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Il faut davantage de livres sur la Chine pour briser les stéréotypes occidentaux


Les experts en questions de la Chine devraient écrire plus de livres sur ce pays asiatique afin d’aider l’Occident à connaître la vraie Chine et à briser les stéréotypes concernant le peuple chinois, estime l’orientaliste russe Youri Tavrovski.

« Il est extrêmement difficile de surmonter les stéréotypes qui prévalent en Occident concernant la Chine et les Chinois », confie le vice-président de l’Académie eurasienne de télévision et de radiodiffusion dans une récente interview à Xinhua concernant la publication au Royaume-Uni du livre « Fausses craintes : les relations entre les États-Unis et la Chine ».

L’un des principaux points de cet ouvrage écrit par Xin Jiyan est que certains Américains ont peur de la Chine en grande partie parce qu’ils ne connaissent tout simplement pas la pensée politique et philosophique chinoise moderne.

« Les États-Unis ne connaissent pas très bien la pensée politique contemporaine de la Chine, ce qui a un effet très limité sur les milieux politiques », pense M. Tavrovski.

Selon lui, l’Occident, et en particulier les États-Unis, se montre quelque peu hostile envers la civilisation chinoise.

« En Chine, il existe une lutte systématique et donc efficace contre la corruption. La Chine se dirige vers un objectif à long terme. Il existe des points de repère du Rêve chinois », plaide-t-il.

Les pays en développement ont montré un grand intérêt pour l’expérience de la Chine parce que le modèle chinois fonctionne, indique Youri Tavrovski, assurant que les Russes ont « également un grand intérêt pour l’expérience chinoise ».

« Mais ce n’est pas intéressant pour les Américains ». Tout le but du Rêve américain, c’est que l’Amérique doive être la première. Et l’expression l’Amérique d’abord exclut la possibilité même que quelqu’un soit proche des États-Unis », a-t-il déclaré.

« L’élite américaine, en particulier intellectuelle, et l’élite des experts en questions de la Chine sont dominées par des gens qui sont enclins à entrer en conflit avec la Chine », relève-t-il, notant que la vision du monde de nombreux responsables politiques américains était déterminée par « Crouching Tiger » (Le tigre accroupi), le célèbre livre de Peter Navarro qui dit qu’une guerre avec la Chine est inévitable.

« Pour exercer une influence notable sur eux, il doit y avoir davantage d’experts en questions chinoises qui écrivent des livres sur la Chine », résume M. Tavrovski, ajoutant qu’il est nécessaire d’améliorer l’image de ce pays dans le monde et de travailler davantage avec l’opinion publique internationale.

Aujourd’hui, la Chine joue encore un « très petit » rôle dans le discours mondial des civilisations, dit-il. Ainsi, « les Chinois sont formidables pour avoir créé un réseau d’Instituts Confucius, mais il n’y a pas assez d’organisations conçues pour les intellectuels », déplore-t-il.

« La Chine a pris la place qui lui revient. Nous devons partir de là et essayer de maintenir nos positions dans le nouveau monde multipolaire », conclut Youri Tavrovski.

Source

Il est symptomatique que les rares livres publiés en France sur la Chine soient des ouvrages véhiculant les mêmes stéréotypes que la propagande américaine y compris ceux publiés par des universitaires qui connaissent la langue (sinologues), mais haïssent la civilisation chinoise (sinophobes).

19/02/2020
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

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L’heure est venue de se montrer solidaire


 

L’infection à nouveau coronavirus touche le cœur des gens partout dans le monde. La conscience nous dit à tous que face à l’épidémie, le sort des êtres humains est le même. Ce n’est que par l’unité et la coopération que nous pourrons construire la force de défendre la vie.

Le monde a salué avec chaleur les actions de la Chine et loué sa puissance. Du haut jusqu’en bas, la Chine est unie de manière intégrée, avec une défense et un contrôle communs. D’une manière ouverte, transparente et responsable, la Chine a diffusé en temps opportun des informations sur l’épidémie à l’intérieur du pays et à l’étranger, a répondu activement aux préoccupations de toutes les parties et a renforcé la coopération avec la communauté internationale. Comme l’a souligné un article sur le site Internet espagnol de surveillance de la politique chinoise, l’avantage institutionnel de la Chine qui lui permet de se concentrer sur les événements majeurs a été pleinement démontré dans la lutte contre l’épidémie. La détermination et les actions des 1,4 milliard de Chinois ont également contribué au maintien commun de la santé et de la sécurité publiques régionales et mondiales.

Sur ce point, le monde est tantôt chaud tantôt froid, et chacun exprime ses vrais sentiments. Jusqu’à présent, plus de 70 politiciens de plus de 50 pays et chefs de près de 20 organisations internationales ont envoyé des lettres ou d’autres moyens pour évaluer activement et soutenir les efforts de la Chine pour lutter contre l’infection à nouveau coronavirus, pour encourager Wuhan et la Chine. 11 pays, à savoir la Corée du Sud, le Japon, la Grande-Bretagne, la France, la Turquie, le Pakistan, le Kazakhstan, la Hongrie, l’Iran, le Biélorussie, l’Indonésie ainsi que l’UNICEF ont fait don de matériel de prévention et de contrôle de l’épidémie à la Chine, et les gouvernements de la Russie, du Vietnam, de l’Allemagne et d’autres pays ont également fait don de matériel de prévention et de contrôle de l’épidémie. Des collégiens allemands ont chanté « Que le monde soit plein d’amour ». Des amis japonais ont écrit des mots comme « Les montagnes et les rivières sont différentes, mais le vent et la lune partagent le même ciel ». D’innombrables moments touchants, tous racontent l’histoire de véritables sentiments qui se mélangent et des destins qui s’entrelacent, et montrent le sentiment que « nous sommes une seule et même famille ».

Nous vivons dans un monde globalisé. Aucun membre de la communauté internationale ne peut se trouver en dehors des événements mondiaux de santé publique. Le virus est l’ennemi commun des êtres humains. Gagner la bataille de la prévention et du contrôle de l’épidémie le plus tôt possible est l’objectif commun du monde entier. À l’heure actuelle, ce dont le monde a besoin n’est pas l’opportunisme de quelques fouineurs, pas davantage les préjugés et la discrimination des personnes étroites d’esprit, sans parler des comportements injustes de certains médias occidentaux qui apposent de mauvaises étiquettes et déforment délibérément les choses. L’unité pour le bien de tous est le courant dominant. Comme l’a dit Ban Ki-moon, ancien secrétaire général des Nations Unies et président du Forum de Bo’ao pour l’Asie, lorsque la guerre contre la résistance à l’épidémie aura gagné, ce dont l’histoire se souviendra, ce ne sera pas seulement les avantages du système socialiste à caractéristiques chinoises, mais aussi la responsabilité de tous les pays pour travailler ensemble pour faire face à la crise.

Dans cette période de tempêtes, la Chine et le monde sont dans le même bateau. Après l’épidémie de SARS en 2003, W. Ian Lipkin, professeur à l’Université de Columbia aux États-Unis, connu comme un « chasseur de virus », a développé une profonde amitié avec la Chine. Aujourd’hui, il est de retour en Chine, où il travaille avec ses homologues chinois pour contenir l’épidémie. Après l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, la Chine a pris l’initiative de répondre à l’appel des pays africains pour une opération d’aide d’urgence. Aujourd’hui, la société sud-africaine U-Mask a fait don de masques médicaux à la Chine, et Yaya Touré, un joueur de football ivoirien, a enregistré une vidéo pour encourager Wuhan. On pourrait aussi citer des dizaines de milliers d’employés de la plus grande banque d’Afrique qui « portent des vêtements rouges et soutiennent la Chine ». Le partage du bon et du mauvais est la bonne attitude du monde face aux risques et aux défis, et c’est aussi une puissante inspiration libérée par la conscience d’une communauté avec un avenir commun pour l’humanité.

