Chine en Question

Blog dédié au Monde asiatique

Chine-Occident XVIe-XXIe siècle


ZHENG Lu-nian, Daniel HABER, Chine-Ocident – Le grand malentendu du XXIe siècle, L’Harmattan, 2010.

L’avènement de la Chine en tant que grande puissance, et bientôt hyper-puissance, pose la question, renouvelée, de ses rapports avec l’Occident. Pour la première fois depuis 500 ans, c’est-à-dire depuis la Renaissance européenne, l’Occident n’a plus le monopole de l’efficacité.
L’émergence de la Chine parachève celle de toute l’Asie, du Japon à l’Inde. La relation des deux civilisations entrées dans la modernité, l’occidentale et l’asiatique (dont la Chine est la matrice), devient cruciale pour la réussite de la globalisation. Or, les deux rencontres précédentes, aux XVIe et XIXe siècles, ont été de vrais chocs de civilisations.
La troisième rencontre, depuis l’ouverture de la Chine en 1978, est le sujet de ce livre : elle avait bien commencé avec le passage de la Chine à l’économie de marché et la confiance des investisseurs étrangers venus massivement en Chine.
Ce qui s’est passé juste avant les Jeux olympiques d’août 2008 noircit le tableau : l’affaire du Tibet, celle de la flamme olympique «attaquée», le mot de boycott des JO prononcé, tout cela a révélé des sentiments très complexes, mêlés de peur, de perplexité et de jalousie, qu’éprouve l’Occident face au réveil de ce «Dragon géant de l’Orient» prédit par Napoléon. Quant à la Chine, elle constate avec amertume que son entrée dans le concert des nations suscite encore doutes et critiques et se montre désormais vigilante face au complot supposé des «forces hostiles à la Chine» et réticente à adhérer aux «valeurs universelles» défendues par l’Occident.

Cet ouvrage n’est pas le premier qui traite des rapports Chine/Occident, mais c’est le plus récent. Écrit par un chinois et un français, il a l’avantage de clarifier les positions. Ainsi, le chinois traduit naturellement zhōng guó par « pays du milieu » alors que le français s’obstine à nommer la Chine « Empire du Milieu » – ce qui relève d’une ignorance crasse ou d’une propagande anti-chinoise car la Chine est une République depuis 1912. Qu’on se le dise !

Au XVIe siècle, l’Europe voulait imposer la religion chrétienne à la Chine. Au XIXe siècle, elle a imposé le commerce de l’opium via l’occupation militaire. Au XXe siècle, elle veut imposer la démocratie avec le même aveuglement des valeurs de la civilisation chinoise et la même logique impérialiste qui prétend que l’économie de marché et la démocratie serait des «valeurs universelles» et compatibles entre elles.

Les pages écrites par Daniel HABER, consultant en management interculturel (Jésuite du XXIe siècle), ressassent tous les poncifs et les griefs contre la Chine au nom des prétendues valeurs occidentales, qui se résument au droit du plus fort – au droit colonial – imposé en Amérique, en Afrique et en Asie. À l’heure où les dictatures africaines, soutenues par les gouvernements de droite et de gauche, vacillent, et où la Chine rachètent en dollar la dette des pays européens, il est temps de regarder la réalité en face.

Les pages écrites par ZHENG Lu-nian permettent de comprendre non seulement le point de vue chinois sur les tentatives de colonisation – cent ans d’humiliation et de douleur – de son territoire par les barbares européens qui causa des millions de morts [1] mais aussi la philosophie chinoise concernant ses responsabilités de grande puissance et très prochainement de première puissance mondiale – place qu’elle avait avant l’invasion anglo-française. En 1820, la Chine représentait 32% de l’économie mondiale et l’Inde 23%.

Ces 60 pages valent à elles seules l’achat du livre. L’auteur analyse trois caractères qui résument la pensée chinoise :
中 zhōng centre / milieu
易 yì mutation / transformation / changement
心 xīn cœur

20/01/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

• HU Jintao en Amérique : sinophobie, fantasmes et realpolitik, France Culture.
• ZHENG Lu-nian, DailymotionTexte Web TV CultureVidéo Web TV Culture.
Dossier documentaire & Bibliographie Chine-Occident, Monde en Question.


[1] L’étendue des désastres liés aux guerres de l’opium, et plus généralement, à la destruction des institutions impériales chinoises est massivement ignorée par la plupart des chercheurs et des hommes politiques français. Ces pillages, famines, répressions, durèrent un siècle, de 1840, la défaite chinoise devant les troupes anglaises, à 1949, l’arrivée des communistes au pouvoir. Les chercheurs anglo-saxons, bien meilleurs connaisseurs de cette période, évaluent le nombre des victimes dans une fourchette oscillant entre 120 et 150 millions en un siècle.
• TIBON-CORNILLOT Michel, Les guerres de l’opium ou l’écrasement de la Chine, Dedefensa.
• TIBON-CORNILLOT Michel, La Chine en enfer : pillages et génocides blancs, Dedefensa.

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Une réponse à “Chine-Occident XVIe-XXIe siècle

  1. Arame fall 16/05/2011 à 16:25

    informez moi des que vous aurez d autres document

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