Chine en Question

Blog dédié au Monde asiatique

Un témoignage au service de la propagande


 

à Samir Bakhtar
L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence… voilà l’équation.
Averroès

Je n’ai aucune sympathie pour XI Jinping comme je m’en suis expliqué dans l’article C’est probablement le début de la fin, mais je ne suis pas assez naïf non plus pour copier-coller la nauséabonde propagande occidentale contre la Chine.

Je me garderai bien de donner des leçons de démocratie aux Chinois, mais j’en donnerai davantage aux Français qui, de l’im-Monde à Charlie hebdo, se vautrent dans le racisme catho-laïque bien pensant mais ignorant.

Gulbahar HAITIWAJI, Rozenn MORGAT, Rescapée du goulag chinois, Éditions des Équateurs, 2021 [Texte en ligne].

Le matraquage médiatique autour de ce livre est tel que je n’avais même pas pris la peine de le télécharger. Mais la critique d’Emmanuel Wathelet [1] m’a incité à perdre un peu de mon temps pour parcourir cet ultième monument de la propagande anti-chinoise. Ma critique sera circonstanciée mais volontairement courte.

L’avant-propos, signé Rozenn Morgat, présente la famille Haitiwaji comme des réfugiés politiques, sans en donner la preuve, qui vivent dans un appartement à Boulogne. Elle ne dit rien de leurs ressources en France, mais des détails, comme celui du canapé blanc, montrent qu’ils sont loin de la misère des émigrés maghrébins ou africains.

Sur le fond, il ne s’agit pas d’un témoignage direct, mais des dires de Gulbahar Haitiwaji traduits (remaniés) par Gulhumar Haitiwaji, sa fille, mis en forme (profondément remaniés) et très longuement commentés par Rozenn Morgat, journaliste au Figaro. Sa contribution est déterminante car, comme je le montre plus loin dans l’analyse d’un chapitre pris au hasard, son discours occupe plus de 57% de l’espace !

L’usage du mot « goulag » dans le titre révèle d’emblée beaucoup de choses sur ses intentions. Une page du chapitre 13 évoque les laogai en les assimilant aux goulags. Ce tour de passe-passe sémantique, un copier-coller de Wikipédia, révèle la manipulation de la journaliste qui ajoute deux termes non usités par les Chinois mais par les médias occidentaux :

Introduits par Mao Tsé-toung en 1957, les laogai, littéralement des « centres de réforme par le travail », étaient à l’empire du Milieu ce que le Goulag était à l’URSS.

Nommer la Chine « empire du Milieu » relève de la propagande anti-chinoise car zhōng guó se traduit par « pays du milieu » et la Chine est une République depuis le 1er janvier 1912 [2].
Assimiler laogai et goulag permet de conditionner le lecteur pour provoquer le réflexe pavlovien de la peur de la terreur rouge, entretenue depuis plus d’un siècle.

Beaucoup de mots sont utilisés par la journaliste pour alimenter ce climat. Voici un aperçu d’occurrences classées par ordre de fréquence :

camp = 145
prison = 79
rééducation = 62
peur = 35
mort = 28
torture = 13
angoisse = 11
violence = 11
goulag = 3
crainte = 3
inquiétude = 3
effroi = 1
terreur = 1

Le chapitre 12 commence (p.123) comme un témoignage écrit à la première personne puis bascule rapidement (p.125) « Dehors, au Xinjiang, la répression s’accélère. » Qui parle ? Ce n’est pas Gulbahar Haitiwaji puisqu’elle enfermée et donc ignorante non seulement de ce qui se passe au Xinjiang, mais plus encore ailleurs en Europe ou à l’ONU. Elle a d’ailleurs dit précédemment « Je n’ai aucune idée des événements extérieurs » (p.121). C’est évidemment Rozenn Morgat qui réécrit ce que ses confrères et consœurs journalistes propagandaient à l’époque. Cette prose écolière se poursuit sur 6 pages.

Le récit revient au mode témoignage (p.132), mais Gulbahar Haitiwaji (un doute subsiste sur la véritable locutrice) rapporte le combat de sa fille, dont elle n’a eu connaissance qu’après coup (il s’agit donc d’une reconstruction réalisée par Gulbahar ou par Gulhumar ou par la mère et la fille), en faisant le lien avec l’intermède journalistique de Rozenn Morgat des pages précédentes (en gras) :

Le combat de Gulhumar piétine, loin des rampes médiatiques et des regards entendus des experts onusiens. Alors que les révélations sur les camps de rééducation se déversent partout, ma fille lance des bouteilles à la mer pour me faire libérer. Elle toque à toutes les portes : celles de familles ouïghoures exilées [lesquelles ?], de personnalités de la diaspora [lesquels ?], d’avocats spécialistes des droits de l’homme [lesquels ?]. Ils lui prodiguent conseils et réconfort, mais pas de résultat.

