Chine en Question

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Archives de Tag: Pensée chinoise

Converser avec François Jullien


 

François Jullien poursuit sa réflexion sur l’écart et la différence dans Si près, tout autre – De l’écart et de la rencontre, tandis que les éditions de l’Herne font paraître un volumineux Cahier Jullien.

François Jullien est un philosophe, un helléniste et un sinologue. Un homme qui brouille inlassablement les lignes de démarcation, qui travaille surtout entre, entre telle discipline et telle autre. On pourrait dire qu’il fait de la balançoire entre des pôles qui entretiennent en général d’intenses relations d’indifférence, ce qui lui permet de déjouer la conjuration des habitudes de penser.

Au fil de ses nombreux essais, François Jullien est devenu celui qui sait le mieux dire ce par quoi se distinguent l’écart et la différence. Les deux notions se recouvrent, au sens où elles marquent toujours une séparation, mais, explique-t-il, elles ne le font pas de la même façon : la différence agit sous l’angle de la distinction – elle dit : ceci n’est pas la même chose que cela -, tandis que l’écart agit sous l’angle de la distance – il note que ces deux entités n’occupent pas la même position au sein de l’espace général.

Cette nuance est capitale en ce qu’elle fonde une nouvelle façon de considérer l’acte de penser.

Converser avec François Jullien, France Culture.

Lire aussi :
François JULLIEN, Si près, tout autre – De l’écart et de la rencontre, Grasset, 2018.
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier documentaire Pensée Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

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D’une controverse qui n’a pas eu lieu


 

L’œuvre de François Jullien, selon Billeter, serait tout entière fondée sur un mythe, celui de l’altérité radicale de la pensée chinoise : la Chine serait un monde totalement différent du nôtre, voire opposé au nôtre. Un mythe qui aurait une longue histoire. Que l’auteur résume en quelques pages. Une sorte de genèse expresse et schématique. Il faudrait remonter loin dans le temps pour en prendre la véritable mesure. Pas seulement à Segalen (et à sa Chine, la plus « antipodique des matières ») ni à Granet (qui accréditait l’idée d’un univers chinois obéissant à des lois qui lui seraient propres) ni même à Voltaire (qui louait les vertus du despote chinois éclairé, servi par des lettrés philosophes). Mais aux Jésuites qui firent connaître à l’Europe savante, aux XVIIe et XVIIIe siècles, une Chine idéalisée, pour les besoins de leur cause théologico-politique. Ce qu’ils ont transmis au public européen, c’est la vision que donnait d’elle-même l’élite politique et sociale de la Chine d’alors, celle des mandarins, grands commis de l’État, « membres de la classe possédante ».

[…]

Il ressort avec évidence que Jean-François Billeter n’a pas lu François Jullien. Ce qu’on appelle lire. Tant les références sont à la fois générales, floues et inattentives aux médiations qui font l’intérêt de toute démarche théorique.

Lorsque, par exemple, François Jullien retient le concept d’immanence pour caractériser la pensée chinoise (une pensée des processus où la transcendance n’est qu’une absolutisation de l’immanence), alors que la pensée européenne serait une « pensée de la transcendance » (transcendance par extériorité : à commencer par la figure de Dieu, mais aussi celles du « Progrès » ou de la « Liberté »), ce n’est pas pour figer une opposition. N’en déplaise à notre procureur. Pas davantage pour creuser artificiellement un fossé infranchissable entre deux mondes (ou entre deux modes d’intelligibilité). Deux « mondes », en vérité, moins différents qu' »indifférents ». S’étant longtemps ignorés. C’est au contraire pour les faire se « rencontrer ». Non pas se tenir à l’écart, mais dans l’écart, dirait Jullien.

À quoi bon argumenter ? Emporté par sa fougue justicière, Billeter préfère entonner l’antienne, censée résumer les attendus du réquisitoire : Jullien ne voit pas – car il est « aveuglé sur ce point » – que la « pensée de l’immanence » est lié à l’ordre impérial, qui « a créé un monde clos en résolvant autoritairement la question des fins ».

