Chine en Question

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Amérique latine très convoitée (2)


Les présidents chinois et russe ont fait, chacun de son côté et à des dates différentes, une tournée pour conquérir les marchés latinos-américains – avant le sommet de l’APEC pour Hu Jintao et après le sommet pour Dmitri Medvedev.

Pékin resserre ses liens avec les économies latino-américaines, Le Monde.

A la veille de la tournée, Pékin a publié « un document politique éclairant les objectifs chinois envers l’Amérique latine et les Caraïbes ». Ce livre blanc insiste sur « les ressources abondantes et l’extraordinaire potentiel de développement » de cette région, dont la Chine est devenue le troisième partenaire commercial.
Outre le développement des échanges et la signature d’accords de libre-échange, le document évoque un accroissement de la coopération en matière de défense et de sécurité [1].

La Chine souhaite établir un partenariat global et coopératif avec les pays d’Amérique latine et les Caraïbes, Xinhua – Le Quotidien du Peuple.

Le gouvernement chinois considère ses relations avec l’Amérique latine et les Caraïbes d’un point de vue stratégique et souhaite établir et développer un partenariat complet et coopératif basé sur les principes de l’égalité, des bénéfices mutuels et du développement commun avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Départ d’un haut responsable militaire chinois pour l’Amérique latine, Xinhua – Le Quotidien du Peuple.

Xu Caihou, vice-président de la Commission militaire centrale de Chine, a quitté Beijing dimanche pour effectuer des visites amicales au Venezuela, au Chili et au Brésil.
Xu a été invité par le ministre vénézuélien de la Défense nationale Gustavo Rangel Briceno, le ministre chilien de la Défense nationale Jose Goni et le ministre brésilien de la Défense nationale Nelson Jobim.
« Il s’agit d’une importante activité diplomatique pour les forces armées, qui vise à renforcer la compréhension mutuelle et les échanges militaires », a indiqué Qian Lihua, directeur du Bureau des Affaires étrangères du ministère chinois de la Défense nationale.

Les militaires s’échangent « leurs pratiques standards », Xinhua – Le Quotidien du Peuple.

« Ces échanges entre la Chine et les pays d’Amérique latine sont tout à fait normaux entre les forces armées.

« Dans les échanges militaires avec l’Amérique latine, la Chine a toujours fermement adhéré au principe du bénéfice de la paix régionale et mondiale et de la stabilité, ne visant aucun tiers parti, sans jamais mettre en péril les intérêts des autres pays », a-t-il dit.
[…]
La Chine a déjà procédé à des échanges militaires avec 18 pays d’Amérique latine, a dit Qian.
« Les échanges militaires et la coopération sont une partie importante de la relation de la Chine avec l’Amérique latine, et ils jouent un rôle positif dans la promotion de son développement », a-t-il conclu.

Exercices navals russo-vénézuéliens

La Russie reprend pied en Amérique latine, Le Monde.

Qualifiée par la presse moscovite de « seconde découverte de l’Amérique », la tournée de M. Medvedev marque le retour de la Russie dans une région longtemps considérée comme « l’arrière-cour » des Etats-Unis, mais dont Washington s’est largement désintéressé depuis les attentats du 11 septembre 2001. Avide de faire contrepoids à l’influence américaine, Moscou entend reprendre pied dans la zone. « Et cette fois, nous revenons pour toujours », assure un porte-parole de la diplomatie russe, Alexeï Sazonov.
[…]
L’implantation de la Russie dans la région a trois dimensions : politique, économique et militaire. Point culminant de la tournée : Dmitri Medvedev assistera depuis le Venezuela aux premiers exercices navals conjoints en mer des Caraïbes.

La crise aidera les fabricants d’armes russes à s’implanter en Amérique latine, RIA Novosti.

La plupart des pays d’Amérique latine achètent traditionnellement des avions, des navires de guerre et d’autre armement aux Etats-Unis. Le Brésil préfère ces dernières années commander pour l’armée le matériel qu’il produit. Pourtant, l’armement russe pourrait dans les conditions de la crise rivaliser non sans succès avec des analogues américains, européens ou brésiliens. Les avions, les hélicoptères, les VTT, les systèmes de DCA et les armes d’infanterie russes coutent de 20-40% moins cher que leurs équivalents européens et américains, tandis que leur qualité est tout à fait comparable. De plus, le matériel russe est plus facile à maîtriser pour des équipages avec un niveau de formation limité et moins compliqué à réparer avec des moyens de fortune.

Medvedev à la conquête de l’Amérique latine, RIA Novosti.

