï lama, qui est leur héros contre la Chine. Il est vrai que, à l’heure où la démocratie s’exporte à coups de missiles contre le peuple afghan, il est logique que le chef religieux d’un secte puisse incarner à la fois une divinité tibétaine et la démocratie occidentale.


Dalaï Lama, sculpture d’Eugenio Merino

Et l’im-Monde récite son catéchisme : «le traitement réservé à cet homme en Europe et aux Etats-Unis est un marqueur de l’attachement que les Occidentaux éprouvent encore à l’égard des droits de l’homme». Le respect des droits de l’homme, invoqué contre les anciennes colonies, n’est qu’un discours néo-colonial… sans effets.
[2] Le terme grandes découvertes masque la réalité du projet colonial de la Monarchie catholique. La Conquista des Amériques commença en 1492 c’est-à-dire l’année où s’achevait la Reconquista chrétienne des royaumes musulmans de la péninsule Ibérique. La colonisation se traduisit par le vol des terres, le pillage des richesses, le massacre des résistants, l’esclavage et la conversion des survivants, l’imposition des mœurs et coutumes occidentales notamment vestimentaires.
[3] Un bon résumé par Michel TIBON-CORNILLOT : Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa et La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
[4] Le terme sinogramme ne fut pas inventé par Delphine Weulersse et Nicolas Lyssenko beaucoup le répète par copier-coller. C’est une appellation typiquement coloniale :

En France, il était déjà en usage au XIXe siècle : on le trouve employé, par exemple, dans un article d’Alexandre Ular, Notes sur la littérature en Chine. Il était également utilisé par les auteurs anglo-saxons : ainsi George Ripley et Charles A. Dana dans The New American Cyclopaedia: A Popular Dictionary of General Knowledge, dont l’édition fut entreprise dès 1858. Le premier usage attesté le serait en 1830, en langue latine : « sinogrammatum. » Cette année-là, l’abbé Janelli Cataldo publia un ouvrage dont le titre est : Tabulae Rosettanae Hieroglyphicae et Centuriae Sinogrammatum polygraphicorum interpretatio per Lexeographiam Temuricosemiticam (Neapoli Typis Regiis).
Wikipédia

Pour la petite histoire, Delphine Weulersse est une religieuse chrétienne orthodoxe que les éditions du Cerf présentent ainsi :

Après une licence de russe et un doctorat de chinois en Sorbonne, une année d’étude à l’université de Pékin et quatre au Japon, Delphine Weulersse, mariée et mère de trois enfants, a enseigné la langue et la littérature chinoises classiques pendant près de trente ans à l’université de Paris-VII. […] En 1993, à la suite d’une conversion fulgurante, elle devient orthodoxe au monastère russe de Bussy-en-Othe où elle fera sa profession monastique en 2002 sous le nom d’Anastasia.

Quant à Nicolas Lyssenko, il a auto-édité avec Delphine Weulersse en 1986 une Méthode programmée du chinois moderne.
[5] Étymologie de 國, Chine nouvelle et JAVARY Cyrille J.-D., 100 mots pour comprendre les Chinois, Albin Michel, 2008 p.277 à 279.
Usages du caractère 國 à partir d’une recherche dans Google.
[6] CHENG Anne (sous la direction de), La pensée en Chine aujourd’hui, Folio Gallimard, 2007.
[7] HOCQUENGHEM Guy, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary, Agone, 1986 et 2003.

Le Dalaï Lama et Obama


La nouvelle est à présent officielle. Sous peu le Dalaï Lama sera reçu par Obama à la Maison Blanche. La rencontre entre ces deux âmes jumelles était inévitable : à vingt ans d’écart l’un de l’autre (1989 et 2009), tous les deux ont reçu le Prix Nobel pour la paix, et tous les deux ont reçu cette distinction ad maiorem Dei gloriam, ou, pour plus d’exactitude, pour la plus grande gloire de la « nation élue » par Dieu. 1989 était l’année où les USA obtenaient le triomphe dans la guerre froide et s’apprêtaient à démanteler l’Union soviétique, la Yougoslavie et aussi – comme ils l’espéraient – la Chine. Dans ces conditions, celui qui allait être couronné champion de la paix ne pouvait être que le moine intrigant qui depuis trente ans déjà, encouragé et financé par la CIA, se battait pour détacher de la Chine un quart de son territoire (le Grand Tibet).

En 2009, la situation avait radicalement changé : les dirigeants de Pékin étaient arrivés à éviter la tragédie qu’on voulait infliger à leur pays ; au lieu d’être renvoyés aux décennies terribles de la Chine, opprimée, humiliée et souvent condamnée en masse à la mort par inanition, à la « Chine crucifiée » dont parle les historiens, un cinquième de la population mondiale avait connu un développement prodigieux, tandis que s’avéraient clairement le déclin et le discrédit qui frappaient la superpuissance solitaire qui en 1989 avait cru avoir le monde dans ses mains. Dans les conditions qui avaient émergé en 2009, le Prix Nobel pour la paix couronnait celui qui, grâce à son habileté oratoire et sa capacité de se présenter comme un homme nouveau et venant d’en bas, était appelé à redonner quelque lustre à l’impérialisme étasunien.

En réalité, la signification authentique de la présidence Obama est à présent sous les yeux de tous. Il n’est de zone au monde dans laquelle ne se soient pas accentués le militarisme et la politique de guerre des USA. Dans le Golfe Persique a été envoyée une flotte, équipée pour neutraliser la riposte possible de l’Iran aux bombardements sauvages qu’Israël prépare fébrilement grâce aussi aux armes fournies par Washington. En Amérique Latine, après avoir encouragé ou promu le coup d’état au Honduras, Obama installe sept bases militaires en Colombie, relance la présence de la IVème flotte, profite de l’urgence humanitaire en Haïti (dont la gravité est aussi la conséquence de la domination néocoloniale que les USA y exercent depuis deux siècles) pour occuper massivement le pays : avec un déploiement de forces qui est aussi un lourd avertissement aux pays latino-américains. En Afrique, sous prétexte de combattre le « terrorisme », les USA renforcent leur dispositif militaire par tous les moyens : sa tâche réelle est de rendre le plus difficile possible l’approvisionnement en énergie et matières premières dont la Chine a besoin, de façon à pouvoir l’étrangler au moment opportun. En Europe même, Obama n’a pas du tout renoncé à l’expansion de l’OTAN à l’Est, et à l’affaiblissement de la Russie ; les concessions sont formelles et ne visent qu’à isoler le plus possible la Chine, le pays qui risque de mettre en question l’hégémonie planétaire de Washington.

Oui, c’est en Asie que le caractère agressif de la nouvelle présidence états-unienne émerge dans toute sa clarté. Il ne s’agit pas seulement du fait que la guerre en Afghanistan a été étendue au Pakistan, avec un recours aux avions sans pilotes (et sa suite de « dommages collatéraux) nettement plus massif qu’à l’époque de l’administration Bush junior. C’est surtout ce qui arrive à Taïwan qui est significatif. La situation allait s’améliorant nettement : entre la Chine continentale et l’île, les contacts et les échanges ont repris et se développent ; les rapports entre le Parti Communiste Chinois et le Kuomindang ont été rétablis. Avec la nouvelle vente d’armes, Obama veut atteindre un objectif bien précis : si vraiment on ne peut pas démanteler le grand pays asiatique, du moins faut-il en empêcher la réunification pacifique.