[…]

Déception, car à quoi bon publier une centaine de pages qui ne nous apprennent rien. Sinon que Jean-François Billeter n’aime pas les philosophes français contemporains, abscons et cuistres. Qu’il n’aime pas davantage, dans l’ensemble, ses collègues sinologues. Qu’il n’aime pas François Jullien. Qu’il n’aime pas ce qu’il représente. Qu’on parle trop de lui. Et peut-être pas assez de Billeter…

Lire l’intégralité de l’article : Chaire sur l’altérité.

J’ajoute que cet obscure sinologue genevois a trouvé une alliée en la personne de
Anne Cheng qui, comme la majorité des sinologues français, a conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la pensée occidentale. Ainsi, dans l’ouvrage dirigé par Anne Cheng, La pensée en Chine aujourd’hui (Folio Gallimard, 2007), Joël Thoraval annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

13/04/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Serge LEFORT, Universitaires anti-chinois, Chine en Question.
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier documentaire Pensée chinoise, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

La conception chinoise du hasard


 


Rediffusion de l’émission du 06/12/1988, France Culture.

Lire aussi :
Dossier documentaire Yi Jing, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

De l’être au vivre – Lexique euro-chinois de la pensée


 

Dans quels termes penser quand le monde est en voie de penser dans les mêmes ?

Face aux principaux concepts de la pensée européenne, je suis allé chercher en Chine des cohérences à mettre en vis-à-vis, dont je fais des concepts, ceux-ci laissant paraître d’autres possibles.

Il ne s’agit donc pas de « comparer ». Mais de cueillir les fruits d’un déplacement théorique, dont je dresse ici le bilan, en explorant d’autres ressources à exploiter ; comme aussi, par le dévisagement mutuel engagé, de sonder respectivement notre impensé.

Au lieu donc de prétendre identifier des « différences » qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des « écarts » qui fassent reparaître du choix et remettent en tension la pensée. C’est seulement à partir d’eux, en effet, qu’on pourra promouvoir un commun de l’intelligible qui ne soit pas fait de slogans planétarisés.

En retour, les entrées de ce lexique introduiront autant de dérangements qui pourront faire réagir les pratiques de l’art comme de la psychanalyse ; qui permettront de réinterroger de biais la pensée du politique comme du management.

Et voici que, en dessinant une sortie de la « question de l’Être », c’est du même coup une nouvelle pensée du vivre que capte, dans ses mailles, ce filet.

François JULLIEN, De l’être au vivre – Lexique euro-chinois de la pensée, Gallimard, 2015 [Extraits en ligneExtraits en pdfRevue de presseBibliObs].

Lire aussi :
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier documentaire Pensée chinoise, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Traduire en chinois les concepts philosophiques européens


 

François Jullien, philosophe et sinologue, a ouvert et développé, depuis une trentaine d’années, un chantier où il a élaboré, en passant par le dehors de la Chine, des concepts permettant de relancer la pensée européenne. Quand on veut présenter ou traduire en chinois une telle œuvre, on est confronté, sinon toujours du moins fréquemment, à ce problème : comment traduire en chinois les concepts de F. Jullien. Cette communication proposera une solution s’appuyant sur des expériences de traducteur. Ce n’est qu’en remontant aux sources de sa pensée et en tenant compte de son cheminement qu’on peut rendre en chinois une telle réflexion, sans la trahir.

Lire la suite… Conférence : Esther Lin, Traduire en chinois les concepts philosophiques : prise en compte génétique 演讲:卓立,“哲学概念的中文翻译:概念之生成”, Chaire sur l’altérité

Lire aussi :
Dossier documentaire Pensée chnoise, Monde en Question.
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

12 + 1 livres sur la Chine


Il règne dans le milieu universitaire le même racisme colonial que dans les médias dominants. Cela tient aux origines des études sur les Indes (Indes occidentales ou Amérique et Indes orientales ou Asie) et sur l’Afrique qui visaient à apporter « les bienfaits de la civilisation » occidentale à des sociétés jugées primitives. Ce que dit Laurence Roulleau-Berger de la sociologie est applicable aux autres sciences humaines.

