Chine en Question

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Chine, la dissidence de François Jullien


 

« Dissidence » renvoie à la notion d’écart, centrale dans la stratégie intellectuelle de François Jullien. Le détour par la Chine de ce philosophe formé aux humanités grecques est l’amorce d’une dissidence philosophique qu’il n’a cessé de déployer dans l’ensemble de son travail. Ce livre tente d’en faire le bilan. Dans une seconde partie, François Jullien accepte une confrontation sans complaisance.

Pour la première fois, il ouvre une piste nouvelle : une philosophie du « vivre » qui le situe dans la suite de Montaigne et le distingue des philosophes de l’ »existence ». Car qu’est-ce que « vivre », ou plutôt comment y accéder ? C’est là le cœur des questions qui lui sont soumises.

Le problème de la dissidence face au pouvoir chinois émerge également au cours de ces dialogues, comme aussi un rapport critique à la sinologie.

Quelle conception François Jullien développe-t-il de ces dissidences, et comment fait-il de la dissidence une position philosophique ? S’esquisse ainsi, à travers ce parcours, une certaine figure de l’intellectuel à l’aube du XXIe siècle.

Nicolas MARTIN, Antoine SPIRE, Chine, la dissidence de François Jullien, Seuil, 2011 [Texte en ligne].

Lire aussi :
François JULLIEN, Bookys.
Dossier François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier Pensée chinoise, Monde en Question.
Revue de presse Chine, Chine en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Apprendre à penser en chinois


Suivre l’actualité, courir après le vent.
Penser l’actualité, marcher à contre-courant.

 

Un ami a écrit un article qui commence ainsi :

Alors que la pandémie bat son plein, s’étend sur toute la planète, provoque des dizaines de milliers de morts et en entraînera sans doute bientôt des centaines, voire des millions, nombre d’entre nous, aujourd’hui confinés, s’interrogent sur ce que sera l’après corona virus.

Voici un extrait de mon commentaire à chaud :

Je ne lirai pas ton article car les prémices sont totalement spéculatives – dans le sens du délire planétaire – et donc sans intérêt.
Les décisions administratives, inadaptées à la situation réelle de la pandémie, auront des conséquences économiques et sociales, mais certainement pas celles que beaucoup prophétisent.
Je ne me hasarde à aucune prévision ni à aucune recommandation. J’essaie modestement de m’en tenir aux faits et j’ai la curiosité de regarder ailleurs… y compris dans l’histoire (c’est ma principale compétence) qui permet de relativiser les discours basés sur l’instrumentalisation d’émotions primaires comme la peur qui profitent aux opportunistes.
En conclusion, je suis triste de constater que des amis versent dans la religiosité…

Presque toutes les analyses sont fondées non sur la réalité de la situation, mais sur des présupposés idéologiques : racisme politique – de l’extrême gauche à l’extrême droite – contre les Chinois [1], apologie de la décroissance économique et de l’angoisse écologique, opposition conformiste aux gouvernements, etc., etc. Tous les vieux discours sont relookés, mais pas actualisés, pour dire et redire la même chose en courant après l’événement… selon la narrative des médias.

Nous vivons dans une société où le risque n’est plus assumé, mais, sous-évalué ou surévalué, il est devenu synonyme de danger mortel. Pire encore, le moindre changement est appréhendé comme une catastrophe. L’individu de plus en plus isolé, indifférent aux autres et tétanisé par la peur, aspire à une sécurité mortifère… sans vouloir en payer le prix [2].

Malgré les découvertes de la physique quantique, la pensée occidentale reste coincée dans l’opposition des contraires – le blanc (le bien) ou le noir (le mal). La pensée chinoise, fondée sur le changement, n’a aucune difficulté à rendre compte de l’évolution de la matière et donc du vivant. Ainsi, le mot chose, qui est unique dans notre système de pensée, est double en chinois : 东西 (dōngxi) se traduit littéralement par est-ouest.

Pour conclure, je vous invite à lire Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois de François Jullien (Seuil, 1989-2013) :

Que toute réalité soit conçue comme processus en cours, relevant d’un rapport d’interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu’il y ait, par conséquent, à l’origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement, c’est là une représentation de base de la culture chinoise.

13/04/2020
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Dossier Pensée chinoise, Monde en Question.
Dossier Livres Chine, Monde en Question.
Dossier Catastrophes, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.


Notes et références


[1] Lire : L’Occident déteste vraiment la Chine, Réseau International.

[2] Après l’échec historique de la classe pour soi, la classe en soi est de retour en créant une fracture que les réseaux dits sociaux ne comblent pas car ils sont plus des lieux de consommation de rumeurs que de solidarité active. Lire :
– Classes sociales, Wikirouge.
– La vie sans microbes c’est la mort !, Monde en Question.

Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie


 

Comme ses Cinq méditations sur la beauté, ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels l’auditeur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter.

Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie. Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ». Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine, et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort. Celle-ci, transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.

Jamais emphatique ni sentencieux, François Cheng donne à ces Cinq méditations sur la mort un timbre personnel qui confronte chacun à son humaine condition.

François CHENG, Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, Jean Mouttapa, 2014 [Audio en ligne].

Lire aussi :
Bibliographie Chine (249 livres en ligne), Chine en Question.
Dossier documentaire Pensée chinoise, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Bibliographie Chine (249 livres en ligne)


 

Ce dossier bibliographique contient uniquement des livres glanés au cours de mes recherches et accessibles en ligne ici.
Merci de signaler vos propres liens via les commentaires ou par courriel.

27/02/2019
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

000 Généralités

Paul ANDRÉ (sous la direction de), La Chine aujourd’hui, Presses universitaires du Septentrion, 2014.
Lucien BIANCO et Yves CHEVRIER (sous la direction de), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international – La Chine.
José FRÈCHES, Dictionnaire amoureux de la Chine, Plon, 2013 .
Dossier documentaire Généralités Chine, Monde en Question.

100 Pensée chinoise

Anne CHENG, La Chine pense-t-elle ?, Collège de France, 2009.
François CHENG, Cinq méditations sur la beauté, Albin Michel, 2006.
François CHENG, Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, Jean Mouttapa, 2014 [Audio en ligne].
COLLECTIF, Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine.
CONFUCIUS, Les entretiens.
Herbert FINGARETTE, Confucius, Presses de l’Université de Montréal, 2004.
Marcel GRANET, La pensée chinoise, Albin Michel, 1934.
François JULLIEN, De l’Être au Vivre – Lexique euro-chinois de la pensée, Gallimard, 2015 [Extraits en ligne].
Charles LE BLANC et Rémi MATHIEU (sous la direction de), Mythe et philosophie à l’aube de la Chine impériale – Études sur le Huainan zi, Presses de l’Université de Montréal, 1992.
Charles LE BLANC et Rémi MATHIEU, Approches critiques de la mythologie chinoise, Presses de l’Université de Montréal, 2008.
Paul-Louis-Félix PHILASTRE, Le Yi King, 1885 La meilleure traduction est celle de Cyrille JAVARY.
Dossier documentaire Pensée chinoise, Monde en Question.