En fait, l’odeur du pétrole et du gaz a accompagné la tournée du président russe. Le Brésil n’a pas fait exception. Cet Etat, qui fait partie du BRIC et qui est considéré comme un « continent à part », ne peut pas laisser indifférente la Russie, d’autant que Moscou est disposé à étendre les liens bilatéraux. Le déplacement de Medvedev au quartier général de la plus grande compagnie pétrolière publique du pays, Petrobras, sera l’un des plus importants événements de sa visite, de même que ses rencontres avec les dirigeants des entreprises publiques et privées spécialisées dans l’énergie, l’industrie minière, le secteur agroindustriel et la sphère bancaire. Gazprom inaugurera l’année prochaine sa représentation au Brésil. Moscou et Brasilia seraient prêts à élargir leur coopération dans le domaine spatial et pourraient construire conjointement un cosmodrome à proximité de l’équateur.

Le Venezuela, quant à lui, est « le premier parmi les égaux ». Moscou a établi une « coopération stratégique » avec Hugo Chavez. Les deux pays créent une banque commune avec un capital de 4 milliards de dollars pour financer la construction de raffineries de pétrole. La Russie est prête à aider le Venezuela à créer des centrales nucléaires, Rusal a annoncé la construction d’une usine d’aluminium, VAZ est prêt à y implanter des usines automobiles. Depuis 2005, Caracas a signé avec Moscou douze contrats sur les livraisons d’armes, allant des fusils d’assaut Kalachnikov, des chars T-90 et des voitures de transport blindées aux chasseurs Su et aux hélicoptères, pour un montant total de 4 milliards de dollars. A présent, il souhaite acheter des sous-marins et des navires russes. Dmitri Medvedev et Hugo Chavez « inaugurent », le 25 novembre, les premiers exercices navals russo-vénézuéliens de grande envergure qui « taquineront » les Etats-Unis jusqu’au 30 novembre.

Cuba devait absolument figurer sur la liste medvédévienne des pays à visiter. Les relations entre Moscou et La Havane semblent connaître un essor. Les négociations à Cuba devraient aboutir à une entente sur la prospection et la mise en valeur conjointes de gisements pétroliers dans la partie cubaine du golfe du Mexique. Un forage d’essai vient d’y être organisé.

Le voyage de Medvedev illustre bien l’évolution du processus de désidéologisation des relations entre la Russie et l’Amérique latine. Celles-ci étaient déjà marquées auparavant par un puissant élément national-pragmatique (les Russes ont, en effet, fait de la voiture soviétique Lada l’automobile la plus vendue au Chili à l’époque de Pinochet [2]). A présent, cet élément national-pragmatique se renforce. On peut à cet égard remercier George W. Bush.

Commentaires : Le Monde se révèle beaucoup plus pudique que les agences de presse chinoise ou russe à propos des questions stratégiques et militaires.


[1] Les termes diplomatiques « la coopération en matière de défense et de sécurité » signifient la vente d’armes.
[2] Que cette information vienne de la presse russe devrait faire réfléchir les staliniens français.

 

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Amérique latine très convoitée (1)


Nouveaux acteurs en Amérique latine (1) : l’Iran, Boulevard Exterieur.

Un article de Ian James, publié le 23 novembre 2008 dans le Washington Post, fait état des liens économiques de plus en plus étroits entre l’Iran et les pays d’Amérique latine opposés aux États-Unis : Venezuela, Nicaragua, Bolivie. Extraits (titre de l’article :  »Iran Builds Ties in Latin America, Based on Animosity Toward U.S »).

Nouveaux acteurs en Amérique latine (2) : la Chine, Boulevard Exterieur.

Dans une récente discussion publique à Washington (30 octobre 2008), le think-tank Inter-American Dialogue s’est interrogé sur la montée en puissance de la Chine en Amérique latine. Symbole de cette montée en puissance : la récente entrée de la Chine dans les instances de gouvernance de la Banque inter-américaine de développement (IADB). Résumé du débat entre Gonzalo Paz et David Shambaugh de l’Université George Washington, et Evan Ellis, consultant du cabinet Booz Allen Hamilton.

Le capitalisme chinois (1)


Alors que tout le monde évoque le dynamisme de l’économie chinoise, sur le mode de l’extase [1] ou de la peur teintée de racisme [2], il est bon de rappeler que le développement de la Chine se fait grâce à l’exploitation des travailleurs chinois. Ainsi, la Guangdong Real Faith Enterprises Group Co. a « réduit les coûts de production » en supprimant les heures supplémentaires et a « modernisé sa structure industrielle » en fermant une partie de ses usines dans les secteurs du meuble et de la chaussure [3].