Et c’est en ce point là qu’annonce son arrivée à Washington une vieille connaissance de la politique du containment et du démantèlement de la Chine. Voici qu’au moment opportun entre de nouveau en scène Sa Sainteté qui, avant même de mettre les pieds aux USA, bénit à distance le marchand de cannons qui siège à la Maison Blanche. Mais le Dalaï Lama n’est-il pas universellement connu comme le champion de la non-violence ? Je me permets, à propos de cette manipulation raffinée, de renvoyer à un chapitre de mon livre (La non-violence – Une histoire hors du mythe). Pour le moment je me borne à anticiper un seul point. Des ouvrages ayant pour auteur ou co-auteur des ex-fonctionnaires de la CIA révèlent une vérité qui ne doit jamais être perdue de vue : la non-violence est un « écran » (screen) inventé par le département des services secrets étasuniens majoritairement engagé dans la « guerre psychologique ». Grâce à cet « écran », Sa Sainteté était plongé dans une aura sacrée, alors que depuis longtemps, après sa fuite hors de Chine en 1959, il a promu au Tibet une révolte armée, alimentée par les ressources financières massives, par la puissante machine organisatrice et multi médiatique et par l’immense arsenal états-uniens ; révolte qui a cependant échoué à cause du manque d’appui de la part de la population tibétaine. Il s’agissait d’une révolte armée – écrivent encore les ex-fonctionnaires de la CIA – qui a permis aux USA d’accumuler de précieuses expériences pour les guerres en Indochine, c’est-à-dire pour des guerres coloniales – c’est moi qui ajoute, cette fois – qui sont à ranger parmi les plus barbares du XXème siècle.

Maintenant, le Dalaï Lama et Obama se rencontrent. C’était dans la logique des choses. Cette rencontre entre les deux Prix Nobel du mensonge sera plutôt affectueuse comme seule peut l’être une rencontre entre deux personnalités liées entre elles par des affinités électives. Mais elle ne promet rien de bon pour la cause de la paix.

Domenico Losurdo
Mondialisation Traduction : Marie-Ange Patrizio

Lire aussi :
• L’empire américain est ruiné par ses guerres, ContreInfo.
Les USA se ruinent à vouloir maintenir leur statut de super puissance par de coûteuses guerres et un budget militaire gigantesque financés à crédit. Pour Eric Margolis, le complexe militaro-industriel, contre lequel le président Eisenhower avait mis en garde lors de son discours d’adieu, entraîne le pays vers sa chute et Obama, comme son prédécesseur, abuse ses concitoyens en recourant à l’emprunt pour continuer à maintenir l’illusion d’un empire aujourd’hui vacillant.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie USA, Monde en Question.

Revues sur la Chine


Cahiers d’Asie centrale
Publication de l’Institut Français d’Études sur l’Asie centrale, les Cahiers d’Asie centrale présentent les résultats de recherches en sciences humaines et sociales dans l’aire centrasiatique. Appréhendant un vaste espace largement méconnu, placé au carrefour des mondes russe, turc, chinois et iranien, cette revue pluridisciplinaire aide à la compréhension de ses réalités et de ses mutations. Elle propose une multiplicité de points de vue, en conjuguant des articles écrits par des chercheurs locaux et occidentaux.
Cahiers d’Asie centrale – Chine

Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien
Revue de sciences sociales et politiques, les CEMOTI se donnent pour but l’étude d’une région précise mais relativement vaste qui s’étend de l’Europe du Sud à l’Asie centrale en passant par le Moyen-Orient et le Caucase.
CEMOTI

Cultures & conflits
Revue de science politique, Cultures & conflits se propose d’analyser les différentes expressions de la conflictualité. Elle ouvre ses colonnes à des politistes mais aussi à des sociologues, à des anthropologues, à des historiens, des géographes spécialistes de zones particulières, en croisant leurs regards avec les préoccupations des stratèges et des spécialistes de relations internationales. La nature spécifique de l’approche choisie privilégie l’analyse des relations entre des phénomènes souvent arbitrairement découpés : relation entre l’interne et l’international, entre les formes contestataires et coercitives de violence, entre les formes de violence physique et symbolique.
Cultures & conflits – Chine

Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines
La revue Études Mongoles a été fondée en 1970 par Roberte Hamayon. Réalisée dans le cadre du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative de Paris-X jusqu’en 2000, elle l’est aujourd’hui dans le cadre de l’École Pratique des Hautes Études. Son domaine s’est élargi à la Sibérie en 1976, puis à l’Asie centrale et au Tibet en 2004.
Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines

Perspectives chinoises
Revue entièrement consacrée au monde chinois contemporain qu’elle analyse dans ses aspects socio-politiques, économiques, culturels et littéraires, Perspectives chinoises offre une information originale ainsi que des analyses fondées sur des enquêtes de terrain menées par des chercheurs spécialisés.
Perspectives chinoises

Revue de l’histoire des religions
La Revue de l’histoire des religions, publication trimestrielle fondée en 1880, dont la rédaction est établie au Collège de France, est ouverte à la plus large collaboration, française et étrangère. Son champ d’étude couvre toutes les formes du donné religieux, discours et vécu, des origines à nos jours, sous toutes les latitudes.
Revue de l’histoire des religions – Chine

Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée
La REMMM présente, sous forme de livraisons thématiques, des études sur l’ensemble du monde musulman. Articulée en deux série « Histoire » et « Monde contemporain », elle rassemble les contributions, sur un thème donné, des spécialistes du Maghreb et du Machrek, mais aussi des mondes iranien et ottoman, des Balkans, de l’islam africain, de l’Inde et de l’Extrême-Orient musulmans.
REMMM – Chine

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Tout (ou presque) sur le Xinjiang


À l’heure où les médias dominants martèlent la même propagande contre la Chine et en faveur des révoltes des provinces chinoises du Tibet et du Xinjiang, il est utile de lire d’autres sources pour comprendre la nature réelle des événements en cours et la complexité de leurs enjeux géopolitiques.

Tout (ou presque) sur le Xinjiang et les Ouïghours dans les revues

Synthèses actuelles (ordre chronologique) :

Frédérique-Jeanne BESSON et Françoise AUBIN (sous la direction de), Les Ouïgours au vingtième siècle, Cahiers d’Études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien n°25, 1998.

Le Xinjiang au bord de l’embrasement », « Le dragon chinois gronde chez les Ouïgours » titre la presse française. Les émeutes qui ont agité la ville de Yining, ou Kouldja, au mois de février 1997, la vague de répression qui les a suivies, les trois attentats à la bombe à Pékin qui paraissent y répondre, bref l’ensemble des événements de cette dernière année au Xinjiang ont été largement couverts et répercutés par les médias occidentaux. Suivis de près par une agitation de même nature au Tibet, ces événements ont placé au coeur de l’actualité la province séparatiste de l’Ouest. Survenus au moment de la mort de Deng Xiaoping, ils ont alimenté la tendance qui, en Chine comme à l’extérieur, cherche à prédire l’éclatement de l’Empire. Les événements de Tian-an-men en 1989, la fragilisation du centre par rapport aux riches provinces côtières, la fin de l’URSS analysée comme le glas des empires, la mutation entamée sous l’effet de l’économie de marché et enfin la mort du dirigeant sont des éléments invoqués à l’appui d’un scénario de désintégration de la Chine, qui complèterait ce bouleversement radical que le continent eurasiatique a connu dans les dernières années du XXe siècle. Dans la mesure où l’hypothèse du « séparatisme économique » des provinces côtières du Sud-Est semble avoir fait long feu, surtout depuis le retour de Hong Kong dans le giron chinois, l’attention se porte tout à coup sur les trois provinces frondeuses du limes, la Mongolie, le Tibet et le Xinjiang/Turkestan Oriental.

