Chine en Question

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Archives de Tag: Colonialisme

Le chemin de fer du Yunnan, instrument de la colonisation française


 

En Chine, au début du XXe siècle, la région du Yunnan devient le théâtre de l’un des projets les plus ambitieux de son temps : construire un chemin de fer qui relierait le Tonkin de la colonie indochinoise, jusqu’à la capitale du Yunnan. Tout concourt à en faire un projet fou : le climat, le relief tourmenté par de hautes montagnes, l’approvisionnement des matériaux sur des sentiers que seuls peuvent parcourir des porteurs ou de petits chevaux… Enfin, le recrutement de la main d’œuvre sur place – il y aura jusqu’à 60 000 coolies sur le chantier – ne sera pas moins compliqué.

Albert Marie et Georges-Auguste Marbotte décident de participer à ce défi exceptionnel. L’un est ingénieur, ambitieux et déterminé à gravir les échelons pour donner à sa famille un avenir meilleur. L’autre est comptable, épris d’aventure et passionné de photographie. Il sera rejoint plus tard par sa femme et leur nouveau-né. À trois mois de distance épistolaire de leur patrie, tous deux auront une correspondance régulière avec leurs familles respectives, évoquant les difficultés sur le chantier et la vie quotidienne dans le sublime décor du Yunnan. Georges-Auguste Marbotte s’y révélera photographe de grand talent. C’est grâce à leurs descendants, qui ont pu conserver tous ces documents et des plaques de verre photographiques d’une qualité exceptionnelle, que le témoignage de cette folle épopée peut nous être conté.

Odile BERNARD, Elisabeth LOCARD, Pierre MARBOTTE, Le chemin de fer du Yunnan : Une aventure française en Chine, Musée national arts asiatiques Guimet, 2016.

Lire aussi :
Un train pour le Yunnan – Les tribulations de deux français en Chine Musée national arts asiatiques Guimet.
« Un train pour le Yunnan » : la folle histoire d’un projet impossible, Télérama.
L’Indochine Coloniale – Le chemin de fer du Yunnan, L’Indochine coloniale.
Amaury LORIN, « La civilisation suit la locomotive » : le credo ferroviaire de Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine (1897-1902), Revue d’histoire des chemins de fer.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

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Le conflit franco-chinois


La France de la Troisième République, sous l’impulsion de Jules Ferry, fit la guerre contre la Chine, entre septembre 1881 et juin 1885, pour prendre le contrôle du fleuve Rouge qui reliait Hanoï à la riche province du Yunnan en Chine. La victoire française avec la reconnaissance de son protectorat sur l’Annam et le Tonkin, s’ajoutant à la Cochinchine déjà occupée dix ans plus tôt et au Cambodge, conduisit à la création de l’Indochine française.

Édouard GUILLON, Le conflit franco-chinois (la guerre et les traités) d’après les documents officiels, A. Gratier, 1885 [Gallica].

L’auteur de ce document nomme la Chine l’Empire du Milieu, expression consacrée du colonialisme français.

S’il reconnaît les méfaits des précédentes guerres anglo-française contre la Chine, c’est pour mieux soutenir la légitimité de celle-ci.

Les deux guerres que l’Europe a faites à la Chine avant la guerre actuelle n’étaient pas davantage de nature à ramener l’Empire et à triompher de ses préventions. L’une est la guerre de l’opium, en 1840-42. Les Anglais ont vaincu la Chine pour avoir le droit de l’empoisonner. L’autre est la campagne de Pa-li-Kiao, en 1860. Les Français ont démontré l’excellence de leur civilisation par le pillage du Palais d’Été.
op. cit. p.9

En ce qui concerne le Tonkin, Édouard Guillon répète la propagande de l’époque :

En trois semaines, le Tonkin était à nous. Cette conquête de tout un royaume par une poignée de soldats et de marin rappelait les exploits des conquistadors espagnols du XVIe siècle. Elle restera une des pages les plus émouvantes de notre histoire coloniale.
op. cit. p.19

Comme la France considérait le Tonkin comme sa chasse gardée, elle n’hésita pas à faire la guerre contre la Chine pour sécuriser sa conquête coloniale. Les clauses du traité de 1884 (p.38-39) révèlent les roueries de la diplomatie française pour camoufler ses buts coloniaux sous le vocable politiquement correct du « libre trafic des marchandises entre l’Annam et la France » et pour continuer la guerre, que Jules Ferry appela des « destructions intelligentes », afin d’obtenir une indemnité de 80 millions.