200 Croyances chinoises

Bernard FORMOSO, Identités en regard – Destins chinois en milieu bouddhiste thaï, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2000.
Cyrille JAVARY, Les trois sagesses chinoises, Albin Michel, 2010.
Marie LAUREILLARD, Vincent DURAND-DASTÈS, Fantômes dans l’Extrême-Orient d’hier et d’aujourd’hui T1, Presses de l’Inalco, 2017.
Marie LAUREILLARD, Vincent DURAND-DASTÈS, Fantômes dans l’Extrême-Orient d’hier et d’aujourd’hui T2, Presses de l’Inalco, 2017.
Jean-Paul ROUX, Montagnes sacrées, montagnes mythiques, Fayard, 1999.
Dossier documentaire Croyances chinoises, Monde en Question.

300 Sciences sociales

Économie

AKINORI Isogai, HIROYASU Uemura, Robert BOYER (sous la direction de), Capitalismes asiatiques – Diversité et transformations, Presses universitaires de Rennes, 2015.
Claude AUROI, Jean-Luc MAURER, Tradition et modernisation des économies rurales – Asie-Afrique-Amérique latine, Graduate Institute Publications, 1998.
Serge BERTHIER, Le choc – La Chine en marche, Mettis, 2014.
Jean-Marie BOUISSOU, Jonathan SIBONI, Max-Jean ZINS, Argent, fortunes et luxe en Asie, Philippe Picquier, 2013.
Bruno CABRILLAC, Economie de la Chine, QSJ PUF, 1997.
Cercle Turgot, La Chinamérique – Un couple contre-nature ?, Eyrolles, 2010.
Jean-Marc CHAUMET et Thierry POUCH, La Chine au risque de la dépendance alimentaire, Presses universitaires de Rennes, 2017.
Laure DE CHARRETTE, Marion ZIPFEL, Chine – Les nouveaux milliardaires rouges, Archipel, 2013.
David DELFOLIE, Nathalie FAU, Elsa LAFAYE DE MICHEAUX, Malaisie – Chine – Une « précieuse » relation, Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine, 2016.
Pierre-Antoine DONNET, Quand la Chine achète le monde, Eyrolles, 2018.
Jean-François DUFOUR, Made by China – Les secrets d’une conquête industrielle, Dunod, 2012.
Mamoudou GAZIBO et Roromme CHANTAL, Un nouvel ordre mondial made in China ?, Presses de l’Université de Montréal, 2011.
Jacques GRAVEREAU, La Chine conquérante – Enquête sur une étrange superpuissance, Eyrolles, 2017.
Jean François HUCHET, Xavier RICHET, Joël RUET (sous la direction de), Chine, Inde : les firmes au cœur de l’émergence, Presses universitaires de Rennes, 2015.
James Z. LEE et WANG Feng, La population chinoise – Mythes et réalités, Presses de l’Université de Montréal, 2006.
Erik ORSENNA, Petit précis de mondialisation T1 Voyage aux pays du coton, Fayard, 2007.
Erik ORSENNA, Petit précis de mondialisation T2 L’avenir de l’eau, Fayard, 2009.
Erik ORSENNA, Petit précis de mondialisation T3 Sur la route du papier, Stock, 2013.
Erik ORSENNA, Petit précis de mondialisation T4 Géopolitique du moustique, Fayard, 2017.
Emmanuel POISSON, Monnaies chinoises Tome III Les Song, Éditions de la Bibliothèque nationale de France, 2014.
Jean-Luc RACINE (sous la direction de), L’Inde et l’Asie – Nouveaux équilibres, nouvel ordre mondial, CNRS Éditions, 2009.
Thierry SANJUAN (sous la direction de), Les grands hôtels en Asie, Éditions de la Sorbonne, 2003.
Clément SEHIER et Richard SOBEL (sous la direction de), Travail, luttes sociales et régulation du capitalisme dans la Chine contemporaine, Presses universitaires du Septentrion, 2015.
SONG Hongbing, La guerre des monnaies – La Chine et le nouvel ordre mondial, Le retour aux sources, 2014.
Tanguy STRUYE DE SWIELANDE, La Chine et les grandes puissances en Afrique – Une approche géostratégique et géoéconomique, Presses universitaires de Louvain, 2011.
Danielle TAN, Caroline GRILLOT, L’Asie du Sud-Est dans le « siècle chinois », Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine, 2014.
François THIERRY, Monnaies chinoises Tome IV Des Liao aux Ming du Sud, Éditions de la Bibliothèque nationale de France, 2014.
Dossier documentaire Économie Chine, Monde en Question.

Politique

Guillermo AUREANO, Philippe FAUCHER, Frédéric MÉRAND, Marie-Joëlle ZAHAR (sous la direction de), La politique internationale en questions, Presses de l’Université de Montréal, 2009.
Juliette BOURDIN, Entre porte ouverte et « porte fermée » – La politique chinoise des États-Unis du XIXe au XXIe siècle, Presses Sorbonne Nouvelle, 2013.
Yves CHEVRIER, Alain ROUX et XIAOHONG Xiao-Planes (sous la direction de), Citadins et citoyens dans la Chine du XXe siècle, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010.
Gérald COPPENRATH, Les Chinois de Tahiti – De l’aversion à l’assimilation, 1865-1966, Société des Océanistes, 1967.
Jean ESCARRA, Le droit chinois – Conception et évolution, Sirey, 1936.
Thierry KELLNER, L’Occident de la Chine – Pékin et la nouvelle Asie centrale (1991-2001), Graduate Institute Publications, 2008.
Simon LEYS, Essais sur la Chine, Bouquins Laffont, 1998.
Albert LONDRES, Visions orientales, 1922.
Albert LONDRES, La Chine en folie, 1925.
Jack LONDON, L’invasion sans pareille, 1910.
Henri MASPÉRO, Jean ESCARRA, Les institutions de la Chine, PUF, 1952.
Alain PEYREFITTE, Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera, Fayard, 1980.
Christian SAINT-ETIENNE, Trump et Xi Jinping – Les apprentis sorciers, L’observatoire, 2018.
SUN Tzu, L’art de la guerre – Les treize articles, -512.
Dossier documentaire Politique Chine, Monde en Question.

Société & Culture

Catherine CAPDEVILLE-ZENG et Delphine ORTIS (sous la direction de), Les institutions de l’amour : cour, amour, mariage – Enquêtes anthropologiques en Asie et dans l’océan Indien, Presses de l’Inalco, 2018.
Jacques GERNET, Histoire sociale et intellectuelle de la Chine, Collège de France, 1976.
Marcel GRANET, La civilisation chinoise, 1929.
Institut national du sport et de l’éducation physique (sous la direction de), Pékin 2008, INSEP-Éditions, 2008.
Rany KEO KOSAL, Danielle BIRKEN, À la découverte de l’Asie – Mieux comprendre ses pensées et ses pratiques, Eyrolles, 2007.
Françoise KREISSLER, L’action culturelle allemande en Chine – De la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1989.
Charles LE BLANC, Profession sinologue, Presses de l’Université de Montréal, 2007.
Anabelle MASCLET, Comprendre la Chine, Ulysse, 2005.
QU Jingdong LI Peilin, La sociologie chinoise avant la Révolution, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2016.
Laurence ROULLEAU-BERGER, YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu (sous la direction de), La nouvelle sociologie chinoise, CNRS Éditions, 2008.
Laurence ROULLEAU-BERGER et LIU Shiding, Sociologies économiques française et chinoise : regards croisés, ENS Éditions, 2014.
Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000.
Richard WILHELM, Histoire de la civilisation chinoise, 1931.
Dossier documentaire Société & Culture Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.