La Chine est très présente en Afrique et en Amérique latine où elle défend ses intérêts en multipliant les accords d’investissements et d’exploitation, l’aide économique et l’investissement direct. Après le Sommet du G20 à Washington, Hu Jintao a entamé une tournée latino-américaine. Il est aujourd’hui à La Havane «pour renforcer les liens avec un pays « frère »».

La Chine ne pratique pas pour autant un néo-colonialisme. «La Chine, sur le plan politique, s’en tient toujours à la politique de non-ingérence dans les affaires intérieures et souligne, dans le domaine économique, à la coopération d’entraide mutuelle et au « gagnant-gagnant ».» C’est plus vrai pour avec les pays d’Amérique latine qu’avec ceux d’Afrique [4] Cette réserve faite, il ne faut pas espérer que la Chine se comporte différemment qu’une grande puissance. Sa référence langagière au socialisme est une arme idéologique pour faire taire une opposition de gauche, mais ne change rien sur le fond.

18/11/2008
Serge LEFORT


[1] Certains staliniens, qui n’ont rien appris de l’histoire, croient naïvement que « la Chine est plus communiste que les communistes français« . Le même site fait l’éloge constant de la dictature de Fidel Castro.
Sur le régime castriste :
• 35 ans après la victoire de la révolution castriste – Cuba de nouveau seule face à l’impérialisme, Lutte de Classe n°10.
• Jorge Edwards, Memoria Chilena.
• La dérive populiste, Monde en Question.
[2] Du « péril jaune » à « l’invasion des produits chinois », Monde en Question.
[3] Crise financière : les nouvelles stratégies des entreprises privées chinoises, Xinhua – Le Quotidien du Peuple.
Sur la Chine :
• La Chine et l’économie de marché : un grand bond en avant ou un grand pas en arrière ?, Lutte de Classe n°12.
• La Chine : quel développement ?, Lutte de Classe n°87.
• Géopolitique et géostratégie d’une puissance mondiale qui se dévoile : la Chine du début du XXIème siècle, Quindi.
[4] Qui pratique le « néocolonialisme » en Afrique ?, ChinAfrique.
L’Afrique est une rubrique à part du site de l’Agence de Presse Xinhua et un dossier spécial est consacré à la visite de Wu Bangguo en Afrique, Xinhua.

 

Un “New Deal” à la chinoise


BULARD Martine, Un «New Deal» à la chinoise, Les blogs du Diplo

Cette volonté des autorités chinoises de marquer un grand coup tient à plusieurs raisons.

La première est la réduction sensible des exportations, l’un des moteurs-clés de la croissance. Cette chute est liée bien sûr à la récession dans les pays industrialisés (États-Unis, Europe, Japon, Corée…), mais aussi à la perte de fiabilité d’une partie des produits «made in China», suite aux scandales à répétition (jouets dangereux, denrées alimentaires frelatées…) qui arrivent au plus mauvais moment. Nombre d’entreprises, notamment dans les zones exportatrices du sud, ont dû fermer leurs portes. Au total, la croissance est passée à un rythme annuel de 9 % ( contre 11,4 % l’an dernier) et certains économistes tablent sur une chute à 7 ou 8 %.

Or, à la différence de nations jusqu’à maintenant donneuses de leçons (États-Unis et France en tête), la Chine a les moyens d’une relance. Son excédent budgétaire atteint 1 181 milliards de yuans (134 milliards d’euros). Elle possède d’importantes réserves (2 000 milliards de dollars) dont une partie est conservée dans des fonds souverains et utilisée pour assainir le système interne (industriel et bancaire) tout en impulsant un renouveau. L’ensemble des décisions prises suffira-t-il à donner un nouveau souffle à l’économie du pays ? Il est évidemment trop tôt pour le dire.

La deuxième raison de ce «New Deal à la chinoise» est plus directement politique. Le parti communiste et ses dirigeants savent qu’ils conservent le pouvoir principalement parce qu’ils ont pu enrôler les couches moyennes naissantes – qui pourraient rompre le consensus en cas de chute de leur niveau de vie – et parce qu’ils ont réussi à maintenir l’espoir d’une vie meilleure pour les enfants des couches les plus défavorisées. Que la croissance chute en deçà des 6 % et 7 %, bouchant toute perspective d’avenir, et c’est tout l’édifice qui s’effondrerait. Les autorités sont particulièrement attentives aux populations des campagnes, qui ont vu leur pouvoir d’achat régresser et qui sont de plus en plus actives dans les mouvements sociaux.