Parce que nos destins à tous sont connectés, les cœurs le sont aussi. Les yeux du monde sont braqués sur Wuhan. Ces derniers jours, les miracles des hôpitaux de Huoshenshan et de Leishenshan ont impressionné le monde. La BBC a rapporté de manière particulièrement vive les dizaines de millions d’internautes dans le monde regardant la retransmission en direct de la construction de ces deux hôpitaux d’urgence. Les internautes du monde entier appellent avec affection les engins de construction rugissants « Tonnerre Blanc » ou « Frère Red Bull ». Les gens louent la vitesse et l’efficacité de la Chine et croient en la puissance écrasante de la Chine.

L’heure est venue de se montrer solidaire dans la tempête, et les gens du monde entier choisissent sincèrement de se tenir aux côtés de la Chine. Les êtres humains ne seront jamais vaincus par le virus, et s’ils combattent l’épidémie ensemble, ils parviendront sans le moindre doute à la victoire finale.

Source : Le Quotidien du Peuple

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C’est le virus qu’il faut combattre, pas les Chinois


 

Le covonavirus (2019-nCoV) se propage rapidement, il est aujourd’hui présent dans plus de 20 pays. Mais la peur que le coronavirus se propage est bien plus grande que tous les décès et les infections réunis.

Hélas, une charge virale pire encore se situe maintenant également quelque part dans une autre dimension, causant de plus graves dommages à l’humanité : le racisme, la haine et la marginalisation des Chinois.

Dans la plupart des régions du monde, les médias sociaux voient des centaines de milliers de ces récoltes de haine, surtout dans des sociétés qui se vantent pourtant d’être civilisées et savent mieux que personne ce qu’un virus devrait être et qu’il est différent des citoyen d’un pays d’où un virus tueur est parti.

Pour le coronavirus, la Chine est l’épicentre, le lieu de naissance d’où le monde perçoit l’atmosphère.

Pour la haine de celui-ci -le « hatovirus », le virus de la haine, la ramification humaine et culturelle du coronavirus, le monde extérieur est l’épicentre. Le vecteur en est les médias, et en particulier les nouveaux médias.

Alors qu’en Europe et dans les Amériques, l’Asie est le bouc émissaire et le « démon » qui a délibérément créé le virus, en Asie, les Chinois sont montrés du doigt.

C’est vraiment pathétique !

Il est assez inquiétant que la plupart des rapports sur la haine induite par le coronavirus -ce fameux hatovirus- proviennent de pays asiatiques proches de la Chine. Ces nouvelles couvent aux Philippines, en Indonésie, en Thaïlande, au Vietnam, etc. Le pire des cas signalés a été celui de l’Indonésie, le 31 janvier 2020, selon lequel « la Chine a ramené des résidents du Hubei de l’étranger vers le centre de l’épidémie à Wuhan à bord d’avions affrétés en provenance de Thaïlande et de Malaisie, invoquant des « difficultés pratiques rencontrées par les passagers à l’étranger ». Cela ne semble ni gai ni humain.

En Australie, après que deux médias ont craché des gros titres chargés de négativité contre les Chinois, le Global Times, un média basé à Beijing, a rapporté l’angoisse des 46 000 citoyens chinois qui ont signé une pétition contre ces articles de presse et exigé une rétractation. Selon l’article du Global Times, « Plus de 46 000 personnes ont signé une pétition demandant aux médias australiens de s’excuser publiquement pour le racisme contre la communauté chinoise après que deux médias ont publié des gros titres et mis en évidence des mots sur leurs premières pages qualifiant la nouvelle pneumonie liée au coronavirus de « virus chinois » et jouent sur des sentiments passionnés qui voudraient que l’on oblige les enfants chinois à rester chez eux ».

Selon une photo du journal diffusé en ligne, le quotidien tabloïd australien The Daily Telegraph a publié dans son édition du 29 janvier un article intitulé « China Kids Stay Home » (« Les enfants chinois restent chez eux »). L’article indique que le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud a averti « les parents de ne pas envoyer leurs enfants à l’école ou à la garderie s’ils ont récemment séjourné en Chine » en raison de « craintes d’une épidémie de coronavirus à propagation rapide ».

En réaction à cette étrange tendance, Bloomberg, une plate-forme américaine, a bien saisi les choses : « Les compagnies aériennes suspendent les vols en provenance de Chine. En Europe des écoles annulent les échanges d’étudiants. En Corée du Sud des restaurants refusent les clients chinois ».

« Alors qu’un virus mortel se propage au-delà de la Chine, les gouvernements, les entreprises et les établissements d’enseignement peinent à trouver la bonne réponse. La sauvegarde de la santé publique est une priorité. Comment y parvenir sans stigmatiser l’ensemble de la population du pays où l’épidémie a commencé -et où résident près d’un cinquième de tous les humains- est le défi ».

Aux États-Unis, Michelle Phan, une célébrité sino-américaine, a déclaré qu’elle avait été la cible de tirs de barrage racistes sur Twitter dans le contexte de peur du coronavirus de Wuhan. Et dans l’un des cas, elle a répondu : « Pourquoi certains d’entre vous me disent de retourner en Chine manger des chauves-souris ? Je suis américaine, bande de c…s ignorants ! ».

De nombreux autres cas d’attaques haineuses ont été signalés au Canada, où le gouvernement de l’Ontario et la commission scolaire ont dû lancer un avertissement demandant qu’aucun citoyen chinois ne soit maltraité ou stigmatisé en raison de l’éclosion du coronavirus.

Dans un contraste intéressant, les gouvernements de nombreux pays et organismes intergouvernementaux, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Union européenne, l’Inde, le Pakistan et le Vatican, par le biais du Pape François, ont félicité les autorités chinoises pour leurs efforts concertés contre le fléau et ont même offert leur aide.

Laissant de côté l’antagonisme habituel, un média américain a publié un article faisant l’éloge de l’ouverture de la Chine dans la gestion et le signalement de l’incident et permettant également au monde extérieur de voir ce qu’elle faisait pour en réduire la propagation, en particulier l’OMS qui s’est rendue à Beijing et s’est entretenue avec le président Xi Jinping. L’article note que cette approche ouverte et transparente s’éloigne de la manière dont la Chine a géré la gestion de l’épidémie de SRAS en 2003, applaudissant cette dimension positive.

Alors, comment pouvons-nous concilier une situation où des gouvernements saluent la Chine et promettent leur soutien en cette période difficile tandis que leurs citoyens marchent dans une direction opposée, aggravant le problème de la stigmatisation ? Pour les gouvernements, sensibiliser les citoyens non informés à agir correctement est devenu une autre tâche.

Cependant, il faut vraiment remercier les scientifiques australiens et ghanéens qui ont contribué aux recherches qui ont créé des vaccins contre le virus. Après que l’Australie a annoncé cette percée, le Ghana a déclaré au monde entier que deux étudiants en pharmacie qui ont été formés en Chine lorsque la première épidémie mineure de coronavirus s’est produite ont cloné le virus avec des échantillons qu’ils avaient alors obtenus en Chine et se sont également portés volontaires pour aller en Chine et aider à combattre cet agent de mort.

Sincèrement, si je possédais l’arme et le savoir-faire scientifiques, mon objectif serait de faire disparaître ce virus. Oui, je préférerais combattre le virus qui a traversé les continents et les nations. Mais aujourd’hui, puisque je n’ai pas l’équipement pour empêcher le coronavirus de se propager et de tuer surtout des Chinois, je déploierais plus facilement la petite arme que j’ai entre mes mains et qui est à ma portée -l’amour, pour aimer les Chinois et ne pas les confondre avec le virus.

Puisque les Chinois ne sont PAS le virus, je préfère combattre le virus en aimant et en me tenant aux côtés des Chinois. Je ne serai pas juste envers eux ou elles et l’humanité si je mettais à l’écart, stigmatisais ou punissais les Chinois épargnés par le virus à un moment où je devrais plutôt les consoler pour la perte de vies, de paix et de moyens de subsistance.

