Chine en Question

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Double jeu en Afghanistan


A l’approche du deuxième scrutin afghan sous occupation étasunienne, impossible d’échapper au consensuel «constat d’échec» : huit ans après les attentats de New York et de Washington, Oussama Ben Laden et ses complices échappent encore et toujours à leurs poursuivants. Quant aux talibans, protecteurs honnis d’Al-Qaida qui, en 2001, s’étaient effondrés en quelques semaines, ils semblent aujourd’hui plus forts que jamais.

Un sombre tableau confirmé par les forces alliées elles-mêmes, qui ne cessent de demander des renforts. Comment expliquer ce fiasco ? Comment comprendre que la plus importante coalition politique et militaire de tous les temps ait échoué dans les missions qui lui étaient assignées ? Qu’elle se montre incapable de se débarrasser d’une milice détestée par les Afghans eux-mêmes ? Que des dizaines de milliers de soldats professionnels aux équipements les plus modernes, ayant le monopole des airs et le soutien des trafiquants d’opium soient ainsi ridiculisés ?

Le précédent de la défaite soviétique des années 1980 ne suffit pas à valider l’archétype grossier d’un Afghanistan terre sauvage livrée ad æternam aux chefs de guerre. Les «moudjahidine» étaient formés et financés par les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Chine. Les talibans, eux, ne disposent plus d’aucun appui extérieur, si ce n’est de la nébuleuse djihadiste.

Plus pertinente est la critique de l’inadéquation des moyens mis en oeuvre par rapport aux objectifs déclarés. Si le but avait été d’arrêter Mohammad Omar et Ben Laden, des opérations armées limitées à la frontière pakistanaise auraient suffi. Si l’objectif était d’empêcher le retour d’un régime «terroriste», l’option militaire n’aurait dû être qu’un bref préalable à une solution politique. Même accueilli les bras ouverts, un occupant finit immanquablement par s’attirer les foudres de la population. D’autant plus s’il multiplie les bavures meurtrières !

A ce stade d’«incompétence», le doute s’insinue : et si l’opération n’était pas si ratée que cela ? D’un point de vue stratégique, en effet, le maintien de ce foyer belliqueux, voire son extension au Pakistan, garantit une présence occidentale sur le long terme en Asie centrale. «Pour trente ou quarante ans», a admis récemment le général britannique David Richards [1]. Une pierre dans les arrière-cours de la Russie et de la Chine, perçues par Washington comme ses principaux rivaux impériaux.

Paradoxalement, l’OTAN apparaît aujourd’hui comme le principal vainqueur du bourbier afghan. A force de réclamer des renforts pour sa croisade, l’ex-«Alliance atlantique» est parvenue à rassembler, sous mandat de l’ONU, près de 90 000 soldats provenant d’une cinquantaine de nations et de cinq continents. Le rêve d’un «gendarme global» sous contrôle occidental est en marche.

Le Courrier

L’Empire britannique est présent en Afghanistan depuis 200 ans. En 1809, son ambition était de contenir la Russie en Asie centrale et de protéger son Empire des Indes.
L’Empire américain est présent en Afghanistan depuis 1947 et plus activement depuis 1979.
Aujourd’hui, l’Afghanistan reste un enjeu stratégique entres les grandes puissances pour contrôler l’Asie centrale. Le peuple afghan paye au prix fort d’être situé au carrefour des rivalités pour la domination du monde. Pendant que les États-Unis rejouent un western dans les montagnes de l’Hindou Kouch, la Chine consolide son amitié et sa coopération avec les pays islamiques et prend en charge l’ensemble de l’économie de la Moldavie.

15/08/2009
Serge LEFORT


[1] The Times, 8 août 2009. Lire aussi :
• Afghanistan : la mission des troupes britanniques prendra près de 40 ans, RIA Novosti.
• Les Britanniques, en Afghanistan pour encore 30 à 40 ans, Le Monde.
• La guerre de 40 ans, est-ce un bon argument électoral ?, Dedefensa.
• Dossier documentaire & Bibliographie Afghanistan, Monde en Question.