Des formes de colonialisme scientifique ont marqué le développement de la pensée sociologique. Comme l’a écrit Edward Saïd, « l’orientalisme est un style occidental de la domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient… L’Orientalisme est – et non seulement représente – une dimension considérable de la culture politique et intellectuelle moderne et, comme tel, il a moins de rapports avec l’Orient qu’avec notre monde ». [1]

Si la traduction d’œuvres littéraires chinoises est aujourd’hui relativement abondante, celle d’ouvrages dans les domaines de la philosophie, des sciences sociales (sociologie, économie, politique, etc.), des sciences pures (mathématiques, astronomie, physique, etc.) et de l’histoire est quasi inexistante. Il suffit de consulter les catalogues des éditions en langues étrangères de Pékin, de la librairie Le Phénix, des éditions You Feng et des éditions Picquier pour s’en rendre compte.
En France particulièrement, le discours scientifique sur la Chine est réservé aux universitaires occidentaux qui donnent la parole à quelques Chinois… formés en Europe ou aux États-Unis.

Pensée chinoise
Les traductions disponibles sont principalement celles des penseurs taoïstes. Les études de la pensée chinoise iuxta propria principia [suivant son propre principe] sont peu nombreuses.
Je déconseille Claude WEILL qui présente une pensée asiatique construite en France.
Je recommande L’intelligence de la Chine – Le social et le mental de Jacques GERNET et Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois et Pensée d’un dehors (la Chine) de François JULLIEN.

Sciences sociales
Les rares traductions disponibles sont celles de L’art de la guerre de SUN Tzu et les œuvres choisies de JIANG Zemin qui remplacent celles de MAO Zedong, conspué en France par ses anciens idolâtres.
Je déconseille Jean-Louis ROCCA qui fait croire que la sociologie de la Chine construite en France serait la sociologie chinoise.
Je recommande La nouvelle sociologie chinoise sous la direction de Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu, L’économie chinoise – Une perspective historique de Angus MADDISON et La Chine et la démocratie sous la direction de Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL.

Sciences
Les traductions inexistantes dans ce domaine pourtant aussi important que la philosophie – terme grec qui ne correspond pas du tout au procès de la pensée chinoise.
Je recommande les travaux de Joseph NEEDHAM résumés dans La science chinoise et l’Occident à compléter par le très bel ouvrage Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions de Robert TEMPLE et La comète de Halley – Une révolution scientifique de Paolo MAFFEI qui contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise.

Histoire
Les traductions sont quasi inexistantes dans ce domaine. Il serait pourtant particulièrement intéressant de connaître comment s’écrit l’histoire chinoise en Chine notamment à travers l’étude des livres scolaires à différentes périodes. Dans l’ouvrage Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Marc Ferro ne consacre que 14 pages à la Chine. L’essentiel de sa documentation repose sur des études américaines. Il cite seulement trois manuels du maître en chinois publiés respectivement par le Centre d’éducation de Shanghai (1958-1959), par le Centre d’enseignement populaire de Pékin (1959) et le Centre Nationale d’Éducation de Taïwan (1972), mais aucun ouvrage scolaire.
Je déconseille John King FAIRBANK qui, en tant que ancien fonctionnaire des services de renseignement, veut nous convaincre que l’Occident en général et les États-Unis en particulier seraient la lumière du monde.
Je recommande Le monde chinois de Jacques GERNET, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours de Marie-Claire BERGÈRE et Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium de Bernard BRIZAY.

Chine/Occident
La publication française d’ouvrages sur la Chine est peu importante en comparaison des publications anglo-américaines et reste cantonnée aux domaines de l’économie et de la politique. La majorité de ces livres ne correspondent pas, ou de très loin, à une réalité chinoise mais sont la construction d’une « Chine imaginaire » qui reflète les préjugés occidentaux à l’encontre d’une ex-colonie qui est en train de reprendre la place qu’elle occupait dans le monde avant que les puissances coloniales n’aient tenté de la ramener très loin en arrière grâce au trafic de la drogue.