400 Langue

Chinois sans peine (2 tomes), Assimil, 2004.
L’écriture chinoise, Assimil, 2004.
Wendy ABRAHAM, Le Chinois pour les nuls, First, 2006.
Viviane ALLETON, Michael LACKNER (sous la direction de), De l’un au multiple, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1999.
Jean-Paul BETBÈZE, André, CHIENG Les 100 mots de la Chine, QSJ PUF, 2013.
Nicolas CHAUVAT, 123 proverbes chinois, initiation à la pensée et à l’écriture chinoises, H&K, 2014.
Fabien DROUART, Méthode d’apprentissage des caractères chinois, Fabien Drouart, 2013.
Guillaume THOUROUDE, Rosalind SILVESTER (sous la direction de), Traits chinois/Lignes francophones, Presses de l’Université de Montréal, 2012.
YONGYI Wu, HONG Liu, Isabelle RABUT, Méthode de chinois premier niveau, Asiathèque, 2009.
Dossier documentaire Langue Chine, Monde en Question.

500 Sciences

Jean-Pierre AUGER, L’astronomie dans la Chine antique, Club d’astronomie de Frouville, 2013.
Jean-Marc BONNET-BIDAUD, 4000 ans d’astronomie chinoise – Les officiers célestes, Belin, 2017 [Extraits en ligneChine en Question].
Jean-Baptiste DELAMBRE, Histoire de l’astronomie ancienne (2 tomes), 1817.
Dominique PESTRE (sous la direction de), Histoire des sciences et des savoirs (3 tomes), Seuil, 2015.
Abel REY, La science orientale avant les Grecs, Albin Michel, 1942.
Léopold de SAUSSURE, Les origines de l’astronomie chinoise, 1909-1922.
Léopold de SAUSSURE, Le système astronomique des Chinois, Archives des sciences physiques et naturelles, 1919.
Michel SOUTIF, Naissance de la physique – De la Sicile à la Chine, EDP Sciences, 2002.
Dossier documentaire Sciences Chine, Monde en Question.

600 Techniques

Généralités

Éric BRIAN, Travail et savoirs techniques dans la Chine prémoderne, Spinger, 2010.
Paul DUPONT, Histoire de l’imprimerie (2 tomes), 1854.
Paul PELLIOT, Les débuts de l’imprimerie en Chine, Librairie d’Amérique et d’Orient Adrien-Maisonneuve, 1953.
Léopold de SAUSSURE, L’invention de la boussole, Archives des sciences physiques et naturelles, 1923.
Joanna WALEY-COHEN, Les sextants de Pékin, Presses de l’Université de Montréal, 2002.
Dossier documentaire Techniques Chine, Monde en Question.

Cuisine

Ghillie BASAN, Hanna AGOSTINI, 500 recettes d’Asie, La Martinière, 2011.
Margot ZHANG, Toutes les bases de la cuisine chinoise, Mango, 2015.

Médecine

COLLECTIF, Qi Gong.
Bernard CYGLER, Nez gorge oreille en médecine traditionnelle chinoise, Springer, 2006.
Bernard CYGLER, Le visage en médecine traditionnelle chinoise, Springer, 2009.
Giovanni MACIOCIA, Les principes fondamentaux de la médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 1989.
Giovanni MACIOCIA, L’examen de la langue en médecine chinoise, Satas, 1989.
Giovanni MACIOCIA, La pratique de la médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 1994.
Giovanni MACIOCIA, La psyché en médecine chinoise, Giovanni Maciocia, 2009.
Eric MARIÉ, Précis de médecine chinoise, Dangles, 1997.
Eric MARIÉ, Grand formulaire de pharmacopée chinoise, Paracelse, 1999.
Eric MARIÉ, Le diagnostic par les pouls en Chine et en Europe, Springer, 2011.
Ernesto NASTARI-MICHELI, Recherches sur les-origines et la formation de la médecine traditionnelle chinoise, Springer, 2012.
Jean PÉLISSIER, La médecine traditionnelle chinoise pour les nuls, First, 2018.
Marc SAPRIEL, Patrick STOLTZ, Une introduction à la médecine traditionnelle chinoise (2 tomes), Springer, T1 2006 T2 2012.
WANG Lihua, Médecine chinoise – Soins et remèdes de bonne santé d’hier et d’aujourd’hui, Guy Trédaniel 2007.
XU DaChun, Traditions oubliées de la médecine chinoise, Ouvrage Net, 2001.

700 Arts

Généralités

Jeannine AUBOYER, Roger GOEPPER, Les merveilles des grandes civilisations – L’Orient, Cremille, 1969.
Jean-Jacques BRETON, Philippe CACHAU, Dominique WILLIATTE, L’histoire de l’art pour les nuls, First, 2006.
Dossier documentaire Arts Chine, Monde en Question.

Architecture

Cyrille JAVARY, Dans la cité pourpre interdite, Philippe Picquier, 2009.
ZHOU Wenyi, De l’architecture à la ville – Arte Charpentier en Chine 2002-2012, Eyrolles, 2012.

Cinéma

Antony FIANT, Le cinéma de Jia Zhang-ke – No future (made) in China, Presses universitaires de Rennes, 2009.
Frédéric MONVOISIN, Cinémas d’Asie, d’hier et d’aujourd’hui – Japon, Corée du Sud, Taïwan, Chine et Hongkong, Armand Colin, 2015.
Dossier documentaire Cinéma Chine, Monde en Question.

Musique

Vladislav SISSAOURI, Cosmos, magie et politique – La musique ancienne de la Chine et du Japon, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1992.

