Chine en Question

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L’article défini de la propagande


En titrant les intellectuels chinois, Le Monde pratique une propagande qui lui est coutumière. Grammaticalement, l’article défini désigne la détermination complète d’une catégorie. En clair, cela revient à dire tous les intellectuels chinois alors qu’il s’agit bien évidemment de quelques intellectuels chinois.

L’auteur précise « plus d’une centaine », ce qui est un aveu d’imprécision. Il ne fournit d’ailleurs aucune liste, mais se contente de citer un seul nom :

Les signataires, parmi lesquels figurent des avocats connus pour leur combat en faveur des droits civiques, comme Pu Zhiqiang, ainsi que des écrivains et des journalistes […].
Le Monde, 28/02/2013

Enfin, il qualifie ces intellectuels de « libéraux » sans qu’on sache bien à quoi cela fait référence tant le terme est polysémique. Il est d’ailleurs douteux que tous ces signataires partagent les mêmes idées politiques, économiques et sociales.

01/03/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Lettre ouverte pour une ratification – Dialogue avec la société civile, Question Chine.
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

L’Empire du Milieu I


La plupart des journalistes des médias dominants (spécialement les adorateurs de Mao reconvertis dans la propagande anti-chinoise qui sévissent dans les colonnes de Libération, Rue89 et ailleurs) nomment toujours la Chine « Empire du Milieu », ce qui traduit une ignorance crasse et une volonté de propagande anti-chinoise car zhōng guó se traduit par « pays du milieu » et la Chine est une République depuis 1912. Lire : Serge LEFORT, zhōng guó, Chine en Question.

Cette expression fut utilisée par les partisans de la colonisation de la Chine. Ainsi, Marie-René Roussel marquis de Courcy, un diplomate français, écrit dans L’Empire du Milieu, Didier et Cie, 1867, p.VIII [Télécharger BNF] :

La formidable muraille qui abritait les soupçons et l’ignorance de l’Empire du Milieu n’existe plus. Nous contemplons maintenant face à face cette civilisation antique dont l’éclat émerveillait les regards de nos voyageurs, alors que l’Europe sortait à peine des ténèbres du moyen âge. Elle est restée immobile dans son égoïste isolement, et son immobilité l’a fatalement conduite à la décrépitude. La civilisation occidentale, que ses origines chrétiennes et les instincts naturels de notre race ont faite, au contraire, essentiellement expansive, est maintenant aux prises avec elle ; elle doit la vaincre en la régénérant.

Cet auteur ne figure pas dans l’ouvrage de Ninette Boothroyd et Muriel Détrie, Le Voyage en Chine – Anthologie des voyageurs occidentaux du Moyen-Age à la chute de l’Empire chinois.
Peut-être figure-t-il dans l’ouvrage de Nicole Bensacq-Tixier, Histoire des diplomates et consuls français en Chine (1840-1912) ou certainement dans le Dictionnaire diplomatique de la France en Chine 1840-1912, qui comprend les notices biographiques sur la carrière de tous les diplomates français en poste en Chine durant cette période.

Les petits maîtres-à-penser partagent toujours la pensée du très démocrates Jules Ferry qui prônait la colonisation de l’Algérie et du Tonkin. Lire : Jules FERRY, Le Tonkin et la Mère-Patrie, Victor Havard, 1890 [Télécharger BNF].
Pour Jules Ferry, « Les vrais négociateurs avec les Chinois ce sont les beaux et bons canons. » C’est pourtant suite à l’affaire du Tonkin qu’il démissionna et perdit tout crédit politique avant d’être réhabilité par les idiots utiles du racisme.

Le plus troublant dans l’histoire de ce concept colonial est son utilisation par Elisée Reclus, géographe et militant anarchiste, dans son livre intitulé L’Empire du Milieu. Or, à y regarder de près, tout invite à penser que ce titre lui fut imposé par son éditeur (Hachette) ou qu’il l’utilise en faisant confiance à une traduction erronée et, plus étonnant, en ignorant ses implications coloniales. En effet, il ne l’utilise qu’une seule fois dans un texte qui fait 667 pages [Télécharger BNFClassiques des sciences sociales]. Discutant du nom du pays, il note que :

Les Chinois n’emploient pas et n’ont jamais employés le nom que les Occidentaux donnent à la Chine […] p.26

Pas plus que le nom de Chine, les Chinois ne connaissent l’épithète de « Céleste » que nous attribuons bénévolement à leur empire […] p.26 et 27
Dans la langue courante, les Chinois appellent leur patrie Tchoung kouo’ [ancienne transcription de zhōng guó], c’est-à-dire le « Royaume du Milieu » ou « l’Empire Central » […] Mais peut-être aussi ce nom vient-il de cette idée, commune à tous les peuples du monde, que leur pays est vraiment le milieu des terres habitables. Les Chinois ne se bornent pas, comme les nations de l’Occident, à compter les quatre points cardinaux de l’horizon : ils y ajoutent un cinquième, le milieu, et ce milieu, c’est la Chine. […]
De « milieu de l’Empire » on a fort naturellement passé à « L’Empire du Milieu ». p.27

Elisée Reclus, ignorant la traduction exacte de zhōng guó qui est « pays du milieu », croit naïvement que de « milieu de l’Empire » on puisse passer « fort naturellement » à « L’Empire du Milieu ».