C’est ce que l’humanité exige à juste titre de nous.

Source : Le Quotidien du Peuple

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Propagande à l’alerte jaune


Suivre l’actualité, courir après le vent.
Penser l’actualité, marcher à contre-courant.

 

Cela faisait longtemps que les médias français n’avaient pas eu l’occasion de faire leurs gros titres sur le fameux « péril jaune » qui fait toujours vendre.

Tout démarre avec le coronavirus, une nouvelle forme de syndrome respiratoire, analogue au SRAS, qui est apparu à Wuhan (province du Hubei, Chine) début décembre 2019.

L’occasion était trop belle pour la presse de l’établissement qui se permet des titres comme « Alerte jaune », une référence ouvertement raciste à la couleur de peau des Asiatiques.

Aujourd’hui, la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis fait rage et la France a choisi son camp qui est bien entendu celui du maître américain. Dès qu’une occasion de dénigrer la Chine se présente, cette presse méprisable aux ordres ne manque pas de se jeter dessus comme un chien qui se jette sur un os.

Tous les ans, la grippe tue des milliers de personnes mais cela n’intéresse pas ce genre de presse. Les médias adorent faire peur. C’est un peu leur fond de commerce. Et dès qu’il s’agit de dénigrer la Chine, ils sautent sur l’occasion.

Il est grand temps pour ceux qui souhaitent vraiment s’informer de boycotter les médias français et de se tourner vers certains organes de la presse étrangère ou de certains blogs francophones plus informés que cette presse de l’établissement qui désinforme plus qu’autre chose.

Source : La gazette du citoyen

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Hong Kong est une révolution de couleur


 

J’ai terminé hier et publié aujourd’hui l’article que j’avais sous le coude depuis plus d’un mois : Hong Kong X – Une crise politique ukrainienne. Or je découvre ce matin, à l’heure de mon petit-déjeuner au Mexique, cet éditorial du Khmer Times en date du 25 octobre 2019.

Révolution de couleur avec les caractéristiques de Hong Kong

Les violentes manifestations à Hong Kong au cours des sept derniers mois ont considérablement ébranlé l’économie, la légitimité et la société de ce centre financier de l’Asie. C’est très alarmant et un défi pour le gouvernement de Hong Kong d’intervenir de manière appropriée et efficace afin de limiter les émeutes.

Le gouvernement chinois considère les manifestations comme une « révolution de couleur » avec des caractéristiques propres à Hong Kong, en raison d’émeutes généralisées dans toute la ville. Les dommages collatéraux sont sérieux et dépassent Hong Kong.

Zhang Xiaoming, directeur du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao (HKMAO) du Conseil des Affaires d’État, a déclaré que les manifestations reflètent les « caractéristiques évidentes d’une révolution de couleur » (soulèvement violent d’une partie du peuple téléguidé par l’étranger et qui trouve son origine en Europe de l’Est au début des années 2000).

Certains érudits chinois partagent le même point de vue. Le professeur Zhang Dinghuai de l’Université de Shenzhen a déclaré au Straits Times que les éléments communs des révolutions de couleur incluent de fortes revendications politiques spécifiques, l’ingérence de forces extérieures, des tentatives de manipulation du peuple, des affrontements et des troubles sociaux, des pressions énormes sur les autorités et le transfert de pouvoir par des méthodes prétendument « non violentes ».

Il est généralement observé que l’ingérence étrangère est le catalyseur d’une transition de pouvoir violente et illégitime sous prétexte de démocratie et de droits de l’homme dans les pays frappés par des révolutions de couleur.

Les symptômes de la révolution de couleur incluent la création du chaos social et de l’instabilité politique, la perturbation des fonctions de l’État, la remise en cause de la légitimité de l’État, provoquant un ralentissement économique ou une crise.

Habituellement, les dirigeants de ces mouvements utilisent les termes « lutte pour la démocratie, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ». Mais ces révolutions de couleur ont souvent conduit à une instabilité politique à long terme et à une morosité de l’économie.

Nous devons comprendre que la démocratie n’est pas une conséquence mais un processus et un trajet. Aucune société n’a été capable de construire une société démocratique et un système politique du jour au lendemain. La démocratie doit être comprise comme un moyen de parvenir à la paix, à la stabilité et à la prospérité à long terme, ce qui nécessite une réflexion à long terme et une intervention stratégique.

La démocratie ne fonctionne pas bien sans des bases économiques solides, une communauté locale résiliente et éduquée, un leadership efficace et des institutions étatiques.

Les citoyens de Hong Kong jouissent de la paix et du développement depuis 1997 dans le cadre de la politique « un pays, deux systèmes ». Il n’y avait pas beaucoup de mécontentement du peuple contre le gouvernement alors que le niveau de vie était élevé et les affaires marchaient bien.

Cependant, les choses ont commencé à changer en 2014 lorsque des milliers de manifestants ont envahi les rues pour réclamer la liberté électorale. Les étudiants représentaient la force principale derrière les manifestations. L’ampleur des manifestations et de l’ingérence étrangère à cette époque étaient bien moindre qu’aujourd’hui.

L’esprit des manifestations de 2014 s’est poursuivi jusqu’à présent. Les manifestations sont devenues des émeutes et portent les traits d’une révolution de couleur. C’est un développement dangereux en effet. Le système éducatif de Hong Kong a implanté les « valeurs et idéaux libéraux » auprès des jeunes.

Ces idéaux ont été manipulés politiquement par des politiciens populistes et extrémistes prêts à saisir l’opportunité de délégitimer le gouvernement pour accéder au pouvoir. La jeune génération à Hong Kong est vulnérable aux manipulations politiques car ses opinions politiques sont largement motivées par des conceptions du monde à court terme, utopiques et irréalistes.

L’édification d’une nation est un processus à long terme. La démocratie est un trajet. La paix, la stabilité, l’harmonie sociale et la prospérité partagée sont les objectifs de l’édification de la nation. Pour un grand pays, avec une population d’environ 1,4 milliard d’habitants, d’ethnies, de religions et de croyances diverses, ce n’est pas une tâche facile pour la Chine de construire un système politique intégré de valeur.

Les jeunes de Hong Kong devraient en apprendre davantage sur les processus de construction de la nation dans d’autres pays et en tirer des leçons pour eux-mêmes et pour leur communauté. Ils devraient également apprendre les expériences des pays qui ont traversé une instabilité sociale et politique prolongée et une guerre civile avant d’arriver à des valeurs de paix et de stabilité.

Le Cambodge peut offrir des enseignements historiques au peuple de Hong Kong en ce qui concerne les souffrances de la guerre et des conflits. Les Hongkongais ne devraient pas dépendre totalement d’une puissance majeure [comme les États-Unis] pour les aider à réaliser leur rêve. Ils doivent définir et déterminer eux-mêmes l’avenir de Hong Kong.

Une révolution de couleur ne fera que causer des dommages collatéraux aux Hongkongais, avec une instabilité sociale et politique à long terme et un ralentissement économique. Les besoins réels des jeunes de Hong Kong sont les opportunités d’emploi, un bien-être socio-économique décent et le bonheur familial.

S’il vous plaît, Hongkongais, réveillez-vous et vivez avec les réalités. L’avenir est entre vos mains!

S’il vous plaît, Cambodgiens, réveillez-vous et voyez les dégâts que peut causer un homme politique nocif comme Sam Rainsy.

Source : Khmer TimesLa gazette du citoyenRéseau International.