En fait, il ne s’agissait pas d’une guerre puisque le Parlement n’avait pas donné son accord, mais d’un droit de représailles (p.43) car « il était injuste de condamner toute expansion coloniale » de la France (p.44). Bien que grisée par ses succès en Tunisie « une vaste et belle colonie qui complète l’Algérie », l’armée française redoutait les batteries Krupp (allemandes) de l’armée chinoise, mauvais souvenir de sa défaite en 1870. L’auteur vante donc l’héroïsme et la ténacité de l’armée car c’est au prix « de tâtonnements et de luttes pénibles », « de revers et de succès, de déceptions et d’espérances » que l’Algérie fut conquise (p.45).

Comme Jules Ferry démissionna le 30 mars 1885, ce fut son successeur qui signa le traité de paix qui consacra les droits coloniaux de la France sur la péninsule indochinoise.

Le but que la politique française poursuit depuis plusieurs années dans la péninsule indochinoise est d’assurer la pacification de l’Annam et particulièrement du Tonkin, afin d’ouvrir cette région à l’industrie et au commerce européens.
L’appui que les Annamites trouvaient au dehors a été la principale causes des difficultés auxquelles nous nous sommes heurtés. Ils recevaient, en effet, de leurs voisins non pas seulement des contingents militaires, mais des encouragements et une assistance morale qui les enhardissait à nous braver.
[…] les articles 1 et 2 du présent traité nous donnent des assurances positives et vous constaterez, sans doute avec satisfaction, qu’ils consacrent formellement de la part de l’Empire du Milieu la reconnaissance de nos droits sur l’Annam.
op. cit. p.55

Ces articles usent de la même rhétorique que celle de François Hollande pour justifier l’intervention de l’armée française au Mali.

Articles 1 (extraits)
La France s’engage à rétablir et à maintenir l’ordre dans les provinces de l’Annam qui confinent à l’empire chinois. À cet effet, elle prendra les mesures nécessaires pour disperser ou expulser les bandes de pillards et les gens sans aveu qui compromettent la tranquillité publique et pour empêcher qu’elles se reforment.
Articles 2 (extraits)
La Chine est décidée à ne rien faire qui puisse compromettre l’œuvre de pacification entreprise par la France.
op. cit. p.60

L’auteur vante les bénéfices militaire et politique de la guerre gagnée non sans difficultés contre la Chine.


op. cit. p.66

Il conclut sur le thème récurrent du colonialisme français :

Pour nous, Français, maîtres du Tonkin, dans cette influence de l’Europe sur l’Extrême Orient, à quelle part pouvons-nous prétendre ? Notre part ne sera pas politique, comme celle de la Russie ; elle ne sera pas commerciale comme celle de l’Angleterre. Elles sera plutôt morale et civilisatrice.

Et, in fine, avouant les bénéfices économiques de cette guerre pour conquérir l’Indochine, il fait le parallèle avec celles menées pour conquérir l’Afrique du Nord.


op. cit. p.67-68

06/04/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

Luttes et combats sur la frontière de Chine


 

La conquête et la colonisation du Tonkin, partie septentrionale du Viêt Nam actuel, fut une entreprise constante du parti colonial soutenu politiquement par Jules Ferry jusqu’en 1885, date qui mit fin à sa carrière de Premier ministre et marqua un coup d’arrêt temporaire à l’expansion coloniale française en Asie.

Le capitaine Jules Auguste Sénèque fit toute sa carrière dans l’armée coloniale en Asie et à Madagascar.