Elisée Reclus n’a jamais été en Chine et a écrit son ouvrage en compilant des informations de secondes mains :

Sur la Chine, la gamme des informations est également très large : voyageurs et explorateurs (Sven Hedin, Deniker, Escayrac de Lauture, Grenard, Forsyth, Monnier, De Rosny, Matignon, Oliphant, D’Avezac, Vigne, Bird…), ethnologues ou historiens, anciens orientalistes (Du Halde, Gaubil…) et nouveaux (Brine, Rémusat, Pelliot, Guimet, Terrien de la Couperie, Schlegel, Hervey de Saint-Denys, Ular, S. Julien, Moorcroft). Il reçoit également des données directes (Richthofen, Bretschneider, Serrurier, Schiffer, Polak, Kreitner). Il puise abondamment dans les livres et revues de géographie (Richthofen, Ujfalvy, Chonolky, Zakharov, Bishop).
Site Elisée Reclus

Ceci explique ses erreurs au demeurant moins graves que celles de Marx et Engels. Lire : Serge LEFORT, La Chine vue par MARX et ENGELS, Chine en Question.

En 1900, soit deux ans avant la publication de L’Empire du Milieu, Elisée Reclus a écrit un article très politique sur le dépeçage de la Chine par les grandes puissances : « La Chine et la diplomatie européenne » dans L’Humanité nouvelle n°39 14 pages [Télécharger BNF]. Voici trois extraits :

Ce dernier extrait est d’une étonnante modernité puisque c’est au nom des « Droits de l’Homme » – nouvel évangile du néo-colonialisme – que les petits maîtres-à-penser prétendent imposer à la Chine la démocratie capitaliste : vote et tais-toi !

16/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Marie-René ROUSSEL marquis de COURCY, L’insurrection chinoise son origine et ses progrès, Revue des Deux Mondes, Tome 34, juillet-août 1861, pages 5-35 et 312-360 [Télécharger Chine ancienneWikisource].
• Bibliographie Marie-René ROUSSEL marquis de COURCY (1827-1908), IdRef.
• Gilbert GADOFFRE, La Chine du XIXe siècle vue par deux consuls de France à Fou-Tchéou, Cahiers de l’Association internationale des études francaises n°13, 1961 [évoque Marie-René ROUSSEL marquis de COURCY p.56].
• Pierre-Étienne WILL, Histoire de la Chine moderne, Collège de France, 1992 [évoque Marie-René ROUSSEL marquis de COURCY p.832 à 838 et 841 à 844].
• Philippe MARCHAT, Lettres d’un diplomate en Chine au Début de XXe siécle – Hong Kong, Hai Nan, Yunnan (1901 1909), L’Harmattan, 2011 [Amazon].
• Vincent CAPDEPUY, La Chine et l’Europe, quelle histoire globale ?, Histoire Globale, 2012.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

Cinéma chinois – Bibliographie


Rédiger une bibliographie du cinéma chinois s’avère une tâche difficile du fait de la pauvreté des sources visibles via les moteurs de recherche habituels. Il faut un peu d’expérience, beaucoup de patience et de temps pour trouver des sources pertinentes.

En consultant les bases de données comme le catalogue SUDOC ou celui des Bibliothèques de la ville de Paris, on constate que seulement deux auteurs (Régis Bergeron, décédé en 2007, et Jean-Michel Frodon, journaliste de L’im-Monde) sont toujours cités sur la vingtaine publiés en français.
Du côté des revues, c’est pire. Il n’existe que cinq numéros d’une revue francophone Ecrans d’Asie, dont la publication est arrêtée depuis l’été 2010 ! La revue québécoise 24 images ne publie plus régulièrement d’articles sur le cinéma chinois depuis septembre 2007 [1] Le webzine belge Cinergie n’évoque qu’épisodiquement le cinéma asiatique en général et le cinéma chinois en particulier.

Ce silence sur le cinéma chinois s’explique par des préjugés politiques et culturelles. Les médias dominants véhiculent les clichés d’une propagande antichinoise, dont les ex-adorateurs de Mao reconvertis au néo-libéralisme constituent l’avant-garde militante (Rue89). La menace d’un « péril jaune », mot-fantasme apparu à la fin du XIXe siècle, alimente périodiquement les récits fabriqués par les médias-perroquets qui pleurnichent sur le « déclin de l’Occident » [2].

C’est pourquoi la recherche documentaire sur le cinéma chinois nécessite de consulter aussi les ressources américaines comme la passionnante revue Jump Cut, publiée intégralement en ligne.