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Le leadership mondial de la Chine


 

La vaste majorité des Américains [et des autres Occidentaux (NdT)] n’ont absolument aucune idée du niveau de développement de la Chine. Regardez les commentaires des réseaux sociaux, et il est clair que trop de commentaires d’Américains – en particulier ceux des partisans de Trump [et ceux d’Obama – Clinton (SL)] – sont nourris de désinformation et de préjugés. « La Chine a 100 ans de retard »… « Tous les produits chinois sont de la merde »… « La Chine ne peut pas innover »… « C’est un pays communiste, pauvre, pollué »… et, bien sûr, le thème le plus récurrent est « L’économie chinoise est en train de s’écrouler ». Il est difficile de changer ces opinions, car ces gens renforcent leurs préjugés en ne partageant et en consommant que des articles anti-Chine. Tout ce qui est positif à propos de la Chine est attaqué comme « propagande chinoise ».

Ce mélange d’ignorance et d’orgueil explique aussi pourquoi les sociétés occidentales ont aussi volontiers partagé leur propriété intellectuelle avec leurs partenaires de joint ventures chinois. L’expression « transfert forcé de technologie » n’a été inventée, rétroactivement, qu’après que les entreprises chinoises aient commencé à menacer les profits occidentaux, par exemple : Huawei a dépassé Apple, Nokia et Ericsson en matière de smartphones, de 5G et d’infrastructures de télécommunications ; BYD fabrique plus de véhicules électriques que Tesla ; Alibaba et Tencent traitent 50 fois plus de paiements par téléphones mobiles que les États-Unis ; et les start-ups les plus rentables (ByteDance) et les plus innovantes (Meituan) sont chinoises.

S’il est vrai que la Chine, dans l’ensemble, a encore un long chemin à parcourir en termes de PIB par habitant, de nombreuses grandes villes chinoises sont essentiellement des « économies développées ». De plus, la Chine a surpassé les États-Unis dans de nombreux domaines et rattrape son retard dans d’autres.

Si vous ne connaissez pas votre concurrent, vous êtes certain de perdre la partie. Voici donc quelques statistiques rapides sur le leadership mondial de la Chine.

Lire l’intégralité de l’article : China’s Global Leadership List – Charts and Facts 2019, World Affairs – Le leadership mondial de la Chine – faits et graphiques 2019 Entelekheia.

Lire aussi :
30/09/2019, The Composition of the World Economy by GDP (PPP), Visual Capitalist.
01/10/2019, Le leadership mondial de la Chine – faits et graphiques, Entelekheia.
Dossier documentaire Économie Chine, Monde en Question.
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Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

La Chine sans œillères


 

À entendre l’avalanche de mensonges déversée sur ce grand pays par les médias occidentaux, on finit par se poser la question : peut-on encore considérer la Chine sans œillères ni préjugés, sans concession ni malveillance, en la regardant telle qu’elle est et non telle qu’on voudrait qu’elle fût ? Dès qu’ils daignent en parler, nos médias la décrivent en des termes qui oscillent toujours entre la crainte et le mépris. Assoiffée de richesses, jetant ses tentacules sur la planète, trompant son monde en affichant un pacifisme de façade, d’une brutalité sourde qu’on soupçonne prête à exploser derrière les faux-semblants d’un discours lénifiant, la Chine serait comme l’ogre de la fable qui finira, un beau matin, par manger les petits enfants. L’imagerie coloniale la représentait au XIXème siècle sous les traits d’une cruauté raffinée, mais ce raffinement n’est plus de mise. A croire nos éditorialistes et nos experts, la Chine nouvelle n’enrobe plus ses appétits voraces de ces raffinements surannés. Ce qu’elle veut, c’est « dominer le monde », tout simplement. Appelée à devenir la première puissance économique mondiale, elle réclame sa part d’hégémonie planétaire, elle revendique la première place sur le podium. Mais elle veut surtout, nous dit-on, imposer son modèle, promouvoir ses valeurs, s’ériger en exemple destiné à l’imitation des nations.

Cette vision d’une Chine conquérante et prosélyte est d’autant plus surréaliste que les Chinois font exactement le contraire. Persuadés que leur système est unique, ils ne cherchent à convertir personne. Qu’ils exportent des marchandises, achètent des terrains ou construisent des ponts à l’étranger, ils défendent évidemment leurs intérêts. Mais leur ambition n’est pas de repeindre le monde aux couleurs de la Chine. A choisir, ils préféreraient sans doute qu’on ne les imite pas, car chaque peuple doit trouver sa voie par lui-même, quitte à commettre ces erreurs de parcours sans lesquelles aucune réussite n’est méritoire. Comme le disent si bien les spécialistes de la langue chinoise – qui, eux, connaissent bien leur sujet – la pensée chinoise est empirique et pragmatique. Elle affronte les faits, elle en subit les corrections successives et poursuit son avancée tant bien que mal. Réticente aux idées abstraites, elle admet volontiers qu’il n’y a pas de recette toute faite. C’est pourquoi il faut renoncer à l’idée que les Chinois cherchent à diffuser leur modèle et cesser de prêter à ce grand pays des rêves de conquête qui n’existent que dans l’imagination de ses détracteurs. Mais nos experts patentés ne l’entendent pas de cette oreille. Concluant une émission de C dans l’Air dont le titre est déjà tout un programme (« Qui peut arrêter la Chine ? »), Valérie Niquet, chercheuse à la Fondation de la recherche stratégique, opposait en ces termes le modèle européen et le modèle chinois : « La Chine, c’est l’anti-Europe, par exemple. Nous, on tente de surmonter ce qui faisait les relations internationales du passé, le conflit, l’usage de la force pour régler les tensions. La Chine, elle, s’en tient aux comportements du XIXème siècle ».

Faut-il en déduire que la Chine aurait un goût prononcé pour « l’usage de la force en vue de régler les conflits » ? Pourtant, rares sont les Afghans, les Libyens, les Irakiens, les Syriens et les Yéménites à avoir péri sous des bombes chinoises. Pays européens, la France et le Royaume-Uni, en revanche, ont causé avec leur grand allié américain – et en utilisant divers intermédiaires – des centaines de milliers de morts et des dévastations sans nom en violant les règles internationales les plus élémentaires. Mais ce n’est pas nouveau. Accuser l’autre de ses propres turpitudes relève d’une inversion maligne dont le discours occidental est coutumier. Dire que la Chine, contrairement à l’Europe, « s’en tient aux comportements du XIXème siècle », dans la même veine, traduit un consternant mélange d’arrogance et d’ignorance. Car à cette époque, ce n’est pas l’empire chinois, mais les puissances impérialistes européennes qui pratiquaient la conquête territoriale et le pillage colonial. Les Chinois en savent quelque chose. Avec les « guerres de l’opium », Britanniques et Français ont envahi le « pays du milieu » pour le contraindre à signer des traités infamants et accepter l’importation massive de cette drogue aux effets délétères. Pire encore, en 1860, un corps expéditionnaire réunissant les forces des deux nations fait irruption dans Pékin et met à sac le splendide Palais d’été des empereurs Qing. Indigné, Victor Hugo condamna ce forfait en écrivant ces lignes amères : « Nous Européens, nous sommes les civilisés, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée ».

Cette spoliation, la France préfère l’oublier, et elle donne aujourd’hui des leçons de morale à un pays qu’elle a pillé il y a 150 ans, comme si ses ignominies passées lui conféraient un certificat de vertu pour le présent. La Chine, elle, n’a rien oublié, mais elle n’en éprouve aucune haine. Cette vieille humiliation, elle entend l’effacer en retrouvant la place légitime qui est la sienne dans le concert des nations. Ce qu’elle veut, c’est tourner définitivement la page de cette ère chaotique initiée par les guerres de l’opium et la décadence de l’empire des Qing. Nul besoin, pour y parvenir, d’imposer quoi que ce soit à qui ce soit. Modèle sans imitation possible, empire sans impérialisme, la Chine est par excellence une puissance pacifique. Mais elle ne l’est pas seulement par choix politique, ses dirigeants modernes ayant fait le choix du développement et proscrit l’aventure extérieure. Elle l’est aussi pour une raison plus profonde, et plus difficile à cerner pour un esprit occidental. C’est que la centralité imaginaire de l’empire lui a forgé un destin, le vouant à s’occuper d’abord de ses sujets et de leur bien-être avant de s’intéresser au reste du monde. Pays du milieu, la Chine reçoit en priorité l’influence bénéfique du ciel, qui est rond, tandis que la terre est carrée. Elle est située au centre du monde par un décret intemporel qui lui ôte l’envie d’en conquérir les marges. Cette périphérie du monde habité, en effet, ne sera jamais aussi intéressante que le cœur même d’un empire dont la gestion est déjà une lourde tâche.