Une bonne méthode de tri est de repérer l’usage du terme l’Empire du Milieu pour désigner la Chine. L’auteur, qui utilise cette expression, est au mieux d’une ignorance crasse et au pire un propagandiste anti-chinois. Beaucoup relèvent des deux catégories.

08/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Références bibliographiques :
Pensée chinoise
Jacques GERNET, L’intelligence de la Chine – Le social et le mental, Gallimard, 1994.
Même s’il existe des constantes qui tiennent aux caractères fondamentaux et les plus durables de chaque civilisation, la thèse de l’immobilisme chinois est trop absurde pour qu’on s’attache à la réfuter. Nous ne connaissons bien que ce qui nous touche de près : notre univers d’Occident. La civilisation chinoise inviterait sans doute à d’autres conceptions du religieux, de l’économique, du social et du politique. Mais elle souffre d’un redoutable handicap : à peu près ignorée même dans ces aspects les plus élémentaires, elle présente à ceux qui l’abordent les plus redoutables obstacles en raison de ses singularités, des difficultés de sa langue écrite, de sa richesse, de son évolution et des ruptures qu’elle a connues au cours de trois millénaires et demi. Aucune étude n’invite autant à la modestie.
L’auteur réuni ici des textes parus entre 1955 et 1992. Ils touchent à des aspects divers et à divers moments de cette longue histoire. Leur intérêt n’est pas simplement celui de la connaissance d’un univers exotique : dans la mesure même où diffèrent toutes nos références et l’histoire dont nous sommes les héritiers, ils nous concernent directement. En témoignent, en particulier, l’influence des plus anciens rituels religieux de l’écriture dans la formation de l’imposante tradition historiographique de la Chine ; le rôle déterminant de la révolution étatique, fondatrice d’un pouvoir non plus centré sur la ville et morcelé comme jadis en Occident, mais territorial et unifié ; l’importance attachée au milieu et aux premières impressions de vie ; les transformations contemporaines de la reproduction courante du livre au XIXe siècle ; l’intérêt porté au changement et aux oppositions non exclusives, et l’absence de toute idée de réalités immuables.
François JULLIEN, Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 1989 réédition Points Seuil, 1996.
Que toute réalité soit conçue comme processus en cours, relevant d’un rapport d’interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu’il y ait, par conséquent, à l’origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement, c’est là une représentation de base de la culture chinoise.
François JULLIEN et Thierry MARCHAISSE, Pensée d’un dehors (la Chine) – Entretiens d’Extrême-Occident, Seuil, 2000.
Entreprenant ici un premier bilan de son travail, et l’ouvrant ainsi aux non-spécialistes, François Jullien nous promène à travers le foisonnement des interrogations que fait lever la Chine face à l’Europe et nous confronte à l’expérience que, loin de nous, durant des millénaires, elle a accumulée.
En choisissant de dialoguer avec un philosophe, il entend proposer une introduction vivante, parce que questionnante, et sans facilités, à ce que nous entrevoyons trop vaguement comme la « Sagesse de l’Orient » et, chemin faisant, dégager de nouvelles intelligibilités.
Serge LEFORT, La pensée asiatique construite en France [par Claude WEILL], Chine en Question.