La présente bibliographie du cinéma chinois s’enrichira petit à petit au fil de lectures… de plus en plus éloignées des préoccupations franco-françaises.

27/10/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.


[1] L’exception, qui confirme la règle, le numéro 155 (décembre 2011-janvier 2012) est consacré au « cinéma chinois d’aujourd’hui ».
[2] Lire :
• Le « péril jaune » se vend bien, Chine en Question, 08/02/2011.
• Le déclin de l’Occident, Wikipédia [Dossier mis à jour par Serge LEFORT le 27/10/2012].
• Kraus, Spengler & le déclin de l’Occident, Agone [Dossier documentaire Karl KRAUS, Monde en Question].
• Georges CORM, L’Europe et le mythe de l’Occident – La construction d’une histoire, La Découverte, 2012 [Canal AcadémieNonfiction].
Comment une simple notion géographique, celle d’Occident, est-elle devenue l’axiome organisateur de toute vision du monde ? C’est à cette enquête dans l’histoire de l’Europe qu’est consacré cet ouvrage. À rebours des grandes stylisations historiques qui y voient un continuum depuis la civilisation gréco-romaine, Georges Corm montre que les germes de la puissance européenne se trouvent dans l’intensité exceptionnelle de ses relations avec les autres civilisations, dès le haut Moyen Âge.

Journée de la femme Chine/Occident


Les médias dominants, qui véhiculent obsessivement leur propagande anti-chinoise, taisent les faits qui les dérangent.
Un rapport de la firme Grant Thornton révèle pourtant que la Chine est l’un des pays au plus fort taux de femmes PDG : 19% contre 8% en moyenne.
Les femmes détiennent désormais 34% des postes à responsabilités en Chine contre 21% en France, juste au-dessus de la moyenne mondiale qui est en baisse de quatre points. En Thailande ce pourcentage atteint 45%, assez proche d’une véritable parité.


Classement international

09/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Proportion of women in senior management falls to 2004 levels, Grant Thornton International Business Reportversion canadienneversion française [ignore la Chine], 07/03/2011.
• Entreprises : de moins en moins de femmes dirigeantes dans le monde [occidental], AFP [selon la version française].
• La Chine est l’un des pays au plus fort taux de femmes PDG, Renmin Ribao, 09/03/2011.
• Les Thaïlandaises sont au top, Thaïlande, 09/03/2011.
Dossier documentaire & Bibliographie Féminisme, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Propagande, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.

Que penser de l’accident nucléaire au Japon ?


Alors que les médias dominants en Occident instrumentalise la peur comme dans l’affaire de la grippe AH1N1, il est intéressant de savoir ce qui signifie le niveau 4 d’alerte nucléaire. C’est dans la presse chinoise qu’on trouve l’explication claire et détaillée. Qu’on se le dise !

14/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Suite au violent séisme qui a frappé le Japon le onze mars, le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fukushima a connu des fuites radioactives. Le gouvernement japonais a déjà classé cet accident au niveau 4 sur une échelle de 0 à 7. Que signifie cet accident ? Qu’en est-il de la sécurité nucléaire ?

Selon l’échelle internationale des événements nucléaires (INES en anglais), les événements de niveau 1 à 3 sont qualifiés d’incidents ; à partir du niveau 4, on passe au statut d’accident. Le niveau 1 signale une anomalie sans conséquence. Le niveau 2 est un incident sans impact sur l’extérieur, mais qui expose les employés de la centrale à des radiations importantes. Le niveau 3 décrit un incident grave, avec un très faible rejet hors du site, mais provoquant des effets aigus sur la santé des employés.

Lorsqu’on atteint le niveau 4, on parle d’accident. Il y a un rejet mineur à l’extérieur, qui expose le public à des radiations équivalentes aux limites prescrites. Le réacteur et ses barrières biologiques sont considérablement endommagés, mettant même en danger la vie des travailleurs. Le niveau 5 est qualifié d’accident entraînant un risque hors du site, avec un rejet limité et des dommages graves du réacteur et de ses barrières biologiques. Les niveaux 6 et 7 désignent respectivement des accidents graves et majeurs.

L’accident le plus grave de l’Histoire s’est produit en 1986 ; la catastrophe de Tchernobyl en URSS est la seule classée au niveau 7. L’explosion du réacteur n°4 a entraîné le relâchement de 8 tonnes de matière radioactive dans l’atmosphère, contaminant immédiatement une zone de 60 000 km2 autour de la centrale et exposant plus de 3,2 millions de personnes. En 1979, la fusion partielle d’un réacteur à Three Mile Island aux États-Unis a été classée au niveau 5. La panne du système de refroidissement a causé une importante fuite radioactive qui a nécessité l’évacuation d’au moins 150 000 résidents.