Rémi Castets, « Le nationalisme ouïghour au Xinjiang : expressions identitaires et politiques d’un mal-être. », Perspectives chinoises n°78, 2003.

Au cours des vingt dernières années, les troubles au Xinjiang se sont multipliés et le sentiment national ouïghour s’est renforcé. Cette étude se propose de mettre en évidence les causes et les formes de la montée du nationalisme ouïghour. Nous soulignerons l’impact déterminant d’un contexte sociopolitique largement sous tendu par des logiques coloniales pour expliquer le renforcement de cette idéologie visant à redonner aux Ouïghours, ou plus largement aux populations turcophones du Xinjiang, les rênes du pouvoir politique que ce soit au sein d’une entité véritablement autonome ou indépendante. Nous soulignerons aussi le rôle joué par les inflexions récentes du contexte politique en Chine et en Asie centrale.

Elisabeth Allès, « Iredale Robyn, Bilik Naran et Guo Fei (éds.), China’s Minorities on the Move. Selected Case Studies / Godement François (dir.), « La Chine et son Occident. China and its Western Frontier », Les Cahiers d’Asie », Perspectives chinoises n°81, 2004.

Les disparités régionales, entraînées par les réformes entreprises depuis ces vingt dernières années, ont accentué la situation parfois désastreuse des populations de la moitié ouest de la Chine. Retard de développement économique, migrations Han renforçant les tensions politiques en particulier au Xinjiang et au Tibet, et grands projets gouvernementaux ont incité les chercheurs chinois et occidentaux à porter une attention plus soutenue à ces régions sensibles en raison de leur position stratégique de zones frontières. Le premier ouvrage présenté ici traite d’un thème encore peu abordé, la migration des minorités ; le second, plus politique, analyse les stratégies en œuvre dans les provinces occidentales de la République populaire de Chine (RPC).

Guillemette Pincent, « Les empreintes spatiales de la sinisation dans les petites et moyennes villes du Xinjiang », Géocarrefour, volume 84-1-2/2009.

Le Xinjiang est une région autonome située à l’ouest de la Chine. Sa population se compose de 41% de Han et de près de 45% d’Ouïgours, musulmans et turcophones qui réclament depuis des décennies leur indépendance. Le gouvernement chinois tente alors de contrôler fortement ce territoire. Cet article analyse les marques spatiales de la sinisation en cours dans les villes petites et moyennes du Xinjiang. L’emprise du pouvoir central sur ces espaces urbains se caractérise par la fragmentation des cités historiques ouïgoures et par la folklorisation de l’héritage bâti traditionnel. La ville devient un espace de pouvoir, elle symbolise les tensions politiques entre populations locales et État chinois.

Alain Cariou, « Introduction au dossier « L’Asie centrale » », EchoGéo n° 9, juin 2009 / août 2009.

Alain Cariou, « Le nouveau Xinjiang : intégration et recompositions territoriales d’une périphérie chinoise », EchoGéo n°9, juin 2009 / août 2009.

Le Xinjiang est généralement présenté comme l’archétype de la périphérie chinoise en raison de son enclavement, de son retard de développement et de son peuplement constitué de minorités nationales. Pourtant, depuis peu, cette périphérie présente le paradoxe d’un développement accéléré qui la singularise des autres provinces intérieures de la Chine par son premier rand pour son IDH et son PIB. Cette évolution s’explique par son rôle géostratégique dû à sa richesse en ressources naturelles et à sa position frontalière ce qui lui confère la fonction de « tête de pont » commerciale de la Chine en Asie centrale. L’achèvement du réseau routier et ferroviaire transcontinental porteur de migrations Han participe de la politique nationale de sécurisation et d’intégration économique et culturelle du Xinjiang ce que traduit le rapide déclin des minorités nationales.

Pour aller plus loin (ordre chronologique) :

  • Jean Chesneaux, Reconstruction et réorientation dans la vie économique de la Chine nouvelle, Annales de Géographie, Année 1951, Volume 60, Numéro 319, pp. 88-109.
  • Alfred Sauvy, La population de la Chine. Nouvelles données et nouvelle politique, Population, Année 1957, Volume 12, Numéro 4, pp. 695-706.
  • Owen Lattimore, Frontières russo-chinoises, Politique étrangère, Année 1958, Volume 23, Numéro 4, pp. 365-375.
  • Stuart R. Schram, La politique de la Chine, Revue française de science politique, Année 1966, Volume 16, Numéro 6, pp. 1162-1173.
  • Jean-Paul Roux, Les astres chez les Turcs et les Mongols, Revue de l’histoire des religions, Année 1979, Volume 195, Numéro 195-2, pp. 153-192.
  • Jean-Paul Roux, Les religions dans les sociétés turco-mongoles, Revue de l’histoire des religions, Année 1984, Volume 201, Numéro 201-4, pp. 393-420.
  • Jean Tricart, Où en est l’agriculture chinoise ?, Annales de Géographie, Année 1985, Volume 94, Numéro 525, pp. 569-586.
  • Liu Chang Hong, Jean-Claude Chesnais, Mariage et régulation démographique : le cas de la Chine, Population, Année 1986, Volume 41, Numéro 6, pp. 979-1004.
  • Jean-Paul Roux, La tolérance religieuse dans les Empires turco-mongols, Revue de l’histoire des religions, Année 1986, Volume 203, Numéro 203-2, pp. 131-168.
  • Jean-Paul Roux, Sacerdoce et empires universels chez les Turco-Mongols, Revue de l’histoire des religions, Année 1987, Volume 204, Numéro 204-2, pp. 151-174.
  • Marcel Bazin, Identité ethnique et identité régionale en Iran et en Asie centrale, Revue du monde musulman et de la Méditerranée, Année 1991, Volume 59, Numéro 59-60, pp. 101-116.
  • Iris Choi-Bellanger, Le transfert de technologie en Chine, Revue internationale de droit comparé, Année 1994, Volume 46, Numéro 3, pp. 845-888.
  • Thierry Pairault, Les régions chinoises : industrialisation inégale et développements divergents, Tiers-Monde, Année 1996, Volume 37, Numéro 147, pp. 549-568.
  • Jean-Luc Domenach, Réflexions sur l’avenir du système politique chinois, Tiers-Monde, Année 1996, Volume 37, Numéro 147, pp. 713-724.
  • Jacques Lemoine, Dialectique des ethnicités et des identités en Chine, L’Homme, Année 1998, Volume 38, Numéro 148, pp. 231-249.
  • Elisabeth Allés, Des oulémas femmes : le cas des mosquées féminines en Chine, Revue du monde musulman et de la Méditerranée, Année 1999, Volume 85, Numéro 85-86, pp. 215-236.
  • I. Attané, a fécondité chinoise à l’aube du XXIe siècle : constats et incertitudes, Population, Année 2000, Volume 55, Numéro 2, pp. 233-264.
  • Geneviève Boyreau-Debray, Politique économique locale et inflation en Chine, Revue économique, Année 2000, Volume 51, Numéro 3, pp. 713-724.
  • Pierre-Arnaud Chouvy, « Les Chinois d’outre-mer des Tchou à Deng Xiaoping : des origines historiques et géographiques d’un phénomène migratoire plus que millénaire », Cybergeo, 2000.
  • John Lagerwey, « Jun Jing, The Table of Memories. History, Power and Morality in a Chinese Village », L’Homme, 156, octobre-décembre 2000.
  • Dominique Simard, « La Chine au bord du gouffre, la désertification gagne du terrain », VertigO, 2004.
  • Rémi Castets, « Michael Dillon, Xinjiang-China’s Muslim Far North West », Perspectives chinoises n°89, 2005.
  • Catherine Mayeur-Jaouen, « Papas Alexandre, Soufisme et politique entre Chine, Tibet et Turkestan, Librairie d’Amérique et d’Orient, Jean Maisonneuve, 2005, 291 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.
  • Rémi Castets, « S. Frederick Starr (éd.), Xinjiang. China’s Muslim Borderland », Perspectives chinoises n°94, 2006.
  • Hugues Bissot, « Lothaire Fanny, La Chine et ses minorités : Les Ouïghours entre incorporation et répression, Paris, L’Harmattan, 2006, 196 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.
  • Abdulla Arslan, « Aspects de la langue ouïgoure au Xinjiang », Annuaire de l’École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 139, 2008.
  • Sebastian Veg, « Les intellectuels chinois et le problème du Xinjiang », Perspectives chinoises n°3, 2008.