 

L’alliance russo-israélienne


En mars, je posais la question «Quel média dominant a évoqué que « l’armée russe se dotera de drones israéliens » ? A ma connaissance aucun, sinon l’agence russe RIA Novosti» [1]. Aujourd’hui, je découvre (via un blog [2]) que l’Express avait relayé cette information, publiée par l’AFP via RIA Novosti le 07/10/2008 [3]. Donc acte.

Il demeure que l’achat de drones israéliens par la Russie reste peu commenté [4]. L’alliance russo-israélienne est pourtant un retournement stratégique. Elle se réalise sur le dos Palestiniens (qui s’en soucie ?) et contre l’Iran, qui est devenu fréquentable par les USA… pour vaincre en Afghanistan [5] et isoler la Chine (pour combien de temps ?).

15/04/2009
Serge LEFORT


[1] Mensonges médiatiques, Monde en Question.
[2] Le jeu israélo-russe, Nomades express.
[3] Ehud Olmert à Moscou : le retour de la géopolitique, l’Express.
[4] Lire :
• La Russie va acheter des drones israéliens, AFP-Yahoo! Actualités.
• La Russie acquiert des drones israéliens pour la première fois, Reuters-Yahoo! Actualités.
• Articles Défense, RIA Novosti.
[5] Lire :
• Tous comptes faits, l’Iran est de plus en plus sympa, Dedefensa.
• Moscou, le BMDE et la “fenêtre d’opportunité” d’Obama, Dedefensa.
• Considérations sur un compromis à propos du BMDE et de l’Iran, Dedefensa.
• Obama, Netanyahou et “AfPak”/ peut-être des surprises…, Dedefensa.
• L’Iran : “Yes, we can (change)”?, Dedefensa.
• La politique iranienne de BHO et le sort de Dennis Ross, Dedefensa.
• Vers l’affrontement Obama-Netanyahou?, Dedefensa.

 

La Chine rompt le silence sur l’Afghanistan


Dans l’environnement violent et létal dans lequel il a vécu et survécu pour conduire au bout du compte la marche de Pékin vers un socialisme aux caractéristiques chinoises, Deng Xiaoping avait de très grandes raisons d’être prudent. Eu égard à l’approche internationale de la Chine, voici ce que Deng disait : «Observons calmement ; assurons notre position ; faisons face aux affaires avec calme ; cachons nos capacités et attendons le bon moment ; faisons tout pour maintenir un profil bas ; et ne revendiquons jamais de leadership.»

Ainsi, la Chine n’a jamais fait connaître sa pensée sur le problème afghan. L’organe du Parti Communiste Chinois (PCC), le Quotidien du Peuple, vient à présent de rompre avec ce principe de base dans un commentaire hautement nuancé.

Aujourd’hui, alors que l’atmosphère menace de devenir très vite sulfureuse dans la région qui entoure l’Afghanistan, la situation devient très critique. Mais cela seul n’explique pas le moment choisi pour ce commentaire chinois, intitulé «Les ajustements de la stratégie anti-terroriste américaine seront-ils couronnés de succès ?»

Le contexte est particulièrement justifié. La Secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, vient juste de terminer une visite décisive en Chine. Pékin pousse manifestement un soupir de soulagement à propos du «sens de la certitude» dans les relations sino-américaines sous la présidence de Barack Obama. Qui plus est, Pékin a été séduite par le fait que Clinton a cité l’antique aphorisme chinois tongzhou gongji – «Lorsque nous sommes dans le même bateau, nous devons nous entraider» – comme étant l’esprit de notre époque troublée. Là, cela dépasse largement l’amour musclé que George W. Bush a témoigné à la Chine afin qu’elle «prenne des risques» dans le système international.

