Chine en Question

Blog dédié au Monde asiatique

Archives de Tag: Crise sociale

Hong Kong – Victoire en trompe-l’œil des oppositions


Comme dans toutes les élections, les médias dominants publient des résultats qui ne sont pas faux mais trompeurs et ils en tirent des conclusions partielles et donc partiales. Ce fut le cas lors des élections présidentielles de 2007 en France [1] et c’est encore le cas lors des dernières élections locales à Hong Kong en 2019.


Résultats non définitifs

 

Le chiffre que tout le monde retient est celui de l’écrasante majorité des élus classés comme pro-démocratie alors qu’il est plus juste de dire les opposants au gouvernement de Beijing car ils regroupent des partisans du statu-quo, des localistes, des autonomistes, des indépendantistes, etc. et tous ne sont pas démocrates.

Pour faire court mais précis selon mon habitude, je retiendrai deux autres paramètres que les médias dominants connaissent certainement, mais qu’ils feignent d’ignorer car ils ne sont pas vendeurs pour leur propagande anti-chinoise.

Répartition des voix


Résultats définitifs

 

Ces chiffres ne sont communiqués par aucun média car ils contredisent le discours triomphaliste. Or, ils nuancent la victoire des partis et organisations qui se situent dans le camp de l’opposition au gouvernement de Beijing.

La différence significative entre le nombre des voix et celui des élus tient au système électoral qui, basé sur la majorité simple (dite aussi relative) à un tour, donne une prime au vainqueur [2].

Si le nombre d’élus est important en terme de pouvoir, le nombre de voix reflète la légitimité réelle des élus. En passant sous silence ce détail, les médias prouvent encore une fois que la démocratie n’est qu’un slogan idéologique creux car la démocratie réelle ne les intéresse pas.

Diversité des oppositions



Election Results, District Council Election

 

Mettre dans le même sac tous les partis, organisations et candidats indépendants qui ne soutiennent pas la politique de Beijing relève de la propagande. Cette présentation reviendrait, par exemple, à amalgamer en France les voix de l’extrême gauche, de la gauche, d’une partie de la droite et de l’extrême droite contre Nicolas Sarkozy au premier tour des élections présidentielles de 2007 [3].

L’examen détaillé des résultats montre que les partis d’opposition traditionnels ont peu progressé en pourcentage des voix par rapport à 2015 (de -1,20% à +2,11%).
Le parti le plus important, The Democratic Party, a perdu 1,20% des voix mais a gagné 10,15% des sièges. Au total, il représente 12,36% des voix et 20,13% des sièges en 2019.
Le gain vient essentiellement de la multitude des candidats indépendants. Ils ont progressé de 15,25% en voix et de 25,48% en sièges. Au total, ils représentent 20,63% des voix et 29,42% des sièges en 2019.

Il est probable qu’ils subiront de fortes pressions pour rejoindre les partis anti-Beijing voire pro-Beijing. Il sera très difficile, sinon impossible, de suivre cette évolution car aucun média francophone ne s’intéresse à ces détails et quasi aucun média anglophone non plus. Je suivrai au mieux ce dossier… avant les prochaines élections.

28/11/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Lire :
Leçons du 22 avril [2007], Monde en Question.
Leçons du 22 avril [2007] suite, Monde en Question.
Articles Sondages, Monde en Question.
[2] Lire : 1. Constitution and Administration et 2. The Electoral System, Hong Kong 2017 (dernière mise à jour).
[3] C’est la dernière élection française que j’ai analysée car j’ai émigré au Mexique le 9 mai 2007. Lire les références de la note 1.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

La naissance de la biopolitique de Hong Kong


 

Hong Kong, notre objet de recherche, est une ville coloniale avec un statut exceptionnel. Au cours de l’histoire de la colonisation sur cent cinquante ans, le sort de Hong Kong est lié étroitement à la situation internationale, surtout à celle des pays occidentaux. Étant une ville chinoise, Hong Kong a connu un destin extraordinaire par rapport aux autres villes coloniales anglaises.

Selon la « Seconde Convention de Pékin », le Grand Bretagne devait rendre l’autorité de Hong Kong à Pékin en 1997. Cependant, au moment du retour à la Chine en 1997, les nombreux habitants ne voulaient pas couper avec le gouvernement colonial. Dans l’histoire de la colonisation, il est très rare que les colonisés ne veuillent pas la fin du pouvoir colonial.

Au traversant de quatre chapitres, autour des histoires et des problèmes de logement social local, nous essayons d’étudier de quel type de gouvernement les hongkongais ne voulaient pas couper avec le gouvernement colonial.

En employant les théories de Michel Foucault, hétérotopie, famille, biopouvoir, biopolitique, dispositif et dispositif de sécurité, nous répondons à cette question.

HSIEH Hsiao Yang, La naissance de la biopolitique de Hong Kong – Une recherche sur le logement social, Thèse de doctorat en Philosophie, Université Paris 8, 2014 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong II – De la crise économique à la crise politique


Je hais la politique car elle devient injustice, car elle trahit la parole pour le slogan.
Stefan Zweig in Stefan Zweig Farewell to Europe (2016) – Stefan Zweig, adieu l’Europe [16’09].