Né le 17 août 1866, à Melun, entré en service le 26 septembre 1884. Il est sous-lieutenant d’infanterie de Marine le 1er juillet 1891, lieutenant le 1er juillet 1893, au 6e Régiment d’infanterie de Marine. Il commande le cercle Bara en 1899. Mais il est affecté au Service géographique de l’Armée. Ses clichés sont publiés en cartes postales par la Maison Cattin de Fianarantsoa (négociant, colon, propriétaire de concession aurifère), membre de l’Alliance française. En 1903 il est au 2e Tirailleurs malgaches et commande le district de Soalala avec le grade de capitaine adjudant -major et est chef du district de Fanjakana (province de Fianarantsoa). Il est aussi officier de renseignements. Il est titulaire de la Légion d’Honneur depuis 1900.
Archives nationales d’outre-mer

Capitaine SÉNÈQUE, Luttes et combats sur la frontière de Chine – Cercle de Moncay, 1893-1894-1895, Henri Charles-Lavauzelle, 1906 [Gallica].

29/03/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Albert BILLOT, L’affaire du Tonkin – Histoire diplomatique de l’établissement de notre protectorat sur l’Annam et de notre conflit avec la Chine : 1882-1885 , J. Hetzel, 1888 [Gallica].
• Claude BAVOUX, Le capitaine Sénèque, photographe des années Gallieni à Fianarantsoa, in Faranirina V. Rajaonah, Madagascar revisitée – En voyage avec Françoise Raison-Jourde, Karthala, 2009, p.97-118 BooksGoogleGalerie-Photo.
• Serge LEFORT, L’Empire du Milieu I, Chine en Question.

Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

Journal de marche d’un soldat colonial en Chine


Les propos de ce simple soldat reflètent la doxa coloniale qui trouvait légitime de coloniser la Chine pour imposer la liberté du commerce de l’opium et les dogmes du christianisme, les deux fleurons de la civilisation européenne.

Soldat SILBERMANN, Journal de marche d’un soldat colonial en Chine, Henri Charles-Lavauzelle, 1908 [Gallica].

17/03/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

Le consul qui en savait trop


 

Jamais les faits évoqués ici n’avaient, jusqu’à présent, été pleinement révélés au grand public. Ils restituent le vrai visage de la présence française en Indochine et en Chine à la fin du XIXe siècle. Loin de l’image consensuelle d’une colonisation modérée, une série d’initiatives irréfléchies faillit entraîner la France dans un conflit armé avec la Grande-Bretagne et l’Empire du Milieu.

Un diplomate, Auguste François, découvrit ces ambitions secrètes et affronta seul les puissants intérêts économiques et politiques en jeu.
Il dénonça en haut lieu les tractations de Paul Doumer et du parti colonial, qui visaient à annexer au moins deux provinces chinoises avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la position internationale de la France. Et il en paya le prix.

Cet ouvrage met en lumière cette page occultée de l’histoire de la colonisation française en Extrême-Orient, à travers l’évocation du « grand projet » de chemin de fer Tonkin-Yunnan, cheval de Troie de cette politique de conquête, et du rôle décisif joué par le consul. Il révèle les projets cachés des lobbies coloniaux, l’attitude ambiguë de la classe politique, et éclaire d’un jour nouveau les relations franco-chinoises à l’époque de la domination de l’Europe.

Désirée LENOIR, Le consul qui en savait trop – Les ambitions secrètes de la France en Chine, Nouveau Monde, 2011 [Le Monde diplomatique].