L’Afghanistan a sûrement fait partie des discussions entre Clinton et les dirigeants chinois, surtout que sa visite a coïncidé avec l’annonce d’Obama concernant un accroissement des troupes en Afghanistan.

Pêcher en eau trouble

Cependant, il y a deux autres messages sous-jacents. Les États-Unis changent manifestement de vitesse sur leur politique en Asie du Sud, comme le prouve la décision d’Obama de nommer Richard Holbrooke comme représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan. Et Holbrooke n’est pas étranger à Pékin.

Il est clair que Pékin, juste après la récente visite d’Holbrooke dans la région, a jugé que les relations entre les États-Unis et l’Inde entraient dans une nouvelle phase qualitative, laquelle a montré quelques signes de friction. Il est payant pour Pékin de pêcher en eaux troubles et d’accumuler plus de pression sur son voisin méridional.

Deuxièmement, le ministre russe des affaires étrangères a annoncé la semaine dernière que les invitations avaient été lancées pour la conférence, attendue depuis longtemps, de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS) sur l’Afghanistan, qui se tiendra à Moscou le 27 mars prochain. Le moment approche pour Pékin de prendre position sur le problème afghan. Les tergiversations formulées dans des homélies pieuses pourraient ne plus suffire.

La Chine a-t-elle le sens de la solidarité avec la Russie – ou avec les observateurs de l’OSC, tels que l’Inde et l’Iran ? Mais Pékin ne peut pas non plus se permettre de dissiper l’élan naissant d’un partenariat avec l’administration Obama. Et les États-Unis (ainsi que ses alliés) boycottent la conférence de l’OCS.

Dans la période à venir, nous pourrions donc assister à quelques numéros de contorsion étonnants de la part de Pékin. Le commentaire du Quotidien du Peuple a virtuellement appelé à l’extension du mandat d’Holbrooke, pour inclure le «problème indo-pakistanais». Il est vrai que ce commentaire se retient de mentionner le Cachemire en tant que tel, mais il laisse peu à l’imagination que le Cachemire est précisément ce quoi il se référait – que les États-Unis devraient arbitrer une solution à ce que le Pakistan appelle la «question essentielle» dans ses relations tendues avec l’Inde.

Le commentaire chinois dit que le seul envoi de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan ne peut aider Obama à atteindre ses «objectifs stratégiques», à moins que Washington ne stabilise l’Asie du Sud, en particulier le Pakistan et les relations indo-pakistanaises. L’éditorial se poursuit ainsi :

Il est clair que sans la coopération du Pakistan, les États-Unis ne peuvent pas gagner la guerre contre la terreur. Par conséquent, pour protéger ses propres intérêts dans la lutte contre le terrorisme en Asie du Sud, les États-Unis doivent garantir un environnement stable au Pakistan, à l’intérieur et à l’international, et apaiser les tensions entre le Pakistan et l’Inde. Vu sous cet angle, il est facile de comprendre pourquoi Obama a nommé Richard Holbrooke comme envoyé spécial pour les questions afghane et pakistanaise, et pourquoi l’Inde est incluse dans la première visite d’Holbrooke à l’étranger. En fait, le «problème afghan», le «problème pakistanais» et le «problème indo-pakistanais» sont tous liés. (italiques ajoutées).

Ces mots ont été clairement pesés et ces remarques inamicales ne risquent pas de passer inaperçues à New Delhi. Les diplomates indiens ont frappé un grand coup pour veiller à ce que le mandat d’Holbrooke n’inclut pas l’Inde, malgré l’ensemble des opinions, au sein des think-tanks et de l’establishment américains, qui insiste sur le fait que des tensions sous-jacentes dans les relations indo-pakistanaises se poursuivront tant que le problème du Cachemire n’aura pas été résolu. Pékin s’est maintenant jeté dans le débat et la Chine exprime ouvertement son soutien à la position pakistanaise.