 

Pour comprendre ce qui se passe à Hong Kong, il est nécessaire de situer la crise actuelle dans un contexte géoéconomique et géopolitique plus général.

Les États-Unis sont en guerre contre la Chine depuis 1856 (seconde guerre de l’opium) aux côtés de l’Angleterre et la France. Il s’agissait de démanteler l’économie chinoise qui menaçait les grandes puissances alors que la dynastie Qing était dans sa phase décadente [1]. La République de Chine resta sous domination étrangère entre 1911 et 1949. La Chine retrouva son indépendance nationale en octobre 1949, date de la proclamation de la République populaire de Chine, mais ce n’est qu’à partir de 2001 qu’elle a retrouvé le niveau de développement qu’elle avait atteint au XIXe siècle [2].

Le gouvernement américain a soutenu Tchang Kaï-chek jusqu’à sa mort en 1975. Même si la République populaire de Chine fut admise à l’ONU le 25 octobre 1971, les États-Unis n’établiront des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine que le 1er janvier 1979.
Tchang Kaï-chek, replié à Taïwan depuis 1949, fonda en 1966 la WACL – Ligue anticommuniste mondiale renommée opportunément Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie en 1990 comme par hasard après la chute du mur de Berlin. De hauts responsables de la CIA, tels Ray S. Cline, ont joué un rôle important dans l’organisation de la WACL. Les liens de cette organisation avec l’extrême droite sont notoires [3].

Depuis 1945, les États-Unis contrôle tous les pays via une structure militaires divisée en cinq zones [4], l’OTAN sous commandement américain et, depuis 2001, des partenariats de coopération militaire [5]. À cela s’ajoute les interventions de la CIA [6], celles d’armées secrètes sous couvert ou non de l’OTAN [7] et, last but not least, le recours aux mercenaires divers et variés notamment les terroristes se réclamant de l’islam comme au Xinjiang.

Les frontières de la Chine sont sous le contrôle militaires des États-Unis (marron), auquel s’ajoutent les anciennes colonies américaines (orange) et les multiples groupes islamistes instrumentalisés (vert) sans compter les réseaux d’espionnage dont on ne sait rien par définition [8].

Une guerre militaire n’aura pas lieu frontalement entre les États-Unis et la Chine, sauf un possible dérapage [9]. L’administration américaine de Donald Trump, comme le fit celle de Barack Hussein Obama, maintiendra la pression aux frontières, notamment en mer de Chine, et poursuivra ses tentatives de déstabilisation au Tibet, au Xinjiang, au Myanmar (Birmanie) et aujourd’hui à Hong Kong, cette ancienne colonie britannique. Mais la guerre se déroule essentiellement sur le front économique.

Depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, Hong Kong est dans le collimateur du gouvernement américain qui espère, en plombant son économie, ralentir par ricochet sinon stopper la progression de la Chine dans l’économie mondiale. Cette politique a en partie porté ses fruits puisque Hong Kong est dans une phase de déclin économique. La spéculation immobilière en est l’aspect le plus visible y compris pour les médias dominants [10].

Le gouvernement chinois savait pertinemment que la rétrocession de la colonie britannique ne serait pas un processus facile et il avait anticipé les embûches que préparaient plus ou moins ouvertement les puissances occidentales en développant Shenzhen, ville ultra moderne dont le produit intérieur brut a dépassé celui de Hong Kong en 2018 [11].


Shenzhen située à la frontière entre Hong Kong et la Chine continentale

 

Hong Kong perd chaque jour de sa puissance au profit de Shenzhen. Si les grosses fortunes, même moins nombreuses, maintiennent vaille que vaille leur taux de profit, la petite bourgeoisie d’affaires paye les frais de cette crise de décroissante en basculant petit à petit dans la pauvreté. Cette crise économique se traduit naturellement par un profond désarroi social qui est aujourd’hui instrumentalisé politiquement non seulement à Hong Kong mais aussi à l’étranger… contre le gouvernement de Pékin [12].

Quatre leçons que Washington doit tirer de la guerre commerciale avec la Chine :

La première leçon est que la Chine ne courbe pas l’échine face à la tactique de pression maximale des États-Unis.
La deuxième leçon que ces faucons devraient apprendre est que l’économie chinoise est assez forte et résiliente pour résister à cette pression.
Le troisième fait que les faucons du commerce à Washington devraient cesser de nier, c’est que cette guerre commerciale nuit à leur peuple et à leurs entreprises.
Enfin, dernier point et non le moindre, les États-Unis devraient apprendre à se comporter comme une puissance mondiale responsable et cesser d’agir comme une « brute de cour d’école ». En tant que seule superpuissance du monde, les États-Unis doivent assumer leur responsabilité et se joindre à d’autres pays pour faire de ce monde un endroit meilleur et plus prospère.
Ce n’est qu’alors que les États-Unis pourront retrouver leur grandeur.
Source : Xinhua, 01/09/2019

02/09/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question


Notes et références

[1] Un siècle de guerres contre la Chine :
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa, 10/08/2008.
Michel TIBON-CORNILLOT, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa, 29/08/2008.
Corinne AUTEY-ROUSSEL, Guerres de l’opium : le viol de la Chine par les puissances occidentales, Entelekheia, 30/04/2017.
Dossier Histoire Chine, Monde en Question.