La troisième raison est à rechercher du côté des ambitions géopolitiques de Pékin. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement a fait connaître son plan avant le sommet du G20 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie (le G8), représentants de l’Union européenne, Afrique du sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique et Turquie). La Chine veut ainsi faire la démonstration qu’elle a les moyens de peser sur les affaires, de contribuer à la stabilité de l’économie mondiale, et qu’il faut donc compter avec elle. Elle entend également montrer qu’elle peut agir seule, en toute indépendance, sans l’injonction ni même l’imprimatur d’un groupe de pays à géométrie variable dont la composition dépend de l’administration américaine et qui n’est pas habilitée à décider quoi que ce soit.

Russie-Chine : deux sommets d’ici fin 2008, RIA Novosti

Deux sommets russo-chinois sont programmés d’ici la fin 2008, a déclaré jeudi à Moscou le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrouchev.

« Nos rencontres deviennent régulières, parce que nous sommes des partenaires stratégiques. Cette année, il y a eu trois rencontres au plus haut niveau, et il y en aura au moins deux encore d’ici la fin de l’année », a-t-il déclaré à l’ouverture de la 3e série de consultations russo-chinoises sur la sécurité stratégique.

Selon M. Patrouchev, les consultations russo-chinoises interviennent après un événement important dans la vie politique en Russie, le message annuel du président à l’Assemblée fédérale (parlement). « Ce message fait actuellement l’objet d’un débat actif dans le pays. Nous allons évoquer certains thèmes du message, notamment relatifs à la politique extérieure, à la sécurité et aux événements dans le Caucase », a-t-il indiqué.

Russie-Iran-Qatar : la « troïka » du gaz vise à stabiliser les prix, RIA Novosti

« Les ententes intervenues entre la Russie, l’Iran et le Qatar en vue de mettre en place une « troïka » du gaz sont le résultat des efforts conjoints des pays producteurs et exportateurs de gaz », a-t-il argumenté.

Selon M. Lavrov, tous les pays liés à la production d’hydrocarbures ont intérêt à ce que le marché du gaz et du pétrole soit stable.

« Je pense que cela est également dans l’intérêt des consommateurs. Nous voulons bâtir notre partenariat avec les pays producteurs d’hydrocarbures dans la plus grande transparence. Il n’y aura pas d’ordres du jour secrets. Nous voulons stabiliser le marché et déboucher sur un niveau des prix acceptable aussi bien pour les producteurs que pour les consommateurs et les pays de transit », a-t-il ajouté.

Moscou aura du mal à s’implanter en Amérique latine, RIA Novosti

La tournée s’est soldée par la signature de trois grands contrats, qui pourraient cependant ne pas être mis en oeuvre en raison de la situation politique dans certains de ces États. La concurrence de la Chine et l’élection de Barack Obama à la tête des États-Unis pourraient également mettre à mal les plans de Moscou.
[…]
Ces trois pays présentent cependant des risques politiques. Cela concerne en premier lieu le Venezuela, qui organisera le 23 novembre des élections régionales. Les autorités régionales vénézuéliennes, surtout au niveau des États, dispose d’une grande autonomie par rapport au gouvernement central, c’est pourquoi aucun grand projet ne peut être réalisé sans soutien politique de la part des autorités locales. Les prochaines élections pourraient renforcer considérablement l’opposition, car les Vénézuéliens perdent confiance en la politique de leur président, tandis que la baisse des prix du pétrole supprime pour le pouvoir la possibilité d’amadouer les électeurs par des projets sociaux de milliards de dollars.
[…]
La concurrence de la Chine, qui s’implante avec succès en Amérique latine depuis dix ans, affaiblit également les positions de la Russie. Par exemple, Pékin et Caracas ont signé en 2006 un accord sur l’achat par le Venezuela de 18 pétroliers chinois pour 1,3 milliard de dollars. Les négociations entre les deux pays sur la construction de nouveaux pétroliers sur les chantiers navals chinois sont déjà en cours. Dans ces conditions, les déclarations d’Hugo Chavez sur la construction de pétroliers en Russie pourraient très bien n’être qu’un argument dans la discussion des prix avec les Chinois.

En outre, le résultat des élections présidentielles aux États-Unis menace lui aussi les plans de Moscou sur une implantation de grande échelle sur les marchés sud-américains. L’élection de Barack Obama a été saluée par tous les leaders d’Amérique latine, notamment Hugo Chavez et Daniel Ortega, ainsi que les frères Fidel et Raul Castro. On sait très bien que les tensions, qui ont régné pendant les huit dernières années dans les relations entre ces pays et les États-Unis, s’expliquent pour la plupart par la politique du président George W.Bush. Si Obama tient sa promesse préélectorale d’entamer des négociations avec Raul Castro et d’autres leaders de gauche de la région sans préalables, ce sont les relations d’affaires qui seront restaurées en premier lieu. Les compagnies russes pourraient alors faire face aux concurrents américains, qui possèdent de bonnes ressources financières et technologiques et connaissent parfaitement le marché.

