Chine en Question

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L’image de la Chine dans la pensée européenne du XVIIIe siècle


Le XVIIIe siècle a connu un tournant intellectuel important en Europe, qui a conduit à une nouvelle culture occidentale. L’image de la Chine a joué un rôle non négligeable pendant ce processus. Introduite tout d’abord par les missions en Chine, en particulier celles des Jésuites, la Chine était une référence courante chez les philosophes des Lumières, qui avaient pour but de reconstruire l’Europe. Bien que l’image de la Chine soit déformée chez toutes les écoles philosophiques, des Jésuites au romantisme, la philosophie chinoise a été appréciée par les défenseurs du despotisme éclairé et critiquée par ses détracteurs. Après avoir contribué à la reconstruction du monde occidental, la Chine a commencé à étudier l’Occident en envisageant son relèvement.
Annales historiques de la Révolution française

Cet article est un excellent résumé de la rencontre Occident-Orient via les Jésuites, puis les Dominicains et les Franciscains, et les philosophes. Ces derniers n’eurent pas une connaissance directe de la Chine. Ainsi, « ajustée au cadre théorique de la pensée de Montesquieu, la Chine sert à illustrer le despotisme qui doit être rejeté en France ». Encore aujourd’hui, les sinologues « ne s’intéressent pas à la Chine telle qu’elle est, parce que leur préoccupation essentielle est la reconstruction de la pensée occidentale ».

Enfin, n’oublions pas que la colonisation idéologique des missionnaires précéda la colonisation économique et militaire du XIXe siècle, dont la Chine se relève lentement depuis les années 1980.

20/06/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Chine/Occident, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.

Prochinois et maoïstes en France


La revue Dissidences est sans doute la seule revue de sciences humaines à traiter exclusivement des mouvements révolutionnaires : après notamment deux numéros sur mai 68 et une livraison sur les trotskysmes, il était logique qu’elle s’attèle à proposer un ensemble de contributions sur le maoïsme. L’intérêt de ce numéro tient d’ailleurs en premier lieu dans le fait qu’il existe et qu’il propose, en plus d’articles sur les organisations maoïstes, sur leurs militants et sur leurs relations avec les autres organisations de gauche et d’extrême-gauche, un ensemble de documents sur son site internet : on y trouvera une bibliographie qui se veut exhaustive, une chronologie de longue durée ainsi que des entretiens et la retranscription d’une table-ronde entre chercheurs. Le second intérêt du numéro est de proposer une analyse alternative de cette mouvance qui à la fois fut très minoritaire et passe aujourd’hui pour extrêmement influente du fait du rôle joué au sein des classes dominantes par certains de ses anciens éléments.

Prochinois et maoïstes en France (et dans les espaces francophones), Dissidences n°8 [Compléments (Bibliographie, Chronologie, Entretiens) – Liens socio]

Lire aussi :
• L’actualité des revues
Ent’revues – la Revue des revues
A plus d’un titre – Chaque vendredi
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Stalinisme – Maoïsme, Monde en Question.

Hommage à Matteo RICCI


Comme la gauche occidentale s’est enfermée dans une sinophobie politiquement correcte à la Defoe, qui affirmait que les Chinois ne sont, je l’ai vu, je le sais qu’un misérable troupeau d’esclaves ignorants et sordides, assujettis à un gouvernement bien digne de commander à un tel peuple [1], l’Église catholique phagocyte les célébrations du 400e anniversaire de la mort de Matteo Ricci [2].

Au Mexique, Dominicains, Franciscains et Jésuites rivalisèrent pour évangéliser les survivants des massacres coloniaux. Les Jésuites, arrivés plus tardivement (en 1572), développèrent leur manière de faire : maîtrise et promotion des langues indigènes, étude et préservation des coutumes locales, mise en place d’une organisation sociale et progrès économique des communautés autochtones. Il s’agissait de réduire les effets de la colonisation sans toucher aux intérêts économiques des colons, qui les chasseront quand même vers 1767.

En Chine, les Jésuites adoptèrent une stratégie plus élitiste car aucun conquistador n’avait soumis au préalable le Pays du Milieu. L’ambition des missionnaires fut donc de séduire les lettrés chinois afin qu’ils deviennent à leur tour des propagandistes du christianisme. Cette stratégie, œuvre essentiellement de Matteo Ricci, fut un échec. La conversion de quelques lettrés au christianisme, comme Xu Guangqi, eut des effets plus que limités.

Pour convaincre les lettrés chinois, Matteo Ricci, lettré de la Renaissance italienne et formé dans la meilleure école de sciences et de mathématiques d’Europe, assimila la culture chinoise. Il a appris la langue chinoise (orale et écrite) et s’est conformé aux mœurs chinoises (en matière vestimentaire par exemple).
Précurseur de l’échange des savoirs entre la Chine et l’Europe, il a traduit en chinois les Principes de Géométrie d’Euclide, écrit un livre sur l’amitié et un manuel sur la théorie de la mémoire, réalisé une carte du globe et inventé la transcription des caractères chinois en lettres latines pour composer le premier dictionnaire chinois en langue occidentale.