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Xinjiang, Monde en Question.

Révolte sociale au Xinjiang


Les médias dominants se répètent inlassablement dès qu’il s’agit de la Chine. Ils plaquent la même analyse idéologique sur les révoltes des provinces chinoises du Tibet ou du Xinjiang. Cet amalgame ne permet pas de comprendre la nature réelle des événements et encore moins leurs enjeux.

Contrairement aux anciens maoïstes (Libération, Rue89) qui brûlent l’idole qu’ils ont adorée ou aux anciens trotskystes (Mediapart) qui sont devenus des maccarthystes, Martine Bulard rappellent opportunément que :

1) «Avec une célérité inhabituelle, le gouvernement chinois a rendu publiques les images de manifestations violentes qui se sont déroulées dimanche 5 juillet à Urumqi, la capitale de la province du Xinjiang.»
2) «Visiblement […], les manifestants ouïgours ont attaqué et parfois même lynché les Han, ethnie majoritaire en Chine et minoritaire au Xinjiang, qui se trouvaient sur leur passage.»
3) «Il est impossible de savoir» qui a allumé l’incendie à Urumqi.
4) «La fracture s’avère plus sociale et ethnique que religieuse.» [1]
Les blogs du Diplo

Les questions sociales sont aujourd’hui totalement escamotées du discours médiatique au profit des questions ethniques ou religieuses. Présenter les événements sous cet angle relève d’une propagande idéologique – la même que celle du gouvernement chinois – pour ne pas parler des discriminations sociales au Tibet, au Xinjiang ou ailleurs dans le monde [2].

Les médias dominants parlent «violentes émeutes ethniques qui ont opposé Ouïghours, musulmans turcophones, et Hans, l’ethnie majoritaire en Chine» alors que «les émeutes ont éclaté dimanche, en marge d’une manifestation de 1.000 à 3.000 musulmans ouïghours qui demandaient justice pour deux membres de leur communauté» [AP-Yahoo! Actualités].

Les médias dominants soutiennent sans réserves les moines tibétains et, plus curieusement, les musulmans ouïghours. Mais peu de médias rappellent que «tout au long des années 90, l’Arabie saoudite a investi dans des écoles coraniques et payé des équipements publics au Xinjiang» [3].

11/07/2009
Serge LEFORT

Lire aussi :
• Turkestan Oriental ou le Xinjiang entre Ouïgour, sunnisme et pétrole, Seriatim article bien documenté.
• Xinjiang : l’énergie attise le conflit, Usine nouvelle article utile pour les données chiffrés.
• Dossier sur la situation au Xinjiang, Aujourd’hui la Chine.
• Nouveau dossier sur la situation au Xinjiang, Aujourd’hui la Chine.
• Au Xinjiang, la Chine s’essaye à une nouvelle communication de crise, Aujourd’hui la Chine.
• Dossier documentaire & Bibliographie Xinjiang, Monde en Question.


[1] La fracture s’avère plus sociale que ethnique ou religieuse.
[2] Les Ouïghours, oubliés du développement économique du Xinjiang, Aujourd’hui la Chine
[3] Le Xinjiang n’est pas le Tibet, Slate.

Kouchner porte-parole du Dalaï lama


« Les droits de l’homme et une politique étatique ne sont parfois pas très compatibles », a reconnu mardi le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, au sujet de l’engagement de la France à ne pas soutenir l’indépendance du Tibet, afin de réchauffer les relations avec la Chine.

Il a rappelé sur RTL que dans un communiqué commun diffusé la semaine dernière, Paris rejetait « les accusations qui auraient pu être émises contre la position de la France », mais soulignait que la France n’avait « jamais été partisane de l’indépendance du Tibet ». Or « cette phrase m’a posé problème, et j’en ai parlé au président de la République bien sûr ».

« Les droits de l’homme et une politique étatique ne sont parfois pas très compatibles. L’un se fonde sur l’autre mais ne se fond pas dedans », a analysé le chef de la diplomatie française. « Il faut être réaliste, il faut être efficace, il ne faut pas être un enfant de coeur ou alors il faut démissionner tous les jours ».

Le ministre des Affaires étrangères a souligné que « les droits de l’homme doivent être au coeur de notre politique mais pas la résumer ». « Il n’y a pas une phrase qui concerne une rencontre future entre des responsables et le dalaï lama ».

« Nous avons répété notre position, celle du dalaï lama en particulier, qui n’a jamais demandé l’indépendance », a-t-il assuré.

« Etait-il important dans une période de crise comme celle-là après le G20, au G20, de réaffirmer la nécessité de bonnes relations avec la Chine ? Pour l’intérêt de la France et le développement de l’emploi et pour l’avenir de cette crise, pour la raccourcir le plus possible, je pense que c’était nécessaire », a conclu Bernard Kouchner.

AP-Yahoo! Actualités

Propagande pour le Tibet


L’anniversaire de la fuite du Dalai-Lama vers l’Inde en mars 1959 fut l’occasion d’une nouvelle opération de propagande en faveur non seulement du Tibet, présenté comme « l’enfer » sous domination chinoise, mais aussi du chef religieux et politique d’un système séculaire d’oppression des Tibétains.

Les médias dominants répètent en boucle les mêmes mots, les mêmes phrases en tordant l’histoire et en faisant du bouddhisme tibétain une victime du communisme chinois et de Tenzin Gyatso un héros des droits de l’homme. L’histoire est naturellement plus complexe et certainement pas en faveur des moines tibétains ni du Dalai-Lama [1].