800 Littérature

Éric ADAM et Didier CONVARD, Fabio BONO, Marco Polo (2 albums), Glénat, 2013.
Christophe BEC et Stéphane BETBEDER, Pasquale DEL VECCHIO, Les Montefiore (2 albums), Glénat, 2013-2014.
BÉKA, MARCO, Voyage en Chine (1 album), Bamboo, 2013.
Olivier BLEYS, Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes, Albin Michel, 2015.
Lucien BODARD, La vallée des roses, Grasset, 1977.
Lucien BODARD, Les grandes murailles, Grasset, 1987.
Pearl BUCK, Vent d’Est, vent d’Ouest, Stock, 1930.
Pearl BUCK, La trilogie de la terre chinoise, Payot, 1932-1935.
Pearl BUCK, Pivoine, Stock, 1949.
Gilles CHAILLET, Bernard CAPO, Tombelaine (5 albums).
Pauline CHEN, Dans le Pavillon rouge, Robert Laffont, 2015.
François CHENG, Enfin le royaume (quatrains), Gallimard, 2018.
CHI Li, Une ville à soi, Actes Sud, 2018.
CHI Zijia, Le dernier quartier de lune, Piquier, 2016.
CHI Zijia, Bonsoir, la rose, Piquier, 2018.
Michelle DESHAIES, XieXie, Éditions David, 2018.
Guy DELISLE, Shenzhen (1 album), L’Association, 2002.
Jean-Paul DOMINICI, La fiancée de Canton, Book Node, 2016.
Fabrice ERRE et Sylvain SAVOIA, La Grande Muraille de Chine (1 album), Dupuis, 2018.
Irène FRAIN, Au royaume des femmes, Fayard, 2007.
José FRÈCHES, L’Empire des larmes (2 tomes), XO, 2006.
Kate FURNIVALL, La concubine russe, Charleston, 2016.
Antonio GARRIDO, Le lecteur de cadavres, Grasset, 2011.
Paul GREVEILLAC, Maîtres et esclaves, Gallimard, 2018.
Régis HAUTIÈRE, Arnaud POITEVIN, Le marin, l’actrice et la croisière jaune (3 albums), Quadrants, 2010-2013.
HUA Yu, Mort d’un propriétaire foncier – Et autres courts romans, Actes Sud, 2018.
INOUE Yasushi, La favorite – Le roman de Yang Kouei-Fei, Gallimard, 1995.
JIA Pingwa, Portée-la-lumière, Stock, 2018.
JIAN Ma, Beijing Coma, Flammarion 2008 .
KOW Shih-Li, La somme de nos folies, Zulma, 2018.
Ysabelle LACAMP, Le baiser du dragon, Livre de Poche, 1988.
Maëlle LEFÈVRE, Jiazoku, Albin Michel, 2019.
Frédéric LENORMAND, Les nouvelles enquêtes du Juge Ti (15 tomes), Fayard, 2004-2010.
Frédéric LENORMAND, Un thé chez Confucius, Piquier, 2012.
Frédéric LENORMAND, Le bon, la brute et le juge Ti, CreateSpace Independent Publishing Platform, 2015.
LI Kunwu, Ma génération, celle d’une vie chinoise(2 albums), KANA, 2016.
LIU Cixin, Le problème à trois corps, Actes Sud, 2016.
LIU Xiaobo, La philosophie du porc et autres essais, Gallimard, 2011.
MA Jian, China Dream, Flammarion, 2019.
MAI Zi, Xiao Ou (3 albums), Kana, 2011-2012.
Mathieu MARIOLLE, Yann TISSERON, Shanghaï (3 albums), Drugstore, 2011-2013.
Jacques MARTIN, Alix – L’empereur de Chine (1 album), Casterman, 1983.
MI Jianxiu, Pékin de neige et de sang, Philippe Picquier, 2018.
NIE Chongrui, Patrick MARTY, Juge Bao (5 albums), Éditions Fei, 2009-2013.
OTIE & LI KUNWU, Une vie chinoise (3 albums), Kana, 2009-2010.
Marie Jo PUTNEY, La fiancée chinoise, Book Note, 2000.
QIU Xiaolong, Encres de Chine, Liana Levi, 2004.
QIU Xiaolong, De soie et de sang, Liana Levi, 2007.
QIU Xiaolong, Visa Pour Shanghai, Seuil, 2015.
Thierry ROBIN, Rouge de Chine (4 albums), Delcourt, 1991-1996.
Lisa SEE, Fleur de neige, Flammarion, 2006.
Lisa SEE, Filles de Shanghai, Flammarion, 2009.
Lisa SEE, Ombres chinoises, Flammarion, 2011.
SHENG Keyi, Un paradis, Philippe Picquier, 2018.
SU Tong, Le dit du loriot, Seuil, 2016.
Madeleine THIEN, Nous qui n’étions rien, Alto, 2016.
Robert VAN GULIK, Juge Ti (24 romans ou nouvelles), 10/18, 1957-1968.
Jules VERNE, Les tribulations d’un chinois en Chine, 1879.
Tancrède VOITURIEZ, L’empire du ciel, Grasset, 2016.
WANG Anyi, Amour dans une vallée enchantée, Philippe Picquier, 2011.
WANG Anyi, Amour dans une petite ville, Philippe Picquier, 2011.
WANG Anyi, Amour sur une colline dénudée, Philippe Picquier, 2012.
WANG Anyi, Le chant des regrets éternels, Philippe Picquier, 2012.
WANG Anyi, Le plus clair de la lune, Philippe Picquier, 2013.
WANG Anyi, La coquette de Shanghai, Philippe Picquier, 2017.
WEIHUI, Shanghai Baby, Philippe Picquier, 2002.
Delphine WEULERSSE, Récits de l’histoire de Chine, Nathan, 1973.
XIA Da, Little Yu (3 albums), Urban Chine, 2015.
XIAO Bai, La concession française, Philippe Picquier, 2016.
XINRAN, Parlez-moi d’amour, Philippe Picquier, 2018.
XU Zechen, La grande harmonie, Philippe Rey, 2018.
Adeline YEN MAH, Feuilles d’automne, L’archipel, 2000.
YING Lin, Mei Lanfang, une vie à l’Opéra de Pékin (5 albums), Urban China, 2016-2017.
ZHANG Ling, Le rêve de la Montagne d’Or, Belfond, 2011.
ZHU Xiao Di, Les nouvelles affaires du juge Ti, 10/18, 2010.
Dossier documentaire Littérature Chine, Monde en Question.

900 Géographie et Histoire

Guide voyage

Chine, Lonely Planet, 2015.
Robert FORTUNE, Aventures de Robert Fortune dans ses voyages en Chine à la recherche des fleurs et du thé, Hachette, 1855.
Dossier documentaire Récits de voyage Chine, Monde en Question.

Biographie

Danielle ELISSEEFF, Puyi – Le dernier empereur de Chine, Perrin, 2014.
Gary JENNINGS, Marco Polo – les voyages interdits (1/2 tomes), Télémaque, 2008.
Anne KERLAN, Lin Zhao – Combattante de la liberté, Fayard, 2018.
Pierre RACINE, Marco Polo, Perrin, 2012.

Histoire

Joyce APPLEBY, Capitalisme, histoire d’une révolution permanente, PIRANHA, 2016.
Serge BERTHIER, La Chine en marche – Le choc Mettis, 2014.
Bernard BRIZAY, Les trente « empereurs » qui ont fait la Chine, Perrin, 2018 [Critique].
Claude CHANCEL, LIU LE GRIX Libin, Le grand livre de la Chine – Histoire et géographie, Civilisation et pensée, Economie et géopolitique, Eyrolles, 2014.
Henri CORDIER, Histoire générale de la Chine (4 tomes), Paul Geuthner, 1920.
DUANMU Mei, Hugues TERTRAIS (sous la direction de), Temps croisés I, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010.
DUANMU Mei, Hugues TERTRAIS (sous la direction de), Temps croisés II, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010.
John K. FAIRBANK, Merle GOLDMAN, Histoire de la Chine, des origines à nos jours, Tallandier, 2010 [Critique].
Joseph FERRARI, La Chine et l’Europe – Leur histoire et leurs traditions comparées, 1867.
Peter FRANKOPAN, Les routes de la soie, Editions Nevicata, 2017.
Jacques GERNET, La vie quotidienne en Chine à la veille de l’invasion mongole (1250-1276), Hachette, 1969.
Jacques GOSSART, Les origines de la Chine, Oxus, 2006.
René GROUSSET, Histoire de la Chine – Des origines à la seconde révolution, 1942.
Harold Robert ISAACS, La tragédie de la révolution chinoise – 1925-1927, Gallimard, 1967.
Éliane LOPEZ, Le grand livre de l’histoire des civilisations, Eyrolles, 2012.
Guy MARTINIÈRE, Le Portugal à la rencontre de trois mondes, IHEAL, 1994.
René de PONT-JEST, Le Fire-Fly – Souvenirs des Indes et de la Chine, 1861.
François REYNAERT, La grande histoire du monde, Fayard, 2016.
Thierry SARMANT, 1715 – La France et le monde, Perrin, 2014.
Michel UDIANY, L’histoire des mondes imaginaires, Jourdan, 2014.
Xavier WALTER, Petite histoire de la Chine, Eyrolles, 2007.
Dossier documentaire Histoire Chine, Monde en Question.