Lire aussi :
• Bio-Bibliographie Auguste FRANÇOIS, Association Auguste FRANÇOIS Site très complet.
• Auguste FRANÇOIS, Le mandarin blanc – Souvenirs d’un consul en Extrême-Orient 1886-1904, L’Harmattan, 2006.
Ce qui dévore ce Français d’Asie n’est pas tant l’exercice du pouvoir que son insatiable goût de l’ailleurs. Il arpente les espaces immenses du Sud-Est asiatique. Fasciné par le gigantesque spectacle qui s’offre à lui, il prend des photos, tourne des films et rédige notes et correspondances, laissant un reportage en direct sur la vie quotidienne en Chine et en Indochine au début du siècle, où s’exprime une analyse lucide des visées colonialistes de la France.
• Nicole BENSACQ-TIXIER, Dictionnaire diplomatique de la France en Chine 1840-1912, Les Indes savantes, 2003.
Cet ouvrage de référence comprend les notices biographiques sur la carrière de tous les diplomates français en poste en Chine durant cette période et recueil, tous les traités passés entre la France et la Chine, des fiches sur les territoires à bail et les concessions françaises en Chine.
• Nicole BENSACQ-TIXIER, Histoire des diplomates et consuls français en Chine (1840-1912, Les Indes savantes, 2008.
• Corinne de MÉNONVILLE, Les Aventuriers de Dieu et de la République, Les Indes savantes, 2007.
La période 1844-1937 couvre le premier siècle des relations diplomatiques entre la France et la Chine. Ces relations sont ouvertes par la volonté française (et par une guerre) et seront marquées par les « diktats » successifs imposés tout au long du XIXe siècle par la force à la Chine, dans tous les domaines : politique, financier et économique, religieux. Il n’est donc pas surprenant que la présence et l’action des « Aventuriers de Dieu et de la République » en Chine aient été mouvementées, tout au long de ce siècle. C’est à cette rencontre à la fois conflictuelle et fertile que nous convie l’ouvrage de Corinne de Ménonville, en s’appuyant sur une iconographie en grande partie inédite.
Revue de presse Chine 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

L’Empire du Milieu I


La plupart des journalistes des médias dominants (spécialement les adorateurs de Mao reconvertis dans la propagande anti-chinoise qui sévissent dans les colonnes de Libération, Rue89 et ailleurs) nomment toujours la Chine « Empire du Milieu », ce qui traduit une ignorance crasse et une volonté de propagande anti-chinoise car zhōng guó se traduit par « pays du milieu » et la Chine est une République depuis le 1er janvier 1912.

Cette expression fut utilisée par les partisans de la colonisation de la Chine. Ainsi, Marie-René Roussel marquis de Courcy, un diplomate français, écrit dans L’Empire du Milieu, Didier et Cie, 1867, p.VIII [Télécharger BNF] :

La formidable muraille qui abritait les soupçons et l’ignorance de l’Empire du Milieu n’existe plus. Nous contemplons maintenant face à face cette civilisation antique dont l’éclat émerveillait les regards de nos voyageurs, alors que l’Europe sortait à peine des ténèbres du moyen âge. Elle est restée immobile dans son égoïste isolement, et son immobilité l’a fatalement conduite à la décrépitude. La civilisation occidentale, que ses origines chrétiennes et les instincts naturels de notre race ont faite, au contraire, essentiellement expansive, est maintenant aux prises avec elle ; elle doit la vaincre en la régénérant.

Cet auteur ne figure pas dans l’ouvrage de Ninette Boothroyd et Muriel Détrie, Le Voyage en Chine – Anthologie des voyageurs occidentaux du Moyen-Age à la chute de l’Empire chinois.
Peut-être figure-t-il dans l’ouvrage de Nicole Bensacq-Tixier, Histoire des diplomates et consuls français en Chine (1840-1912) ou plus probablement dans le Dictionnaire diplomatique de la France en Chine 1840-1912, qui comprend les notices biographiques sur la carrière de tous les diplomates français en poste en Chine durant cette période.

Les petits maîtres-à-penser partagent toujours la pensée du très démocrates Jules Ferry qui prônait la colonisation de l’Algérie et du Tonkin. Lire : Jules FERRY, Le Tonkin et la Mère-Patrie, Victor Havard, 1890 [Télécharger BNF].
Pour Jules Ferry, « Les vrais négociateurs avec les Chinois ce sont les beaux et bons canons. » C’est pourtant suite à l’affaire du Tonkin qu’il démissionna et perdit tout crédit politique avant d’être réhabilité par les idiots utiles du racisme.