Élisabeth MARTENS et Jean-Paul DESIMPELAERE viennent d’écrire « Le Boudhisme tibétain » (à paraître le 17/04/2009 aux éditions Aden) :

Le livre est une déconstruction systématique des stéréotypes que nous nous faisons du Bouddhisme Tibétain, à savoir « une philosophie de vie et pas une religion, une religion athée, sans dogme et non confessionnelle, prêchant le pacifisme, la tolérance et la compassion, non politisée et sans ambitions économiques ». L’instrumentalisation à des fins politiques de cette philosophie religieuse est un des points central du livre [2].

La Fondation Gabriel Péri organise une conférence-débat avec les auteurs le 14 mai 2009 à Paris sur le thème « Tibet : Fascination ou Manipulation ? » (voir Reflets de Chine).

Dans ce contexte, la promotion de Sa Sainteté le Dalaï Lama par le député-maire Jean-Marc Ayrault, soi-disant représentant de la République laïque, est le symptôme du retour de l’idéologie religieuse dans le champ politico-médiatique [3]. Mais il est probable que la propagande hystérique pour le Tibet touche à sa fin car la Chine a salué… le retournement du président Nicolas Sarkozy sur cette question [4]. Seule la gauche restera peut-être fidèle à la théocratie tibétaine…

03/04/2009
Serge LEFORT

Lire aussi :
• Chine-Tibet 2008
Monde en Question
Tian-Di
Tibetdoc
• Bibliographie & Dossier documentaire Tibet, Monde en Question.


[1] Lire les articles à partir du 10 mars 2009 :
Yahoo! Actualités.
Alvinet Actualité.
[2] 11/02/2009, Tibet, deux personnages incontournables, Reflets de Chine – La Chine vue autrement.

ALBIÉ Alain, Reflets de Chine – La Chine vue autrement.
– Articles, Investig’action
– Articles, Tibetdoc

DESIMPELAERE Jean-Paul, Tibetdoc
– Articles, Investig’action
– Articles, Mondialisation
– Articles, Radio86 – Tout sur la Chine
– Articles, Reflets de Chine
– Articles, Tibetdoc
– Bibliographie, Monde en Question

MARTENS Élisabeth, Tian-Di.
– Articles, Investig’action
– Articles, Le Grand Soir
– Articles, Mondialisation
– Articles, Radio86 – Tout sur la Chine
– Articles, Reflets de Chine
– Articles, Tibetdoc
– Bibliographie, Monde en Question

• 25/01/2008, MARTENS Elisabeth – Spécial Tibet, le défi à la Chine, Investig’action

En réponse aux articles du Nouvel Obs. du 17 janvier 2008
1. La carte du « Tibet historique » se base sur une approximation de ce que fut l’Empire des Tubo pendant environ un siècle (8ème). L’Empire des Tubo s’est effondré au 9ème en raison de divisions claniques. Suite à la chute des Tubo, les monastères bouddhistes, assez disséminés et surtout fort contestés par les représentants de la religion préexistante (le Bön), prennent en main l’organisation du pays.
2. Le Tibet n’a pas été « annexé à la Chine en 1959 », mais au 13ème siècle, lorsque les Mongols ont envahi la Chine des Song. Constatant la grande influence des monastères bouddhistes sur les populations tibétaines, les Mongols ont désigné des hauts lamas pour devenir responsables administratifs du Tibet.
3. Le Tibet n’a pas été un « protectorat chinois », mais il est devenu une province chinoise au 18ème siècle, lorsque les Qing (dynastie mandchoue) ont divisé le vaste Empire chinois en 18 provinces. C’est à cette époque que le 5ème Dalaï-Lama fut nommé dirigeant politique du Tibet, ce que restera la lignée des Dalaï-Lamas.
4. Donc, le Tibet connut une brève indépendance au 8ème siècle, et depuis lors ne put plus accéder à ce titre. Aucun gouvernement au monde, ni l’ONU, n’a jamais reconnu une indépendance du Tibet vis-à-vis de la Chine, depuis cette lointaine époque des Tubo.

• 21/03/2008, MARTENS Elisabeth, Violences au Tibet : un avis alternatif, Investig’action

D’après des témoins occidentaux présents sur place, e.a. James Miles, journaliste pour « The Economist » , les violences commises à Lhassa durant cette semaine – date de commémoration de la « Rébellion nationale de mars 59 » – ont été inaugurées par des Tibétains, dont des lamas qui encourageaient des groupes de jeunes à commettre des actes destructeurs.
Les manifestations de violence étaient organisées : les Tibétains portaient des sacs à dos remplis de pierres, de couteaux et de cocktails molotov. Les morts causés par ce drame sont tous des Chinois. Les dégâts matériels, destruction de commerces, incendie de véhicules, étaient clairement tournés contre les Chinois. Les manifestants tibétains s’en sont également pris à des écoles primaires, des hôpitaux et des hôtels.
De sorte que les Occidentaux présents sur place, pour la plupart des touristes, se demandaient quand la police allait intervenir. Rejointe par l’armée chinoise, elle est intervenue suite à deux jours de violence. Les autorités chinoises craignaient-elles la réaction des pays occidentaux ? … pays qui, en réalité, n’attendaient que cette intervention pour parler de « répression sauvage par l’armée chinoise et de chasse aux manifestants ». Comment lire ces faits ?

• 28/03/2008, MARTENS Elisabeth, Tibet : Réponses sur l’Histoire, la religion, la classe des moines, les problèmes sociaux, la répression, le rôle des USA…, Investig’action

Il faut analyser à qui profitent ces émeutes : ni aux Chinois, ni aux six millions de Tibétains de Chine. Elles servent essentiellement à ameuter l’opinion publique autour des violations des Droits de l’homme en Chine, le manque de liberté d’expression, et les diverses répressions que nous incriminons au gouvernement chinois. Donc, elles servent à donner de la Chine une image exécrable, ceci juste avant les JO qui vont rassembler la presse internationale à Pékin.

A nouveau, c’est l’information qui est donnée chez nous : après avoir mis en lumière la tromperie quant au génocide ethnique, on s’est rapidement tourné vers le « génocide culturel ». Il est évident que, moi, en tant que petit individu, si je dis l’inverse, personne ne me croira, mais il suffit d’aller voir sur place pour vous en convaincre.

L’opinion publique suit les médias et les médias obéissent aux intérêts économiques. Ne vit-on pas dans une dictature économique chez nous ? La censure est aussi réelle ici qu’ailleurs, mais mieux camouflée. En Occident, on n’est pas enfermé en prison pour ses opinions, mais bien dans sa tête, puis dans la maladie qui en résulte. Je me demande parfois ce qui vaut mieux. Donc votre question réelle devient : « comment expliquer le sentiment pro-tibétain véhiculé par notre système économique » ? Ni les E-U, ni l’Europe n’apprécient les avancées fulgurantes de la Chine sur la scène internationale. Tous les coups sont bons pour la contrecarrer : « Il faut foutre le bordel pendant les JO à Pékin ! » crie Cohn-Bendit dans son discours en séance plénière à propos du comportement que l’UE doit adopter face à la Chine. Ceci, pas même une semaine après les événements qui ont enflammé le cœur de Lhassa ! C’est assez monstrueux, mais cela démontre par « a+b » que le « grand monde de la diplomatie et du trust financier » n’a cure du Tibet, ce qui lui importe c’est « foutre le bordel en Chine ».