Là-bas si j’y suis : novembre 2008, Le Monde diplomatiqueLà-bas si j’y suis

BULARD Martine, Finance, puissances… le monde bascule, Le Monde diplomatique

Les uns après les autres, les chiffres de l’emploi tombent : 6 000 suppressions chez Renault, 1 600 chez Nissan, 3 500 chez Daimler-Benz. Dans la construction, les licenciements s’accélèrent. Alors qu’aux États-Unis 159 000 postes sont passés à la trappe en septembre, en Chine le ralentissement est patent. Selon le Bureau international du travail (BIT), le chômage devrait toucher 210 millions de personnes dans le monde d’ici à la fin 2009 ; 20 millions de plus qu’actuellement. La «crise», on le voit, a des implications concrètes, quasiment ignorées des plans de sauvetage gouvernementaux, lesquels se contentent de renflouer les banques. Si le sommet entre les pays industrialisés et les pays émergents (G20), prévu le 15 novembre, est exceptionnel par sa composition, il vise surtout à «nettoyer» le système des excès – et non à le remettre en cause. Pourtant, tout y invite : l’articulation de la finance et des services à la production matérielle, aujourd’hui complètement déconnectés ; l’ardente obligation de préserver la planète qui pousse à modifier modes de fabrication et styles de vie ; la prise en considération d’une nouvelle géopolitique des capitaux – la Chine est devenue le banquier des États-Unis – et de rapports de forces internationaux en ébullition.

LORDON Frédéric, Les disqualifiés [Elie Cohen, Nicolas Baverez, Jacques Attali], Le Monde diplomatique

Après le krach boursier, la faillite intellectuelle : au nombre des victimes collatérales du naufrage financier figurent la poignée d’économistes qui dispensent la bonne parole dans les médias. Libéralisation, déréglementation, privatisation : leur credo tenait en trois mots. Quand bien même une pendule arrêtée donne l’heure juste deux fois par jour, ces «spécialistes» ont étalé leur constance dans l’erreur. En détailler le menu évite que leur ardoise se trouve subitement effacée, à l’instar de celle des banquiers.

Une nouvelle configuration de l’ordre international


Et l’Amérique latine dans la crise ?, Géopolitique

Dans le tourbillon des mauvaises nouvelles qui ont retenu l’attention des médias en France et en Europe, peu d’échos nous sont parvenus d’Amérique latine. Or, l’évolution du continent reflète des changements géopolitiques majeurs liés naturellement aux glissements de terrain que l’on observe sur le plan économique.

La Chine a publié son premier document sur sa politique vis-à-vis de l’Amérique latine et des Caraïbes, Xinhua – Le Quotidien du Peuple

Yang Jiechi, le ministre chinois des Affaires étrangères, a indiqué mercredi qu’il s’agissait d’une importante affirmation diplomatique montrant que la Chine attache une grande importance à ses relations avec ces régions.

La Chine en Amérique latine, Perspectives chinoises

Pendant un demi-siècle la République populaire de Chine n’a porté qu’un intérêt limité à l’Amérique latine, une région où les États-Unis exerçaient une véritable hégémonie politique et économique. Cette époque d’indifférence est révolue. Depuis cinq ans, la Chine multiplie les investissements du Rio Grande à la Terre de feu et figure désormais parmi les premiers partenaires commerciaux du Brésil, de l’Argentine et du Chili. Cette présence suscite toutefois inquiétudes et interrogations tant en Amérique latine qu’aux États-Unis peu enthousiastes à l’idée de voir Pékin s’immiscer dans cette région. La Chine se heurte aussi aux ambitions de l’Inde, également préoccupée par son approvisionnement en matières premières.

La crise économique : causes et effets, RIA Novosti

A l’heure actuelle, les experts économiques cherchent fiévreusement une réponse à la question de savoir quel pays sera le moins touché par cette tempête économique, mais aussi quelle économie constituera un « havre de paix » pour les investisseurs. L’Extrême-Orient avec la Chine en tant que leader régional ont été les premiers candidats à ce rôle.