Le plus troublant dans l’histoire de ce concept colonial est son utilisation par Elisée Reclus, géographe et militant anarchiste, dans son livre intitulé L’Empire du Milieu. Or, à y regarder de près, tout invite à penser que ce titre lui fut imposé par son éditeur (Hachette) ou qu’il l’utilise en faisant confiance à une traduction erronée et, plus étonnant, en ignorant ses implications coloniales. En effet, il ne l’utilise qu’une seule fois dans un texte qui fait 667 pages [Télécharger BNFClassiques des sciences sociales]. Discutant du nom du pays, il note que :

Les Chinois n’emploient pas et n’ont jamais employés le nom que les Occidentaux donnent à la Chine […] p.26

Pas plus que le nom de Chine, les Chinois ne connaissent l’épithète de « Céleste » que nous attribuons bénévolement à leur empire […] p.26 et 27
Dans la langue courante, les Chinois appellent leur patrie Tchoung kouo’ [ancienne transcription de zhōng guó], c’est-à-dire le « Royaume du Milieu » ou « l’Empire Central » […] Mais peut-être aussi ce nom vient-il de cette idée, commune à tous les peuples du monde, que leur pays est vraiment le milieu des terres habitables. Les Chinois ne se bornent pas, comme les nations de l’Occident, à compter les quatre points cardinaux de l’horizon : ils y ajoutent un cinquième, le milieu, et ce milieu, c’est la Chine. […]
De « milieu de l’Empire » on a fort naturellement passé à « L’Empire du Milieu ». p.27

Elisée Reclus, ignorant la traduction exacte de zhōng guó qui est « pays du milieu », croit naïvement que de « milieu de l’Empire » on puisse passer « fort naturellement » à « L’Empire du Milieu ».

Elisée Reclus n’a jamais été en Chine et a écrit son ouvrage en compilant des informations de secondes mains :

Sur la Chine, la gamme des informations est également très large : voyageurs et explorateurs (Sven Hedin, Deniker, Escayrac de Lauture, Grenard, Forsyth, Monnier, De Rosny, Matignon, Oliphant, D’Avezac, Vigne, Bird…), ethnologues ou historiens, anciens orientalistes (Du Halde, Gaubil…) et nouveaux (Brine, Rémusat, Pelliot, Guimet, Terrien de la Couperie, Schlegel, Hervey de Saint-Denys, Ular, S. Julien, Moorcroft). Il reçoit également des données directes (Richthofen, Bretschneider, Serrurier, Schiffer, Polak, Kreitner). Il puise abondamment dans les livres et revues de géographie (Richthofen, Ujfalvy, Chonolky, Zakharov, Bishop).
Site Elisée Reclus

Ceci explique ses erreurs au demeurant moins graves que celles de Marx et Engels. Lire : Serge LEFORT, La Chine vue par MARX et ENGELS, Chine en Question.

En 1900, soit deux ans avant la publication de L’Empire du Milieu, Elisée Reclus a écrit un article très politique sur le dépeçage de la Chine par les grandes puissances : « La Chine et la diplomatie européenne » dans L’Humanité nouvelle n°39 14 pages [Télécharger BNF]. Voici trois extraits :

Ce dernier extrait est d’une étonnante modernité puisque c’est au nom des « Droits de l’Homme » – nouvel évangile du néo-colonialisme – que les petits maîtres-à-penser prétendent imposer à la Chine la démocratie capitaliste : vote et tais-toi !

16/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Marie-René ROUSSEL marquis de COURCY, L’insurrection chinoise son origine et ses progrès, Revue des Deux Mondes, Tome 34, juillet-août 1861, pages 5-35 et 312-360 [Télécharger Chine ancienne].
• Gilbert GADOFFRE, La Chine du XIXe siècle vue par deux consuls de France à Fou-Tchéou, Cahiers de l’Association internationale des études francaises n°13, 1961 [évoque Marie-René ROUSSEL marquis de COURCY p.56].
• Pierre-Étienne WILL, Histoire de la Chine moderne, Collège de France, 1992 [évoque Marie-René ROUSSEL marquis de COURCY p.832 à 838 et 841 à 844].
• Philippe MARCHAT, Lettres d’un diplomate en Chine au Début de XXe siécle – Hong Kong, Hai Nan, Yunnan (1901 1909), L’Harmattan, 2011 [Amazon].
• Vincent CAPDEPUY, La Chine et l’Europe, quelle histoire globale ?, Histoire Globale, 2012.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.
Revue de presse Chine 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