Sciences sociales
Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL (sous la direction de), La Chine et la démocratie, Fayard, 2007.
Enraciné dans l’histoire de l’Empire et du premier XXe siècle, appuyé sur des recherches pour la plupart inédites, l’inventaire porte sur les institutions publiques et « civiles », les mentalités et les pratiques, les débats d’idées et les expériences. Il montre que la vision des réformateurs de la Chine républicaine, bien qu’influencée par l’Occident, était nourrie d’une tradition juridique chinoise forte, et même « moderne » à certains égards.
Mais le retour actuel au droit, tel que l’analysent les dernières parties, ne suffit pas à garantir l’ouverture politique. Faut-il y voir une sorte de compensation illusoire, ou bien le détour par lequel pourrait émerger une nouvelle forme de citoyenneté ?
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [Télécharger].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu (sous la direction de), La nouvelle sociologie chinoise, CNRS, 2008.
Ce livre est le premier sur la sociologie chinoise en français. Privée d’existence pendant trente ans, la sociologie chinoise a été refondée en 1979. Ce tournant dans l’histoire internationale de la pensée, ainsi que l’intégration des théories occidentales, la restructuration de la discipline, et la multiplication des enquêtes qualitatives comme quantitatives qui ont été accomplies depuis, ne demeurent que trop méconnues.
Ce livre donne la parole à des sociologues chinois, témoins éminents de ce renouveau. L’État, la ville, le marché : en nous faisant entrer dans ces différents mondes sociaux de la Chine qui constituent aussi des thèmes majeurs de leurs recherches, c’est la réalité même de la transition qu’ils nous font saisir.
Ainsi voit-on s’affirmer, au cours de ces études souvent étonnantes, toujours passionnantes, une dynamique intellectuelle, originale, créative et vigoureuse au sein d’une société en grande transformation, appelée à marquer la sociologie contemporaine et à rénover notre vision tant de la Chine que du monde.
Serge LEFORT, La sociologie chinoise… construite en France, [par Jean-Louis ROCCA] Chine en Question.

Sciences
Paolo MAFFEI, La comète de Halley – Une révolution scientifique, Fayard, 1985
Contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise : un chapitre sur les observations chinoises, un catalogue des sources chinoises, une carte du ciel chinois et un long chapitre sur l’histoire de la comète de Halley établie grâce à l’astronomie chinoise.
Joseph NEEDHAM, La science chinoise et l’Occident, Seuil, 1977.
Biologie, astronomie, médecine, histoire : la science chinoise a connu très tôt un développement considérable, dont Joseph Needham dresse ici l’inventaire. S’y ajoute une masse de découvertes techniques (boussole magnétique, harnais adapté au cheval, étrier à pied, poudre à canon, etc.) qui, transmises à l’Europe, y ont produit un véritable bouleversement. Pourquoi cette tradition scientifique chinoise a-t-elle été si longtemps ignorée en Occident ? Pourquoi n’a-t-elle pas abouti au développement d’un civilisation plus technologique ? Autant de questions essentielles qui impliquent un radical changement de perspective.
Robert TEMPLE, Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions, Philippe Picquier, 2000 et 2007.
Bien des siècles avant l’Occident, la Chine avait déjà inventé un grand nombre des techniques sur lesquelles repose notre monde moderne. Voici détaillées l’origine et l’histoire de ces grandes découvertes chinoises, dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’astronomie, la médecine, la physique, les mathématiques, la musique, les transports ou la guerre. Elles révèlent l’extraordinaire inventivité de la Chine, depuis le premier millénaire avant notre ère jusqu’au XIIIe siècle, depuis la brouette ou le cerf-volant jusqu’à la combustion spontanée et l’identification des taches solaires.

Histoire
Marie-Claire BERGÈRE, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, 1989 et 2001.
1) L’Institutionnalisation de la révolution 1949-1956
2) La fuite dans l’utopie 1965-1976
3) Victoire et crise du pragmatisme 1976-1989
4) De l’isolement à l’ouverture : la politique extérieure depuis 1960
Cet ouvrage analyse les politiques économiques successives et leurs retombées sociales (fragmentation de la société en groupes antagonistes : ouvriers réticents, cadres apeurés, jeunesse sceptique, intellectuels réduits au silence). Il éclaire la lutte entre les diverses lignes et la montée de factionnalismes.
Bernard BRIZAY, Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium, Editions du Rocher, 2003.
Les 7 et 8 octobre 1860, le fabuleux Palais d’Eté de Pékin, le Versailles chinois, est pillé par les Français et les Anglais, au terme d’une expédition militaire destinée à ouvrir la Chine au commerce occidental… et surtout à l’opium que les Anglais produisent aux Indes ! Dix jours plus tard, sur ordre de Lord Elgin, il est incendié en représailles aux tortures et à la mort de prisonniers, otages des Chinois. Pour la Chine – et pour le patrimoine de l’Humanité -, la perte est immense, incalculable, irréparable.
Jacques GERNET, Le monde chinois, Armand Collin, 1972, 1980, 1990 et 1999.
« L’objet de ce livre est de servir d’introduction à l’histoire du monde chinois. Il est de montrer quelles ont été les étapes de sa formation, ses expériences successives, les apports qui, de toutes las parties du monde, sont venus l’enrichir au cours des siècles, les influences qu’il a exercées, sa contribution à l’histoire universelle. » (p.9) Bibliographie de l’ouvrage.
Serge LEFORT, La Chine vue par John FAIRBANK, Chine en Question.

