Chine en Question

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L’Egypte et la Chine


Selon les médias dominants, les événements d’Egypte inquiéteraient tant le pouvoir chinois qu’il contrôlerait et censurerait les informations. Or, la lecture des dépêches de l’agence de presse chinoise Xinhua prouve qu’il s’agit de la propagande récurrente des médias occidentaux contre la Chine.

Ainsi le Nouvel Obs du 02/02/2011 affirme que :

Les médias chinois mettent l’accent sur le chaos engendré par la révolte égyptienne, ignorant la dénonciation par les manifestants de l’autocratie et de la corruption, deux sujets sensibles en Chine.

Mensonges puisque l’agence Xinhua écrivait le 28/01/2001 :

Des milliers d’Egyptiens sont descendus ces derniers jours dans la rue dans des manifestations sans précédent pour dénoncer la corruption, la pauvreté et le chômage et réclamer le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans.

Un peu plus objectif, Courrier international reconnaît que « la presse chinoise a utilisé l’angle économique pour expliquer les troubles » :

Le site officiel Renmin Wang [Renmin Ribao] critique ouvertement les médias occidentaux, ainsi que certains journaux chinois, qui ont selon lui utilisé abusivement les concepts de « liberté » et de « démocratie » pour décrire les soulèvements. Le site considère que cette attitude est hypocrite, car « les Occidentaux qui incitent les Egyptiens à descendre dans la rue ne les aideront pas à trouver un travail et ne partageront pas avec eux leurs privilèges ». Dans ces pays où le taux de chômage est monté en flèche ces dernières années, il ne sera pas facile de créer de nouveaux emplois, et « ce n’est pas des élections libres qui vont résoudre ce problème », ajoute le site officiel.

Au-delà de la propagande occidentale récurrente contre la Chine [1], force est de constater que la grille de lecture des événements est bien différente en Occident et en Chine.

Alors que c’est au cri de Pain, liberté et dignité ! que les Égyptiens sont descendus dans la rue, les commentaires des médias occidentaux prétendent que les Égyptiens réclameraient avant tout la démocratie – catéchisme du néocolonialisme – comme si la démocratie pouvait résoudre les problèmes sociaux. Partout dans le monde, les gouvernements dits démocratiques s’inclinent devant les exigences du marché c’est-à-dire la soif de profits des actionnaires au prix d’un accroissement de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion. Depuis 2008, la crise a plongé dans la pauvreté des millions de salariés et a accentué les écarts entre riches et pauvres dans les pays occidentaux.

Non seulement les médias occidentaux mais aussi les organisations « révolutionnaires » nous débitent un discours cuit et recuit qui esquive le social au profit du politique en pronostiquant une révolution démocratique [2] alors que pas une seule des centaines d’émeutes de la faim survenues un peu partout dans le monde, depuis 2008, n’a débouché sur un mouvement de contestation politique durable. Ce seul chiffre explique plus LES événements d’Egypte que les discours partisans : 40% des Égyptiens, c’est-à-dire 32 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour.

08/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

[note du 11/02/2011] Lire aussi : Esther BENBASSA, Révoltes dans le monde arabe : notre arrogance colonialiste, Rue89.

Revue de presse :
• L’usure du régime de Moubarak, Lutte de Classe n°92, Novembre 2005.

Après plus de vingt ans de pouvoir ininterrompu de Moubarak, son régime donne des signes d’usure. La crise économique et sociale, mais aussi les conflits permanents de la région moyen-orientale et leurs conséquences, ainsi que la perspective de devoir assurer la succession d’un président désormais âgé, ne sont pas sans provoquer des fissures dans l’appareil du pouvoir et dans la société.

• Les ouvrières égyptiennes aux avant-postes du combat social, BabelMed, 16/04/2008.

Les usines d’Egypte sont maintenant la ligne de front du mouvement des travailleurs qui a débuté en décembre 2006, lorsque les ouvriers textiles ont été 10.000 à manifester à Mahallah Al Kobra, cité industrielle du delta du Nil. Cette mobilisation sans précédent a marqué le point de départ d’une vague de grèves, la plus grande dans le pays depuis les années 1940 selon les spécialistes.

• Maghreb : un profond malaise social, une absence de perspectives politiques, Le PointCourrier international, 06/01/2011.

Les violentes protestations sociales en Algérie et en Tunisie témoignent d’un malaise social profond, touchant en particulier les jeunes diplomés, aggravé par la crise économique et l’usure des élites politiques, estiment des experts interrogés par l’AFP.

• La crise économique enflamme un Maghreb déjà sous tension, L’Expansion, 07/01/2011.