Renmin Ribao

Lire aussi :
• Eliseo VERON, Construire l’événement – Les médias et l’accident de Three Mile Island, Minuit, 1981.
Dossier documentaire & Bibliographie Eliseo VERON, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Crise & Gestion de crise, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

Tsunami médiatique


Un séisme est traité différemment par les médias s’il a lieu au Japon (1 224 articles) ou en Chine (72 articles).
Le séisme qui a lieu au Japon provoque un tsunami médiatique (plus de 93 000 articles) car la peur fait vendre.

11/03/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Séisme dans le sud-ouest de la Chine : la recherche des survivants se poursuit, Xinhua.
Dossier documentaire & Bibliographie Crise & Gestion de crise, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Risque & Gestion du risque, Monde en Question.

L’Egypte et la Chine


Selon les médias dominants, les événements d’Egypte inquiéteraient tant le pouvoir chinois qu’il contrôlerait et censurerait les informations. Or, la lecture des dépêches de l’agence de presse chinoise Xinhua prouve qu’il s’agit de la propagande récurrente des médias occidentaux contre la Chine.

Ainsi le Nouvel Obs du 02/02/2011 affirme que :

Les médias chinois mettent l’accent sur le chaos engendré par la révolte égyptienne, ignorant la dénonciation par les manifestants de l’autocratie et de la corruption, deux sujets sensibles en Chine.

Mensonges puisque l’agence Xinhua écrivait le 28/01/2001 :

Des milliers d’Egyptiens sont descendus ces derniers jours dans la rue dans des manifestations sans précédent pour dénoncer la corruption, la pauvreté et le chômage et réclamer le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans.

Un peu plus objectif, Courrier international reconnaît que « la presse chinoise a utilisé l’angle économique pour expliquer les troubles » :

Le site officiel Renmin Wang [Renmin Ribao] critique ouvertement les médias occidentaux, ainsi que certains journaux chinois, qui ont selon lui utilisé abusivement les concepts de « liberté » et de « démocratie » pour décrire les soulèvements. Le site considère que cette attitude est hypocrite, car « les Occidentaux qui incitent les Egyptiens à descendre dans la rue ne les aideront pas à trouver un travail et ne partageront pas avec eux leurs privilèges ». Dans ces pays où le taux de chômage est monté en flèche ces dernières années, il ne sera pas facile de créer de nouveaux emplois, et « ce n’est pas des élections libres qui vont résoudre ce problème », ajoute le site officiel.

Au-delà de la propagande occidentale récurrente contre la Chine [1], force est de constater que la grille de lecture des événements est bien différente en Occident et en Chine.

Alors que c’est au cri de Pain, liberté et dignité ! que les Égyptiens sont descendus dans la rue, les commentaires des médias occidentaux prétendent que les Égyptiens réclameraient avant tout la démocratie – catéchisme du néocolonialisme – comme si la démocratie pouvait résoudre les problèmes sociaux. Partout dans le monde, les gouvernements dits démocratiques s’inclinent devant les exigences du marché c’est-à-dire la soif de profits des actionnaires au prix d’un accroissement de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion. Depuis 2008, la crise a plongé dans la pauvreté des millions de salariés et a accentué les écarts entre riches et pauvres dans les pays occidentaux.

Non seulement les médias occidentaux mais aussi les organisations « révolutionnaires » nous débitent un discours cuit et recuit qui esquive le social au profit du politique en pronostiquant une révolution démocratique [2] alors que pas une seule des centaines d’émeutes de la faim survenues un peu partout dans le monde, depuis 2008, n’a débouché sur un mouvement de contestation politique durable. Ce seul chiffre explique plus LES événements d’Egypte que les discours partisans : 40% des Égyptiens, c’est-à-dire 32 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour.

08/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

[note du 11/02/2011] Lire aussi : Esther BENBASSA, Révoltes dans le monde arabe : notre arrogance colonialiste, Rue89.

Revue de presse :
• L’usure du régime de Moubarak, Lutte de Classe n°92, Novembre 2005.

Après plus de vingt ans de pouvoir ininterrompu de Moubarak, son régime donne des signes d’usure. La crise économique et sociale, mais aussi les conflits permanents de la région moyen-orientale et leurs conséquences, ainsi que la perspective de devoir assurer la succession d’un président désormais âgé, ne sont pas sans provoquer des fissures dans l’appareil du pouvoir et dans la société.

• Les ouvrières égyptiennes aux avant-postes du combat social, BabelMed, 16/04/2008.

Les usines d’Egypte sont maintenant la ligne de front du mouvement des travailleurs qui a débuté en décembre 2006, lorsque les ouvriers textiles ont été 10.000 à manifester à Mahallah Al Kobra, cité industrielle du delta du Nil. Cette mobilisation sans précédent a marqué le point de départ d’une vague de grèves, la plus grande dans le pays depuis les années 1940 selon les spécialistes.

• Maghreb : un profond malaise social, une absence de perspectives politiques, Le PointCourrier international, 06/01/2011.

Les violentes protestations sociales en Algérie et en Tunisie témoignent d’un malaise social profond, touchant en particulier les jeunes diplomés, aggravé par la crise économique et l’usure des élites politiques, estiment des experts interrogés par l’AFP.