Prêter des ambitions conquérantes à ce pays, par conséquent, est aussi absurde que lui reprocher de vouloir exporter son modèle, puisque ce dernier a pour vocation de rester unique. Si la Chine est pacifique, c’est donc en vertu d’un statut cosmologique dont le privilège s’accompagne d’une promesse d’innocuité à l’égard de ses voisins. « Les armes sont des instruments néfastes et répugnent à tous. Celui qui comprend le Tao ne les adopte pas », disait Lao-Tseu. Clef de voûte du monde habité, l’empire du milieu se condamnerait à la décomposition s’il se dispersait aux marges, il se dissoudrait dans l’informe s’il renonçait par ambition aux dividendes d’une sereine centralité. Or cette pesanteur de l’imaginaire chinois ne concerne pas seulement le monde des idées. Transposée dans le monde réel, elle détermine un habitus que les donneurs de leçons occidentaux devraient méditer, quitte à s’en inspirer pour leur propre gouverne : un grand pays qui n’a fait aucune guerre depuis quarante ans, en effet, mérite tout de même quelque considération. Hormis le bref règlement de comptes avec le Vietnam (1979), il faut remonter jusqu’à l’affrontement frontalier avec l’Inde (1962) et à la guerre de Corée (1950-1953) pour trouver la trace d’une guerre dans laquelle la Chine se serait engagée. Encore faut-il préciser que ces conflits se déroulèrent à ses frontières immédiates, et non dans de lointaines contrées convoitées par on ne sait quel expansionnisme. Mais cette attitude pacifique d’un empire auto-centré n’intéresse guère nos démocraties guerrières, devenues expertes en bombardements humanitaires, en embargos qui affament les peuples pour la bonne cause et en révolutions téléguidées de l’étranger.

Comme on l’a relevé, les Occidentaux, à propos de la Chine, oscillent toujours entre la crainte et le mépris. Ils ont exigé à grand cri qu’elle participe à la mondialisation des échanges, et ils se lamentent des parts de marché que ses entreprises enlèvent haut la main. Multipliant les injonctions contradictoires, ils lui reprochent à la fois d’en faire trop et pas assez, d’être désespérément pauvre et scandaleusement riche, excessivement rapide et exagérément lente, décidément trop libérale quand elle n’est pas trop dirigiste. Ils lui demandent de sauver la croissance mondiale – ce que Pékin a fait au lendemain de la crise financière de 2008, provoquée par la rapacité des banques américaines – mais sans se montrer trop gourmande en matières premières. Ils voudraient qu’elle continue à se développer, mais en renonçant aux outils de son développement, comme sa souveraineté monétaire, son puissant secteur public et sa prudente tutelle des marchés financiers. L’attitude occidentale frôle parfois le comique. Lorsque la Chine, après avoir connu des taux de croissance annuels à deux chiffres, redescend en douceur à 6,4 % (2018), on entend les experts d’un pays européen qui se traîne à 1,5 % faire la fine bouche et pronostiquer la catastrophe : c’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité ! En Occident, on aime dire que la Chine reste un pays pauvre, avec ses centaines de millions de travailleurs sous-payés. Mais la réalité chinoise se transforme plus vite que les représentations des experts occidentaux, car les luttes des salariés de l’industrie – dans un pays qui connaît des conflits sociaux réglés par la négociation, comme partout ailleurs – ont abouti à une hausse conséquente des salaires, au point d’inquiéter les investisseurs étrangers.

En fait, la Chine est un grand pays souverain, fier de son identité culturelle, attaché à la loi internationale et décidé à se faire respecter sur la scène mondiale. Il n’agresse ni ne menace aucun État, ne finance aucune organisation terroriste ou subversive chez les autres, n’inflige aucun embargo ni aucune sanction économique à d’autres États souverains et refuse obstinément de se mêler de leurs affaires intérieures. Le contraste est saisissant avec l’attitude des États-Unis et de leurs alliés européens, qui passent leur temps à intervenir chez les autres de façon unilatérale, sous de faux prétextes et en violation flagrante de la loi internationale. Si toutes les grandes puissances se comportaient comme la Chine, le monde serait plus sûr et moins belliqueux. Il serait beaucoup moins assujetti – avec les risques énormes que génère cette dépendance – aux intérêts sordides des multinationales de l’armement. Car les Chinois n’ont qu’une base militaire à l’étranger quand les USA en ont 725. Ils dépensent 141 dollars par habitant et par an pour leur défense quand les Américains en dépensent 2 187. Ils n’ont qu’un porte-avions, tandis que les USA en ont douze. Et encore la Chine a-t-elle accompli un effort de réarmement significatif depuis dix ans face aux initiatives belliqueuses de l’Oncle Sam. Si elle avait pu, elle s’en serait passée. Tandis que les USA se cramponnent désespérément à leur hégémonie finissante, les Chinois savent qu’ils sont la puissance montante et qu’il ne sert à rien de précipiter les événements. Le pacifisme de la Chine est l’envers de sa réussite économique, quand le bellicisme des USA est le reflet de leur déclin. Au lieu de faire la guerre en vivant à crédit, la Chine a compté sur son savoir-faire pour développer son tissu économique, et le résultat est palpable.

Quand on voyage en Chine en 2019, on ne voit pas un pays en voie de développement, mais un pays développé. La modernité et la fiabilité des moyens de transport y sont impressionnantes. Les métros sont flambant neuf, d’une propreté, d’une fonctionnalité et d’une sécurité à toute épreuve. Dans celui de Canton, troisième ville chinoise avec 14 millions d’habitants, il n’y ni SDF, ni pick-pocket, ni tag, ni mégot, ni papier par terre. Les passagers attendent sagement leur tour si le train est bondé, et aux heures de pointe les rames se succèdent toutes les 30 secondes. En dépit de leur gigantisme, les gares et les aéroports fonctionnent comme du papier à musique. Les retards sont rares, les billetteries automatisées, la signalétique irréprochable (même pour les étrangers). Des toilettes gratuites sont disponibles partout. Les lignes aériennes intérieures desservent toutes les villes importantes, et les avions sont ponctuels, propres et confortables. Les gares et les lignes à grande vitesse offrent aux Chinois une gamme de déplacements dans l’ensemble du pays à des tarifs raisonnables. Un aller simple Canton-Nanning, par exemple, soit 550 km de LGV, coûte 169 yuans (23 euros) quand le salaire moyen est de l’ordre de 3000 yuans (410 euros). Depuis dix ans, les progrès sont fulgurants. La Chine avait 700 km de LGV en 2007, 11 000 km en 2013, 23 000 en 2016, et l’objectif est d’atteindre 40 000 km, soit l’équivalent de la circonférence de la terre.

Il est frappant que ces infrastructures, pour la plupart, aient moins de dix ans. D’une modernité sidérante, elles sont le fruit d’une politique massive et délibérée d’investissements publics. Décidée au lendemain de la crise financière de 2008, cette politique a sauvé une croissance mondiale malmenée par l’irresponsabilité de Wall Street. Elle a aussi permis d’accélérer la marche du pays vers la « société de moyenne aisance » qui est l’objectif majeur des dirigeants du pays. Pour franchir cette nouvelle étape de leur développement, les Chinois comptent sur le dynamisme d’un vaste secteur privé, notamment dans les services. Mais ils utilisent aussi un puissant réseau d’entreprises d’État qui ont bénéficié de la taille critique du marché intérieur chinois pour s’imposer à l’échelle internationale. Le meilleur exemple est sans doute celui de l’entreprise de construction ferroviaire CRRC, devenue numéro un mondial pour la production de trains à grande vitesse. Active dans 102 pays, cette entreprise compte 180 000 employés et affiche un revenu qui dépasse les 30 milliards d’euros. Elle construit 200 trains par an, contre 35 pour le duo Siemens-Alstom. Cette réussite d’un mastodonte public a de quoi faire réfléchir les tenants du libéralisme sur les véritables paramètres de la croissance économique, mais il y a peu de chance qu’ils en tirent les conclusions qui s’imposent. Ils préfèrent croire que les recettes libérales vont sauver le monde des affres du sous-développement.

