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Cent jours de troubles au Maghreb et au Moyen-Orient


Il y a environ 100 jours, un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes en Tunisie, ne s’attendait pas à plonger le Moyen-Orient dans une période de troubles d’envergures en s’immolant par le feu, dans le sud de la capitale, Tunis.

Le jeune Tunisien, âgé de 26 ans, s’est donné la mort par le feu le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzidi, au sud de Tunis, après que la police eut confisqué ses fruits, l’eut giflé et eut refusé d’entendre ses plaintes.

Sa mort tragique, un événement qui aurait pu rester localisé en Tunisie, est à l’origine des troubles qui se sont propagés rapidement au Moyen-Orient et qui se poursuivent encore aujourd’hui, laissant la région ainsi que le monde entier se demander quand le mouvement va retomber.

Les perturbations au Moyen-Orient chamboulent le monde

Le Moyen-Orient occupe une position stratégique car il relie trois continents – l’Europe, l’Asie et l’Afrique, et trois mers – la Méditerranée, la mer Rouge et la mer d’Oman.

Son importance stratégique, ses ressources pétrolières, ainsi que son histoire et sa culture ont fait du Moyen-Orient un acteur extraordinaire dans la politique mondiale moderne. Tout événement majeur dans cette région peut influencer grandement la scène politique mondiale.

Dans la deuxième décennie du nouveau millénaire, le Moyen-Orient a de nouveau choqué le monde :

Le 14 janvier 2011, le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, a été contraint de démissionner. Il a été suivi par le président égyptien Hosni Moubarak, qui a démissionné le 11 février après un règne de 30 ans.

Depuis fin février, la détérioration de la situation en Libye a provoqué l’évacuation de ressortissants étrangers, tandis que les affrontements sanglants entre les forces gouvernementales et les groupes rebelles se poursuivent toujours.

Le 15 mars, le roi de Bahreïn a déclaré l’état d’urgence, et des forces de sécurité venues d’Arabie saoudite ainsi que de plusieurs autres pays ont été déployées à Bahreïn pour maintenir l’ordre.

Le 19 mars, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni ont lancé une opération militaire contre la Libye, comprenant des raids aériens sur la capitale libyenne, Tripoli, et ses alentours.

Le 25 mars, le président yéménite Ali Abdallah Saleh s’est déclaré prêt à transmettre le pouvoir de manière pacifique.

100 jours après l’incident en Tunisie, des troubles politiques et sociaux, à des degrés divers, ont également été observés en Syrie, au Koweït, en Jordanie, au Maroc, en Algérie, à Oman et en Arabie saoudite.

Les causes sont différentes dans chaque pays. Selon les analyses, les appels à l’amélioration des conditions de vie constituent la principale raison des troubles en Tunisie et en Egypte ; tandis qu’à Bahreïn, vient s’ajouter un conflits religieux. En Libye et au Yémen, des différends de longue date entre tribus s’ajoutent aux troubles.

L’intervention extérieure directe ou indirecte, complique encore les troubles au Moyen-Orient, laissant une incertitude supplémentaire quant aux résultats des troubles, selon les analystes.

Quelles que soient les causes, les civils de ces pays ont payé un lourd tribu.

Selon les autorités libyennes, au moins 114 civils libyens ont été tués jusqu’à samedi dans les raids aériens menés par l’Occident contre le pays, avec plusieurs centaines autres blessés.

Les troubles ont également fait 110 morts en Tunisie, 365 en Egypte, une centaine au Yémen jusqu’à ce jour.

Peu de temps après le déclenchement des troubles en Tunisie, plus de 15 000 Tunisien se sont réfugiés vers l’île Lampedusa, au point extrême-sud de l’Italie, à quelque 110 km de la Tunisie.

En plus de l’évacuation des dizaines de milliers de ressortissants étrangers, plus de 330 000 Libyens ont fui leur maison depuis le début de la crise politique dans le pays.

Jusqu’à un million de réfugiés pourraient arriver aux pays européens à proximité si les troubles se poursuivent au Moyen-Orient, a estimé une agence italienne.