Chine/Occident
Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000.
Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident.
Serge LEFORT, 中國 zhōng guó, Chine en Question.

Lire aussi :
Marc FERRO, Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Payot, 1986.
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa – La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.


[1] Références :
Laurence ROULLEAU-BERGER, Désoccidentaliser la sociologie – L’Europe au miroir de la Chine, Editions de l’Aube, 2011.
Comment penser la pluralité des récits des sociétés contemporaines ? Comment casser la hiérarchie construite par les colonialismes entre sociétés occidentales et sociétés orientales ? Il nous paraît aujourd’hui moins pertinent de penser la pluralité des « provinces du savoir » que de penser les continuités et les discontinuités, les agencements et les disjonctions entre des lieux de savoir situés à différents endroits du monde susceptibles de laisser apparaître un espace intermédiaire transnational à la fois local et global.
L’auteur cherchera ici à construire des effets de miroir entre sociologie chinoise et sociologie européenne autour des thématiques suivantes : emploi et travail ; frontières sociales et ségrégations urbaines ; modernités, sujet et souci d’autrui ; Etats, conflit social et action collective ; inégalités et parcours biographiques ; migrations internes et internationales. Un essai qui nous en apprend autant sur la sociologie chinoise que sur la sociologie européenne.
Edward SAÏD, L’orientalisme – L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980.
D’Eschyle à Kissinger, de Marx à Barrès, l’Occident a tenu un discours sur l’Orient. Mais, puisque «l’Orient» n’existe pas, d’où vient ce discours et comment expliquer son étonnante stabilité à travers les âges et les idéologies? «L’Orient» est une création de l’Occident, son double, son contraire, l’incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois, la chair d’un corps dont il ne voudrait être que l’esprit.
À étudier l’orientalisme, présent en politique et en littérature, dans les récits de voyage et dans la science, on apprend donc peu de choses sur l’Orient, et beaucoup sur l’Occident. Le portrait que nous prétendons faire de l’Autre est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre image.

La pensée asiatique construite en France


Voici un livre qui paraît séduisant, mais qui se révèle plus que décevant sur la forme comme sur le fond [1].

La forme est purement journaliste, c’est-à-dire des articles très courts qui ne rendent pas compte de la complexité du sujet abordé. Que Le nouvel Observateur parraine ce type de publications est normal, mais que le CNRS se prête à cette pratique réductionniste est désolant.

Le fond comporte de graves erreurs qui révèlent une méconnaissance de la pensée asiatique, trop souvent interprétée selon les préjugés de la pensée occidentale.
Ainsi, de nombreux auteurs projettent le concept occidental de transcendance qui est totalement absent de la pensée asiatique [2] :

Tian (Ciel), qui possède quatre ou cinq significations à l’époque classique, correspond à la nature, mais recouvre aussi tout le domaine de la transcendance religieuse. p.15

Mille ans avant l’ère chrétienne le « Shujing » (Classique des documents), que tous les lettrés connaissaient par cœur jusqu’au début du XXe siècle, évoquait la Voie du Ciel et la Voie royale, préludes aux dimensions métaphysique et morale du terme. p.26

L’homme conçoit alors, cela est connu [selon la philosophie occidentale], un monde intermédiaire entre le monde sensible et le monde transcendant. p.53