En Occident, lorsqu’elle réussit, la Chine fait peur. Lorsqu’elle manifeste des signes d’essoufflement, elle fait peur aussi. On lui reproche d’utiliser son secteur public pour gagner des parts de marché, tout en brandissant comme les Saintes Ecritures une idéologie libérale qui prétend que le secteur public est inefficace. En attendant, les Chinois continuent de penser, avec Deng Xiaoping, que peu importe que le chat soit noir ou gris pourvu qu’il attrape les souris. En Chine, l’État contrôle les industries-clé : charbon, acier, pétrole, nucléaire, armement, transports. Ce ne sont pas les récriminations occidentales qui vont inciter ce pays souverain à modifier sa politique. Il a payé assez cher la construction de son modèle de développement et il n’a pas envie d’y renoncer pour faire plaisir aux puissances étrangères. La Chine est entrée toutes voiles dehors dans les grands vents de la mondialisation, mais elle n’a pas l’intention de lâcher le gouvernail parce que les Occidentaux ne savent plus le tenir. Contrairement à nous, les Chinois s’inscrivent dans le temps long. Tandis que nous subissons la dictature du court terme, ils regardent loin devant. Il y a deux siècles, la Chine était encore l’atelier du monde. Du tiers de la production mondiale en 1820, au moment de son apogée, elle est passée à moins de 5 % en 1950. La décadence de la dynastie Qing et l’intrusion européenne – puis japonaise – ont précipité son déclin, ouvrant une ère calamiteuse dont les convulsions révolutionnaires du XXème siècle furent la conséquence. Il n’est pas étonnant que la Chine veuille désormais retrouver l’éclat de sa jeunesse en utilisant les ressources matérielles et spirituelles d’une culture plurimillénaire.

Dans la nouvelle phase de son développement – « la société de moyenne aisance » – la Chine moderne entend développer son marché intérieur en favorisant l’émergence des classes moyennes. Mais elle veut aussi extraire de la pauvreté les populations les plus démunies. Il est significatif que les Chinois, quand ils louent la politique de leurs dirigeants, citent à la fois la lutte contre la corruption – qui est extrêmement populaire – et la lutte contre la pauvreté. Dans les villages chinois, on peut voir des tableaux affichés publiquement où figurent les noms des pauvres qui bénéficient du programme d’éradication de la pauvreté et les noms des fonctionnaires chargés de les accompagner personnellement. En un lieu où tout le monde se connaît, cette absence d’anonymat ne semble gêner personne. Chacun sait à quoi s’en tenir, et l’évaluation des résultats au vu et au su de tous – une véritable obsession dans la culture administrative chinoise – en est facilitée. Ce tableau est d’ailleurs affiché en face du bâtiment du comité local du parti communiste, ce qui témoigne de l’intérêt qu’on lui porte. En tout cas, ce dispositif a porté ses fruits. Selon la Banque mondiale, le taux de pauvreté en Chine populaire qui s’élevait encore à 17 % en 2010 est tombé à 3,1 % en 2017. L’encadrement social nécessaire à la mobilisation de tous et la direction par un parti qui fixe les objectifs participent aux yeux des Chinois d’un cercle vertueux dont l’efficacité est patente.

C’est aussi la raison pour laquelle les cris d’orfraie de la presse occidentale à propos de la note de « crédit social » ne semblent pas rencontrer le même écho chez les Chinois. Qu’on soit sanctionné pour avoir commis des délits ou des incivilités ne les trouble guère. Au contraire, la mentalité régnante pencherait plutôt pour la sévérité dans un pays où l’application de la peine de mort va de soi. La présentation de ce dispositif expérimental – qui consisterait selon les médias occidentaux à attribuer une note globale de crédit social à chaque citoyen, susceptible de monter ou baisser en fonction de son attitude dans tous les domaines – ne correspond d’ailleurs jamais à ce que les Chinois en disent. Ils y voient un système permettant de neutraliser les délinquants ou de limiter le surendettement, mais son caractère global – façon « Big Brother » – ne fait pas partie du champ de l’analyse. On peut avancer l’hypothèse que la présentation du dispositif par les médias occidentaux est quelque peu biaisée, puisqu’elle décrit un projet encore embryonnaire comme s’il était quasiment finalisé et prêt à l’emploi. Lorsqu’on en parle avec des Chinois, ils jugent certains aspects du projet peu contestables, alors que l’Occidental formaté par ses médias y voit une entreprise totalitaire contraire à ses propres principes. Cet exemple illustre l’attitude coutumière des médias occidentaux à l’égard du système politique chinois, mais elle montre surtout à quel point nous ne parlons pas le même langage symbolique.

Nous ne voyons aucune contradiction, par exemple, entre l’affirmation selon laquelle la France est la patrie des droits de l’homme et notre participation à des guerres ignobles contre des peuples qui ne nous ont rien fait. Pour les Chinois, c’est absurde. La seule façon de prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est de développer son propre pays tout en laissant les autres conduire leurs affaires comme ils le veulent. Nos médias trouvent abominable l’absence de liberté d’expression en Chine populaire, mais dix milliardaires leur dictent une ligne éditoriale monolithique et éliminent impitoyablement toute pensée dissidente. La dictature du parti les offusque, mais celle du capital leur convient. Le système chinois est moins hypocrite. Il est admis depuis 1949 que le parti communiste est l’organe dirigeant de la société et qu’il en fixe les orientations politiques. Ce parti accepte le débat interne mais il ne veut pas de concurrent externe. On peut le déplorer, mais c’est aux Chinois d’en décider. Cette direction unifiée donne sa cohésion à l’ensemble du système, mais elle est jugée sur ses résultats, conformément à une éthique confucéenne où les dirigeants sont tenus de servir et non de se servir. Ancrée traditionnellement dans le culte des ancêtres, la société chinoise n’a jamais été une société individualiste. C’est une société holiste où l’individu s’efface devant le groupe auquel il appartient. « Obéis au prince, obéis au maître, obéis aux parents », disait Confucius. Le lundi matin, dans les établissements scolaires, le proviseur procède à la levée des couleurs et tient un discours mobilisateur devant les élèves en rang et en uniforme. Des formules comme « sois civilisé, sois studieux et appliqué » ornent en gros caractères la cour des écoles. La véritable question est de savoir si ce système symbolique résistera durablement aux assauts de la société de consommation et à l’épanchement individualiste qu’elle entraîne partout où elle passe, y compris dans les sociétés qu’on pensait les mieux armées pour l’endiguer.

Source : Entelekheia

Lire aussi :
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Le Parti islamiste du Turkestan contre la Chine et les bouddhistes


 

La Syrie, un réceptacle au terrorisme mondial

La fermentation djihadiste ouïghour en Syrie, et dans pays de la lointaine périphérie de la Chine ont conduit Pékin, en mars 2018, a déployé discrètement des troupes en Syrie au motif officiel d’encadrer des détachements de l’armée syrienne et de leur fournir un soutien logistique et médical.
Pékin a justifié cette attitude de pro activité par sa connexion idéologique avec le pouvoir baasiste en raison de sa nature laïque, ainsi que par la présence dans le nord de la Syrie d’un important contingent de combattants ouïghours.