En effet, pourquoi pas ? Il y a un an, on prédisait que la Chine pourrait jouer le rôle de nouveau centre mondial, et le yuan chinois devrait devenir, dans les 30 années à venir, au moins la troisième monnaie mondiale après le dollar et l’euro. Au cours de ces vingt dernières années, l’économie de « l’Empire Céleste » croissait à raison de 10% par an; cette région recèle 80% du potentiel mondial de production. A la fin de l’année dernière, cinq « blue chips » chinois et seulement trois entreprises américaines faisaient partie du Top-10 des compagnies ayant le niveau de capitalisation le plus élevé. Enfin, Jim Rogers et Warren Buffet, des hommes parmi les plus riches du monde, ont converti en yuans et en actions de compagnies chinoises les actifs en dollars qu’ils détiennent.

[…]

L’Asie s’est révélée mal préparée à devenir un débouché de réserve, qui s’avère tellement important lorsqu’une crise financière risque de dégrader la capacité d’achat des habitants du Vieux et du Nouveau monde. La population pauvre de la Chine et de l’Inde n’est tout simplement pas prête à consommer. Au début du XXIe siècle, les dirigeants chinois ont déployé de grands efforts en vue d’accroître les échanges commerciaux de détail à l’intérieur du pays. Il leur a fallu augmenter les salaires ainsi que la masse monétaire. Mais la population a consacré la plupart de ces sommes supplémentaires à faire des économies et non à consommer. Selon certaines estimations, la croissance des dépôts bancaires dans le pays dépasse non seulement celle des échanges commerciaux, mais également celle de la masse monétaire. La majorité des Chinois économisent pour s’assurer une vieillesse sécurisée, pour payer l’éducation de leurs enfants et les soins médicaux, et 70% du PIB chinois sont réalisés en dehors du pays.

Opep : une nouvelle baisse de la production envisagée si le baril reste sous les 70 dollars, AFP – Google

« Nous avons toujours dit que notre objectif c’est un baril entre 70 et 90 dollars. Si le baril n’atteint pas ce niveau il y aura probablement une autre réduction. Mais il faut un consensus entre douze membres (de l’Opep). Et chacun à des intérêts », a dit M. Khelil au cours d’une conférence-débat à Alger au forum du quotidien gouvernemental El Moudjahid.
[…]
Pour M. Khelil, les pays industrialisés sont entrés « en phase de récession en raison de la crise financière qui les affaiblit et qui devrait se poursuivre en 2009 », entraînant « une forte contraction de la demande pétrolière » et obligeant l’Opep à « ajuster sa production ».
[…]
Mais « ne comptez pas sur nous pour vous renflouer parce que nous sommes pour la plupart des pays pauvres. Nous ne pouvons pas sortir (les autres pays) de la crise », avait prévenu le 28 octobre Abdallah el-Badri, secrétaire général de l’Opep au cours d’une conférence à Londres.

Golfe arabo-persique : Les pétromonarchies arabes face à un triple péril, René Naba

Première partie :
Le G20, une nouvelle configuration de l’ordre international.
L’anglosphère Wasp (white anglo saxon protestant) ne constitue plus le centre de l’Amérique, pas plus que les États-Unis ne constituent plus désormais le centre de l’Occident, ni l’Occident, le centre du monde.
Deuxième partie :
I – les pétromonarchies : Une préfiguration futuriste des cités marchandes de l’avenir, rivaux contemporains de Hong-Kong et de Monte Carlo.
II- Le péril démographique: Abou Dhabi et Doubaï, les deux plus jolies villes indiennes du Monde.
Troisième partie :
III- Le péril militaire : la présence militaire américaine, un paratonnerre ou un détonateur ?
IV – Le péril domestique : les frasques monarchiques, une gangrène qui sape les assises du pouvoir pétromonarchique.

Les pays du G20 réclament une « nouvelle architecture mondiale », Le Monde – Yahoo! Actualités

« Nous avons besoin d’une nouvelle gouvernance, plus ouverte et participative », a déclaré le président brésilien qui a réclamé une « plus grande participation » des pays émergents dans la gouvernance économique. Il a souligné que « l’heure était venue de conclure un pacte entre les gouvernements pour une nouvelle architecture mondiale, capable de promouvoir la sécurité et le développement de tous sur un pied d’égalité ».

Lula veut réformer finance mondiale lors du sommet du G20, Reuters – Yahoo! ActualitésAFP – Yahoo! Actualités

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva réclame une refonte du système financier international qui « s’est effondré comme un château de cartes » lors de la crise du crédit, et il affirme que les pays émergents devaient avoir davantage la parole dans la prise des décisions importantes.