• La crise économique enflamme un Maghreb déjà sous tension, L’Expansion, 07/01/2011.

Après la Tunisie, c’est l’Algérie qui connaît des émeutes violentes, dans plusieurs villes du pays. Le malaise social, particulièrement profond au sein de la jeunesse, est exacerbé par les conséquences de la crise économique.

• Égypte : malaise social, Arte, 27/01/2011.

Ce sont les jeunes – qui ont grandi sous le régime d’Hosni Moubarak et l’état d’urgence- qui se mobilisent le plus en faveur d’un changement en Égypte. Un pays gangréné par la corruption, le chômage et le manque de perspectives d’avenir.

• Le chômage au coeur de la crise, Radio-Canada, 27/01/2011.

Les troubles politiques qui secouent actuellement l’Égypte prennent racine dans un régime autocratique, mais aussi [et surtout] dans une économie qui fait du surplace et plombée par le chômage.
« Pain, liberté et dignité » est d’ailleurs un slogan des manifestants.

• Une économie au service d’une caste, Le Temps d’Algérie, 29/01/2011.

«Pain, liberté et dignité», ce sont les mots d’ordre des manifestants égyptiens qui continuaient hier à réclamer le départ du président Moubarak. Pour certains spécialistes, la révolte du peuple égyptien est d’essence socio-économique, car les richesses économiques ne profitent pas aux populations, réduites à la pauvreté et à la précarité extrême.

• Déclaration du Directeur général de l’OIT sur la situation en Egypte, OIT, 02/02/2011 – Le Point et RIA Novosti, 03/02/2011.

Depuis de nombreuses années, l’OIT dénonce l’ampleur du déficit de travail décent en Egypte et dans d’autres pays de la région, où le chômage, le sous-emploi et le travail informel demeurent parmi les plus élevés au monde. L’incapacité à gérer efficacement cette situation, avec toutes ses répercussions en termes de pauvreté et d’inégalités de développement, ainsi que les entraves à l’exercice des libertés fondamentales, ont déclenché ce déferlement historique de revendications populaires.

• Hosni Moubarak, le président égyptien assiégé, Xinhua, 03/02/2011.

Sa politique économique, relativement libérale, n’a bénéficié qu’à une poignée de personnes. Des millions d’Egyptiens sont au chômage et de nombreux habitants vivent dans un état de grande pauvreté.

• Moubarak hausse le salaire des fonctionnaires pour calmer le jeu, Le Point, 07/02/2011.

Le président égyptien Hosni Moubarak a tenté de gagner du temps lundi face aux manifestants qui réclament depuis deux semaines son départ immédiat, en promettant une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites.

• De 1789 à l’intifada égyptienne, le pain reste le symbole de la contestation sociale, Le Monde, 07/02/2011.

Comme en Tunisie, où, dans les manifestations de la révolution dite de jasmin, on brandissait des pains – toujours signe d’une sévère réprobation sociale -, en Egypte le pain est très présent dans le répertoire de l’action collective. Au pays des Pharaons, ce n’est pas un fait nouveau. En 1977, déjà, de façon spectaculaire, et encore en 2008, les émeutes du pain ont ébranlé le régime.

Lire aussi :
• Dossier d’actualité : Égypte, Yahoo! Actualités.
• Dossier : Troubles en Egypte, RIA Novosti.
• Revue, Égypte/Monde arabe.


[1] Deux exemples de questions qui ne font sens que pour ceux qui la posent :
• L’Egypte et la question chinoise, AGEFI, 04/02/2011.

Les différents régimes politiques en place depuis plusieurs décennies dans le Maghreb et au Moyen-Orient sont de plus en plus nombreux à se voir défiés par la rue arabe. L’inflation, la hausse du prix des matières premières et du chômage ont mené aux soulèvements tunisien et égyptien.
Les mêmes facteurs peuvent-ils à terme provoquer un bouleversement similaire en Chine ?

• Pourquoi l’Egypte devrait inquiéter la Chine, Les Echos, 09/02/2011.

Une interprétation purement économique des évènements en Tunisie et en Egypte serait trop simpliste – même si un tel exercice est très tentant pour un économiste. Ceci étant dit, il ne fait aucun doute que les soulèvements dans ces deux pays – et ailleurs dans le monde arabe – reflètent pleinement l’inaptitude de leurs gouvernements à partager la richesse.

[2] Références :
• Les États-Unis, l’Egypte et la lutte pour la révolution socialiste, WSWS, 29/01/2011.
• Derrière les révoltes en Egypte et dans les pays arabes, le spectre du développement des combats de classe, Courant Communiste International, 31/01/2011.
• Déclaration de la Quatrième Internationale sur la Tunisie et l’Égypte, NPA, 01/02/2011.
• Georges KALDY, Après Ben Ali, Moubarak menacé de tomber : Quelle politique pour les classes exploitées ?, Lutte Ouvrière, 02/02/2011.