[2] L’économie chinoise XIXe-XXIe siècles :
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [BooksGooglePerspectives chinoisesTexte en ligne].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Dossier Économie Chine, Monde en Question.

[3] États-Unis/Chine – Ligues anticommunistes :
Chronologie Relations Chine-USA, Kronobase.
2004, Une source inédite de l’histoire de l’anticommunisme : les archives de l’Entente internationale anticommuniste (EIA) de Théodore Aubert (1924-1950), Matériaux pour l’histoire de notre temps.
18/02/2017, Comment le centre international de l’anticommunisme s’est ancré au bout du lac , Tribune de Genève.
WACL, Right Web.
août 1983, Du pogrome au combat pour la liberté, Le Monde diplomatique.
avril 1986, La Ligue anticommuniste mondiale, Le Monde diplomatique.
12/05/2004, Ligue Anti-communiste mondiale – World Anti-Communist League (WACL), Réseau Voltaire.

[4] Le contrôle militaire du monde :
Carte USom
Contrôle de l’Amérique du Nord, USNorthCom.
Contrôle de l’Amérique du Sud, USSouthCom.
Contrôle de l’Europe, USEuCom.
Contrôle de l’Afrique, USAfriCom.
Contrôle du Moyen-Orient, USCentCom.
Contrôle de l’Asie et de l’Océanie, USPaCom.
Carte bases militaires dans le Pacifique
Au 30 juin 2011, l’ensemble des Forces militaires américaines, c’est-à-dire l’US Army, l’US Navy, l’US Air Force et l’US Marine Corps (exception faite de l’US Coast Guard qui compte 43 521 personnels d’active au 30 septembre 2011) regroupaient 1 434 312 militaires répartis sur un millier de bases dans une centaine de pays.
Par comparaison, la Chine possède une et une seule base militaire à Djibouti !
Lire : La Chine construit sa première base militaire à l’étranger, Sputnik, 13/07/2017.

[5] L’OTAN :
Pays membres
Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA)
Partenariat avec pays non membres
Manlio DINUCCI, Brève histoire de l’OTAN de 1991 à nos jours, Le Grand Soir, 23/10/2017.

[6] Les guerres de la CIA :
William BLUM, Les guerres scélérates – Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945, Parangon, 2004 [Le Grand Soir].
John K. COOLEY, CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Autrement, 2002.

[7] Les guerres secrètes de l’OTAN :
Daniele GANSER, Les armées secrètes de l’OTAN, Demi Lune, 2007 réédition 2011 et 2016 [Monde en Question].
Daniele GANSER, Les guerres illégales de l’OTAN – Une chronique de Cuba jusqu’à la Syrie, Demi Lune, 2017 [Monde en Question].

[8] Le contrôle militaire de la Chine :
Bases militaires : Corée du Sud, Japon, Philippines
Opération Enduring Freedom : Afghanistan
Conseil de partenariat euro-atlantique (CPEA) : Kazakhstan, Kirghizistan, Tajikistan
Partenariat avec pays non membres : Afghanistan, Pakistan, Corée du Sud, Japon, Mongolie

[9] Lire : La prochaine guerre américaine, Monde en Question.

[10] Lire : Hong Kong, de la crise économique à la crise politique I, Chine en Question.

[11] Shenzhen une zone de démonstration socialiste :
07/12/2017, Shenzhen-Hong Kong Connect, des noces de coton en or, Lazuli International.
Articles Shenzhen, Lazuli International.
28/02/2019, Shenzhen surpasses HK in GDP China Daily.
Articles Shenzhen, China Daily.
19/08/2019, La Chine va faire de Shenzhen une zone de démonstration socialiste, Xinhua.
19/08/2019, Beijing wants Shenzhen to play ‘key role’ in tech innovation for planned Greater Bay Area, The Japan Times.
26/08/2019, Ce n’est pas pour remplacer Hong Kong que Beijing relève le statut de Shenzhen, Le Quotidien du Peuple [c’est l’inverse qui est vrai].
29/08/2019, Shenzhen va introduire davantage de règles commerciales dans sa nouvelle zone de développement, Le Quotidien du Peuple.

[12] Lire : Les médias préparent la guerre contre la Chine, Chine en Question.

Lire aussi :
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géoéconomie, Monde en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Hong Kong I – De la crise économique à la crise politique


Je hais la politique car elle devient injustice, car elle trahit la parole pour le slogan.
Stefan Zweig in Stefan Zweig Farewell to Europe (2016) – Stefan Zweig, adieu l’Europe [16’09].