Lire aussi :
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle Livres, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Converser avec François Jullien


 

François Jullien poursuit sa réflexion sur l’écart et la différence dans Si près, tout autre – De l’écart et de la rencontre, tandis que les éditions de l’Herne font paraître un volumineux Cahier Jullien.

François Jullien est un philosophe, un helléniste et un sinologue. Un homme qui brouille inlassablement les lignes de démarcation, qui travaille surtout entre, entre telle discipline et telle autre. On pourrait dire qu’il fait de la balançoire entre des pôles qui entretiennent en général d’intenses relations d’indifférence, ce qui lui permet de déjouer la conjuration des habitudes de penser.

Au fil de ses nombreux essais, François Jullien est devenu celui qui sait le mieux dire ce par quoi se distinguent l’écart et la différence. Les deux notions se recouvrent, au sens où elles marquent toujours une séparation, mais, explique-t-il, elles ne le font pas de la même façon : la différence agit sous l’angle de la distinction – elle dit : ceci n’est pas la même chose que cela -, tandis que l’écart agit sous l’angle de la distance – il note que ces deux entités n’occupent pas la même position au sein de l’espace général.

Cette nuance est capitale en ce qu’elle fonde une nouvelle façon de considérer l’acte de penser.

Converser avec François Jullien, France Culture.

Lire aussi :
François JULLIEN, Si près, tout autre – De l’écart et de la rencontre, Grasset, 2018.
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier documentaire Pensée Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

D’une controverse qui n’a pas eu lieu


 

L’œuvre de François Jullien, selon Billeter, serait tout entière fondée sur un mythe, celui de l’altérité radicale de la pensée chinoise : la Chine serait un monde totalement différent du nôtre, voire opposé au nôtre. Un mythe qui aurait une longue histoire. Que l’auteur résume en quelques pages. Une sorte de genèse expresse et schématique. Il faudrait remonter loin dans le temps pour en prendre la véritable mesure. Pas seulement à Segalen (et à sa Chine, la plus « antipodique des matières ») ni à Granet (qui accréditait l’idée d’un univers chinois obéissant à des lois qui lui seraient propres) ni même à Voltaire (qui louait les vertus du despote chinois éclairé, servi par des lettrés philosophes). Mais aux Jésuites qui firent connaître à l’Europe savante, aux XVIIe et XVIIIe siècles, une Chine idéalisée, pour les besoins de leur cause théologico-politique. Ce qu’ils ont transmis au public européen, c’est la vision que donnait d’elle-même l’élite politique et sociale de la Chine d’alors, celle des mandarins, grands commis de l’État, « membres de la classe possédante ».

[…]

Il ressort avec évidence que Jean-François Billeter n’a pas lu François Jullien. Ce qu’on appelle lire. Tant les références sont à la fois générales, floues et inattentives aux médiations qui font l’intérêt de toute démarche théorique.

Lorsque, par exemple, François Jullien retient le concept d’immanence pour caractériser la pensée chinoise (une pensée des processus où la transcendance n’est qu’une absolutisation de l’immanence), alors que la pensée européenne serait une « pensée de la transcendance » (transcendance par extériorité : à commencer par la figure de Dieu, mais aussi celles du « Progrès » ou de la « Liberté »), ce n’est pas pour figer une opposition. N’en déplaise à notre procureur. Pas davantage pour creuser artificiellement un fossé infranchissable entre deux mondes (ou entre deux modes d’intelligibilité). Deux « mondes », en vérité, moins différents qu' »indifférents ». S’étant longtemps ignorés. C’est au contraire pour les faire se « rencontrer ». Non pas se tenir à l’écart, mais dans l’écart, dirait Jullien.

À quoi bon argumenter ? Emporté par sa fougue justicière, Billeter préfère entonner l’antienne, censée résumer les attendus du réquisitoire : Jullien ne voit pas – car il est « aveuglé sur ce point » – que la « pensée de l’immanence » est lié à l’ordre impérial, qui « a créé un monde clos en résolvant autoritairement la question des fins ».

[…]

Déception, car à quoi bon publier une centaine de pages qui ne nous apprennent rien. Sinon que Jean-François Billeter n’aime pas les philosophes français contemporains, abscons et cuistres. Qu’il n’aime pas davantage, dans l’ensemble, ses collègues sinologues. Qu’il n’aime pas François Jullien. Qu’il n’aime pas ce qu’il représente. Qu’on parle trop de lui. Et peut-être pas assez de Billeter…

Lire l’intégralité de l’article : Chaire sur l’altérité.

J’ajoute que cet obscure sinologue genevois a trouvé une alliée en la personne de
Anne Cheng qui, comme la majorité des sinologues français, a conservé la vision de la Compagnie de Jésus : faire rentrer la pensée chinoise dans le moule de la pensée occidentale. Ainsi, dans l’ouvrage dirigé par Anne Cheng, La pensée en Chine aujourd’hui (Folio Gallimard, 2007), Joël Thoraval annonce sans rire le retour en force d’une certaine forme du pragmatisme américain dans la Chine contemporaine !

13/04/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Serge LEFORT, Universitaires anti-chinois, Chine en Question.
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier documentaire Pensée chinoise, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Il n’y a pas d’identité culturelle


 

« Je ne défendrai pas une identité culturelle française, impossible à identifier, mais des ressources culturelles françaises (européennes) – « défendre » signifiant alors non pas tant les protéger que les exploiter. Car, s’il est entendu que de telles ressources naissent dans une langue comme au sein d’une tradition, en un certain milieu et dans un paysage, elles sont aussi disponibles à tous et n’appartiennent pas. Elles ne sont pas exclusives, comme le sont des « valeurs » ; elles ne se prônent pas. Mais on les déploie ou l’on ne les déploie pas, et de cela chacun est responsable. »

François JULLIEN, Il n’y a pas d’identité culturelle, L’Herne, 2006 [Chaire sur l’altérité].

Lire aussi :
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

De l’être au vivre – Lexique euro-chinois de la pensée


 

Dans quels termes penser quand le monde est en voie de penser dans les mêmes ?

Face aux principaux concepts de la pensée européenne, je suis allé chercher en Chine des cohérences à mettre en vis-à-vis, dont je fais des concepts, ceux-ci laissant paraître d’autres possibles.

Il ne s’agit donc pas de « comparer ». Mais de cueillir les fruits d’un déplacement théorique, dont je dresse ici le bilan, en explorant d’autres ressources à exploiter ; comme aussi, par le dévisagement mutuel engagé, de sonder respectivement notre impensé.