• 28/03/2008, PEREZ Benito, «Le bouddhisme tibétain, une philosophie ? C’est à s’esclaffer !», Le Courrier

Entretien avec Elisabeth Martens. Le dalaï-lama et son entourage portent les couleurs du pacifisme et se doivent d’entretenir l’image de tolérance et de compassion qui sied au bouddhisme tibétain, afin de séduire l’Occident. Lors des récentes émeutes, quand les actes de violence ont atteint un niveau de barbarie sans nom, il s’en est distancié. Au sein de la communauté tibétaine en exil, il existe une scission: d’une part, les modérés, dont le dalaï-lama, qui ne demandent pas l’indépendance mais une «autonomie poussée». D’autre part, les radicaux, fraction montante au sein du gouvernement en exil, qui exigent l’indépendance et sont prêts pour cela à prendre les armes. En réalité, cette dualité est très utile à leur parrain commun, les Etats-Unis: le dalaï-lama et sa suite (européenne, surtout) sert à rassembler les intellectuels occidentaux autour des thèmes de «démocratie», de «droit de l’homme», tandis que la fraction «dure» rassemble de plus en plus de membres grâce à un discours musclé. Apparemment, ce sont ces derniers qui ont mis le feu aux poudres. En provoquant des émeutes à caractère raciste, ils ont obligé le gouvernement chinois à sortir la grosse mitraille.

• 08/04/2008, « L’exaspération sociale est le ressort du mouvement au Tibet », l’Humanité
• 10/04/2008, MARTENS Elisabeth, Tibet : un appel à l’esprit critique !, Investig’action

«Ne croyez pas une chose parce que beaucoup en parlent, ne croyez pas sur la foi des temps passés, ne croyez à rien sur la seule autorité de vos prêtres et de vos maîtres. Après examen, croyez ce que vous-même aurez expérimenté et reconnu raisonnable, qui sera conforme à votre bien et à celui des autres».

Comment les Européens réagissent-ils à une telle mascarade? De la manière la plus attendue et la plus formelle qui soit. Les parlementaires se plient en quatre devant les grands prêtres oranges, les banderoles pro-tibétaines volent dans l’air azuré de Paris, les jeunes branchés écolo-bio et les intellos de gauche sont les plus atteints : c’est à en pleurer de misère intellectuelle !

De cœur avec les Chinois et les Tibétains de Chine, je m’insurge donc face au manque de réflexion et d’analyse critique qui caractérise l’Europe dans ces événements liés, non pas au Tibet réel, mais aux Tibétains en exil manipulés par l’affairisme et le consumérisme de l’Occident.

[3] Lire :
• 28/08/2008, La promotion de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Monde en Question.
• 02/04/2009, À quand le Tibeton ?, Reflets de Chine.
[4] La Chine salue l’engagement français sur le Tibet, Xinhua.

La Chine a indiqué jeudi à Beijing qu’elle appréciait l’engagement formel de la France de ne soutenir aucune forme « d’indépendance du Tibet ».
La Chine et la France ont publié un communiqué de presse conjoint le 1er avril.
Selon le communiqué, la France reconnaît pleinement l’importance et la sensibilité du problème du Tibet et réaffirme son adhésion à la politique d’une seule Chine et sa position selon laquelle le Tibet fait partie intégrante du territoire chinois, conformément à la décision prise par le général Charles de Gaulle, qui n’a pas changé et restera inchangée. Dans cet esprit et selon le principe de non-ingérence, la France refuse de soutenir toute forme « d’indépendance du Tibet ».
« La France s’est solennellement engagée », a déclaré Qin Gang, ajoutant : « La position de la France est explicite et nous espérons que la France pourra se conformer aux principes et à l’esprit exposé dans le communiqué. »

La Chine rompt le silence sur l’Afghanistan


Dans l’environnement violent et létal dans lequel il a vécu et survécu pour conduire au bout du compte la marche de Pékin vers un socialisme aux caractéristiques chinoises, Deng Xiaoping avait de très grandes raisons d’être prudent. Eu égard à l’approche internationale de la Chine, voici ce que Deng disait : «Observons calmement ; assurons notre position ; faisons face aux affaires avec calme ; cachons nos capacités et attendons le bon moment ; faisons tout pour maintenir un profil bas ; et ne revendiquons jamais de leadership.»

Ainsi, la Chine n’a jamais fait connaître sa pensée sur le problème afghan. L’organe du Parti Communiste Chinois (PCC), le Quotidien du Peuple, vient à présent de rompre avec ce principe de base dans un commentaire hautement nuancé.

Aujourd’hui, alors que l’atmosphère menace de devenir très vite sulfureuse dans la région qui entoure l’Afghanistan, la situation devient très critique. Mais cela seul n’explique pas le moment choisi pour ce commentaire chinois, intitulé «Les ajustements de la stratégie anti-terroriste américaine seront-ils couronnés de succès ?»

Le contexte est particulièrement justifié. La Secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, vient juste de terminer une visite décisive en Chine. Pékin pousse manifestement un soupir de soulagement à propos du «sens de la certitude» dans les relations sino-américaines sous la présidence de Barack Obama. Qui plus est, Pékin a été séduite par le fait que Clinton a cité l’antique aphorisme chinois tongzhou gongji – «Lorsque nous sommes dans le même bateau, nous devons nous entraider» – comme étant l’esprit de notre époque troublée. Là, cela dépasse largement l’amour musclé que George W. Bush a témoigné à la Chine afin qu’elle «prenne des risques» dans le système international.

L’Afghanistan a sûrement fait partie des discussions entre Clinton et les dirigeants chinois, surtout que sa visite a coïncidé avec l’annonce d’Obama concernant un accroissement des troupes en Afghanistan.

Pêcher en eau trouble

Cependant, il y a deux autres messages sous-jacents. Les États-Unis changent manifestement de vitesse sur leur politique en Asie du Sud, comme le prouve la décision d’Obama de nommer Richard Holbrooke comme représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan. Et Holbrooke n’est pas étranger à Pékin.

Il est clair que Pékin, juste après la récente visite d’Holbrooke dans la région, a jugé que les relations entre les États-Unis et l’Inde entraient dans une nouvelle phase qualitative, laquelle a montré quelques signes de friction. Il est payant pour Pékin de pêcher en eaux troubles et d’accumuler plus de pression sur son voisin méridional.

Deuxièmement, le ministre russe des affaires étrangères a annoncé la semaine dernière que les invitations avaient été lancées pour la conférence, attendue depuis longtemps, de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) sur l’Afghanistan, qui se tiendra à Moscou le 27 mars prochain. Le moment approche pour Pékin de prendre position sur le problème afghan. Les tergiversations formulées dans des homélies pieuses pourraient ne plus suffire.

La Chine a-t-elle le sens de la solidarité avec la Russie – ou avec les observateurs de l’OSC, tels que l’Inde et l’Iran ? Mais Pékin ne peut pas non plus se permettre de dissiper l’élan naissant d’un partenariat avec l’administration Obama. Et les États-Unis (ainsi que ses alliés) boycottent la conférence de l’OCS.