À travers tant ses idéaux de culture de soi ou de transformation de l’autre qu’une partie de ses méthodes, l’éducation confucéenne est empreinte, et de façon très concrète, de religiosité. p.146

Quelques auteurs savent lire les textes :

[…] la morale confucianiste n’est pas de nature transcendante. p.31
Philosophiquement, Confucius fut un des premiers penseurs de l’histoire humaine à proposer une morale « immanente », une morale qui ne se fonde pas sur le surnaturel, mais sur la nature humaine telle qu’elle est, sur l’homme avec ses sentiments et ses faiblesses. p.32

[…] parallèlement au raisonnement de type mécaniste qui envisage les liens de cause à effet [philosophie occidentale], les Chinois ont développé, au service d’une explication globale du monde, la pensée corrélative : elle permet d’expliquer le macrocosme, le microcosme et leurs interactions. p.35

Le bouddhisme du Grand Véhicule (Mahayana), qui pénètre au Japon par la Corée, est fortement marqué par l’immanentisme de la pensée chinoise. p.102

Claude Weill introduit les textes en prétendant que «les grands sages qui ont marqué l’orient dit « extrême » sont tous nés à la même époque : autour du Ve siècle avant notre ère.» L’ignorance de tous les penseurs antérieurs à cet âge d’or lui permet de faire croire que la pensée asiatique serait née après la philosophie grecque (socle de la pensée occidentale).

15/03/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.


[1] Claude WEILL (sous la direction de), La pensée asiatique, CNRS Editions, 2010 [Cafés Géographiques].
[2] Voir les travaux de François JULLIEN, Monde en Question.
Sélection bibliographique :
• François JULLIEN, Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 1989 réédition Points Seuil, 1996 [Chine en Question]
Que toute réalité soit conçue comme processus en cours, relevant d’un rapport d’interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu’il y ait, par conséquent, à l’origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement, c’est là une rerésentation de base de la culture chinoise.
• François JULLIEN, Figures de l’immanence – Pour une lecture philosophique du Yi King, Grasset, 1993
De tous les livres qu’ont pu produire, ou rêver, les diverses civilisations, le Yi king est certainement le plus étrange. Au départ, celui-ci se réduit à deux sortes de traits, ou plein, ou brisé, servant à exprimer la polarité à l’oeuvre au sein du réel, et dont le jeu des superpositions permet de produire une série de figures – 64 au total – qui donnent à voir la variation du cours des choses. Sur cette combinatoire, ensuite, est venu se greffer un ensemble du jugements et de commentaires, qui ont fini par former le texte que nous connaissons désormais sous le nom de Classique du changement : depuis plus de deux millénaires, la principale référence de la pensée chinoise.

Revue de presse Chine 03/08/2011


03/08/2011, Pékin juge sévèrement l’accord sur la dette publique américaine, France 24

Pour la Chine, l’adoption du texte permettant aux États-Unis d’éviter un défaut de paiement ne parviendra pas à « désamorcer la bombe de leur dette ». Dans la foulée, l’agence de notation chinoise Dagong a abaissé la note de la dette américaine.

01/08/2011, Vladimir PETROVSKY, L’Asie dans l’attente du 2 août, RIA Novosti

Les principaux détenteurs d’obligations américaines, avant tout la Chine (plus de 1.150 milliards de dollars) et le Japon (890,3 milliards de dollars), qui se partagent 40% de la dette publique américaine, s’attendent à des temps difficiles. On voit les mêmes dispositions dans d’autres pays, par exemple en Corée du Sud ou en Inde, qui conservent la majeure partie de leurs réserves monétaires en dollars américains.

La Chine n’a pas l’intention de suspendre les achats d’obligations du Trésor américain dans un avenir proche, en dépit du risque de défaut de paiement des Etats-Unis. Comme l’a récemment écrit le journal Renmin Ribao en se référant au centre gouvernemental de recherche, « Pékin n’a pas d’autre choix que de continuer à acheter de la dette américaine, car la Chine veut que le dollar soit stable. Et les obligations américaines demeurent l’un des produits d’investissement les plus liquides sur le marché, compte tenu des immenses réserves de change de la Chine ».