Ce qui est intéressant est que Pékin ignore totalement la cause profonde de «l’anti-américanisme» qui prévaut au Pakistan et qui a beaucoup à voir avec l’interférence étasunienne dans les affaires intérieures de ce pays, en particulier le soutien des États-Unis aux dictatures militaires successives, ou avec la psyché blessée des Musulmans – ou avec la guerre brutale que mènent les États-Unis en Afghanistan. En effet, le commentaire chinois est resté silencieux sur la question centrale de l’occupation étrangère de l’Afghanistan.

Pékin ne peut pas ignorer que l’Inde verrait d’un mauvais œil une intervention au Cachemire par une tierce partie, tout comme la Chine est profondément allergique aux opinions mondiales concernant le Tibet ou le Xinjiang. Une explication possible pourrait être que Pékin redoute que l’Inde puisse jouer une fois encore la «carte tibétaine», alors qu’approche le 50ème anniversaire du soulèvement tibétain (le 10 mars prochain).

Dans la dernière ligne droite avant cet anniversaire, Pékin est en train sévir contre les nationalistes tibétains. La Chine aimerait sans doute avertir l’Inde qu’elle pourrait également sortir la «carte cachemirie». Somme toute, les stratèges indiens devront donc analyser soigneusement l’éventail des motivations chinoises, en appelant, à ce stade, à une médiation des États-Unis dans les disputes indo-pakistanaises, talonnant de près les discussions entre Clinton et les dirigeants chinois à Pékin.

En dehors de l’Inde, Pékin identifie la Russie comme une autre puissance régionale qui impacte négativement la stratégie des États-Unis en vue de stabiliser l’Afghanistan. (Soit dit en passant, ce commentaire ignore complètement l’Iran, comme s’il n’était pas un facteur important sur l’échiquier afghan.) Ce commentaire dit : «… Les États-Unis doivent s’assurer que la Russie est apaisée. La région d’Asie Centrale, où se trouve l’Afghanistan, avait l’habitude d’être l’arrière cour de la Russie… Tandis que les relations entre les États-Unis et la Russie montrent des signes de rétablissement après l’arrivée d’Obama au pouvoir, les réactions de la Russie vis-à-vis de la décision étasunienne d’accroître ses troupes en Afghanistan sont plutôt subtiles.»

Alors, que fait Obama ? Pékin fait la supposition suivante : «La détermination de la Russie de ne pas permettre que les États-Unis jouissent d’un contrôle dominant dans l’affaire afghane est plutôt visible. La façon dont les États-Unis feront face à la relation ‘coopérative et concurrentielle’ avec la Russie dans l’affaire afghane testera la capacité des États-Unis à réaliser ses objectifs stratégiques en Afghanistan.»

Mais alors, la Chine est également une partie intéressée dans les deux questions aujourd’hui controversées des relations américano-russes : l’expansion de l’OTAN près de ses frontières d’Asie Centrale et le déploiement du bouclier étasunien antimissile. La Chine abhorre l’expansion de l’Otan près de ses frontières et s’oppose au bouclier antimissile qui réduirait à néant sa capacité de frappe nucléaire de qualité relativement inférieure.

Mais, ainsi que Deng l’aurait dit, pourquoi revendiquer le leadership de l’opposition à ces manœuvres étasuniennes lorsque Moscou fait déjà un travail merveilleux ?

Le commentaire du Quotidien du Peuple fait la distinction concernant les intérêts de la Russie en Afghanistan. Il conseille implicitement à Washington de ne pas prendre la conférence de l’OCS à venir comme une sorte de coalition sino-russe. Une fois encore, en affirmant que la fermeture de la base aérienne de Manas par les autorités kirghizes fait partie d’un «jeu stratégique entre les États-Unis et la Russie», le Quotidien du Peuple a effectivement démystifié la conférence de l’OCS à venir. Après tout, la raison d’être de cette conférence est que la situation afghane pose une menace à la sécurité de l’Asie Centrale. Mais le commentaire chinois n’aborde pas une seule fois cet aspect.