 

Voici un extrait de la lettre écrite à un ami :

Je ne te cache pas mon inquiétude à propos de la situation économique et politique de Hong Kong. Inquiétude d’autant plus grande qu’il est difficile d’apprécier la situation réelle car les informations disponibles relèvent de la propagande : celles du gouvernement de Pékin, qui appelle au maintient de l’ordre, et celles de la presse occidentale, qui se moque totalement du sort des Hongkongais victimes de la crise économique depuis 2008, mais met de l’huile sur le feu en agitant le spectre d’un Tian’anmen.

Tous les articles de sources diverses que j’ai lus relèvent la propagande politiquement correcte contre la Chine, mais ne donnent aucune information factuelle permettant une analyse : Quoi, Qui, Où, Quand, Comment, Combien, Pourquoi.

J’ai lu beaucoup de bêtises comme la soi-disante alliance de la mafia chinoise (réfugiée à Hong Kong depuis 1949) et le PCC. Personne n’évoque la dégradation économique de Hong Kong depuis 2008 dont le gouvernement de Pékin n’est pas responsable.
Il faut savoir que, par exemple, la pénurie de logements et la spéculation immobilière ont conduit à une augmentation de 430 % des prix depuis 2003. En 2018, le prix du m2 s’élevait à 22 000 euros, soit deux fois plus chers qu’à Paris !

Cet ami persiste à penser que Hong Kong se trouve au top du développement tant sous l’angle du développement humain qu’en termes de croissance économique alors que les indicateurs de la crise économique et sociale (depuis début 2019), qui a précédé la crise politique (depuis juin 2019), disent le contraire. En voici trois qui donnent à réfléchir (source : Tradingeconomics) :


Croissance du PIB juillet 2016 – juillet 2019

Nombre de chômeurs août 2018 – juillet 2019

Indice des prix à la consommation août 2018 – juillet 2019

 

À Hong Kong comme ailleurs, la crise économique n’affecte pas les riches qui sont moins nombreux, mais plus riches. Elle affecte surtout la petite bourgeoisie qui bascule petit à petit dans la pauvreté et les pauvres qui, encore plus pauvres, sont marginalisés.

Le gouvernement de Hong Kong se targue souvent du fait que le territoire figure systématiquement en tête des classements établis par la plupart des agences de notation et cercles de réflexion pour ce qui concerne la liberté des marchés. En revanche, il est moins enclin à reconnaître que, plus de quinze ans après la rétrocession, Hong Kong est l’une des économies où les inégalités de revenus sont les plus marquées. Cette inégalité croissante est, entre autres, le résultat de l’augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées. Dans cet article, nous tenterons de présenter une analyse de la polarisation des revenus et de la richesse à Hong Kong en nous penchant sur la politique de protection de la retraite et sur la pauvreté chez les personnes âgées. Nous examinerons aussi les effets polarisants du phénomène de financiarisation sur l’économie de Hong Kong.
Source : Perspectives chinoises

30/08/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
18/01/2019, Les plus petits appartements de Hong Kong sont plus petits qu’une place de parking, Réseau International.
31/05/2019, Hong Kong’s home prices gather speed in April, rising at the fastest pace in more than six years, South China Morning Post.
22/08/2019, Hong Kong : l’enfer des « appartements-cages », France info.
30/08/2019, Hong Kong voit la plus forte chute des ventes au détail depuis 3 ans et demi, Reuters – Le Figaro.
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
Veille informationnelle Géoéconomie, Monde en Question.
Veille informationnelle Géopolitique, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

L’Egypte et la Chine


Selon les médias dominants, les événements d’Egypte inquiéteraient tant le pouvoir chinois qu’il contrôlerait et censurerait les informations. Or, la lecture des dépêches de l’agence de presse chinoise Xinhua prouve qu’il s’agit de la propagande récurrente des médias occidentaux contre la Chine.

Ainsi le Nouvel Obs du 02/02/2011 affirme que :

Les médias chinois mettent l’accent sur le chaos engendré par la révolte égyptienne, ignorant la dénonciation par les manifestants de l’autocratie et de la corruption, deux sujets sensibles en Chine.

Mensonges puisque l’agence Xinhua écrivait le 28/01/2001 :

Des milliers d’Egyptiens sont descendus ces derniers jours dans la rue dans des manifestations sans précédent pour dénoncer la corruption, la pauvreté et le chômage et réclamer le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans.

Un peu plus objectif, Courrier international reconnaît que « la presse chinoise a utilisé l’angle économique pour expliquer les troubles » :

Le site officiel Renmin Wang [Renmin Ribao] critique ouvertement les médias occidentaux, ainsi que certains journaux chinois, qui ont selon lui utilisé abusivement les concepts de « liberté » et de « démocratie » pour décrire les soulèvements. Le site considère que cette attitude est hypocrite, car « les Occidentaux qui incitent les Egyptiens à descendre dans la rue ne les aideront pas à trouver un travail et ne partageront pas avec eux leurs privilèges ». Dans ces pays où le taux de chômage est monté en flèche ces dernières années, il ne sera pas facile de créer de nouveaux emplois, et « ce n’est pas des élections libres qui vont résoudre ce problème », ajoute le site officiel.