Les efforts de Matteo Ricci pour étudier la Chine iuxta propria principia [suivant son propre principe], bien qu’il voulut modifier ses croyances religieuses, sont à souligner d’autant plus qu’ils sont rares.

L’échec de Matteo Ricci est surtout d’ordre philosophique. Il n’a pas compris que la pensée chinoise est totalement étrangère à l’idée de création (le mot n’existe pas) car les chinois pensent en terme de processus [3]. De même, nous utilisons le mot « chose » comme une notion individualisante alors que le chinois dit « est-ouest » (dongxi) c’est-à-dire exprime la tension entre deux pôles.

14/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Matteo RICCI, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.


[1] DEFOE Daniel, Vie et aventures de Robinson Crusoé, La Pléiade Gallimard, 1959 p.530.
[2] Texte de la conférence du cardinal Rylko sur le P. Matteo Ricci, ZENIT – Le monde vu de Rome.
[3] JULLIEN François, Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 1989 [Dossier documentaire & Bibliographie François JULLIEN, Monde en Question].

Revue des podcasts n°1


Histoire de la Chine, La Fabrique de l’Histoire.

Notre grand témoin de la semaine « Chine-Europe; quatre cents ans de relations » est un historien et journaliste chinois dont la thèse a été soutenue en Sorbonne dans les années quatre-vingts : Chen YAN, L’éveil de la Chine, Edition de l’Aube, 2003.

1/4 : Après la lecture d’un récit de voyage du premier ambassadeur de l’Empire en Europe, écrit à la fin des années 1870, Chen Yan résume pour nous la lente découverte du monde par les lettrés chinois du XIX ème siècle.
Dès cette époque, la Cour est divisée en partisans de la modernisation et défenseurs de la tradition, furieux de voir la Chine se compromettre avec des peuples considérés comme barbares.

2/4 : Entre 1916 et 1917 les armées françaises et britaniques ont recruté des dizaines de milliers de travailleurs chinois selon un accord passé avec le gouvernement chinois. La seule condition fixée par l’Etat chinois était de se voir garantir que ceux-ci ne combattraient pas et seraient employés comme ouvriers ou manoeuvres.

3/4 : Ce matin, nous remontons le temps et nous arrêtons au XIX ème siècle, quand les Européens, longtemps interdits de commercer avec l’Empire de Chine, y entrèrent par effraction en utilisant ce qu’on appelera « la diplomatie de la canonnière ».
Ce furent les deux guerres de l’opium qui mirent à genou la Chine et ouvrirent ce que ce pays appelle encore « le siècle de l’humiliation ».

4/4 : Matteo Ricci, jésuite italien, parvint à pénètrer à la cour impériale de Chine à la fin du XVI ème et à vivre et évangéliser à Pékin où il mourut il y a quatre-cents ans, en mai 1610.
Pour se faire accepter, Matteo Ricci apprit la langue, s’habilla de la robe de soie des lettrés chinois et comme eux se laissa pousser la barbe. Bref, à la façon de François-Xavier, évangélisateur jésuite du Japon, s’adapta à la civilisation qu’il voulait convertir au christianisme.

Écouter aussi : Matteo Ricci messager des sciences entre la Chine et l’Europe au XVIIe siècle, La Marche des sciences.

La Chine imaginaire


Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000 [BooksGoogle].

Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident. C’est l’histoire de la Chine comme l’ont comprise et imaginée les Occidentaux que retrace ici le grand sinologue américain Jonathan D. Spence. Pour rendre compte de cette fascination, il fait appel aux récits des voyageurs, aux systèmes des philosophes, aux rapports des diplomates, aux témoignages des missionnaires et, surtout, aux œuvres des grands écrivains qui, de Mendes Pinto à Italo Calvino, en passant par Voltaire, Segalen et Brecht, ont voulu communiquer leur vision de la Chine. Grossiers ou subtils, généreux ou empreints de préjugés, sobres ou avides d’exotisme, ces documents nous en apprennent finalement autant sur l’Occident que sur la Chine.

Lire aussi :
• Jonathan D. SPENCE, WikipédiaAmerican Historical Association.
• La Chine imaginaire chez l’écrivain français d’origine chinoise et chez le lecteur français : analyse des raisons pour lesquelles les Français sont passionnés pour les œuvres de Shan Sa, Mémoire de Master, IETT.
• Image des Chinois pour les Français de 1871 à 1914, Mémoire de Master, IETT.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine-Occident, Monde en Question.