Chine en Question

Blog dédié au Monde asiatique

Chine – Cinéma


Chine – Cinémas, Monde chinois nº36, 2013.
Le 23 novembre dernier à Taipei la cérémonie des Golden Horse Awards voyait rassembler les plus grandes stars du cinéma de cette partie de l’Asie. Andy Lau (connu pour « Infernal Affairs »), Tony Leung Chiu Fai, l’égérie masculine de Wong Kar-wai, Zhang Ziyi (qui affronte le précédent dans « Grandmaster »), Shu Qi ou Maggie Cheung ne boudaient pas leur plaisir de se voir ovationnés par les foules adolescentes. Le jury, présidé par le cinéaste taïwanais Ang Lee, récompensait le Singapourien Anthony Chen et le taïwanais Tsai Ming-liang. Deux attributions respectant l’ensemble des sensibilités et faisant de Taïwan, l’espace d’un soir et grâce à la présence de centaines de journalistes, le centre du monde chinois. Pour autant, tout spectaculaire que fut cet événement, il ne dissimulait guère le malaise qui, depuis longtemps, a gagné une partie de la profession.

L’essor international du cinéma taïwanais s’est en effet accompagné d’un effondrement sur son propre marché. Paradoxe s’il en est, car les interprètes et les compositeurs originaires de l’île dominent le marché de la mandopop (la pop en mandarin) aussi bien sur le continent que dans les Sud-Est asiatique. Le cinéma, la production de programmes télévision ainsi que l’édition ont généré 16 milliards d’euros de revenus en 2010. La dixième économie mondiale voudrait d’autant plus être une puissance culturelle que l’histoire la prive de la possibilité d’exister sur la scène internationale, faute de représentation diplomatique dans la quasi-totalité des pays du globe. Si bien que la culture est pour Taïwan – bien davantage encore que la Chine – à la fois un instrument politique et un outil économique. L’État a attendu 2012 pour créer un ministère de la culture, geste – comme le remarque Thomas Sentinel – qui parachève la « mutation du vieux système dans lequel les arts dépendaient du ministère de l’information. Il s’agit maintenant de soutenir les industries culturelles, de faire briller l’étoile du pays à travers le monde ». Thomas Sentinel, Quotas taïwanais contre censure chinoise,… L’enjeu est de taille et s’inscrit pleinement dans la compétition que se livre Pékin et Taipei concernant leur influence culturelle et politique ou ce que l’universitaire Joseph Nye a appelé le Soft power.

Au-delà de ces aspects qui ont trait tant à la géopolitique qu’à des enjeux considérables de nature économique, parler cinéma dans cette région du monde c’est aussi s’attacher à comprendre des sensibilités, des arts de faire auxquels nous ne pouvons être indifférents. Bien des films taïwanais et chinois font du cinéma avec l’histoire, la géographie et la culture chinoises, pas avec d’autres films. En ce sens, nombre de très grands cinéastes – et nous pensons à Jia Zhangke – dont le dernier film, « A touch of sin » sort en ce moment même sur les écrans parisien – Hou Hsiao-hsien ou Wang Kar-wai – sont plus proches des grands créateurs de forme des années 20 et 30, de Lang, Murnau, Dreyer et des formalistes soviétiques, que des animateurs des Nouvelles Vagues jaillies au sein des cinématographies de longue tradition (France, Italie, Japon) à partir du milieu des années 50.

Le dossier exceptionnel que Robin Dereux a rassemblé pour Monde Chinois Nouvelle Asie est un propos d’étape. Il donnera, soyons en sûrs, l’occasion de prochaines analyses sur une problématique incontournable, celle de la culture et plus généralement encore, celle qui a trait aux arts visuels dans l’espace chinois. Retranscrivant les actes du Forum sur le cinéma chinois qui s’est tenu, à l’automne, à l’Université de Paris 8, il ouvre des horizons nombreux en termes de réflexions sur les rapports entre image et pouvoir mais encore, comme le décrit Joël Bellassen, sur ce que nous offrent les traditions filmiques de cette partie du monde, en tant que médium privilégié pour accéder aux langages des civilisations de l’Asie orientale. L’angle principal retenu par nos intervenants est celui de l’histoire. Ainsi, Fu Hongxing et Wang Qianru nous livrent des témoignages intéressants que complètent admirablement Christophe Falin et Antoine Coppola ; ce dernier répondant à l’instar de Robin Dereux aux entretiens, portant sur les enjeux de mémoire notamment, conduits par Emmanuel Lincot. Ce dernier, en tant que spécialiste de l’histoire culturelle de la Chine contemporaine, aborde d’une manière transversale les liens qui unissent le cinéaste Jia Zhangke au peintre Liu Xiaodong ; symptômes d’une configuration plus vaste qui est celle de la Chine et de ses mutations à la fois culturelles et urbaines. Cet ensemble trouve son point d’orgue à travers les commentaires de Raymond Delambre d’une part, mettant en perspective le cinéma chinois dans son vis-à-vis américain et ceux de Nathan Seiller-Mann, de l’autre, sur les caractéristiques de l’industrie cinématographique en Corée du Sud.
Outre cette approche globale sur une thématique que nous n’avions pas encore abordée, Monde Chinois Nouvelle Asie propose les meilleures contributions, dans le cadre de ses rubriques additives, sur les questions stratégiques du temps présent. En mer de Chine, tant du point de vue japonais que taïwanais, avec les analyses d’Edouard Pflimlin et de Paul André ou bien encore, sur l’extrémisme religieux en Asie centrale qu’aborde Panpi Etchevery. S’ajoutent les chroniques régionales d’Eric Mottet, Barthélémy Courmont et Gaël Raballand puis les entretiens menés respectivement avec le sinologue François Jullien et la romancière Chantal Pelletier par la journaliste Françoise Objois. C’est cette même forme d’enquête participative qui a guidé Emmanuel Lincot à la rencontre des rockers du groupe taïwanais Mayday et du non moindre célèbre chanteur de folk chinois, Zuoxiao Zuzhou.
Enfin, ce numéro se termine, dans un premier temps, par une Tribune Libre nourrie des arguments de Seyni Diop sur la récente rupture diplomatique entre la Gambie et Taïwan dont il mesure les conséquences quant à l’avenir de la République de Chine sur le continent africain ; puis, dans un second temps, par une série de recensions d’ouvrages les plus récents, lus et commentés par Françaois Objois, Barthélémy Courmont et Emmanuel Lincot que nous avons le plaisir de vous soumettre en ce début de nouvel an.

Lire aussi :
Dossier documentaire Chine, Monde en Question.
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Veille informationnelle 中國 Chine, Monde en Question.

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