Au lieu donc de prétendre identifier des « différences » qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des « écarts » qui fassent reparaître du choix et remettent en tension la pensée. C’est seulement à partir d’eux, en effet, qu’on pourra promouvoir un commun de l’intelligible qui ne soit pas fait de slogans planétarisés.

En retour, les entrées de ce lexique introduiront autant de dérangements qui pourront faire réagir les pratiques de l’art comme de la psychanalyse ; qui permettront de réinterroger de biais la pensée du politique comme du management.

Et voici que, en dessinant une sortie de la « question de l’Être », c’est du même coup une nouvelle pensée du vivre que capte, dans ses mailles, ce filet.

François JULLIEN, De l’être au vivre – Lexique euro-chinois de la pensée, Gallimard, 2015 [Extraits en ligneExtraits en pdfRevue de presseBibliObs].

Lire aussi :
Dossier documentaire François JULLIEN, Monde en Question.
Dossier documentaire Pensée chinoise, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

12 + 1 livres sur la Chine


Il règne dans le milieu universitaire le même racisme colonial que dans les médias dominants. Cela tient aux origines des études sur les Indes (Indes occidentales ou Amérique et Indes orientales ou Asie) et sur l’Afrique qui visaient à apporter « les bienfaits de la civilisation » occidentale à des sociétés jugées primitives. Ce que dit Laurence Roulleau-Berger de la sociologie est applicable aux autres sciences humaines.

Des formes de colonialisme scientifique ont marqué le développement de la pensée sociologique. Comme l’a écrit Edward Saïd, « l’orientalisme est un style occidental de la domination, de restructuration et d’autorité sur l’Orient… L’Orientalisme est – et non seulement représente – une dimension considérable de la culture politique et intellectuelle moderne et, comme tel, il a moins de rapports avec l’Orient qu’avec notre monde ». [1]

Si la traduction d’œuvres littéraires chinoises est aujourd’hui relativement abondante, celle d’ouvrages dans les domaines de la philosophie, des sciences sociales (sociologie, économie, politique, etc.), des sciences pures (mathématiques, astronomie, physique, etc.) et de l’histoire est quasi inexistante. Il suffit de consulter les catalogues des éditions en langues étrangères de Pékin, de la librairie Le Phénix, des éditions You Feng et des éditions Picquier pour s’en rendre compte.
En France particulièrement, le discours scientifique sur la Chine est réservé aux universitaires occidentaux qui donnent la parole à quelques Chinois… formés en Europe ou aux États-Unis.

Pensée chinoise
Les traductions disponibles sont principalement celles des penseurs taoïstes. Les études de la pensée chinoise iuxta propria principia [suivant son propre principe] sont peu nombreuses.
Je déconseille Claude WEILL qui présente une pensée asiatique construite en France.
Je recommande L’intelligence de la Chine – Le social et le mental de Jacques GERNET et Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois et Pensée d’un dehors (la Chine) de François JULLIEN.

Sciences sociales
Les rares traductions disponibles sont celles de L’art de la guerre de SUN Tzu et les œuvres choisies de JIANG Zemin qui remplacent celles de MAO Zedong, conspué en France par ses anciens idolâtres.
Je déconseille Jean-Louis ROCCA qui fait croire que la sociologie de la Chine construite en France serait la sociologie chinoise.
Je recommande La nouvelle sociologie chinoise sous la direction de Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu, L’économie chinoise – Une perspective historique de Angus MADDISON et La Chine et la démocratie sous la direction de Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL.

Sciences
Les traductions inexistantes dans ce domaine pourtant aussi important que la philosophie – terme grec qui ne correspond pas du tout au procès de la pensée chinoise.
Je recommande les travaux de Joseph NEEDHAM résumés dans La science chinoise et l’Occident à compléter par le très bel ouvrage Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions de Robert TEMPLE et La comète de Halley – Une révolution scientifique de Paolo MAFFEI qui contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise.

Histoire
Les traductions sont quasi inexistantes dans ce domaine. Il serait pourtant particulièrement intéressant de connaître comment s’écrit l’histoire chinoise en Chine notamment à travers l’étude des livres scolaires à différentes périodes. Dans l’ouvrage Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Marc Ferro ne consacre que 14 pages à la Chine. L’essentiel de sa documentation repose sur des études américaines. Il cite seulement trois manuels du maître en chinois publiés respectivement par le Centre d’éducation de Shanghai (1958-1959), par le Centre d’enseignement populaire de Pékin (1959) et le Centre Nationale d’Éducation de Taïwan (1972), mais aucun ouvrage scolaire.
Je déconseille John King FAIRBANK qui, en tant que ancien fonctionnaire des services de renseignement, veut nous convaincre que l’Occident en général et les États-Unis en particulier seraient la lumière du monde.
Je recommande Le monde chinois de Jacques GERNET, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours de Marie-Claire BERGÈRE et Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium de Bernard BRIZAY.

Chine/Occident
La publication française d’ouvrages sur la Chine est peu importante en comparaison des publications anglo-américaines et reste cantonnée aux domaines de l’économie et de la politique. La majorité de ces livres ne correspondent pas, ou de très loin, à une réalité chinoise mais sont la construction d’une « Chine imaginaire » qui reflète les préjugés occidentaux à l’encontre d’une ex-colonie qui est en train de reprendre la place qu’elle occupait dans le monde avant que les puissances coloniales n’aient tenté de la ramener très loin en arrière grâce au trafic de la drogue.

Une bonne méthode de tri est de repérer l’usage du terme l’Empire du Milieu pour désigner la Chine. L’auteur, qui utilise cette expression, est au mieux d’une ignorance crasse et au pire un propagandiste anti-chinois. Beaucoup relèvent des deux catégories.