Au-delà de la propagande occidentale récurrente contre la Chine [1], force est de constater que la grille de lecture des événements est bien différente en Occident et en Chine.

Alors que c’est au cri de Pain, liberté et dignité ! que les Égyptiens sont descendus dans la rue, les commentaires des médias occidentaux prétendent que les Égyptiens réclameraient avant tout la démocratie – catéchisme du néocolonialisme – comme si la démocratie pouvait résoudre les problèmes sociaux. Partout dans le monde, les gouvernements dits démocratiques s’inclinent devant les exigences du marché c’est-à-dire la soif de profits des actionnaires au prix d’un accroissement de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion. Depuis 2008, la crise a plongé dans la pauvreté des millions de salariés et a accentué les écarts entre riches et pauvres dans les pays occidentaux.

Non seulement les médias occidentaux mais aussi les organisations « révolutionnaires » nous débitent un discours cuit et recuit qui esquive le social au profit du politique en pronostiquant une révolution démocratique [2] alors que pas une seule des centaines d’émeutes de la faim survenues un peu partout dans le monde, depuis 2008, n’a débouché sur un mouvement de contestation politique durable. Ce seul chiffre explique plus LES événements d’Egypte que les discours partisans : 40% des Égyptiens, c’est-à-dire 32 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour.

08/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

[note du 11/02/2011] Lire aussi : Esther BENBASSA, Révoltes dans le monde arabe : notre arrogance colonialiste, Rue89.

Revue de presse :
• L’usure du régime de Moubarak, Lutte de Classe n°92, Novembre 2005.

Après plus de vingt ans de pouvoir ininterrompu de Moubarak, son régime donne des signes d’usure. La crise économique et sociale, mais aussi les conflits permanents de la région moyen-orientale et leurs conséquences, ainsi que la perspective de devoir assurer la succession d’un président désormais âgé, ne sont pas sans provoquer des fissures dans l’appareil du pouvoir et dans la société.

• Les ouvrières égyptiennes aux avant-postes du combat social, BabelMed, 16/04/2008.

Les usines d’Egypte sont maintenant la ligne de front du mouvement des travailleurs qui a débuté en décembre 2006, lorsque les ouvriers textiles ont été 10.000 à manifester à Mahallah Al Kobra, cité industrielle du delta du Nil. Cette mobilisation sans précédent a marqué le point de départ d’une vague de grèves, la plus grande dans le pays depuis les années 1940 selon les spécialistes.

• Maghreb : un profond malaise social, une absence de perspectives politiques, Le PointCourrier international, 06/01/2011.

Les violentes protestations sociales en Algérie et en Tunisie témoignent d’un malaise social profond, touchant en particulier les jeunes diplomés, aggravé par la crise économique et l’usure des élites politiques, estiment des experts interrogés par l’AFP.

• La crise économique enflamme un Maghreb déjà sous tension, L’Expansion, 07/01/2011.

Après la Tunisie, c’est l’Algérie qui connaît des émeutes violentes, dans plusieurs villes du pays. Le malaise social, particulièrement profond au sein de la jeunesse, est exacerbé par les conséquences de la crise économique.

• Égypte : malaise social, Arte, 27/01/2011.

Ce sont les jeunes – qui ont grandi sous le régime d’Hosni Moubarak et l’état d’urgence- qui se mobilisent le plus en faveur d’un changement en Égypte. Un pays gangréné par la corruption, le chômage et le manque de perspectives d’avenir.

• Le chômage au coeur de la crise, Radio-Canada, 27/01/2011.

Les troubles politiques qui secouent actuellement l’Égypte prennent racine dans un régime autocratique, mais aussi [et surtout] dans une économie qui fait du surplace et plombée par le chômage.
« Pain, liberté et dignité » est d’ailleurs un slogan des manifestants.

• Une économie au service d’une caste, Le Temps d’Algérie, 29/01/2011.

«Pain, liberté et dignité», ce sont les mots d’ordre des manifestants égyptiens qui continuaient hier à réclamer le départ du président Moubarak. Pour certains spécialistes, la révolte du peuple égyptien est d’essence socio-économique, car les richesses économiques ne profitent pas aux populations, réduites à la pauvreté et à la précarité extrême.

• Déclaration du Directeur général de l’OIT sur la situation en Egypte, OIT, 02/02/2011 – Le Point et RIA Novosti, 03/02/2011.

Depuis de nombreuses années, l’OIT dénonce l’ampleur du déficit de travail décent en Egypte et dans d’autres pays de la région, où le chômage, le sous-emploi et le travail informel demeurent parmi les plus élevés au monde. L’incapacité à gérer efficacement cette situation, avec toutes ses répercussions en termes de pauvreté et d’inégalités de développement, ainsi que les entraves à l’exercice des libertés fondamentales, ont déclenché ce déferlement historique de revendications populaires.

• Hosni Moubarak, le président égyptien assiégé, Xinhua, 03/02/2011.