Bref, ce qui émerge est que peu importe la détermination de Moscou à défier le «monopole étasunien sur la résolution du conflit» en Afghanistan, la Chine ne se laissera pas entraînée dans un tel calcul. Comme Deng l’aurait dit, la Chine observera calmement et gardera un profil bas. Après tout, la Russie force le passage sur son arrière-cour afghane et, si elle réussit, non seulement l’OCS, mais également la Chine, seront les bénéficiaires nets. D’un autre côté, si les États-Unis snobent la Russie, cela ne fera qu’entamer le prestige de Moscou, pas celui de Pékin.

La Chine est-elle irrité qu’il y ait de nouveaux signes positifs dans les relations russo-américaines ? Il y a de quoi à ce que Moscou médite sur la raison pour laquelle le Quotidien du Peuple aurait rabâché la même chose sur l’animosité de la Russie vis-à-vis de l’influence des États-Unis en Asie Centrale, à un tel moment aussi délicat où l’administration Obama a décidé de ne pas faire de la fermeture de la base aérienne de Manas un élément des relations russo-américaines. Moscou trouverait embarrassant de se voir dépeint comme un «saccageur» de la stratégie d’Obama sur l’Afghanistan.

Etablir un contact avec les Islamistes

Ce qui est vraiment extraordinaire à propos du commentaire chinois est ses références indirectes à la question centrale des Taliban. Il y a des indications que Pékin n’aurait aucun problème en tant que tel si les Taliban, dans le cadre d’un règlement politique, étaient impliqués dans la structure du pouvoir en Afghanistan. De façon intéressante, ce commentaire conseille aux États-Unis d’être «pragmatiques vis-à-vis des conditions réelles de l’Afghanistan». Il exprime également un soutien à l’argument selon lequel l’Afghanistan manque «pratiquement de toutes les préalables à la modernité». Par ailleurs, il suggère que l’Afghanistan ne puisse pas être un Etat unitaire.

Ces commentaires doivent être considérés à la lumière de la nouvelle pensée qui règne dans les milieux influents aux États-Unis et en Grande-Bretagne, selon laquelle une approche «de la base vers la hiérarchie», impliquant la diffusion de la puissance de l’Etat en faveur des leaderships locaux, pourrait être la réponse aux problèmes en Afghanistan et sera le meilleur moyen d’impliquer les taliban dans la structure du pouvoir dans les régions pachtounes.

Le PCC a innové en invitant une délégation de l’influent Djamaat-e-Islami (DI) pakistanais à visiter la Chine la semaine dernière. Durant cette visite qui a duré tout un week-end, les deux camps ont signé un protocole d’accord énonçant quatre principes pour les relations sino-pakistanaises, incluant l’indépendance, l’égalité, le respect mutuel et la non-interférence dans les affaires intérieures de chacun des deux pays.

Pendant ce temps, le DI a garanti le soutien total à l’unité nationale et géographique de la Chine et a complètement soutenu la position de la Chine concernant Taiwan, le Tibet et la question du Xinjiang. Pékin a ensuite rendu la pareille avec sa «position de principe» sur la question du Cachemire et a «réitéré que cette position et cette coopération vitale de la Chine se poursuivra».

Le socialisme – même avec les caractéristiques chinoises – ne se mélange pas facilement avec l’Islamisme. Il n’y a aucun autre moyen d’expliquer la coopération du PCC avec le premier parti islamique du Pakistan qu’un accord faustien ayant pour toile de fond l’ascendance dans la région des forces de l’Islam militant.