Expédition militaire contre la Chine


Pour répondre à la crise née de la guerre des Boxers, un corps expéditionnaire international de 100.000 hommes stationne en Chine, dans la province du Petchili, de l’automne 1900 à l’été 1901. Officiellement destiné à épauler le gouvernement impérial chinois dans le rétablissement de l’ordre, il constitue également un puissant atout dans les négociations entre Pékin et les puissances européenne, russe, américaine et japonaise qui ont envoyé des contingents militaires. Patrouilles, dispersion de bandes armées, contrôle de zone, présence ostensible représentent le quotidien des soldats, dans un cadre marqué par l’absence de commandement unique et la rivalité sous-jacente des États participant à l’expédition. Après la signature du traité de paix avec la Chine, en septembre 1901, l’occupation militaire étrangère diminue fortement. Néanmoins, quoique réduites en nombre, les troupes de diverses nationalités occupent le territoire jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Revue historique des armées

Cet article, après avoir rappelé le dépècement de la Chine par les puissances impérialistes (Grande-Bretagne et France) et les puissances voisines (Russie et Japon) à partir du XVIIIe siècle, inscrit cette expédition dans le contexte de « l’impérialisme économique, cherchant à s’assurer des marchés ou à contrôler au moins partiellement des sources de revenus telles que les douanes ou les réseaux ferroviaires ». Cette expédition militaire contre la Chine « se pare néanmoins de principes moraux [rétablissement de la paix] destinés à justifier son droit d’ingérence« .

L’analyse logistique de cette expédition militaire contient des détails qui éclairent les objectifs de contrôle militaro-économique et non de conquête d’un territoire comme ce fut le cas en Afrique du Nord (Tunisie, Maroc et Algérie). Cette stratégie se nomme, depuis les années 80, « sécuriser » une zone, masque linguistique de l’occupation militaire au service d’intérêts économiques. Hier comme aujourd’hui, les résistants sont nommés « rebelles », justification linguistique de leur élimination. Autres apports intéressants :
– « la campagne de Chine » est « un champ d’expérimentation de matériels nouveaux et de procédés tactiques »
– « les puissances étrangères imposent à la Chine la dissolution des sociétés secrètes, la destruction de plusieurs forts entre Pékin et la mer, l’interdiction pour deux ans d’importer des armes, le paiement d’une lourde indemnité (qui rend le pays incapable de financer son industrialisation et sa modernisation, le condamnant ainsi économiquement) et l’ouverture de nouveaux ports ».

22/06/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Revue de presse Chine 2011, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine/Occident, Monde en Question.

Le droit en Chine


Jacques Gravereau, Directeur d’HEC Eurasia Institute et présenté comme « un des meilleurs spécialistes de la Chine » (argument d’autorité) par Éric Laurent, analyse les divergences entre les États-Unis et la Chine à l’occasion de la réunion annuelle de la commission conjointe sur le commerce :

Le déficit commercial entre les États-Unis et la Chine est évidemment au cœur de la rencontre qui se tient entre les représentants des deux pays.

Bien entendu, la sous-évaluation de la monnaie chinoise, indexée au dollar, est un facteur d’irritation pour Washington, tout comme le non respect par la Chine des règles de l’OMC sur la contrefaçon.

Les industriels Occidentaux, et notamment américains, découvrent que l’immense « marché » chinois est en réalité en train de rétrécir au fur et à mesure que Pékin favorise la montée en puissance de ses champions industriels.