Sa politique économique, relativement libérale, n’a bénéficié qu’à une poignée de personnes. Des millions d’Egyptiens sont au chômage et de nombreux habitants vivent dans un état de grande pauvreté.

• Moubarak hausse le salaire des fonctionnaires pour calmer le jeu, Le Point, 07/02/2011.

Le président égyptien Hosni Moubarak a tenté de gagner du temps lundi face aux manifestants qui réclament depuis deux semaines son départ immédiat, en promettant une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites.

• De 1789 à l’intifada égyptienne, le pain reste le symbole de la contestation sociale, Le Monde, 07/02/2011.

Comme en Tunisie, où, dans les manifestations de la révolution dite de jasmin, on brandissait des pains – toujours signe d’une sévère réprobation sociale -, en Egypte le pain est très présent dans le répertoire de l’action collective. Au pays des Pharaons, ce n’est pas un fait nouveau. En 1977, déjà, de façon spectaculaire, et encore en 2008, les émeutes du pain ont ébranlé le régime.

Lire aussi :
• Dossier d’actualité : Égypte, Yahoo! Actualités.
• Dossier : Troubles en Egypte, RIA Novosti.
• Revue, Égypte/Monde arabe.


[1] Deux exemples de questions qui ne font sens que pour ceux qui la posent :
• L’Egypte et la question chinoise, AGEFI, 04/02/2011.

Les différents régimes politiques en place depuis plusieurs décennies dans le Maghreb et au Moyen-Orient sont de plus en plus nombreux à se voir défiés par la rue arabe. L’inflation, la hausse du prix des matières premières et du chômage ont mené aux soulèvements tunisien et égyptien.
Les mêmes facteurs peuvent-ils à terme provoquer un bouleversement similaire en Chine ?

• Pourquoi l’Egypte devrait inquiéter la Chine, Les Echos, 09/02/2011.

Une interprétation purement économique des évènements en Tunisie et en Egypte serait trop simpliste – même si un tel exercice est très tentant pour un économiste. Ceci étant dit, il ne fait aucun doute que les soulèvements dans ces deux pays – et ailleurs dans le monde arabe – reflètent pleinement l’inaptitude de leurs gouvernements à partager la richesse.

[2] Références :
• Les États-Unis, l’Egypte et la lutte pour la révolution socialiste, WSWS, 29/01/2011.
• Derrière les révoltes en Egypte et dans les pays arabes, le spectre du développement des combats de classe, Courant Communiste International, 31/01/2011.
• Déclaration de la Quatrième Internationale sur la Tunisie et l’Égypte, NPA, 01/02/2011.
• Georges KALDY, Après Ben Ali, Moubarak menacé de tomber : Quelle politique pour les classes exploitées ?, Lutte Ouvrière, 02/02/2011.

Révolte sociale au Xinjiang


Les médias dominants se répètent inlassablement dès qu’il s’agit de la Chine. Ils plaquent la même analyse idéologique sur les révoltes des provinces chinoises du Tibet ou du Xinjiang. Cet amalgame ne permet pas de comprendre la nature réelle des événements et encore moins leurs enjeux.

Contrairement aux anciens maoïstes (Libération et Rue89) qui brûlent l’idole qu’ils ont adorée ou aux anciens trotskystes (Mediapart) qui sont devenus des maccarthystes, Martine Bulard rappellent opportunément que :

1) Avec une célérité inhabituelle, le gouvernement chinois a rendu publiques les images de manifestations violentes qui se sont déroulées dimanche 5 juillet à Urumqi, la capitale de la province du Xinjiang.
2) Visiblement […], les manifestants ouïgours ont attaqué et parfois même lynché les Han, ethnie majoritaire en Chine et minoritaire au Xinjiang, qui se trouvaient sur leur passage.
3) Il est impossible de savoir qui a allumé l’incendie à Urumqi.
4) La fracture s’avère plus sociale et ethnique que religieuse. [1]
Les blogs du Diplo

Les questions sociales sont aujourd’hui totalement escamotées du discours médiatique au profit des questions ethniques ou religieuses. Présenter les événements sous cet angle relève d’une propagande idéologique – la même que celle du gouvernement chinois – pour ne pas parler des discriminations sociales au Tibet, au Xinjiang ou ailleurs dans le monde.

Les médias dominants parlent de violentes émeutes ethniques qui ont opposé Ouïghours, musulmans turcophones, et Hans, l’ethnie majoritaire en Chine alors que les émeutes ont éclaté dimanche, en marge d’une manifestation de 1.000 à 3.000 musulmans ouïghours qui demandaient justice pour deux membres de leur communauté [AP – Yahoo! Actualités].

Les médias dominants soutiennent sans réserves les moines tibétains et, plus curieusement, les musulmans ouïghours. Mais peu de médias rappellent que tout au long des années 90, l’Arabie saoudite a investi dans des écoles coraniques et payé des équipements publics au Xinjiang [2].

11/07/2009
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Turkestan Oriental ou le Xinjiang entre Ouïgour, sunnisme et pétrole, Seriatim article bien documenté [lien mort].
Xinjiang : l’énergie attise le conflit, Usine nouvelle article utile pour les données chiffrés.
Dossier documentaire & Bibliographie Xinjiang, Monde en Question.