Le Quotidien du Peuple admet que la conséquence de la stratégie étasunienne de «montée en puissance» en Afghanistan reste incertaine. Il prend note que les États-Unis font également un pas vers «un compromis avec les modérés au sein des Taliban», puisque le Président Hamid Karzaï, autrement, ne se serait pas aventuré dans cette voie. Le commentaire fait l’éloge d’une telle pensée comme étant une manifestation de l’utilisation de la «puissance habile», une idée «souvent mentionnée» par Clinton. Cela revient à dire que, tandis que l’accroissement des troupes étasuniennes est une «mesure forte», «une politique telle qu’aider le gouvernement afghan à consolider son régime pour stabiliser progressivement le pays serait la ‘mesure douce’.»

Pareillement, Pékin a conscience que l’agenda réel des États-Unis pourrait être stratégique, dans la mesure où l’Afghanistan est situé «au carrefour de l’Eurasie». Tandis qu’écraser al-Qaïda constitue vraiment un objectif, la stratégie de Washington «accroîtra aussi la coopération et l’alliance de l’OTAN pour s’assurer que la première action militaire de l’OTAN hors de l’Europe n’échouera pas». En retour, cela permettra aux États-Unis «d’élever le statut de leur leadership parmi leurs alliés et de renforcer leur présence au cœur de l’Eurasie en utilisant ces moyens».

Il semble que la Chine n’ait aucun problème avec un tel agenda. La Chine «cachera ses capacités» – pour citer Deng – alors même que les États-Unis et la Russie entrent en collision et se contredisent mutuellement et que ces pays finiront par s’épuiser. Ainsi que le Quotidien du Peuple conclut, l’Afghanistan est connu comme le «tombeau des empires». Par conséquent, la Chine doit se concentrer à assurer sa position et à attendre le bon moment – une stratégie que Deng aurait sûrement appréciée.

25 février 2009
M K Bhadrakumar
Questions Critiques

Le grand jeu asiatique


Afghanistan-Pakistan, le « juste champ de bataille » (B. Obama)

La bataille de Mumbai, quelle que soit la régie des attaques, prend place dans une dispute de grande ampleur conduite avec des outils politiques, économiques et militaires par plusieurs protagonistes : non seulement l’Inde et le Pakistan, mais les États-Unis, la Russie et la Chine. L’Asie centrale est le principal terrain de confrontation, aire d’énorme importance de par sa position géostratégique et pour le contrôle du pétrole de la Caspienne et des « corridors énergétiques ».

L’épicentre en est l’Afghanistan. C’est là que s’embourba pendant dix ans l’armée soviétique, alors que la CIA entraînait au Pakistan, par l’intermédiaire de l’ISI, plus de 100 mille moudjahidin pour la guerre en Afghanistan. Parmi eux se distingua Ossama Ben Laden, le riche saoudien qui apporta de gros financements et des milliers de combattants. Toujours au Pakistan fut entraînée et armée, avec le consensus de Washington, la milice taliban qui en 1996 conquit le pouvoir en Afghanistan. C’est là, en 2001, qu’arrivèrent les troupes étasuniennes, officiellement pour combattre les talibans et faire la chasse à Ben Laden. L’objectif stratégique est en réalité d’occuper un positon clé dans le nouveau scénario créé en Asie par la désagrégation de l’URSS et par l’émergence des puissances chinoise et indienne. « La possibilité existe qu’émerge dans la région un rival militaire avec une formidable base de ressources », prévenait un document publié par le Pentagone une semaine avant l’invasion de l’Afghanistan. Cet objectif stratégique a été confirmé par le président élu Barack Obama qui a annoncé vouloir « sortir d’Irak » et « passer au juste champ de bataille en Afghanistan et au Pakistan ». Le Pakistan est ainsi lui aussi considéré comme champ de bataille ; un Pakistan qui est considéré à Washington comme un allié pas très fiable, dont les services secrets ont été suspectés d’avoir des liens avec les talibans. Quand, en janvier 2008, les USA ont demandé au président Musharraf de leur laisser les mains libres dans les zones de frontière avec l’Afghanistan, ils reçurent une fin de non recevoir. Et, à cause de la forte opposition intérieure, le président actuel Zardari semble aussi être réticent.