Au-delà, il existe une formidable divergence d’évaluation entre la Chine et l’Occident. La première considère les investissements et les apports technologiques injectés dans l’économie du pays comme des moyens non seulement de combler ce retard, mais surtout d’acquérir une suprématie commerciale. Les entreprises Occidentales, quant à elles, pensaient que la Chine obéirait à toutes les règles de la libre concurrence, et qu’elles pourraient ainsi se tailler la part du lion…

Naturellement, ni Jacques Gravereau ni Éric Laurent n’évoquent le fait que les États-Unis financent leur déficit en faisant marcher la planche à billet et donc en faisant payer tous les autres pays, notamment la Chine. Cet abus de position dominante, du fait que le dollar est la monnaie de référence des échanges internationaux, ne trouble pas nos compères qui, au contraire, accuse la Chine de ne pas respecter cette « règle du jeu » occidentale.

Pire encore, Jacques Gravereau reprend à son compte le discours de propagande dominant :
http://el.coyotito.free.fr/ARCHIVES/20101214-Chine.mov Les Enjeux internationaux

Notre naïveté entre guillemets vient du fait que nous avons su construire nous, depuis mille ans, dans notre patrimoine génétique ce qu’on appelle un État de droit. C’est-à-dire que, quand il y a des règles écrites, on s’y tient et puis si on ne s’y tient pas on a des tribunaux indépendants pour les faire appliquer. Les chinois n’ont rien de tout ça.

L’État de droit est une fiction juridique qui masque l’imposition du droit du plus fort au plus faible. C’est ainsi que la Grande-Bretagne et la France imposèrent, par des traités inégaux, l’ouverture du marché chinois au commerce de la drogue en occupant militairement les principaux ports et en les déclarant zones franches.

Affirmer que les chinois ignorent le droit relève d’une ignorance crasse ou d’une propagande anti-chinoise, en l’occurrence des deux à la fois, car l’État de droit existe en Chine depuis au moins le VIIIe siècle avant notre ère. Qu’on se le dise !

14/12/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• ESCARRA Jean, Le droit chinois – Conception et évolution, Sirey, 1936 [Texte en ligne].
• MASPERO Henri et ESCARRA Jean, Les institutions de la Chine, PUF, 1952 [Texte en ligne].
• LI Xiaoping, L’esprit du droit chinois : perspectives comparatives, Revue internationale de droit comparé, Vol. 49 n°1, janvier-mars 1991 pp. 7-35.
• DELMAS-MARTY Mireille et WILL Pierre-Étienne (sous la direction de), La Chine et la démocratie, Fayard, 2007.
• La Chine et le Droit, La France en Chine.

Guerre coloniale contre la Chine


« Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. » Ces propos constituaient une dénonciation énergique faite par l’homme de lettres français Victor Hugo il y a 150 ans contre le pillage des forces alliées anglo-françaises.
He Jifeng, directeur d’Asie-Europe de l’association chinoise a dit à ce propos : « Les atrocités perpétrées par les forces alliées anglo-françaises à l’époque ont détruit la civilisation humaine et éveillé la conscience de l’homme de lettres français. Des années se sont passées, les Chinois n’ont cessé de se souvenir de cette histoire ; actuellement ils développent leur pays. S’ils commémorent cet évènement, c’est pour prévenir et pour que la tragédie ne se reproduise perpétuellement. L’installation de la statue de Hugo coïncide avec le 150ème anniversaire du pillage du parc, je crois que c’est la meilleure preuve de la justice et de la conscience de l’humanité. »
Radio Chine Internationale [audio]

BRIZAY Bernard, Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium, Editions du Rocher, 2003 [Canal AcadémieChangement de sociétéRadio86].