Le « péril jaune » se vend bien



Péril jaune, Wikipédia

Sélection d’articles récents qui agitent la menace du « péril jaune » :
• 18/08/2010, Le spectre d’un « péril jaune » inquiète Washington, FRANCE 24.
• 02/11/2010, Du péril jaune au péril bleu, chronique d’un fiasco européen, Euros du Village.
• 05/11/2010, Hu Jintao à Paris [REVUE DE PRESSE], NouvelObs.
• 28/12/2010, Péril jaune, La Libre Belgique.
• 05/01/2011, Discours du Péril Jaune, La Chine à notre porte.
• 07/01/2011, Le « péril jaune », vu du bout du monde…, Blog Philippe Jandrok.
• 14/01/2011, Le retour du péril jaune ?, Blog de Charles Gave.
• 02/02/2011, Faut-il avoir peur de l’offensive chinoise en Europe ?, L’Express.
• 03/02/2011, Pourquoi l’expansion chinoise nous fait peur, Les Echos.

Sélection d’articles critiques de l’usage du concept de « péril jaune » :
• 1984, Maurice TOURNIER, Les jaunes : un mot-fantasme à la fin du 19e siècle, Mots n°8.
• 1996, Nayan SHAH, White Label et « péril jaune » : race, genre et travail en Californie, fin XIXe-début XXe siècle, Clio.
• 07/11/2005, Régis POULET, Le Péril jaune, La revue des ressources.
26/12/2005, Serge LEFORT, Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Chine en Question.
• Janvier 2006, Martine BULARD, Fantasmes du péril jaune, Le Monde diplomatique.

Sélection de livres qui agitent la menace du « péril jaune » :
• 1897, Jacques NOVICOW, Le péril jaune, Giard & Brière [GallicaRevue Internationale de SociologieWikipédia].
• 1901, Edmond THÉRY, Le péril jaune, Felix Juven [GallicaLes EchosWikipédia].
• 1904, Ármin VÁMBÉRY, Le péril jaune : étude sociale, G. Ranschburg [Gallica].
• 1904, Austin de CROZE, Péril jaune et Japon, Comptoir général d’éditions [Gallica].
• 1905, Capitaine DANRIT, L’invasion jaune, Flammarion [GallicaLa revue des ressourcesChemins de mémoireWikipédia].
• 1910, Jack LONDON, The Tale of the Next Great War, McClure Magazine [Une invasion sans précédent, Politique étrangère n°2].
• 1912, François De TESSAN, Promenades au Far-West, Plon [Journal de la Société des Américanistes].
• 1926, R. d’AUXION de RUFFÉ, Chine et Chinois d’aujourd’hui – Le nouveau péril jaune, Berger-Levrault [Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient].

Pour aller plus loin :
• 1974, Gérard HERVOUET, Perceptions occidentales de la Chine contemporaine  : l’analyse de la politique étrangère chinoise dans la littérature spécialisée, Études internationales n°4.
• 1986, Danièle BONNAUD-LAMOTTE, KIM Jung-Wha, Regards sur l’Asie dans trois revues des années trente, Mots n°13.
• 1987, Denise HELLY, Les Chinois à Montréal 1877-1951, Institut québécois de recherche sur la culture, [Revue d’histoire de l’Amérique française n°1Anthropologie et Sociétés n°2].
• 1991, Thanh H. VUONG, Stratégies technico-commerciales asiatiques, Études internationales n°3.
• 2001, Lucie BERNIER, Fin de siècle et exotisme : le récit de voyage en extrême-Orient, Revue de littérature comparée n°297.
• 2001, Gérard SIARY, Images et contre-images de l’extrême-orient au Japon et en Occident, Revue de littérature comparée n°297.
• 2001, LU Xiaobo, L’avenir des relations sino-américaines, Revue internationale et stratégique n°43.
• 2002, Junzo KAWADA, « Est contre Ouest », Diogène n°200.
• 2003, CHONG Woei Lien, La Chine par elle-même, Critique internationale n°20.
• 2003, Daniel SABBAGH, Le statut des « Asiatiques » aux États-Unis, Critique internationale n°20.
• 2004, Emmanuel PUIG, L’ordre et la menace : analyse critique du discours de la menace chinoise en Relations internationales, Revue internationale et stratégique n°54.
• 2005, Pierre RAJOTTE, L’Orient dans les récits des voyageurs québécois de la seconde moitié du vingtième siècle, Figures et contre-figures de l’orientalisme.
• 2006, Michel KORINMAN, De Pékin à Beijing, Outre-Terre n°25.
• 2007, YU Shuo, Aperçu transculturel des trois rencontres Europe-Chine, Revue du MAUSS n°30.
• 2010, Pierre GROSSER, Comment écrire l’histoire des relations internationales aujourd’hui ? Quelques réflexions à partir de l’Empire britannique, Histoire@Politique n°10.
• 2010, Yann BÉLIARD, Le syndicat des gens de mer contre le Péril Jaune: les ressorts d’une campagne oubliée (Royaume-Uni, printemps 1914), Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique n°11.