« Si un pays tombe dans la tourmente, nous voyons la vie et le respect humains en train de perdre. Comment peut-il y avoir la bonheur et la paix, » a déclaré en larmes un jeune homme libyen, Mustafa, à l’agence Xinhua.

Un vide de sécurité est apparu en Egypte, des prisonniers déguisés en policiers ayant fait du chantage les automobilistes à de faux points de contrôle. Les habitants du Caire dormaient avec un pistolet ou un couteau sous l’oreiller.

Une mère à Aden, dans le sud du Yémen, a dit qu’elle pourrait entendre les tirs de feu tous les jours et que les troubles consécutifs ont plongé sa famille dans le chaos.

Tous les soirs vers 20h00 ou 21h00, heure locale, des obus avec des flammes orange ont été observés au ciel sombre de Tripoli, a témoigné un journaliste de Xinhua.

Dans les pays en proie à des troubles, la vie normale n’est plus possible.

Coût économique des troubles

Les troubles au Moyen-Orient ont également des résultats tels que la flambée des cours du pétrole, qui affecte à la fois les pays développés et ceux en voie de développement, et laisse davantage d’incertitude sur le redressement économique mondial.

De graves agitations sociales au Moyen-Orient ont été une source de la hausse des prix du pétrole, qui avait provoqué trois des cinq dernières récessions économiques mondiales, a indiqué Nouriel Roubini, professeur de l’Université de New York.

Selon lui, l’agitation politique au Moyen-Orient a de puissants impacts économiques et financiers, notamment parce qu’elle augmente le risque de la stagflation, une combinaison fatale de la baisse de croissance et de la hausse d’inflation.

En cas de la stagflation, il y aurait de gros risque d’une récession en double creux pour l’économie mondiale, qui sort à peine de la plus grave crise depuis plusieurs décennies, a-t-il ajouté.

Le Moyen-Orient est la zone principale de la production de pétrole, qui produit quotidiennement un tiers de la production mondiale. La moindre agitation dans cette région pourrait immédiatement affecter les prix du pétrole sur le marché international. Et c’est ce qu’on a vu depuis des mois.

En janvier, suite aux émeutes en Tunisie et en Egypte, des perturbations immédiates ont été vues sur le marché international du pétrole, bien que les deux pays ne sont pas des producteurs de pétrole.

En février, la production quotidienne du brut en Libye avait plongé de 1,6 millions de barils par jour à un quart de chiffre, car la situation sécuritaire dans ce pays s’est détériorée dramatiquement, provoquant la panique sur le marché énergétique international.

En mars, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale), Ben Bernanke, a dit lors d’une audience au Congrès américain, que la montée à long terme des prix de pétrole pourrait augmenter les prévisions d’inflation et diminuer la confiance des consommateurs.

Après les raids aériens lancés le 19 mars par la coalition de pays occidentaux, les exportations de brut libyennes ont été suspendues totalement, affectant l’économie de nombreux pays européens.

Des économistes ont averti que la stabilité économique et financière de la zone euro pourrait être menacée si la situation ne s’améliore pas.

Toutefois, les économies en développement sont les plus touchées.

Une étude conduite par HSBC montre que si le prix du pétrole atteint 120 dollars américains par baril, le taux d’inflation devrait augmenter de 1,3% en Inde et 1,2% en Indonésie.

Si les prix de pétrole dépassaient durablement le seuil des 120 dollars le baril, il y aurait « une baisse dramatique de la croissance mondiale », a dit Jonathan Garner, expert de Morgan Stanley.

Goldman Sachs, en outre, a averti que le prix du pétrole pourrait encore grimper si les émeutes gagnaient en ampleur.

Stabilité avant tout

La mondialisation a donné plus d’importance au Moyen-Orient, mais elle a aussi excité la convoitise des grandes puissances pour cette région en raison de sa position stratégique et de ses riches ressources pétrolières, ce qui a mis beaucoup de pays au défi de poursuivre leur développement indépendant.

En jetant un regard rétrospectif, on réalise que l’ingérence extérieure a toujours provoqué des turbulences au Moyen-Orient depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale.