Les 7 et 8 octobre 1860, le fabuleux Palais d’Eté de Pékin, le Versailles chinois, est pillé par les Français et les Anglais, au terme d’une expédition militaire destinée à ouvrir la Chine au commerce occidental… et surtout à l’opium que les Anglais produisent aux Indes ! Dix jours plus tard, sur ordre de Lord Elgin, il est incendié en représailles aux tortures et à la mort de prisonniers, otages des Chinois. Pour la Chine – et pour le patrimoine de l’Humanité -, la perte est immense, incalculable, irréparable. Le Palais d’Eté, le Yuanming yuan (qu’il ne faut pas confondre avec l’actuel Palais d’Eté de Pékin) était une des merveilles du monde. Il abritait en outre une extraordinaire collection d’œuvres d’art, amassée sur cent cinquante ans, et une inestimable bibliothèque. Tout fut pillé ou brûlé. A titre de comparaison, c’est comme si Versailles, Le Louvre et la Bibliothèque nationale avaient disparu. Bernard Brizay nous fait donc le récit d’une des plus grandes catastrophes culturelles de l’humanité, que les Chinois ont encore cruellement en mémoire.


Lire aussi :
• Le sac du Palais d’Été a 150 ans, CCTV, 18/10/2010.
• Sac du Palais d’été, des commémorations sans la présence des politiques, RFI, 18/10/2010.
• Un historien français appelle au devoir de mémoire à l’occasion du 150e anniversaire du sac de l’ancien Palais d’Eté, Agence de presse Xinhua, 19/10/2010.
• Pillage du Palais d’été de Pékin : l’impossible restitution, AFP, 22/10/2010.
• Pillage du Palais d’été de Pékin : l’impossible restitution, France 24, 22/10/2010.
• Les Chinois peinent à récupérer les trésors pillés du Palais d’été de Pékin en octobre 1860, Le Monde, 30/10/2010.
• Anthologie autour du Palais d’Été, BNF.
• Trois auteurs de l’Académie française évoquent le sac du Palais d’Eté, Canal Académie.
• Expédition de Chine de 1860, Bibliographie.
• BOURGERIE Raymond et LESOUEF Pierre, Palikao (1860) – Le sac du Palais d’Eté et la prise de Pékin, Economica, 1999.

• TIBON-CORNILLOT Michel, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa.
• TIBON-CORNILLOT Michel, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.

Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Colonialisme, Monde en Question.

Propagande anti-chinoise et pro-israélienne


L’attribution du prix Nobel de la paix est l’occasion rêvée pour les médias dominants de reprendre en chœur le refrain de la propagande anti-chinoise.

En 2009, le prix Nobel de la paix fut attribué à Barack Obama « pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » alors qu’il poursuivait la guerre contre l’Afghanistan et menaçait de l’étendre au Pakistan.

En 2010, le prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo pour sa lutte de longue durée et sans violence, en faveur des droits de l’Homme en République Populaire de Chine.

Que d’hypocrisies ! Les droits de l’Homme sont invoqués contre la Chine, mais ignorés quand ils sont violés par les puissances occidentales. Les médias dominants sont beaucoup plus discrets quand, par exemple, Mairead Maguire (prix Nobel de la paix en 1976) est expulsée d’Israël. L’Apartheid et le nettoyage ethnique contre le peuple palestinien ne sont pas considérés comme une atteinte aux droits de l’Homme par les puissances occidentales et les médias dominants [1].

11/10/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Currency Rift With China Exposes Shifting Clout, The New York Times.
• Jugar con fuego, El País.
• A China no la para nadie, El Periódico.
Plus personne n’arrête la Chine ! C’est avec ce titre queEl Periódico de Barcelone prévient ce matin. La Chine est au centre de toutes les préoccupations mondiales !Au centre de cette guerre des monnaies qui en vérité est une façon de faire pression sur les chinois pour qu’ils dévaluent le Yuan. Au centre des espoirs et inquiétudes des dissidents depuis que le prix Nobel de la paix a été attribué à Liu Xiaobo. Au centre des attentes du sommet sur le climat prévu a Cancun le 29 novembre. Et la Chine et tout ce qu’elle concentre de peur est même au centre des élections de mid term américaines du 4 novembre… termine ce constat d’El Periódico.
• Chine : la grande peur !, Revue de presse internationale.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.
Chronique Colonisation de la Palestine 2010, Monde en Question.


[1] Lire :
• Mairead Maguire, Mairead Maguire.
• Le prix Nobel de la paix Mairead Maguire expulsé d’Israël, AFP-NouvelObs.