Notes et références

[1] En fait, la fracture s’avère plus sociale que ethnique ou religieuse.
[2] Le Xinjiang n’est pas le Tibet, Slate.

On licencie pour « garder nos marges de profit »


Obama promet de créer 2,5 millions d’emplois d’ici 2011 alors qu’il avoue que « la plupart des experts pensent que nous pourrions perdre des millions d’emplois l’année prochaine » [AP – Yahoo! Actualités].

En attendant qu’il prenne ses fonctions à la Maison Blanche, le 20 janvier prochain, les entreprises américaines licencient massivement. Depuis le début de 2008, 1,2 million emplois ont été perdus aux États-Unis. Au cours de la semaine précédant le 15 novembre, 542 000 nouveaux chômeurs ont un recours aux prestations d’assurance-emploi, selon des chiffres avancés par le département du Travail américain. L’Administration Bush poursuit la politique qui a conduit au désastre.

Il a semblé jusqu’ici beaucoup plus utile à Hank Paulson de voler au secours d’AIG à hauteur de 150 milliards de dollars pour préserver éventuellement quelques dizaines de milliers d’emplois plutôt que de soutenir les Big Three qui représentent, directement ou indirectement, 2,5 à trois millions d’emplois. Ceux-ci pourraient pourtant être perdus en seulement quelques mois, ce qui constituerait un signal conjoncturel et social aux conséquences désastreuses, sans commune mesure avec la faillite de Lehman Brothers. C’est à se demander si l’administration Bush sera capable — avant de lâcher le devant de la scène — de démontrer qu’elle sait tirer les conséquences de ses erreurs passées.

L’activité industrielle a dégringolé de +3,8 à -37,5 dans la région de Philadelphie en octobre, selon l’enquête mensuelle publiée jeudi par la Réserve fédérale locale — alors que les économistes prévoyaient un repli limité de l’indice à -10 environ.

Pour couronner le tout, le département du Travail confirme tous les signaux de dégradation du marché de l’emploi observés dans la quasi-totalité des secteurs d’activité, avec la multiplication des plans de licenciements. Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont ainsi grimpé de 27 000 à 542 000 au cours de la semaine achevée le 15 novembre.

[…]

Après le « too big to fail » (trop gros pour disparaître), c’est le « trop gros pour être sauvé » qui semble constituer un obstacle psychologique majeur pour les sénateurs républicains qui prétendent défendre les principes libéraux qui ont fait — et c’est désormais du passé décomposé — la fortune de l’Amérique.

Ils n’éprouvent en revanche nulle réticence à voter chaque année des rallonges de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour financer les vaines guerres impériales de l’Amérique, comme les baptise depuis leur origine Bill Bonner.

Ces sénateurs républicains ont en effet les moyens d’opposer un veto à un plan de sauvetage de 25 milliards de dollars qui pourrait éviter la perte de 2,5 millions à 3,5 millions d’emplois avant la fin 2009.

[…]

Un jusqu’au-boutisme dans le chaos économique après l’effondrement du système financier qui semble satisfaire la fibre apocalyptique de nombreux sénateurs et représentants qui ont suivi (ou même encouragé) G.W. Bush dans les pires mésaventures géopolitiques de l’après 11 septembre 2001 et qui ont ruiné le crédit de l’Amérique – dans tous les sens du terme.

Chronique Agora

Pendant les Trente Glorieuses du néo-libéralisme, les entreprises licenciaient pour accroître leurs profits. Aujourd’hui, elles licencient pour préserver leurs profits comme l’explique cyniquement Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.

« Dans la division médicale, les contours d’un programme d’optimisation ont été récemment annoncés », a indiqué à l’AFP Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.

« Dans ce secteur, environ 5% de tous les emplois vont devoir disparaître, malheureusement. Il y a dans la division 32.000 emplois, donc si on calcule on en arrive à environ 1.600 », a-t-il ajouté.

« Nous voulons prendre des mesures qui nous permettront, même dans une période où l’économie est moins forte, de garder nos marges de profit à niveau et de même les améliorer là où c’est possible« , a expliqué le porte-parole.

Le groupe a enregistré au troisième trimestre un bénéfice net en hausse de 7,8% à 357 millions d’euros grâce à la vente de sa participation dans le fabricant de semi-conducteurs TSMC.

AFP – Yahoo! Actualités

Partout, aux États-Unis comme en Chine ou en Europe, les gouvernements suivent la même politique : ils financent les entreprises qui font du chantage aux licenciements pour maintenir leurs profits.