L’ancien dirigeant syndical a souligné que des millions de personnes risquaient de perdre leur emploi et que la pauvreté risquait de s’accroître dans de nombreuses économies émergentes.

« Cette crise a débuté dans les économies développées », a souligné Lula. « Elle est la conséquence d’une foi aveugle dans la capacité des marchés à s’autoréguler et, dans une large mesure, au manque de contrôle sur les acteurs financiers. »

Réuni la veille à Sao Paulo, le groupe dit des « BRIC » – Brésil, Russie, Inde et Chine – avait adopté pour la première fois une position commune en réclamant une réforme des institutions comme le Fonds monétaire international afin de prendre en compte leur place grandissante dans l’économie mondiale.

Des géants de l’exportation tels que la Chine et les États pétroliers du Golfe ont amassé des centaines de milliards de dollars de réserves qui pourraient aider le FMI à soutenir des pays plus petits à surmonter la crise qui a ébranlé les marchés financiers et leurs monnaies.

G20 :
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Basculement idéologique


La zone euro trouve un plan d’action, RFI

Garantie des prêts interbancaires et recours possible à une recapitalisation des banques : si le plan annoncé dimanche à Paris n’a pas été chiffré, il fera l’objet d’annonces simultanées lundi dans plusieurs capitales européennes. Et se traduira rapidement en termes législatifs.

L’Union européenne va par ailleurs demander aux États-Unis l’organisation d’un sommet pour «refonder le système financier international», a déclaré le président français à l’issue de cette réunion des pays de la zone euro.

Psychologie au-delà de l’imagination, Dedefensa

Evidemment, la réunion du G7 de Washington terminé par un communiqué martial fait de 5 points austères, sans les chichis insipides et habituels, avec comme mot d’ordre une marche sans faiblesse vers la nationalisation des banques sur fond d’interventionnisme étatique sans restriction, voilà un événement qu’il faut observer dans sa dimension la plus importante. Il s’agit d’un retournement formidable de la conception centrale qui fonde la pensée dominante aujourd’hui, – la pensée économique, – et d’une trahison roborative et sans la moindre précaution formelle de ce qui a gouverné cette pensée jusqu’ici, et de quelle façon impérative, – dito, le modèle anglo-saxon.

Ce soudain basculement traduit pour les dirigeants par la nécessité d’un État puissant par rapport aux forces financières, sans préjuger du résultat de ce basculement, est un événement d’une force suffisante pour déclencher de tels changements chez ces mêmes dirigeants. La chose est particulièrement valable pour les Anglo-Saxons, essentiellement pour les Britanniques, dont on connaît la souplesse morale et leur souplesse d’esprit vis-à-vis de la morale, jusqu’au plus complet mépris pour les réalités douteuses qu’exposent leurs contradictions lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts nationaux. Dans le cas qui nous occupe, les conséquences diverses, y compris politiques, sont à la fois considérables et imprévisibles.

Eurogroupe : bonne distribution de bouées de sauvetage…, SERIATIM

Alors que nous entrons dans une période de multiplication des centres de pouvoir à travers le monde, certains acteurs se mettent en ordre de bataille.

L’émergence des méta-nations du BRIC (Russie, Chine, Inde, Brésil), des fonds souverains arabes sans oublier le poids du Japon, souligne l’âpreté avec lequel le combat se mènera.

Ce soir, s’il n’y a pas une réponse mondiale à la résolution de la crise, il y a, par contre, la reconnaissance de la fin d’une période hégémonique américaine mise en place à Bretton Woods en 1944 et le début d’une phase transitoire vers un nouvel ordre financier planétaire.

L’Islande, boule de cristal pour le reste de la planète ?, Chronique Agora

Bref, l’Islande coule. Et l’on pourrait y voir un avant-goût de ce qui nous guette à l’échelle globale : nationalisations massives des banques et établissements financiers, faillites des états les plus fragiles… et, pourquoi pas, appels désespérés aux (rares) pays qui sont encore assis sur un tas de cash disponible, pour renflouer, au moins temporairement, un système au bord de l’asphyxie.

L’Atelier du Monde est prêt à racheter la Planète, Le Mague

Alors que les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro se sont mis d’accord à Paris pour se débrouiller chacun de leur côté, que les Américains ont réservé une confiance limitée au plan Paulson, les communistes chinois sont prêts à mettre les bouchées doubles en vue d’assurer à la Chine la suprématie économique sur le monde de demain.