Le chapitre 12 se termine (p.133) par une série de suppositions (en gras) :

J’imagine des policiers.
Comme si la ligne, tout d’un coup, n’existait plus ; comme si le numéro, soudain, avait été supprimé.
Depuis deux ans, mes filles et mon mari imaginent le pire : ils me croient morte.

Selon Rozenn Morgat, Gulbahar Haitiwaji pratiquerait un islam « modéré ». Or elle traduit toujours Allāh par Dieu comme pour effacer tout référence à la religion musulmane dénoncée comme rétrograde et à ce titre combattue en France :

Hommes et femmes prient Dieu dans des mosquées et pas dans des temples bouddhistes
C’était Gulhumar, mon Dieu !
Dieu soit loué, ils t’ont laissée partir !
Mon Dieu, faites qu’ils m’envoient à l’école.
Mon Dieu, qu’est-ce qu’on s’ennuyait !
Moi qui n’étais pas une croyante fervente, je me suis tournée vers Dieu.
Dans cette position, impossible pour la caméra de repérer mes murmures à Dieu.
Mon Dieu, ils ont pris Madina.
Il n’y a plus que Dieu qui puisse m’entendre.
Mon Dieu, ou les emmènent-ils ?
Mon Dieu, je rentrais à la maison
Mon Dieu, que c’est lent !

Pour conclure, je vous invite à lire le témoignage de Laurène Beaumond, journaliste française qui a vécu sept ans en Chine et a effectué une dizaine de séjours au Xinjiang [3] :

Dans le Xinjiang, tous les panneaux de signalisation et les enseignes des magasins sont en mandarin et en langue turcophone parlée par les Ouïghours. Les documents administratifs sont également dans les deux langues. Ayant été victime d’un pépin de santé qui m’a obligée à rester hospitalisée une semaine à Urumqi en 2016, j’ai été soignée par une équipe de médecins ouïghours dans un établissement situé juste à côté d’une des plus grandes mosquées de la ville. Chaque matin, j’étais réveillée par le chant du muezzin qui appelait les fidèles à la prière et la cantine de l’hôpital était 100% halal.

La polémique sur le coton du Xinjiang est particulièrement injuste. Des travailleurs forcés ouïghours pour ramasser les fleurs de coton dans les champs ? Sommes-nous toujours au temps de l’esclavagisme aux États-Unis ? Heureusement que le ridicule ne tue pas… Plus de 70% du coton est ramassé mécaniquement, vu l’immensité des parcelles.

27/03/2021
dernière citation ajoutée le 02/04/2021 (jour de mon anniversaire)
Serge LEFORT
Citoyen du Monde et rédacteur de Chine en Question

Lire aussi :
Dossier Chine – Xinjiang, Monde en Question.
Revue de presse Chine – Xinjiang, Chine en Question.
Droits de l’homme en Chine, Chine en Question.
Dossier Politique Chine, Monde en Question.
Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.
Revue de presse, Monde en Question.


Notes et références


[1] Lire : J’ai lu « Rescapée du goulag chinois » (1/5), Le blog du radis, 23/03/2021. À suivre
Sous la IIIe République les radicaux étaient comparés aux radis : « rouges à l’extérieur, blancs à l’intérieur et toujours près du beurre » car ils se prétendaient politiquement à gauche, mais étaient économiquement et socialement à droite et participaient à tous les gouvernements.
Serge BERSTEIN et Marcel RUBY (sous la direction de), Un siècle de radicalisme, 2004 [Texte en ligne]


[2] Lire :
中国 zhōng guó, Chine en Question.
Articles critiquant l’expression Empire du Milieu, Chine en Question.


[3] Lire :
– « Mon » Xinjiang Halte à la tyrannie des fake news, Bruno GuigueRéseau International, 01/04/2021.
– Ruolin Zheng répond à la campagne anti-chinoise, SoundCloud, 10/03/2021.
Les accusations de génocide, selon lui, sont totalement sans fondement. La croissance stable de la population ouïgoure au Xinjiang en est une preuve. Les Ouïghours furent exemptés de la loi de l’enfant unique. Les familles pouvaient avoir 2, 3 et 4 enfants. L’accusation de « génocide culturel » ne tient pas non plus car la langue Ouïghour et la religion musulmane se portent très bien.

3 réponses à “Un témoignage au service de la propagande

  1. SB 08/04/2021 à 00:18

    Quelle crédibilité pensez-vous avoir lorsque vous citez Laurène Beaumond ?
    -> PS : N’essayez pas de nous avoir avec l’article malheureux du Monde qui a fauté en s’avançant sur la fausse identité de cette personne.