Pourquoi l’Amérique a besoin de diaboliser la Chine


Le World politics review a publié le 17 janvier un article de Thomas P.M. Barnett intitulé « Pourquoi les États-Unis ont besoin de diaboliser la Chine ? ».

Après que le développement des forces militaires de la Chine ait été récemment dévoilé, la propagande sur la menace chinoise de Washington a atteint un niveau furieux, qui égale la peur des Américains de la croissance de l’économie chinoise. Quant aux relations américano-chinoises, il existe 10 raisons pour lesquelles Washington ne ménage pas sa peine pour diaboliser la Chine :

1. On ne peut s’empêcher d’être dépensiers et on a besoin de l’aide de la Chine. Les Américains ont l’habitude de dépenser plus qu’ils gagnent et c’est pourquoi les États-Unis souhaitent soulager leurs déséquilibres commerciaux avec le monde via une réévaluation du RMB. Les 700 millions de Chinois pauvres dans les villages attendent encore le développement économique. Pourtant, cela ne suffit pas à persuader les 535 députés américains qui pensent surtout à eux.

2. La Chine souhaite maintenir un équilibre commercial avec les États-Unis, alors que ces derniers ont toujours tendance à prendre la Chine comme ennemie. Washington limite l’exportation des hautes technologies vers la Chine et empêche la Chine d’investir dans les industries « sensibles » des États-Unis. Tout cela parce que les États-Unis sont persuadés que la Chine sera un éventuel ennemi dans les futurs combats entre grands pays.

3. Dans les années 80 du siècle dernier, la Chine est entrée sur la voie d’un développement rapide et pacifique. Les Chinois n’hésitent pas à promouvoir la liberté économique et continuent à soutenir le système politique de la Chine.

4. C’est en 1972 que nous avons affirmé à Beijing qu’il y n’a qu’une seule Chine. Cependant, depuis ce moment-là, nous avons commencé à vendre sans cesse des armes à Taiwan.

5. Depuis 65 ans, les armes nucléaires empêchent les guerres entre les grands pays et il faudrait que les armes nucléaires existent toujours. La Chine est pour ce point de vue et c’est pourquoi elle n’a pas sanctionné l’Iran et la Corée du Nord en ne suivant pas les États-Unis.

6. Les gens du Pentagone serrent la Chine de près et suivent de près chaque progrès militaire de la Chine. Ensuite, ils diront complaisamment : « Je t’ai dit que ce sera comme ça. »

7. La frénésie de la « domination » existe toujours à Washington. Quelqu’un a dit que ce n’est pas suffisant que les dépenses militaires des États-Unis dépassent celles du monde entier, il faut encore dominer la Chine dans le secteur militaire près de ce pays.

8. Les avocats des « grandes guerres » du Pentagone rêvent toujours de guerres entre les grands pays sans armes nucléaires.

9. Nous vivons dans une époque politique basée sur la peur. Chaque progrès militaire chinois, même s’il est encore très loin d’être appliqué dans l’avenir, est exagéré par la presse, qui dit qu’il sera « utilisé tout de suite ».

10. Au lieu de croire la réalité, nous préférons considérer la Chine comme un pays mystérieux qui connaît peu de changements.

17/01/2011
Thomas P.M. Barnett
World politics review
Renmin Ribao

Lire aussi :
• Articles sur la Chine, Thomas P.M. Barnett’s Globlogization.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.

La sociologie chinoise… construite en France


L’ignorance et la propagande anti-chinoise ne sévissent pas que dans les médias dominants, mais aussi dans les milieux universitaires. Ainsi, l’entretien d’une professeur de l’UQAM, intitulé « La longue marche du droit chinois », véhicule les clichés les plus éculés sur le pays improprement nommé « Empire du Milieu« .

La propagande anti-chinoise n’est pas toujours aussi grossière que celle de Jacques Gravereau dans l’émission Les enjeux internationaux d’hier [1]. Elle est souvent plus invisible car implicite puisqu’elle fait partie du discours politiquement correct dominant. Nous analyserons la question de la construction de la sociologie chinoise… réalisée par Jean-Louis Rocca, chargé de recherche au CERI (Sciences Po), professeur de sociologie à l’université Tsinghua et directeur des Ateliers franco-chinois de Pékin qui sont une « mission » de l’Ambassade de France.


