Chine en Question

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Archives de Tag: Crise politique

Hong Kong I – De la crise économique à la crise politique


Je hais la politique car elle devient injustice, car elle trahit la parole pour le slogan.
Stefan Zweig in Stefan Zweig Farewell to Europe (2016) – Stefan Zweig, adieu l’Europe [16’09].

 

Voici un extrait de la lettre écrite à un ami :

Je ne te cache pas mon inquiétude à propos de la situation économique et politique de Hong Kong. Inquiétude d’autant plus grande qu’il est difficile d’apprécier la situation réelle car les informations disponibles relèvent de la propagande : celles du gouvernement de Pékin, qui appelle au maintient de l’ordre, et celles de la presse occidentale, qui se moque totalement du sort des Hongkongais victimes de la crise économique depuis 2008, mais met de l’huile sur le feu en agitant le spectre d’un Tian’anmen.

Tous les articles de sources diverses que j’ai lus relèvent la propagande politiquement correcte contre la Chine, mais ne donnent aucune information factuelle permettant une analyse : Quoi, Qui, Où, Quand, Comment, Combien, Pourquoi.

J’ai lu beaucoup de bêtises comme la soi-disante alliance de la mafia chinoise (réfugiée à Hong Kong depuis 1949) et le PCC. Personne n’évoque la dégradation économique de Hong Kong depuis 2008 dont le gouvernement de Pékin n’est pas responsable.
Il faut savoir que, par exemple, la pénurie de logements et la spéculation immobilière ont conduit à une augmentation de 430 % des prix depuis 2003. En 2018, le prix du m2 s’élevait à 22 000 euros, soit deux fois plus chers qu’à Paris !

Cet ami persiste à penser que Hong Kong se trouve au top du développement tant sous l’angle du développement humain qu’en termes de croissance économique alors que les indicateurs de la crise économique et sociale (depuis début 2019), qui a précédé la crise politique (depuis juin 2019), disent le contraire. En voici trois qui donnent à réfléchir (source : Tradingeconomics) :


Croissance du PIB juillet 2016 – juillet 2019

Nombre de chômeurs août 2018 – juillet 2019

Indice des prix à la consommation août 2018 – juillet 2019

 

À Hong Kong comme ailleurs, la crise économique n’affecte pas les riches qui sont moins nombreux, mais plus riches. Elle affecte surtout la petite bourgeoisie qui bascule petit à petit dans la pauvreté et les pauvres qui, encore plus pauvres, sont marginalisés.

Le gouvernement de Hong Kong se targue souvent du fait que le territoire figure systématiquement en tête des classements établis par la plupart des agences de notation et cercles de réflexion pour ce qui concerne la liberté des marchés. En revanche, il est moins enclin à reconnaître que, plus de quinze ans après la rétrocession, Hong Kong est l’une des économies où les inégalités de revenus sont les plus marquées. Cette inégalité croissante est, entre autres, le résultat de l’augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées. Dans cet article, nous tenterons de présenter une analyse de la polarisation des revenus et de la richesse à Hong Kong en nous penchant sur la politique de protection de la retraite et sur la pauvreté chez les personnes âgées. Nous examinerons aussi les effets polarisants du phénomène de financiarisation sur l’économie de Hong Kong.
Source : Perspectives chinoises

30/08/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
18/01/2019, Les plus petits appartements de Hong Kong sont plus petits qu’une place de parking, Réseau International.
31/05/2019, Hong Kong’s home prices gather speed in April, rising at the fastest pace in more than six years, South China Morning Post.
22/08/2019, Hong Kong : l’enfer des « appartements-cages », France info.
30/08/2019, Hong Kong voit la plus forte chute des ventes au détail depuis 3 ans et demi, Reuters – Le Figaro.
Revue de presse Chine Hong Kong, Chine en Question.
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Chronique d’une mort annoncée


Ébranlé par le cours nouveau d’un bonapartisme à la chinoise du PCC, je cesse de publier mes chroniques sur la voie chinoise pour un temps indéterminé…

Articles sur XI Jinping

19/03/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

C’est probablement le début de la fin


 

Le premier quinquennat de XI Jinping avait suscité beaucoup d’espoir pour l’avenir de la Chine et du monde. L’initiative 一带一路 une Ceinture une Route, annoncée en 2013, augurait d’un développement économique, politique et culturel selon une logique plus équitable que le libéralisme occidental en cours depuis le XVIe siècle.

Le second quinquennat de XI Jinping commence mal, très mal. En supprimant la limitation à deux mandats de cinq ans, le PCC ouvre une crise de gouvernance qui, à plus ou moins long terme, aboutira à une sclérose au mieux comparable à celle de la période MAO Zedong et au pire à celle de la dynastie Qing.

L’empire mandchoue des Qing s’effondra autant du fait de la décomposition politique interne que de la guerre économique externe. En effet, la guerre coloniale anglo-française brisa d’autant plus facilement l’économie chinoise que la gouvernance ne reposait que sur l’allégeance à l’empereur.

DENG Xiaoping, en réintroduisant le principe de la sélection des cadres selon leurs compétences et non leur obéissance à la pensée de MAO Zedong, sauva le PCC. Cette mesure politique, alliée à la capitalisation de l’économie, permit à la Chine de retrouver au XXIe siècle la place qu’elle occupait au XVIIIe siècle.

Les arguments du PCC, complaisamment relayés par Pepe Escobar, ne tiennent pas :

Xi pourrait incarner la garantie dont la Chine a besoin pour mener à bien, aussi efficacement que possible, la purge anti-corruption dont elle a bien besoin dans les nombreuses branches pourries du PCC, tout en dirigeant une réorientation économique qui devrait avant tout bénéficier au prolétariat rural.
De plus, Xi est déjà la voix la plus importante dans le monde sur les thèmes du changement de climat, de la prolifération nucléaire, sans même parler du réalignement du commerce mondial dans le cadre de la mondialisation 2.0 emmenée par son pays.
Source : Asia Times, 02/03/2018.

Le PCC conserve toutes les garanties internes et externes. Il est le seul parti au pouvoir depuis 1949 et il est reconnu internationalement comme le gouvernement légitime depuis 1964.

En fait, la Chine est entrée dans un cercle vicieux négatif où la crise économique alimente la crise politique qui aggravera en retour la crise économique. Le cours nouveau se traduit par un raidissement de l’appareil du PCC qui espère sauver son avenir en se remettant à un seul homme XI Jinping, dont la pensée est inscrite désormais dans la Constitution. Ce faisant, le PCC bloque pour un temps indéterminé l’émergence d’hommes et de femmes capables d’envisager des solutions innovantes. Le renouvellement des cadres, se faisant sur l’allégeance à la pensée de XI Jinping, aboutira à une sclérose… mortelle. Ce bonapartisme à la chinoise sera préjudiciable aussi à l’économie chinoise et risque de créer une crise plus grave que celle de 1839…

12/03/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Léon TROTSKY, Cours nouveau, 1923 [Archive Internet des marxistesUQAC].
Dossier documentaire Politique Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.