Le Japon, dont la dette publique a atteint 200% du PIB, est également conscient qu’il n’existe pas d’alternative aux obligations américaines. Or, le pays devra dépenser beaucoup d’argent pour éliminer les conséquences de l’ouragan et du tsunami qui ont frappé le Japon en mars, laissant dans leur sillage des dommages estimés entre 16.000 et 25.000 milliards de yens, soit 195-305 milliards de dollars.

23/07/2011, Le concret, creuset de la pensée, movitcity

Cette petite histoire d’une lanterne à tenir élevée pour qu’elle diffuse mieux sa lumière souligne surtout que la pensée chinoise cherche (ou cherchait) toujours à s’inspirer de situations concrètes en se méfiant des « concepts purs » en se souvenant que c’est depuis notre existence concrète que nous sommes capables de penser. Cette attitude est à l’opposé de la pensée judéo-chrétienne qui tente de s’approcher de Dieu et qui se sent engluée dans la réalité.

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Tibet, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Xinjiang, Monde en Question.

Y a-t-il une philosophie chinoise ?


« Y a-t-il une philosophie chinoise ? » Cette question, issue de l’institution philosophique européenne du XIXe siècle, revient encore de manière plus ou moins implicite près de deux siècles plus tard dans ce qui se dit et se lit actuellement sur la Chine. Il est donc temps d’en dresser un état des lieux.

C’est elle qui a servi de fil rouge aux travaux, menés de manière collégiale et internationale depuis plusieurs années, qui constituent la matière de ce volume. Il s’agit ici d’un chantier qui s’est constitué dans un échange continu et vivant entre des auteurs français, mais aussi européens et chinois, qui leur a permis au fur et à mesure d’affiner leurs réflexions respectives. Le volume qui en résulte se présente donc sous la forme originale d’un réseau de renvois internes entre les différents textes. On obtient ainsi un effet de prisme qui a l’avantage de démultiplier les points de vue, sans jamais se départir d’une perspective critique ni verser dans des réponses dogmatiques ou réductrices qui sont encore trop souvent monnaie courante en la matière.

Y a-t-il une philosophie chinoise ? – Un état de la question, Extrême-Orient, Extrême-Occident n°27, 2005 [Textes en ligne].

Lire aussi :
• La philosophie chinoise moderne, Revue internationale de philosophie n°232, 2005.
• Y a-t-il une philosophie chinoise ?, Biblioweb, 20/06/2010.
Dossier documentaire & Bibliographie Pensée chinoise, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.

Réflexions chinoises


À travers les parcours exemplaires d’excentriques et de rebelles de la Chine ancienne, Jean Levi interroge les deux dimensions essentielles de la civilisation chinoise, wen, lettrée, et wu, militaire, dans leur rapport ambigu au langage.
Des Entretiens de Confucius aux traités de stratégie et d’art de la guerre et de la politique de Sunzi et Han Fei, en passant par les poème de l’anarchiste Xi Kang, il aborde les questions de la relation maître-disciple, la transmission, la traduction ou encore la philosophie comme mode d’expression littéraire. Partant d’exemples concrets, de dialogues allégoriques, ironiques, aporétiques, Jean Levi fait vivre la pensée chinoise.
Et, par un subtil jeu de miroirs, ces réflexions sur des phénomènes intellectuels et idéologiques propres à la culture chinoise renvoient une image qui nous invite à réfléchir sur nous-mêmes : les relations de similitude et d’écart entre la Chine et l’Occident s’approfondissent ici d’un reflet spéculaire, sans que jamais la figure de l’Occident soit réellement présente ; elle n’existe que comme absence à interroger.

Jean LÉVI, Réflexions chinoises – Lettrés, stratèges et excentriques de Chine, Albin Michel, 2011.

Écouter aussi :
• Entretien avec Jean Lévi, Quinzaine Littéraire
• Entretiens avec Jean Lévi, France Culture

Lire aussi :
• L’actualité des livres
Centre National du Livre
Veille littéraire CNL
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Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.