Peer Steinbrück, ministre allemand des Finances, a brisé un tabou il y a quinze jours, en prédisant que les États-Unis allaient perdre leur statut de superpuissance du système financier mondial, qui va devenir multipolaire. Dans un éditorial publié dans The Observer, le politologue John Gray estime que nous vivons un tournant géopolitique historique, dans lequel l’équilibre des pouvoirs sur la planète est irrévocablement modifié. L’ère de la domination américaine commencée avec la Seconde Guerre mondiale est terminée.

Les prospérités du vice, La Sociale

Les évènements qui secouent l’économie mondiale depuis plusieurs semaines maintenant – en vérité depuis l’été 2007 mais on espérait qu’un miracle allait empêcher la crise des subprimes de produire ses effets – font dégouliner la « moraline » à grands flots. On oppose le capitalisme moral, celui qui s’occupe de produire au capitalisme immoral du pur spéculateur qui est prêt à prendre des risques inconsidérés pour amasser encore quelques sous, quitte à discréditer le « bon capitalisme ». C’est le discours commun de la droite et de la social-démocratie. Il y a le feu et la cohorte des défenseurs de l’ordre capitaliste se mobilise pour sauver le système, le pouvoir et les profits qui vont avec. Car, si on laisse un peu le brouhaha médiatique, il ne peut qu’apparaître clairement aux yeux de tous que c’est le capitalisme lui-même qui est fondamentalement « immoral » — n’en déplaise à quelques philosophes médiatiques qui, ces dernières années, se sont évertués à soutenir le contraire, le contraire de l’évidence.

Déclaration finales de la Conférence Internationale d’Economie Politique : Réponses du Sud sur la Crise Economique Mondiale, Changement de société

Tenue à Caracas, le 8, 9, 10 et 11 octobre 2008 avec la présence d’universitaires et chercheurs d’Argentine, d’Australie, de Belgique, Canada, Chili, Chine Corée du Sud, Cuba, Equateur, Espagne, États-Unis, France, Angleterre, Mexique, Pérou, Uruguay et Venezuela, la Conférence Internationales d’Economie Politique : Réponses du Sud à la Crise économique et financière de l’économie mondiale, les nouvelles perspectives, les défis pour les gouvernements et les peuples du Sud devant la crise fiancière internationale.
La Rencontre a estimé que la situation s’est aggravée durant les dernières semaines. Des crises répétées des marchés financiers des pays centraux, nous sommes passés à une crise internationale d’une énorme gravité. Ce qui place les pays du Sud dans une situation très nuisible à leurs intérêts.
La crise menace l’économie réelle et, si on ne prend pas des intiatives énergiques et effectives immédiates, cela peut être un drame accablant pour les peuple du monde, en particuler pour les secteurs déjà les plus exposés et marginalisés.

Capitalisme : le dépôt de bilan ?, La Bataille socialiste

Les masques tombent. Il y a peu, le simple fait d’employer le mot capitalisme pouvait passer pour un outrage aux bonnes mœurs. Ce nouveau krach permet d’y voir plus clair : le capitalisme est nu.

Depuis des décennies, la classe sociale capitaliste était plus forte dans la lutte des classes que la classe travailleuse. C’est pourquoi la part des salaires réels a diminué, par l’augmentation du taux d’exploitation des travailleurs, au profit de la classe capitaliste.

Ainsi, c’est le fonctionnement « normal » du capitalisme qui crée des inégalités criantes. Et c’est la pauvreté qui a été le déclencheur de la crise, quand aux états-unis les plus pauvres n’ont plus eu la possibilité de rembourser leurs prêts.

Il est évident que la politique injuste menée par Sarkozy depuis un an et demi n’a fait qu’aggraver la situation en France. Et le constat est similaire dans les autres pays. Étant donné que les frontières étatiques existent, dans chaque État la classe travailleuse se doit de faire partir les dirigeants, pour arriver ensemble à l’abolition des frontières, par une révolution démocratique mondiale. Un mot d’ordre immédiat peut donc être : Sarkozy, Merkel, Berlusconi, Brown, Jintao, Chavez, Lula, Poutine, Bush : qu’ils s’en aillent tous !

Le capitalisme peut être aboli, mais il faudra pour cela l’action consciente et auto-organisée de la majorité. Dès maintenant, participons là où nous sommes à la résistance contre les régressions sociales que les gouvernements veulent poursuivre et aggraver. Contribuons au développement d’un vaste mouvement à la base pour en finir avec le patronat et les hiérarchies, mettre en place des pratiques démocratiques et autogestionnaires, et en finir avec le travail salarié. C’est ainsi, par la mobilisation des travailleurs, des chômeurs et des jeunes, mobilisation créatrice parce que libre et démocratique, que l’on pourra concrètement abolir le capitalisme et construire un monde socialiste-communiste.