Ce qui rend la situation plus complexe encore est le choix de Washington de privilégier ses relations avec l’Inde, pour empêcher son rapprochement avec la Russie et la Chine. C’est dans ce cadre qu’entre l’accord, ratifié le 2 octobre par le Sénat, par lequel les États-Unis « légalisent » le nucléaire de l’Inde, qui n’a jamais adhéré au Traité de Non Prolifération, en lui permettant de garder huit réacteurs nucléaires militaires hors de tout contrôle international et en lui fournissant des technologies à double usage, civil et nucléaire. Ceci pousse le Pakistan, qui n’a jamais adhéré au TNP, à accélérer ses programmes nucléaires militaires. Avec comme résultat le fait que les deux pays alignent déjà au total environ 110 ogives nucléaires et sont en mesure d’en fabriquer beaucoup plus.

Sur ce terrain, en concurrence avec les USA, la Russie et la Chine entrent en jeu. En septembre a été confirmé que la Russie fournira à l’Inde un porte-avions avec 16 Mig-29 ; en même temps, la joint-venture russo-indienne BrahMos Aerospace a annoncé qu’elle augmentera sa production de missiles de croisière supersoniques lancés par avions, pouvant être armés de têtes aussi bien conventionnelles que nucléaires. La Chine est par contre en train d’établir des relations particulièrement étroites avec le Pakistan. Le 18 octobre on a annoncé que le président Zardari, en visite à Pékin, a signé 12 accords, dont un engageant la Chine à construire deux autres réacteurs nucléaires au Pakistan. La Chine fournit en outre au Pakistan des avions de chasse JF-17 dotés de moteurs russes, dont la livraison a été autorisée par Moscou.

Dans la « guerre des oléoducs », l’Iran entre aussi en jeu, avec le projet d’un gazoduc qui, à travers le Pakistan, devrait amener en Inde le gaz iranien. Sous la pression étasunienne, l’Inde n’a jusqu’à présent pas adhéré à l’accord. L’Iran s’est cependant déclaré disponible, le 11 octobre, pour construire le gazoduc (coût : 7,5 milliards de dollars) jusqu’au Pakistan, en attendant l’adhésion de l’Inde. Plus difficile encore aujourd’hui, après les attaques à Mumbai.

03/12/2008
Manlio DINUCCI
Il manfesto
Version intégrale traduite par Marie-Ange Patrizio, Le Grand Soir.

Les fronts de la guerre


La crise financière mondiale est en train de provoquer un exode sans précédant des Mexicains qui travaillaient aux États-Unis et qui retournent chez eux. Depuis août dernier 150 000 Mexicains sont déjà revenus au pays ce qui inquiète terriblement le gouvernement qui ne sait que faire de cette main d’œuvre en pleine récession économique.
RFI

L’engagement des États-Unis en Afghanistan et en Irak génère de l’activité économique. Les dépenses liées au militaire ont progressé de 5,8%, apportant 1,15 point à la croissance.
Le Temps

Le général américain David Petraeus, crédité des progrès réalisés en Irak, s’est vu confier vendredi le commandement chargé de superviser de concert les guerres en Irak et en Afghanistan.
RTL

Présent à la cérémonie, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a salué en Petraeus « l’homme qu’il faut en ce moment à ce poste ».
« Sous son commandement, nos soldats ont porté des coups terribles à nos ennemis en Irak. Maintenant, nous allons nous occuper de nos adversaires en Afghanistan », a-t-il ajouté.
Reuters – Yahoo! Actualités

Le 30 septembre 2008, The Army Times révélait que la 1ère brigade de combat de la 3ème division d’infanterie US avait été rapatriée d’Irak et affectée au maintien de l’ordre intérieur aux États-Unis. Devant le tollé général, le journal a publié un démenti de son propre article.
Voltaire