Les manipulations en coulisses et les interventions directes de certaines puissances ont provoqué des troubles dans la région et compliqué la situation.

Les démarches plus marquées et plus controversées étaient les frappes militaires lancées par la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne, dès le 19 mars, contre le gouvernement libyen de Mouammar Kadhafi.

Nombre de pays et d’organisations régionales, dont la Ligue arabe et l’Union africaine, ont interpellé l’Occident sur leurs agissements et déploré que les actions occidentales aient été menées sous l’enseigne d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye pour protéger les civils.

Le journal espagnol Rébellion indique que les pays occidentaux ont incité les contradictions internes en Tunisie et en Egypte et créé un effet domino ou une contagion qui ont peu à peu gagné le Yémen, l’Algérie et d’autres pays arabes.

Le journal Guardian rapporte sur son site internet que la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis ainsi que certains autres pays font l’objet de critiques à cause de leur intervention militaire en Libye et que le dernier sondage a montré que tout comme la plupart des Britanniques qui ont émis des doutes sur l’action de leur gouvernement, de nombreux pays du monde estiment que les raids aériens contre la Libye présentaient un haut risque et qu’ils visaient un but spécifique des parties qui y ont pris part.

Dans un article publié au lendemain du début des actions de la coalition militaire contre la Libye, le Los Angeles Times estime que la raison de lancer cette opération précipitée (contre la Libye) réside dans le fait que le président français Nicolas Sarkozy « a besoin d’une montée de sa cote politique » avant l’élection présidentielle en 2012.

« Pour la France, la Libye est importante, en partie parce que ce pays est frontalier avec quatre pays francophones d’importance stratégique de la France : la Tunisie, l’Algérie, le Tchad et le Niger. La France importe aussi du pétrole de Libye … », ajoute l’article.

Le chroniqueur du Washington Post, Eugene Robinson, est allé jusqu’à dénoncer l’intervention de l’Occident contre la Libye en ces termes : « Epargnez-nous toutes vos homélies sur les droits universels et la liberté. Nous savons qu’il ne s’agit pas de justice, mais de pouvoir ».

Au fil des ans, le Moyen-Orient a été le théâtre du terrorisme avec les conflits et violences internes. Toutefois, il se peut que le flot massif de réfugiés – si le chaos perdure encore – puisse déboucher sur un déséquilibre de la balance de la sécurité régionale et par conséquent mettre en danger la sécurité dans le monde.

« Nous craignons que ce qui se passe maintenant en Libye puisse permettre aux groupes terroristes en Somalie, en Afghanistan et en Irak de s’étendre sur le sol africain », avertit Mahbub Moalim, secrétaire général de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, arguant que la situation au Moyen-Orient continue à empirer.

Dans le même temps, du fait que l’Egypte contrôle le canal de Suez qui représente grosso modo 8% du volume du commerce maritime mondial, que Bahreïn occupe une position stratégique dans le Golfe et que le Yémen borde la mer arabique, le Golfe d’Aden et la mer Rouge, les remous politiques et sociaux au Moyen-Orient pourraient être une menace pour les échanges maritimes du monde.

Du coup, les gens pourraient se retrouver devant un dilemme entre l’illusion, l’espoir et la réalité. Mais les leçons historiques enseignent que les troubles massifs ne conduisent pas à la paix et à l’ordre à l’échelle mondiale. Dans de nombreux cas, ils sont pour conséquence la récession économique et les souffrances du peuple.

Il n’est aucun doute que les peuples du Moyen-Orient, comme ceux du reste du monde, aspirent à un développement plus rapide et à la modernisation. Or, la clé de tout cela réside dans la stabilité de la région.

Il paraît ambitieux de s’attendre à un tournant rapide de la situation dans la région du Moyen-Orient. Bref, l’accès à l’indépendance, la stabilité, la paix, le développement et la prospérité constituent un rêve que caressent les peuples de cette région et du monde en général.

28/03/2011
Xinhua

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Xinhua
Renmin Ribao

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