Après la Tunisie, c’est l’Algérie qui connaît des émeutes violentes, dans plusieurs villes du pays. Le malaise social, particulièrement profond au sein de la jeunesse, est exacerbé par les conséquences de la crise économique.

• Égypte : malaise social, Arte, 27/01/2011.

Ce sont les jeunes – qui ont grandi sous le régime d’Hosni Moubarak et l’état d’urgence- qui se mobilisent le plus en faveur d’un changement en Égypte. Un pays gangréné par la corruption, le chômage et le manque de perspectives d’avenir.

• Le chômage au coeur de la crise, Radio-Canada, 27/01/2011.

Les troubles politiques qui secouent actuellement l’Égypte prennent racine dans un régime autocratique, mais aussi [et surtout] dans une économie qui fait du surplace et plombée par le chômage.
« Pain, liberté et dignité » est d’ailleurs un slogan des manifestants.

• Une économie au service d’une caste, Le Temps d’Algérie, 29/01/2011.

«Pain, liberté et dignité», ce sont les mots d’ordre des manifestants égyptiens qui continuaient hier à réclamer le départ du président Moubarak. Pour certains spécialistes, la révolte du peuple égyptien est d’essence socio-économique, car les richesses économiques ne profitent pas aux populations, réduites à la pauvreté et à la précarité extrême.

• Déclaration du Directeur général de l’OIT sur la situation en Egypte, OIT, 02/02/2011 – Le Point et RIA Novosti, 03/02/2011.

Depuis de nombreuses années, l’OIT dénonce l’ampleur du déficit de travail décent en Egypte et dans d’autres pays de la région, où le chômage, le sous-emploi et le travail informel demeurent parmi les plus élevés au monde. L’incapacité à gérer efficacement cette situation, avec toutes ses répercussions en termes de pauvreté et d’inégalités de développement, ainsi que les entraves à l’exercice des libertés fondamentales, ont déclenché ce déferlement historique de revendications populaires.

• Hosni Moubarak, le président égyptien assiégé, Xinhua, 03/02/2011.

Sa politique économique, relativement libérale, n’a bénéficié qu’à une poignée de personnes. Des millions d’Egyptiens sont au chômage et de nombreux habitants vivent dans un état de grande pauvreté.

• Moubarak hausse le salaire des fonctionnaires pour calmer le jeu, Le Point, 07/02/2011.

Le président égyptien Hosni Moubarak a tenté de gagner du temps lundi face aux manifestants qui réclament depuis deux semaines son départ immédiat, en promettant une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites.

• De 1789 à l’intifada égyptienne, le pain reste le symbole de la contestation sociale, Le Monde, 07/02/2011.

Comme en Tunisie, où, dans les manifestations de la révolution dite de jasmin, on brandissait des pains – toujours signe d’une sévère réprobation sociale -, en Egypte le pain est très présent dans le répertoire de l’action collective. Au pays des Pharaons, ce n’est pas un fait nouveau. En 1977, déjà, de façon spectaculaire, et encore en 2008, les émeutes du pain ont ébranlé le régime.

Lire aussi :
• Dossier d’actualité : Égypte, Yahoo! Actualités.
• Dossier : Troubles en Egypte, RIA Novosti.
• Revue, Égypte/Monde arabe.


[1] Deux exemples de questions qui ne font sens que pour ceux qui la posent :
• L’Egypte et la question chinoise, AGEFI, 04/02/2011.

Les différents régimes politiques en place depuis plusieurs décennies dans le Maghreb et au Moyen-Orient sont de plus en plus nombreux à se voir défiés par la rue arabe. L’inflation, la hausse du prix des matières premières et du chômage ont mené aux soulèvements tunisien et égyptien.
Les mêmes facteurs peuvent-ils à terme provoquer un bouleversement similaire en Chine ?

• Pourquoi l’Egypte devrait inquiéter la Chine, Les Echos, 09/02/2011.

Une interprétation purement économique des évènements en Tunisie et en Egypte serait trop simpliste – même si un tel exercice est très tentant pour un économiste. Ceci étant dit, il ne fait aucun doute que les soulèvements dans ces deux pays – et ailleurs dans le monde arabe – reflètent pleinement l’inaptitude de leurs gouvernements à partager la richesse.

[2] Références :
• Les États-Unis, l’Egypte et la lutte pour la révolution socialiste, WSWS, 29/01/2011.
• Derrière les révoltes en Egypte et dans les pays arabes, le spectre du développement des combats de classe, Courant Communiste International, 31/01/2011.
• Déclaration de la Quatrième Internationale sur la Tunisie et l’Égypte, NPA, 01/02/2011.
• Georges KALDY, Après Ben Ali, Moubarak menacé de tomber : Quelle politique pour les classes exploitées ?, Lutte Ouvrière, 02/02/2011.

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