08/01/2013
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Références bibliographiques :
Pensée chinoise
Jacques GERNET, L’intelligence de la Chine – Le social et le mental, Gallimard, 1994.
Même s’il existe des constantes qui tiennent aux caractères fondamentaux et les plus durables de chaque civilisation, la thèse de l’immobilisme chinois est trop absurde pour qu’on s’attache à la réfuter. Nous ne connaissons bien que ce qui nous touche de près : notre univers d’Occident. La civilisation chinoise inviterait sans doute à d’autres conceptions du religieux, de l’économique, du social et du politique. Mais elle souffre d’un redoutable handicap : à peu près ignorée même dans ces aspects les plus élémentaires, elle présente à ceux qui l’abordent les plus redoutables obstacles en raison de ses singularités, des difficultés de sa langue écrite, de sa richesse, de son évolution et des ruptures qu’elle a connues au cours de trois millénaires et demi. Aucune étude n’invite autant à la modestie.
L’auteur réuni ici des textes parus entre 1955 et 1992. Ils touchent à des aspects divers et à divers moments de cette longue histoire. Leur intérêt n’est pas simplement celui de la connaissance d’un univers exotique : dans la mesure même où diffèrent toutes nos références et l’histoire dont nous sommes les héritiers, ils nous concernent directement. En témoignent, en particulier, l’influence des plus anciens rituels religieux de l’écriture dans la formation de l’imposante tradition historiographique de la Chine ; le rôle déterminant de la révolution étatique, fondatrice d’un pouvoir non plus centré sur la ville et morcelé comme jadis en Occident, mais territorial et unifié ; l’importance attachée au milieu et aux premières impressions de vie ; les transformations contemporaines de la reproduction courante du livre au XIXe siècle ; l’intérêt porté au changement et aux oppositions non exclusives, et l’absence de toute idée de réalités immuables.
François JULLIEN, Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 1989 réédition Points Seuil, 1996.
Que toute réalité soit conçue comme processus en cours, relevant d’un rapport d’interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu’il y ait, par conséquent, à l’origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement, c’est là une représentation de base de la culture chinoise.
François JULLIEN et Thierry MARCHAISSE, Pensée d’un dehors (la Chine) – Entretiens d’Extrême-Occident, Seuil, 2000.
Entreprenant ici un premier bilan de son travail, et l’ouvrant ainsi aux non-spécialistes, François Jullien nous promène à travers le foisonnement des interrogations que fait lever la Chine face à l’Europe et nous confronte à l’expérience que, loin de nous, durant des millénaires, elle a accumulée.
En choisissant de dialoguer avec un philosophe, il entend proposer une introduction vivante, parce que questionnante, et sans facilités, à ce que nous entrevoyons trop vaguement comme la « Sagesse de l’Orient » et, chemin faisant, dégager de nouvelles intelligibilités.
Serge LEFORT, La pensée asiatique construite en France [par Claude WEILL], Chine en Question.

Sciences sociales
Mireille DELMAS-MARTY et Pierre-Étienne WILL (sous la direction de), La Chine et la démocratie, Fayard, 2007.
Enraciné dans l’histoire de l’Empire et du premier XXe siècle, appuyé sur des recherches pour la plupart inédites, l’inventaire porte sur les institutions publiques et « civiles », les mentalités et les pratiques, les débats d’idées et les expériences. Il montre que la vision des réformateurs de la Chine républicaine, bien qu’influencée par l’Occident, était nourrie d’une tradition juridique chinoise forte, et même « moderne » à certains égards.
Mais le retour actuel au droit, tel que l’analysent les dernières parties, ne suffit pas à garantir l’ouverture politique. Faut-il y voir une sorte de compensation illusoire, ou bien le détour par lequel pourrait émerger une nouvelle forme de citoyenneté ?
Angus MADDISON, L’économie chinoise – Une perspective historique, OCDE, 1998 et 2007 [Télécharger].
L’étude réévalue la portée et le sens du renouveau de la Chine depuis une cinquantaine d’années, en se servant de techniques quantitatives couramment utilisées dans les pays de l’OCDE. À partir d’une approche comparative, l’auteur explique pour quelles raisons le rôle de la Chine dans l’économie mondiale a fluctué aussi fortement au cours du dernier millénaire. Il conclut que la Chine devrait retrouver en 2015 la place de première économie mondiale qui lui revient naturellement et qu’elle a occupé jusqu’en 1890.
Laurence ROULLEAU-BERGER et YUHUA Guo, PEILIN Li, SHIDING Liu (sous la direction de), La nouvelle sociologie chinoise, CNRS, 2008.
Ce livre est le premier sur la sociologie chinoise en français. Privée d’existence pendant trente ans, la sociologie chinoise a été refondée en 1979. Ce tournant dans l’histoire internationale de la pensée, ainsi que l’intégration des théories occidentales, la restructuration de la discipline, et la multiplication des enquêtes qualitatives comme quantitatives qui ont été accomplies depuis, ne demeurent que trop méconnues.
Ce livre donne la parole à des sociologues chinois, témoins éminents de ce renouveau. L’État, la ville, le marché : en nous faisant entrer dans ces différents mondes sociaux de la Chine qui constituent aussi des thèmes majeurs de leurs recherches, c’est la réalité même de la transition qu’ils nous font saisir.
Ainsi voit-on s’affirmer, au cours de ces études souvent étonnantes, toujours passionnantes, une dynamique intellectuelle, originale, créative et vigoureuse au sein d’une société en grande transformation, appelée à marquer la sociologie contemporaine et à rénover notre vision tant de la Chine que du monde.
Serge LEFORT, La sociologie chinoise… construite en France, [par Jean-Louis ROCCA] Chine en Question.

Sciences
Paolo MAFFEI, La comète de Halley – Une révolution scientifique, Fayard, 1985
Contient beaucoup d’informations sur l’astronomie chinoise : un chapitre sur les observations chinoises, un catalogue des sources chinoises, une carte du ciel chinois et un long chapitre sur l’histoire de la comète de Halley établie grâce à l’astronomie chinoise.
Joseph NEEDHAM, La science chinoise et l’Occident, Seuil, 1977.
Biologie, astronomie, médecine, histoire : la science chinoise a connu très tôt un développement considérable, dont Joseph Needham dresse ici l’inventaire. S’y ajoute une masse de découvertes techniques (boussole magnétique, harnais adapté au cheval, étrier à pied, poudre à canon, etc.) qui, transmises à l’Europe, y ont produit un véritable bouleversement. Pourquoi cette tradition scientifique chinoise a-t-elle été si longtemps ignorée en Occident ? Pourquoi n’a-t-elle pas abouti au développement d’un civilisation plus technologique ? Autant de questions essentielles qui impliquent un radical changement de perspective.
Robert TEMPLE, Le génie de la Chine – 3 000 ans de découvertes et d’inventions, Philippe Picquier, 2000 et 2007.
Bien des siècles avant l’Occident, la Chine avait déjà inventé un grand nombre des techniques sur lesquelles repose notre monde moderne. Voici détaillées l’origine et l’histoire de ces grandes découvertes chinoises, dans des domaines aussi variés que l’agriculture, l’astronomie, la médecine, la physique, les mathématiques, la musique, les transports ou la guerre. Elles révèlent l’extraordinaire inventivité de la Chine, depuis le premier millénaire avant notre ère jusqu’au XIIIe siècle, depuis la brouette ou le cerf-volant jusqu’à la combustion spontanée et l’identification des taches solaires.

Histoire
Marie-Claire BERGÈRE, La République populaire de Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, 1989 et 2001.
1) L’Institutionnalisation de la révolution 1949-1956
2) La fuite dans l’utopie 1965-1976
3) Victoire et crise du pragmatisme 1976-1989
4) De l’isolement à l’ouverture : la politique extérieure depuis 1960
Cet ouvrage analyse les politiques économiques successives et leurs retombées sociales (fragmentation de la société en groupes antagonistes : ouvriers réticents, cadres apeurés, jeunesse sceptique, intellectuels réduits au silence). Il éclaire la lutte entre les diverses lignes et la montée de factionnalismes.
Bernard BRIZAY, Le sac du Palais d’Eté – Seconde Guerre de l’Opium, Editions du Rocher, 2003.
Les 7 et 8 octobre 1860, le fabuleux Palais d’Eté de Pékin, le Versailles chinois, est pillé par les Français et les Anglais, au terme d’une expédition militaire destinée à ouvrir la Chine au commerce occidental… et surtout à l’opium que les Anglais produisent aux Indes ! Dix jours plus tard, sur ordre de Lord Elgin, il est incendié en représailles aux tortures et à la mort de prisonniers, otages des Chinois. Pour la Chine – et pour le patrimoine de l’Humanité -, la perte est immense, incalculable, irréparable.
Jacques GERNET, Le monde chinois, Armand Collin, 1972, 1980, 1990 et 1999.
« L’objet de ce livre est de servir d’introduction à l’histoire du monde chinois. Il est de montrer quelles ont été les étapes de sa formation, ses expériences successives, les apports qui, de toutes las parties du monde, sont venus l’enrichir au cours des siècles, les influences qu’il a exercées, sa contribution à l’histoire universelle. » (p.9) Bibliographie de l’ouvrage.
Serge LEFORT, La Chine vue par John FAIRBANK, Chine en Question.