Ce faisant, la Chine vise à faire pièce aux djihadistes ouïghours, dont elle veut neutraliser leur éventuel retour en Chine, alors que se confirment les liens entre les séparatistes islamistes des Philippines et au Mayanmar et les groupes islamistes opérant en Syrie, comme en témoignent l’arrestation d’agents de l’Etat Islamique (Daech) en Malaisie en mars 2018, à Singapour en juin 2018.

L’entrée en scène progressive de la Chine sur le théâtre syrien, où elle a déjà obtenu des facilités navales dans le périmètre de la base navale russe de Tartous est de consolider son positionnement d’un des trois grands investisseurs du financement de la reconstruction de la Syrie, au même titre que la Russie et l’Iran.

En complément à Tartous, la Chine a aménagé sa première base navale à l’étranger à Djibouti, en 2017. Jouxtant le port de Doraleh et la zone franche de Djibouti –tous deux construits par la Chine– cette base ne devrait abriter dans un premier temps « que » 400 hommes. Mais, selon plusieurs sources, ce sont près de 10 000 hommes qui pourraient s’y installer d’ici à 2026, date à laquelle les militaires chinois auront transformé cette enclave en avant-poste militaire de la Chine en Afrique.

Dans le prolongement de l’inauguration de la base navale chinoise de Djibouti, un porte conteneur géant a déchargé, le 17 Août au port de Tripoli (Nord Liban) du matériel destiné aux projets de reconstruction de la Syrie.

D’une longueur de 300 mètres, pour une largeur de 40 mètres, le porte conteneur « Nerval », appartenant à la compagnie française CGM-CMA, a déchargé mille conteneurs de matériels en provenance de Chine et d’Indonésie, pour y être acheminé par la routé vers la Syrie.

En superposition, la Chine a participé aux manœuvres navales russes au large de la Méditerranée, début septembre, les plus importantes manœuvres de la flotte russe de l’histoire navale mondiale. Elle a dépêche des troupes vers la Syrie, pour la première fois de son histoire, en mars 2018, pour convoyer les forces gouvernementales syriennes lors de la prise d’Idbib, notamment décrypter les communications entre les djihadistes ouïghours en vue de les neutraliser.

Au regard de la Chine, la Syrie sert de réceptacle au terrorisme mondial, y compris pour l’intérieur chinois. Soucieuse de soulager la trésorerie russe et de soutenir l’effort de guerre syrien, la Chine a octroyé une aide militaire de 7 milliards de dollars à la Syrie dont les forces combattent dans la bataille d’Alep, les djihadistes Ouïghours, (des musulmans turcophones du Nord Ouest de la Chine), où près de 5.000 familles, soit près de quinze mille personnes, sont implantés à Alep Est.

La problématique ouïghoure

L’instrumentalisation des Ouïghours par les Américains répond à leur souci de disposer d’un levier de pression contre Pékin, en ce que « la Chine et les États-Unis sont engagés, à long terme, sur une trajectoire de collision.

Les précédents historiques montrent qu’une puissance ascendante et une puissante déclinante sont vouées le plus souvent à l’affrontement », soutient l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin, particulièrement à une époque où la scène diplomatique internationale est en pleine phase de transition vers un monde post occidental. L’objectif sous-jacent est de contrarier la mise en œuvre de la « 2ème route de la soie ».

Musulmans turcophones, les ouïghours djihadistes sont originaires de la province de Xingjiang, à l’extrême-ouest de la Chine, frontalière de huit pays (Mongolie, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Afghanistan, Tadjikistan, Pakistan et Inde). Bon nombre d’Ouïghours ont combattu en Syrie sous la bannière du Mouvement islamique du Turkestan oriental (Sharqi Turkestan) alias Xinjiang, une organisation séparatiste de lutte armée dont l’objectif est l’établissement d’un « État Ouïghour Islamique » au Xinjiang.

Les combattants ouïghours ont reçu l’aide des services de renseignements turcs pour leur transfert vers la Syrie, via la Turquie. Ce fait a généré une tension entre les services de renseignements turcs et chinois en ce que la Chine s’inquiète du rôle des Turcs dans le soutien aux combattants ouïghours en Syrie, rôle qui pourrait augurer d’ un soutien turc aux combats au Xinjiang.

La communauté ouïghoure en Turquie compte 20.000 membres, dont certains travaillent pour l’Association de Solidarité et d’Education du Turkestan Oriental, qui fournit une aide humanitaire aux Syriens et qui est pointée du doigt par la Chine. Une vidéo du PIT de janvier 2017 affirme que sa brigade syrienne a combattu avec le front al-Nosra, en 2013, dans les provinces de Raqqa, Hassakeh et Alep.
En juin 2014, le groupe djihadiste a officialisé sa présence en Syrie : Sa brigade sur place, dirigée par Abou Ridha al-Turkestani, un locuteur arabophone, probablement un Syrien, a revendiqué une attaque suicide à Urumqi en mai 2014 et une attaque au VBIED sur la place Tiananmen en octobre 2013.

Le groupe a prêté allégeance au Mollah Omar des Talibans. Vingt deux ouïghours ont été détenus à Guantanamo, puis relâchés faute de preuves. Suivant l’exemple de l’Emirat islamique du Caucase, dont la branche syrienne opérait dans le cadre de Jaysh Muhajirin Wal-Ansar, le PIT a crée sa propre branche en Syrie qui opère de concert avec Jabhat An Nosra entre les provinces d’Idlib et de Lattaquié.

Lire l’intégralité de l’article : René NABA, Madaniya.

Lire aussi :
René NABA, En point de mireMadaniyaRT.
Dossier documentaire Xinjiang, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Impressions au retour de Chine


Suivre l’actualité, courir après le vent.
Penser l’actualité, marcher à contre-courant.

 

Les commentaires sur la Chine, qui ne relèvent pas de la propagande anti-chinoise en cours dans les médias et chez les universitaires français, sont si rares que je conseille la lecture de cette article. En voici un extrait :

Il ne fait pas de doute, au vu de ce qui précède, que si le 18ème siècle fut français, le 19ème siècle britannique et le 20ème siècle américain, le 21ème siècle sera très vraisemblablement chinois. Doit-on pour autant s’en inquiéter ? Je ne le pense pas. A ceux qui agitent l’image du péril jaune et d’une main mise de la Chine sur la planète je rappellerai que la Chine n’a jamais été expansionniste ni agressive, comme en témoignent son immense muraille exclusivement conçue pour la protéger des invasions ou les fabuleuses expéditions maritimes de l’amiral Zheng He au 15ème siècle, instruit par le troisième empereur Ming de découvrir ce qu’il y avait « au delà de l’horizon » et qui n’eurent jamais pour finalité de coloniser d’autres terres. La Chine a toujours eu une stratégie défensive et il est clair que la montée en puissance de son appareil militaire sert d’abord sa stratégie de dissuasion et la défense de ses lignes de communication. N’en déplaise donc à la classe dirigeante et au complexe militaro-industriel américains, le monde de demain sera de nouveau multipolaire et cela sera bon pour la planète. Il serait également bon pour la planète que la Chine continue de s’affirmer comme championne de l’environnement et continue d’impulser le changement dans ce sens.

Lire l’intégralité de l’article : Ariel FRANÇAIS, 16/09/2018.