    Je vous reproche exactement la même chose qu’à Monsieur Wathelet, vous cherchez toujours un contre exemple et vous le contextualiser à votre sauce sans évidemment être complet. Vous parlez de Laurène Beaumond ainsi : « Laurène Beaumond, journaliste française qui a vécu sept ans en Chine et a effectué une dizaine de séjours au Xinjiang ». Comme par hasard, vous oubliez de préciser que cette journaliste à travailler à la chaine nationale chinoise CGTN, une chaine qui ne cache pas bien sûr sa proximité avec le parti au pouvoir de Xi Jinping. Un parti, qui, rappelons-le, ne cesse de mener des campagnes nationales et internationales contre les « horribles mensonges » que portent les occidentaux sur le Xinjang. Donc bizarrement, vous oubliez de citer cette proximité qu’à Laurène Beaumond avec la chaine CGTN et donc le parti chinois au pouvoir. A ce moment-là, on peut bien sûr se poser la question de la neutralité des propos de cette journaliste, et donc déplorer le fait qu’elle ne semble pas prendre un parti pris indépendant, au vu de son passé lié au pouvoir chinois..

    A croire que Laurène Beaumond porte une autre discours que Antoine Védeilhé par exemple, ancien correspondant de France 24 à Shanghai, qui a filmé les camps pour un reportage sorti en 2019. «J’ai fait trois voyages au Xinjiang. A chaque fois j’ai été suivi, arrêté, intimidé par la police qui tambourinait à la porte de l’hôtel toute la nuit, raconte-t-il à CheckNews. La troisième fois, on a été arrêté sept fois en deux jours, c’est devenu impossible de travailler.»

  2. Monde en Question 08/04/2021 à 15:52

    Vos sources journalistiques ne valent rien comme je l’ai analysé ici.
    Je constate que vous êtes incapable de produire vos références de « chercheurs/historiens/universitaires de tout bord confondus » (sic) qui détiendraient la vérité sur le Xinjiang.

  3. SB 09/04/2021 à 12:56

    Ha c’est bizarre, quand on confronte vos propos entre les liens étroits qu’entretient Laurène Beaumond avec la chaine CGTN et le pouvoir chinois, vous ne répondez pas ?

    Ha oui, vous préférez rester sur votre cheval de bataille : écrire sur des blogs à vos convaincus, stigmatiser le moindre article des « médias dominants » (on ira loin avec vous), et refuser tout débat avec des historien.enne.s. qui ne portent pas le même discours que vous.

    @MONDE EN QUESTION

    Qu’est ce que vous ne comprenez pas à la suite de cette réponse ?

    « Je déplore le fait que vous n’avez pas pris la peine de lire les articles que j’ai envoyé (on a tous la flemme parfois, je vous en veux pas promis). Alors pour votre info, et d’ailleurs Breaking News : « un article de journalistes » peut faire intervenir dans son papier des spécialistes en la matière, et donc notamment des universitaires/chercheurs/historiens. Alors vu que vous souhaitez en apprendre tous les jours, et ça tombe bien car entre nous on aura au moins un point commun (on fait partie du même clan du coup ?), je vous invite à vous renseigner sur les historiens et universitaires qui sont invités à prendre la parole sur les articles (ci-dessus) / Podcasts de France Culture ou de Slate par exemple. »

    Au lieu d’aller chercher les personnes invitées dans ces articles, vous avez uniquement ressortis les journalistes qui ont signés ces papiers. Allez-vous encore continuer longtemps cette démarche ?
    Voici donc quelques universitaires qui ont pris la parole dans les liens mentionnés ci-dessus :
    Guillaume Erner
    thierry kellner
    Hanna Burdorf
    Rémi Castets

    Je vous invite donc à ouvrir le débat avec des chercheurs.euses qui ne font figurent que d’exemples dans ceux et celles que j’ai mentionné ci-dessus. Je terminerai par vos propos :

    « J’ai l’impression qu’il y a un grand malentendu entre nous car vous cherchez des universitaires agréés par les médias dominants. Je ne fais pas partie de cette castre, mais rassurez-vous l’immense majorité des sinologues français en sont. »

    Voilà la différence entre vous et moi, c’est que je ne cherche pas à stigmatiser et à mettre tout le monde dans le même sac. Avec ce type de commentaire, vous ne cherchez qu’à diviser, alors que moi au contraire, je viens sur ce genre de blog, dont je ne partage pas du tout le même point de vue, et j’invite à ce que des personnes comme vous et Monsieur Wathelet viennent confronter leurs propos avec d’autres chercheurs et universitaires pour enrichir le débat autour de cette problématique. Visiblement, vous préférez éviter cette proposition et passer votre temps à la chasse aux sorcières avec vos généralités et stigmatisations.

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