ROCCA Jean-Louis, La société chinoise vue par ses sociologues, Presses de Sciences Po, 2008 [Cairn]

La préface, signée par Christian Baudelot, révèle le biais méthodologique :

La sociologie chinoise existe, vous allez la rencontrer ! Elle étudie la Chine mais nous parle directement, parce que les immigrés, les conditions de travail des ouvriers du bâtiment, le sort des classes moyennes, le sida et la toxicomanie sont des phénomènes sociaux qui concernent aussi nos sociétés. Parce que ces objets, nos collègues chinois les traitent avec des concepts et des méthodes qui sont les nôtres: questionnaires, statistiques, entretiens, observation, histoire, etc. Ce recueil – et c’est une surprise – nous met d’emblée de plain-pied avec eux.
Préface p.15

Passons sur le fait que pour cet auteur la sociologie chinoise ne serait née qu’au XXe siècle. Son raisonnement est tautologique : « la sociologie chinoise » « étudie la Chine » (première tautologie) d’une manière qui « nous parle directement » parce qu’elle utilisent « les concepts et les méthodes qui sont les nôtres » (deuxième tautologie).
Sans même s’en rendre compte il avoue que la sociologie chinoise est en fait la sociologie de la Chine construite selon les normes occidentales et reproduite par des chinois formés à l’école française. Le constat, fait par Georges Marie Schmutz en 1989, reste d’actualité : « Jusqu’à maintenant, la sociologie a été et demeure une discipline occidentale ». Cet ouvrage, conforme à la tradition coloniale des sciences humaines, construit une Chine imaginaire [2].

Ainsi la deuxième partie de l’ouvrage est entièrement consacrée à la problématique de « la classe moyenne » [3]. Ce concept, forgé à la fois sous la pression de la sociologie américaine et en rupture avec les analyses marxisantes des années soixante-dix, est un ensemble hétérogène de populations. C’est un concept fourre-tout qui dissout la notion même de classe sociale.

La victoire électorale de la gauche en France en 1981, suivi dès 1982 du tournant de la rigueur, le recul des luttes sociales et l’implosion de l’URSS ont facilité l’abandon des concepts de classe sociale et surtout de lutte des classes que Karl Marx avait empruntés à des historiens français de la Restauration (François Guizot, Augustin Thierry, Adolphe Thiers et François-Auguste Mignet). Le développement des méthodes quantitatives, fondées sur la pratique des sondages, ont accéléré le processus dominant.

L’entreprise de Jean-Louis Rocca, orchestrée par l’Ambassade de France à Pékin, poursuit la longue tradition de colonisation de la pensée chinoise depuis le XVIe siècle. Réussira-t-elle à faire mieux que Matteo Ricci ? L’avenir le dira. Mais elle a déjà réussi à faire croire à la majorité des lecteurs français qui s’intéressent à la Chine que la sociologie de la Chine construite en France serait la sociologie chinoise.

15/12/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• La Chine en transition : regards sociologiques, Cahiers internationaux de sociologie n°122, Janvier 2007.
• Être sociologue en Chine, La Vie des idées, 31/08/2010.
• SCHMUTZ Georges Marie, Sociologie de la Chine ou sociologie chinoise ?, Revue Européenne des Sciences Sociales Tome XXVII n°84, 1989.
• SCHMUTZ Georges Marie, La sociologie de la Chine – Matériaux pour une histoire 1748-1989, Peter Lang, 1993 [Texte en ligne.

Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Économie sociale, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Épistémologie, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sociologie, Monde en Question.


[1] Serge LEFORT, Le droit en Chine, Chine en Question.
Curieusement, Jacques Gravereau a tenu des propos différents et plus nuancés dans une émission publiée par Les Echos de l’Eco le 12 novembre 2010. Dont acte.
[2] Sélection bibliographique :
• ALLETON Viviane, La construction d’une Chine imaginaire, Culture Académie.

Quand les Européens se sont intéressés à la civilisation chinoise à partir du XVe siècle, ils n’ont dans un premier. Les jésuites, installés au Japon avant de venir en Chine, avaient constaté que les Japonais pouvaient déchiffrer des textes chinois sans connaître cette langue. Ils en conclurent que l’écriture chinoise était translinguistique. Sur cette base erronée, on élabora en Europe deux théories – d’ailleurs incompatibles entre elles.
[…] la Chine a répondu aux désirs d’Occidentaux en quête d’un ailleurs apte à cristalliser les mythes d’un monde différent et plus encore à les ancrer dans l’illusion de leur propre supériorité.

• SPENCE Jonathan D., La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000.

Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident. C’est l’histoire de la Chine comme l’ont comprise et imaginée les Occidentaux que retrace ici le grand sinologue américain Jonathan D. Spence. Pour rendre compte de cette fascination, il fait appel aux récits des voyageurs, aux systèmes des philosophes, aux rapports des diplomates, aux témoignages des missionnaires et, surtout, aux œuvres des grands écrivains qui, de Mendes Pinto à Italo Calvino, en passant par Voltaire, Segalen et Brecht, ont voulu communiquer leur vision de la Chine. Grossiers ou subtils, généreux ou empreints de préjugés, sobres ou avides d’exotisme, ces documents nous en apprennent finalement autant sur l’Occident que sur la Chine.

[3] Sélection bibliographique :
• Les classes moyennes, Vingtième Siècle. Revue d’histoire n°37, Janvier-Mars 1993.
• MOLÉNAT Xavier, Les classes moyennes, Sciences Humaines n°188 Décembre 2007.