26/09/2018
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Monde en Question

Lire aussi :
Retour de Chine : impressions en vrac (I), Paul Jorion, 18/11/2017.
Retour de Chine : impressions en vrac (II), Paul Jorion 24/11/2017.
Voyageurs français en Chine – Impressions et jugements, Dix-Huitième Siècle, 1990.
Dossier documentaire Chine/Occident, Monde en Question.
Dossier documentaire Récits de voyages Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

Les USA essaient de sauver le pétrodollar au moyen de guerres


 

Les transactions internationales sont actuellement payées presque exclusivement en dollar américain, la principale monnaie mondiale. Non seulement cela fortifie la position de pouvoir du dollar, qui est aussi appelé pétrodollar dans le commerce du pétrole, mais en plus chaque paiement en dollar est également un tribut indirect à l’empire des États-Unis. La banque centrale russe (CBR) a plus que doublé ses acquisitions de réserves d’or pendant la dernière décennie. Au vu de la politique antirusse de Washington, 1 250 tonnes d’or ont été ajoutées afin que le pays soit indépendant des monnaies étrangères et en particulier du dollar américain. Le Brésil et l’Uruguay ont changé leur commerce bilatéral en passant d’un paiement en dollar américain à des paiements en monnaie du pays, le real et le peso, « afin de rendre plus économiques de vieux mécanismes et pour se défaire des régulations dictées par les États-Unis. » En 2017 la Chine paye déjà les importations de pétrole en yuan. L’établissement d’un pétro-yuan, pour contrebalancer le pétrodollar, est un pas pour briser la dominance monétaire globale des États-Unis. Des analystes considèrent cela comme un pas énorme sur le chemin qui mène à la fin de la dominance globale du dollar.

L’expert financier Max Keiser reprend cette pensée dans une interview accordée à la chaîne de télévision RT. Il estime que les efforts récents de la Chine sont certes très courageux, mais rappelle que des tentatives similaires d’autres chefs d’Etats pour quitter la matrice du pétrodollar n’ont jusqu’à présent jamais réussi et qu’elles se sont terminées avec la mort de leurs initiateurs. Max Keiser rappelle l’exemple du chef d’Etat irakien Saddam Hussein et aussi du chef d’Etat libyen Muammar al-Kadhafi. L’expert financier s’attend même à ce que le gouvernement américain aille faire la guerre pour sauver le pétrodollar.

Commentaires : Nicolás Maduro, Président du Venezuela, est aussi dans la ligne de mire des États-Unis. Mais il est impensable qu’ils s’en prennent à XI Jinping.

Voyez maintenant une courte interview de Max Keiser dans la vidéo d’environ trois minutes qui suit.

Présentateur : Bonsoir Max, merci d’être là. Nous avons appris que la Chine défie le pétrodollar. Pourquoi Pékin veut-il faire cela ?

Max Keiser : Tout d’abord ils sont très courageux dans ce qu’ils font, car la plupart du temps les pays qui ont essayé de sortir de la matrice du dollar ont eu une fin tragique. Saddam Hussein a voulu vendre du pétrole en euros et il a été tué, Mouammar al-Kadhafi a voulu vendre de l’énergie en d’autres devises et il a été tué lui aussi. Le bilan est donc plutôt affreux. Tout mon respect pour la Chine, qui prend en main ce projet. Il y a aussi des bruits selon lesquels la Chine fera partie des grands acheteurs dans la prochaine offre d’ARAMCO. Géopolitiquement, cela fait sens. La Chine, la Russie et les Saoudiens veulent sortir de l’hégémonie du dollar. Ces pays veulent se défaire du dollar.

Commentaires : Depuis le coup de force de Mohammed ben Salmane Al Saoud contre sa famille avec le soutien Donald Trump, les accords entre Saudi Aramco et la société chinoise Sinopec sont remis en cause.
Lire : Serge LEFORT, La guerre contre la Chine passe par Riyad, Chine en Question, 13/11/2017.

C’est ce que nous voyons partout dans le monde : les pays veulent échapper au complexe militaro-industriel des USA. Ils en ont assez de financer les aventures militaires des États-Unis en faisant partie de l’empire mondial de dettes en dollars. Ils veulent en sortir et être indépendants. La Chine veut être indépendante, la Russie veut être indépendante et l’Iran aussi le veut. Ils ne veulent plus être gouvernés par le dollar américain. Et un chemin possible serait de vendre le pétrole contre des yuans, qui peuvent eux-mêmes être échangés contre de l’or. Ces pays peuvent donc échapper à l’hégémonie de Bretton Woods, à l’empire des dettes, à la monnaie de réserve mondiale, le dollar, qui règne depuis la Seconde Guerre mondiale. Je pense que c’est un nouveau départ.

Présentateur : Les USA peuvent-ils faire quelque chose contre cela ? Ils ne vont certainement pas être contents de perdre le pétrodollar. Comment penses-tu qu’ils vont retourner la frappe ?

Max Keiser : Ils vont frapper en retour. Ils vont commencer une guerre, peut-être entre le Japon et la Chine, peut-être contre la Corée du Nord. Les États-Unis vont tout mettre en œuvre pour garder le dollar américain comme devise de la réserve mondiale. Ils vont attaquer un pays comme il l’ont fait en Afghanistan. Là ils n’ont aucun scrupule car il s’agit de la base de l’empire US. Celui-ci n’est pas basé sur des territoires, ni sur des biens matériels, mais sur le « rent seeking », en français « la recherche de rentes », sur le fait de prêter des dollars et de prendre des intérêts. Quand des pays ne peuvent pas payer, alors on leur prend leurs ressources. C’est ce qui est arrivé en Amérique du sud. C’est ainsi que les États-Unis ont construit leur empire. Les pays qui se sont levés contre le cartel financier des USA sont la Chine, la Russie et l’Iran et maintenant ils vont se séparer du dollar avec un nouveau contrat. Et ils sont aussi intéressés par les monnaies cryptées, car celles-ci sont également une manière de sortir du dollar américain. Le dollar est tout juste encore gardé en vie par les agissements du Pentagone et par les manigances des banques centrales. Mais quand ce jeu va venir à la lumière, le dollar va s’effondrer de manière impressionnante.

Commentaires : Une guerre des États-Unis contre la Chine via le Japon ou la Corée du Nord semble peu probable. Par contre les États-Unis tenteront de saboter tous les accords commerciaux entre la Chine et d’autres pays par un renforcement du contrôle militaire.

Aujourd’hui, les États-Unis poursuivent des politiques similaires : les patrouilles de la flotte navale américaine contrôlent les voies maritimes commerciales et les ressources pétrolières off-shore de la Chine via ses bases à l’étranger. La Maison Blanche de Obama et Clinton est en train de développer une réponse militaire rapide impliquant des bases en Australie, aux Philippines et ailleurs en Asie. Les États-Unis intensifient leurs efforts pour saper l’accès des Chinois à l’étranger aux ressources stratégiques tout en soutenant les séparatistes et les insurgés de base en Chine occidentale, au Tibet, au Soudan, en Birmanie, en Iran, en Libye, en Syrie et ailleurs. Les accords militaires américains avec l’Inde et l’installation d’un régime fantoche au Pakistan ont fait progresser sa stratégie d’isolement de la Chine. Alors que la Chine maintient sa politique de « développement harmonieux » et de « non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays », elle est restée neutre quand l’armée impérialiste des Etats-Unis et de l’Europe a attaqué une grande partie des partenaires commerciaux chinois pour inverser l’expansion commerciale pacifique de la Chine.
James PETRAS, Chine : hausse, chute et ré-émergence en tant que puissance mondiale, Chine en Question, 07/03/2012.

Ces propos, datant de 2012, doivent être nuancés à la lumière d’événements récents comme le fait que la banque centrale du Pakistan a donné son feu vert à l’utilisation du yuan chinois pour le commerce bilatéral, garantissant que les importations, les exportations et les transactions financières pourront être libellées dans cette devise.
Le Pakistan supprime le dollar, Réseau International, 04/01/2018.
Le Pakistan lâche le dollar pour les échanges commerciaux avec la Chine, Réseau International, 06/01/2018.

Max KEISER, Les USA essaient de sauver le pétrodollar au moyen de guerres, Medien-Klagemauer.TV, 04/01/2018.

Lire aussi :
La bombe du pétroyuan et sa relation avec la nouvelle doctrine de sécurité nationale des USA, Entelekehia, 26/12/2017.
Le pétroyuan va-t-il tuer le pétrodollar ?, Entelekehia, 29/12/2017.
Dossier documentaire Economie Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.