Chine/Occident
Jonathan D. SPENCE, La Chine imaginaire – Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l’Université de Montréal, 2000.
Depuis sept siècles, la Chine exerce une étonnante fascination sur l’Occident. Dès les premiers contacts, elle est apparue comme un objet de désir plutôt que de connaissance et, très vite, elle est devenue une construction imaginaire et un enjeu des débats internes de l’Occident.
Serge LEFORT, 中國 zhōng guó, Chine en Question.

Lire aussi :
Marc FERRO, Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier, Payot, 1986.
Michel TIBON-CORNILLOT, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa – La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.
L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.
Revue de presse Chine 2013, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Dossier documentaire Colonialisme, Monde en Question.


[1] Références :
Laurence ROULLEAU-BERGER, Désoccidentaliser la sociologie – L’Europe au miroir de la Chine, Editions de l’Aube, 2011.
Comment penser la pluralité des récits des sociétés contemporaines ? Comment casser la hiérarchie construite par les colonialismes entre sociétés occidentales et sociétés orientales ? Il nous paraît aujourd’hui moins pertinent de penser la pluralité des « provinces du savoir » que de penser les continuités et les discontinuités, les agencements et les disjonctions entre des lieux de savoir situés à différents endroits du monde susceptibles de laisser apparaître un espace intermédiaire transnational à la fois local et global.
L’auteur cherchera ici à construire des effets de miroir entre sociologie chinoise et sociologie européenne autour des thématiques suivantes : emploi et travail ; frontières sociales et ségrégations urbaines ; modernités, sujet et souci d’autrui ; Etats, conflit social et action collective ; inégalités et parcours biographiques ; migrations internes et internationales. Un essai qui nous en apprend autant sur la sociologie chinoise que sur la sociologie européenne.
Edward SAÏD, L’orientalisme – L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980.
D’Eschyle à Kissinger, de Marx à Barrès, l’Occident a tenu un discours sur l’Orient. Mais, puisque «l’Orient» n’existe pas, d’où vient ce discours et comment expliquer son étonnante stabilité à travers les âges et les idéologies? «L’Orient» est une création de l’Occident, son double, son contraire, l’incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois, la chair d’un corps dont il ne voudrait être que l’esprit.
À étudier l’orientalisme, présent en politique et en littérature, dans les récits de voyage et dans la science, on apprend donc peu de choses sur l’Orient, et beaucoup sur l’Occident. Le portrait que nous prétendons faire de l’Autre est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre image.

La pensée asiatique construite en France


Voici un livre qui paraît séduisant, mais qui se révèle plus que décevant sur la forme comme sur le fond [1].

La forme est purement journaliste, c’est-à-dire des articles très courts qui ne rendent pas compte de la complexité du sujet abordé. Que Le nouvel Observateur parraine ce type de publications est normal, mais que le CNRS se prête à cette pratique réductionniste est désolant.

Le fond comporte de graves erreurs qui révèlent une méconnaissance de la pensée asiatique, trop souvent interprétée selon les préjugés de la pensée occidentale.
Ainsi, de nombreux auteurs projettent le concept occidental de transcendance qui est totalement absent de la pensée asiatique [2] :

Tian (Ciel), qui possède quatre ou cinq significations à l’époque classique, correspond à la nature, mais recouvre aussi tout le domaine de la transcendance religieuse. p.15

Mille ans avant l’ère chrétienne le « Shujing » (Classique des documents), que tous les lettrés connaissaient par cœur jusqu’au début du XXe siècle, évoquait la Voie du Ciel et la Voie royale, préludes aux dimensions métaphysique et morale du terme. p.26

L’homme conçoit alors, cela est connu [selon la philosophie occidentale], un monde intermédiaire entre le monde sensible et le monde transcendant. p.53

À travers tant ses idéaux de culture de soi ou de transformation de l’autre qu’une partie de ses méthodes, l’éducation confucéenne est empreinte, et de façon très concrète, de religiosité. p.146

Quelques auteurs savent lire les textes :

[…] la morale confucianiste n’est pas de nature transcendante. p.31
Philosophiquement, Confucius fut un des premiers penseurs de l’histoire humaine à proposer une morale « immanente », une morale qui ne se fonde pas sur le surnaturel, mais sur la nature humaine telle qu’elle est, sur l’homme avec ses sentiments et ses faiblesses. p.32

[…] parallèlement au raisonnement de type mécaniste qui envisage les liens de cause à effet [philosophie occidentale], les Chinois ont développé, au service d’une explication globale du monde, la pensée corrélative : elle permet d’expliquer le macrocosme, le microcosme et leurs interactions. p.35

Le bouddhisme du Grand Véhicule (Mahayana), qui pénètre au Japon par la Corée, est fortement marqué par l’immanentisme de la pensée chinoise. p.102

Claude Weill introduit les textes en prétendant que «les grands sages qui ont marqué l’orient dit « extrême » sont tous nés à la même époque : autour du Ve siècle avant notre ère.» L’ignorance de tous les penseurs antérieurs à cet âge d’or lui permet de faire croire que la pensée asiatique serait née après la philosophie grecque (socle de la pensée occidentale).

15/03/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi : Dossier documentaire & Bibliographie Chine, Monde en Question.


[1] Claude WEILL (sous la direction de), La pensée asiatique, CNRS Editions, 2010 [Cafés Géographiques].
[2] Voir les travaux de François JULLIEN, Monde en Question.
Sélection bibliographique :
• François JULLIEN, Procès ou Création – Une introduction à la pensée des lettrés chinois, Seuil, 1989 réédition Points Seuil, 1996 [Chine en Question]
Que toute réalité soit conçue comme processus en cours, relevant d’un rapport d’interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu’il y ait, par conséquent, à l’origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement, c’est là une rerésentation de base de la culture chinoise.
• François JULLIEN, Figures de l’immanence – Pour une lecture philosophique du Yi King, Grasset, 1993
De tous les livres qu’ont pu produire, ou rêver, les diverses civilisations, le Yi king est certainement le plus étrange. Au départ, celui-ci se réduit à deux sortes de traits, ou plein, ou brisé, servant à exprimer la polarité à l’oeuvre au sein du réel, et dont le jeu des superpositions permet de produire une série de figures – 64 au total – qui donnent à voir la variation du cours des choses. Sur cette combinatoire, ensuite, est venu se greffer un ensemble du jugements et de commentaires, qui ont fini par former le texte que nous connaissons désormais sous le nom de Classique du changement : depuis plus de deux millénaires, la principale référence de la pensée chinoise.