Dans la période à venir, nous pourrions donc assister à quelques numéros de contorsion étonnants de la part de Pékin. Le commentaire du Quotidien du Peuple a virtuellement appelé à l’extension du mandat d’Holbrooke, pour inclure le «problème indo-pakistanais». Il est vrai que ce commentaire se retient de mentionner le Cachemire en tant que tel, mais il laisse peu à l’imagination que le Cachemire est précisément ce quoi il se référait – que les États-Unis devraient arbitrer une solution à ce que le Pakistan appelle la «question essentielle» dans ses relations tendues avec l’Inde.

Le commentaire chinois dit que le seul envoi de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan ne peut aider Obama à atteindre ses «objectifs stratégiques», à moins que Washington ne stabilise l’Asie du Sud, en particulier le Pakistan et les relations indo-pakistanaises. L’éditorial se poursuit ainsi :

Il est clair que sans la coopération du Pakistan, les États-Unis ne peuvent pas gagner la guerre contre la terreur. Par conséquent, pour protéger ses propres intérêts dans la lutte contre le terrorisme en Asie du Sud, les États-Unis doivent garantir un environnement stable au Pakistan, à l’intérieur et à l’international, et apaiser les tensions entre le Pakistan et l’Inde. Vu sous cet angle, il est facile de comprendre pourquoi Obama a nommé Richard Holbrooke comme envoyé spécial pour les questions afghane et pakistanaise, et pourquoi l’Inde est incluse dans la première visite d’Holbrooke à l’étranger. En fait, le «problème afghan», le «problème pakistanais» et le «problème indo-pakistanais» sont tous liés. (italiques ajoutées).

Ces mots ont été clairement pesés et ces remarques inamicales ne risquent pas de passer inaperçues à New Delhi. Les diplomates indiens ont frappé un grand coup pour veiller à ce que le mandat d’Holbrooke n’inclut pas l’Inde, malgré l’ensemble des opinions, au sein des think-tanks et de l’establishment américains, qui insiste sur le fait que des tensions sous-jacentes dans les relations indo-pakistanaises se poursuivront tant que le problème du Cachemire n’aura pas été résolu. Pékin s’est maintenant jeté dans le débat et la Chine exprime ouvertement son soutien à la position pakistanaise.

Ce qui est intéressant est que Pékin ignore totalement la cause profonde de «l’anti-américanisme» qui prévaut au Pakistan et qui a beaucoup à voir avec l’interférence étasunienne dans les affaires intérieures de ce pays, en particulier le soutien des États-Unis aux dictatures militaires successives, ou avec la psyché blessée des Musulmans – ou avec la guerre brutale que mènent les États-Unis en Afghanistan. En effet, le commentaire chinois est resté silencieux sur la question centrale de l’occupation étrangère de l’Afghanistan.

Pékin ne peut pas ignorer que l’Inde verrait d’un mauvais œil une intervention au Cachemire par une tierce partie, tout comme la Chine est profondément allergique aux opinions mondiales concernant le Tibet ou le Xinjiang. Une explication possible pourrait être que Pékin redoute que l’Inde puisse jouer une fois encore la «carte tibétaine», alors qu’approche le 50ème anniversaire du soulèvement tibétain (le 10 mars prochain).

Dans la dernière ligne droite avant cet anniversaire, Pékin est en train sévir contre les nationalistes tibétains. La Chine aimerait sans doute avertir l’Inde qu’elle pourrait également sortir la «carte cachemirie». Somme toute, les stratèges indiens devront donc analyser soigneusement l’éventail des motivations chinoises, en appelant, à ce stade, à une médiation des États-Unis dans les disputes indo-pakistanaises, talonnant de près les discussions entre Clinton et les dirigeants chinois à Pékin.

En dehors de l’Inde, Pékin identifie la Russie comme une autre puissance régionale qui impacte négativement la stratégie des États-Unis en vue de stabiliser l’Afghanistan. (Soit dit en passant, ce commentaire ignore complètement l’Iran, comme s’il n’était pas un facteur important sur l’échiquier afghan.) Ce commentaire dit : «… Les États-Unis doivent s’assurer que la Russie est apaisée. La région d’Asie Centrale, où se trouve l’Afghanistan, avait l’habitude d’être l’arrière cour de la Russie… Tandis que les relations entre les États-Unis et la Russie montrent des signes de rétablissement après l’arrivée d’Obama au pouvoir, les réactions de la Russie vis-à-vis de la décision étasunienne d’accroître ses troupes en Afghanistan sont plutôt subtiles.»

Alors, que fait Obama ? Pékin fait la supposition suivante : «La détermination de la Russie de ne pas permettre que les États-Unis jouissent d’un contrôle dominant dans l’affaire afghane est plutôt visible. La façon dont les États-Unis feront face à la relation ‘coopérative et concurrentielle’ avec la Russie dans l’affaire afghane testera la capacité des États-Unis à réaliser ses objectifs stratégiques en Afghanistan.»

Mais alors, la Chine est également une partie intéressée dans les deux questions aujourd’hui controversées des relations américano-russes : l’expansion de l’OTAN près de ses frontières d’Asie Centrale et le déploiement du bouclier étasunien antimissile. La Chine abhorre l’expansion de l’Otan près de ses frontières et s’oppose au bouclier antimissile qui réduirait à néant sa capacité de frappe nucléaire de qualité relativement inférieure.

Mais, ainsi que Deng l’aurait dit, pourquoi revendiquer le leadership de l’opposition à ces manœuvres étasuniennes lorsque Moscou fait déjà un travail merveilleux ?

Le commentaire du Quotidien du Peuple fait la distinction concernant les intérêts de la Russie en Afghanistan. Il conseille implicitement à Washington de ne pas prendre la conférence de l’OCS à venir comme une sorte de coalition sino-russe. Une fois encore, en affirmant que la fermeture de la base aérienne de Manas par les autorités kirghizes fait partie d’un «jeu stratégique entre les États-Unis et la Russie», le Quotidien du Peuple a effectivement démystifié la conférence de l’OCS à venir. Après tout, la raison d’être de cette conférence est que la situation afghane pose une menace à la sécurité de l’Asie Centrale. Mais le commentaire chinois n’aborde pas une seule fois cet aspect.

Bref, ce qui émerge est que peu importe la détermination de Moscou à défier le «monopole étasunien sur la résolution du conflit» en Afghanistan, la Chine ne se laissera pas entraînée dans un tel calcul. Comme Deng l’aurait dit, la Chine observera calmement et gardera un profil bas. Après tout, la Russie force le passage sur son arrière-cour afghane et, si elle réussit, non seulement l’OCS, mais également la Chine, seront les bénéficiaires nets. D’un autre côté, si les États-Unis snobent la Russie, cela ne fera qu’entamer le prestige de Moscou, pas celui de Pékin.

La Chine est-elle irrité qu’il y ait de nouveaux signes positifs dans les relations russo-américaines ? Il y a de quoi à ce que Moscou médite sur la raison pour laquelle le Quotidien du Peuple aurait rabâché la même chose sur l’animosité de la Russie vis-à-vis de l’influence des États-Unis en Asie Centrale, à un tel moment aussi délicat où l’administration Obama a décidé de ne pas faire de la fermeture de la base aérienne de Manas un élément des relations russo-américaines. Moscou trouverait embarrassant de se voir dépeint comme un «saccageur» de la stratégie d’Obama sur l’Afghanistan.