Les Pays-Bas ont annoncé vendredi des mesures pour soutenir leurs entreprises d’un montant de six milliards d’euros, soit 1% de leur produit intérieur brut (PIB), quelques jours avant la présentation d’un plan de relance européen qui fait débat.
[…]
Outre l’Allemagne, qui a déjà annoncé un plan national de 32 milliards d’euros sur deux ans, d’autres capitales européennes, comme Paris, Madrid ou Bruxelles ont déjà pris d’importantes mesures de soutien de l’économie.
AFP – Yahoo! Actualités

22/11/2008
Serge LEFORT

Lire aussi :
• Ford demande 40 milliards d’euros à l’Union européenne, France 24.
• L’État allemand doit-il sauver Opel ?, France 24.
• L’Etat doit aider l’industrie automobile à sortir de la crise, euro|topics.
• General Motors : le CA prêt à envisager la faillite, contre l’avis du PDG, AFP – Yahoo! Actualités.
• Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?, Le Monde diplomatique.
• Citigroup vacille et l’Amérique s’angoisse, Libération.
• Citigroup : sauvetage, rachat ? le marché attend une annonce avant lundi, AFP – Yahoo! Actualités.
• Toyota supprime 3.000 postes temporaires au Japon, AFP – Aujourd’hui le Japon.
• La Chine surveille les éventuels licenciements de masse et les contestations salariales, China.org.
• La Chine appelle au contrôle des licenciements de masse et des conflits du travail à grande échelle, Xinhua – Le Quotidien du Peuple.

Pour aller plus loin : LANGLET Denis, L’industrie dans la tourmente de la finance, L’Harmattan, 2008.
Alors que les sommets internationaux se succèdent et que les gouvernants du monde entier promettent des jours meilleurs, les plans sociaux tombent. Dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans les banques et compagnies d’assurance, mais aussi dans les petites et moyennes entreprises, des centaines de milliers de travailleurs, de salariés, sont confrontés à la perte de leur emploi ou au chômage partiel, à la difficulté croissante de «faire leur fin de mois».

L’étude produite par Denis Langlet dans son ouvrage L’industrie dans la tourmente de la finance est un matériau qui tombe à pic pour démontrer que toutes les déclarations n’engageront que ceux qui auront décidé de bien vouloir y croire. Il s’agit d’un livre explicatif, extrêmement documenté, dans lequel toute affirmation est étayée [1].
La Sociale


[1] L’auteur rappelle opportunément que la gauche, PS et PCF, ont impulsé la déréglementation néo-libérale à partir de 1982. Lire : Dossier documentaire & Bibliographie Tournant de la rigueur, Monde en Question.

 

Le capitalisme chinois (2)


En Chine comme ailleurs, la crise financière se transforme en crise économique et a des conséquences sur l’emploi.

En mars, Tian Chengping, ministre du Travail et de la Sécurité sociale, avait prévenu que la situation de l’emploi du pays serait « très grave » cette année pour des raisons structurelles [Xinhua] :

Quelque 20 millions de nouveaux travailleurs rejoignent chaque année la population active dans les régions urbaines et rurales et la Chine aura un large contingent de nouvelles forces de travail pendant une assez longue période, a-t-il indiqué en marge de la première session de la 11e Assemblée populaire nationale de Chine.
Cependant, les villes et les bourgs ne peuvent offrir que 12 millions d’emplois chaque année, et une grande quantité de travailleurs migrants affluent vers les villes, a-t-il rappelé.

En novembre, Yin Weimin, ministre des Ressources humaines et de la Sécurité sociale, a qualifié la situation de l’emploi du pays de « morose » pour des raisons conjoncturelles [Xinhua et Xinhua] :

La mauvaise situation économique mondiale pèse sur le marché de l’emploi du pays depuis octobre, le chômage s’abattant sur certaines entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises à forte intensité de main-d’oeuvre qui ont dû fermer ou suspendre leurs opérations.

Yin Weimin exhortait les autorités locales à faire de leur mieux pour répondre de manière appropriée aux licenciements de masse et aux conflits du travail plus fréquents [Xinhua], il s’inquiète aujourd’hui « des troubles de la main-d’oeuvre » en commentant « la récente agitation parmi les travailleurs » [Xinhua].

Par ailleurs, Meng Jianzhu, ministre de la Sécurité publique a appelé la police à améliorer les méthodes de maintien de l’ordre [Xinhua] :

La police doit être consciente du défi apporté par la crise financière globale et faire de son mieux pour maintenir la stabilité sociale, a indiqué Meng Jianzhu, en appelant la police à améliorer les méthodes de maintien de l’ordre en utilisant « une pensée harmonieuse pour atténuer les conflits et une attitude harmonieuse pour traiter le peuple ».
« Le peuple doit être conscient de l’autorité et de la dignité de la loi, ainsi que de l’affection des autorités de la sécurité publique », a-t-il poursuivi.

Le croisement de ces dépêches l’Agence de Presse chinoise Xinhua montre que :
• En quelques mois et d’un ministre à l’autre, la cause du chômage qui était structurelle est devenue miraculeusement conjoncturelle.
• Le gouvernement « communiste » se méfie de la réaction des travailleurs chinois, qu’il qualifie de « troubles » et d' »agitation ».
• Yin Weimin, ministre des Ressources humaines et de la Sécurité sociale, a les mêmes préoccupations que Meng Jianzhu, ministre de la Sécurité publique pour maintenir l’ordre social.

21/11/2008
Serge LEFORT