Le monde vote Obama ! déclarait il y a quelques semaines un grand quotidien international. Le même monde qui dans sa majorité est analphabète, illettré et perdu dans les fouillis du zapping politique. Ce monde-là, sans s’en rendre compte, se cherche des héros, des idoles pour croire en quelque chose et fuir la misère de son quotidien. Le brouhaha autour de cette élection est affligeant surtout qu’à côté les souffrances des marginaux sociaux sont toujours sévères, mais restent inaudibles. On parle trois secondes du tremblement de terre au Pakistan avec ses centaines de morts, on passe furtivement sur les atrocités au Congo, l’euphorie atteint des sommets vertigineux, ainsi que les donations massives en direction de deux candidats, qui seront élus pour renforcer l’impérialisme américain, sont de plus en plus importantes. Le changement a un prix, il faut donc se serrer la ceinture et vider son épargne pour envoyer son champion s’asseoir dans un siège appartenant à l’establishment. Le plus dramatique dans cette histoire c’est que tout ce carnaval traduit au fond l’état de ce monde définitivement atteint d’une sorte d’ivresse du désespoir.
AgoraVox

Les énormes réserves en dollars dans le Golfe et en Chine pourraient être utilisées pour renflouer le front est européen et dans d’autres pays émergents qui sont devenus dépendants de leur dette extérieure durant la dernière décennie.
Mais cet argent ne sera pas accordé sans contreparties. Les nouveaux contributeurs voudront disposer d’une voix au chapitre au sein de l’institution. Le FMI était un club composé des Américains, des Européens et des Japonais. Mais les réserves de dollar se trouvent aujourd’hui dans les États pétroliers et en Chine, et désormais ils s’attendent à obtenir plus de poids dans la gestion de l’économie mondiale.
ContreInfo

Le premier ministre chinois a déclaré que la Russie et la Chine pourraient lutter contre la crise financière mondiale en conjuguant leurs efforts. Vladimir Poutine a invité, pour sa part, à renoncer au dollar dans les transactions commerciales entre les deux pays.
Cette idée ne date pas d’hier. Un accord « cadre » à ce sujet était déjà intervenu entre la Russie et la Chine fin novembre 2007. […] Au premier semestre de cette année, ce fut au tour du président iranien Mahmoud Ahmadinejad et de son homologue vénézuélien Hugo Chavez de partir en guerre contre le dollar, en invitant leurs partenaires au sein du cartel pétrolier à renoncer à la monnaie américaine dans le commerce du pétrole, affirmant que le billet vert était en bout de course et que l’heure était venue de songer à une monnaie plus stable et prévisible.
RIA Novosti

La forte hausse des taux décidée par la Hongrie pourrait enclencher un processus où, en tentant de rivaliser en ordre dispersé pour attirer les capitaux, l’ensemble des pays de l’Europe de l’Est aggraveraient la récession. Avec des ratios d’endettement à court terme qui dépassent pour certaines nations les 50% du PIB, le risque d’hécatombe est bien réel.
ContreInfo

Les Israéliens se trouvent enfermés dans un cercle vicieux: des dirigeants prêts à tels ou tels compromis, mais n’ayant aucune chance de faire adopter leurs promesses par la Knesset sont remplacés par d’autres, plus réservés au cours des négociations, mais qui, en fin de compte, cédant à la pression des circonstances ou des États-Unis (le plus souvent), en arrivent à la nécessité de rechercher des compromis. Le nouveau leader israélien parviendra-t-il à rompre ce cercle vicieux? Personne ne le sait vraiment.
RIA Novosti

Où est la gauche ? L’officielle, celle qui a accompagné le libéralisme, déréglementé la finance pendant la présidence du démocrate William Clinton, désindexé les salaires avec François Mitterrand avant de privatiser avec MM. Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn, taillé à la hache dans les allocations versées aux chômeurs avec M. Gerhard Schröder, n’a à l’évidence d’autre ambition que de tourner au plus vite la page d’une « crise » dont elle est coresponsable.
Le Monde diplomatique