Etablir un contact avec les Islamistes

Ce qui est vraiment extraordinaire à propos du commentaire chinois est ses références indirectes à la question centrale des Taliban. Il y a des indications que Pékin n’aurait aucun problème en tant que tel si les Taliban, dans le cadre d’un règlement politique, étaient impliqués dans la structure du pouvoir en Afghanistan. De façon intéressante, ce commentaire conseille aux États-Unis d’être «pragmatiques vis-à-vis des conditions réelles de l’Afghanistan». Il exprime également un soutien à l’argument selon lequel l’Afghanistan manque «pratiquement de toutes les préalables à la modernité». Par ailleurs, il suggère que l’Afghanistan ne puisse pas être un Etat unitaire.

Ces commentaires doivent être considérés à la lumière de la nouvelle pensée qui règne dans les milieux influents aux États-Unis et en Grande-Bretagne, selon laquelle une approche «de la base vers la hiérarchie», impliquant la diffusion de la puissance de l’Etat en faveur des leaderships locaux, pourrait être la réponse aux problèmes en Afghanistan et sera le meilleur moyen d’impliquer les taliban dans la structure du pouvoir dans les régions pachtounes.

Le PCC a innové en invitant une délégation de l’influent Djamaat-e-Islami (DI) pakistanais à visiter la Chine la semaine dernière. Durant cette visite qui a duré tout un week-end, les deux camps ont signé un protocole d’accord énonçant quatre principes pour les relations sino-pakistanaises, incluant l’indépendance, l’égalité, le respect mutuel et la non-interférence dans les affaires intérieures de chacun des deux pays.

Pendant ce temps, le DI a garanti le soutien total à l’unité nationale et géographique de la Chine et a complètement soutenu la position de la Chine concernant Taiwan, le Tibet et la question du Xinjiang. Pékin a ensuite rendu la pareille avec sa «position de principe» sur la question du Cachemire et a «réitéré que cette position et cette coopération vitale de la Chine se poursuivra».

Le socialisme – même avec les caractéristiques chinoises – ne se mélange pas facilement avec l’Islamisme. Il n’y a aucun autre moyen d’expliquer la coopération du PCC avec le premier parti islamique du Pakistan qu’un accord faustien ayant pour toile de fond l’ascendance dans la région des forces de l’Islam militant.

Le Quotidien du Peuple admet que la conséquence de la stratégie étasunienne de «montée en puissance» en Afghanistan reste incertaine. Il prend note que les États-Unis font également un pas vers «un compromis avec les modérés au sein des Taliban», puisque le Président Hamid Karzaï, autrement, ne se serait pas aventuré dans cette voie. Le commentaire fait l’éloge d’une telle pensée comme étant une manifestation de l’utilisation de la «puissance habile», une idée «souvent mentionnée» par Clinton. Cela revient à dire que, tandis que l’accroissement des troupes étasuniennes est une «mesure forte», «une politique telle qu’aider le gouvernement afghan à consolider son régime pour stabiliser progressivement le pays serait la ‘mesure douce’.»

Pareillement, Pékin a conscience que l’agenda réel des États-Unis pourrait être stratégique, dans la mesure où l’Afghanistan est situé «au carrefour de l’Eurasie». Tandis qu’écraser al-Qaïda constitue vraiment un objectif, la stratégie de Washington «accroîtra aussi la coopération et l’alliance de l’OTAN pour s’assurer que la première action militaire de l’OTAN hors de l’Europe n’échouera pas». En retour, cela permettra aux États-Unis «d’élever le statut de leur leadership parmi leurs alliés et de renforcer leur présence au cœur de l’Eurasie en utilisant ces moyens».

Il semble que la Chine n’ait aucun problème avec un tel agenda. La Chine «cachera ses capacités» – pour citer Deng – alors même que les États-Unis et la Russie entrent en collision et se contredisent mutuellement et que ces pays finiront par s’épuiser. Ainsi que le Quotidien du Peuple conclut, l’Afghanistan est connu comme le «tombeau des empires». Par conséquent, la Chine doit se concentrer à assurer sa position et à attendre le bon moment – une stratégie que Deng aurait sûrement appréciée.

25 février 2009
M K Bhadrakumar
Questions Critiques

Tibet-Chine


Les parlementaires européens ont déroulé le tapis rouge au très médiatique Dalaï Lama, qui est le chef politique d’une théocratie militante [1]. La question tibétaine mérite un autre traitement que des génuflexions… devant un « bouddha vivant » anti-démocrate.

36 députés se sont joints la veille à environ 500 personnes, dont des fonctionnaires des institutions européennes, pour jeûner une journée pour le Tibet. Le dalaï-lama les invite à lever le doigt. « Je jeûne avec vous », leur dit-il, avant de quitter un hémicycle applaudissant debout.
La Croix.

Il est pour le moins contradictoire que les députés européens s’opposent à l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie dans le Caucase et prônent celle du Tibet en Asie. Or le gouvernement chinois a le même argument : le système d’autonomie régionale des nationalités n’admet aucun compromis.

L’autonomie régionale des nationalités appliquée en Chine exprime et traduit l’unité et la cohésion du facteur nationale et du facteur régionale, du facteur politique et du facteur économique, ainsi que du facteur historique et du facteur réaliste. La combinaison de la nationalité han et de minorités nationales à l’intérieure d’une même région administrative leur permet de mieux s’inspirer l’une auprès des autres, de mieux s’entraider, de se compléter l’une l’autre et de se développer en commun. La Mongolie intérieure est un excellent exemple. Lors de son instauration en région autonome en 1947, la population mongole représentait seulement 20% environ de la population globale, malgré cela la Région autonome de la Mongolie intérieure fut établie, car en établissant cette région autonome, on n’a pas seulement tenu compte du pourcentage de la population, mais surtout d’autres facteurs, dont l’état historique de la région administrative de la Mongolie intérieure, la relation entre nationalités et la coopération en vue du développement en commun. Les expériences acquises démontrent indéniablement que la Chine a appliqué un système d’autonomie régionale des nationalités juste et réussi, et la situation actuelle où toutes les nationalités chinoises vivent en bonne entente et coexistent parfaitement mérite d’être garder et conserver précieusement.
Le Quotidien du peuple.


Le « pacifisme » des moines tibétains

La guerre médiatique sur le « génocide culturel » au Tibet est une contre-vérité car la loi chinoise protège la liberté de la religion et les activités religieuses. La Chine a publié un « livre blanc sur la protection et le développement de la culture tibétaine » [Xinhua] et a ouvert un site multilingue sur le Tibet [Xinhua].

Ceci dit, il serait naïf de croire que la Chine pratique une meilleure politique régionale que celle pratiquée par d’autres pays européens notamment la France.

Enfin, que dirait le gouvernement français si la Chine menait campagne pour l’autonomie de la Corse et soutenait le FLNC ?

05/12/2008
Serge LEFORT


[1] Voir : Mélenchon contre la théocratie tibétaine, Monde en Question.
Lire aussi : Revue de presse Chine 2008, Monde en Question.