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On licencie pour « garder nos marges de profit »


Obama promet de créer 2,5 millions d’emplois d’ici 2011 alors qu’il avoue que « la plupart des experts pensent que nous pourrions perdre des millions d’emplois l’année prochaine » [AP – Yahoo! Actualités].

En attendant qu’il prenne ses fonctions à la Maison Blanche, le 20 janvier prochain, les entreprises américaines licencient massivement. Depuis le début de 2008, 1,2 million emplois ont été perdus aux États-Unis. Au cours de la semaine précédant le 15 novembre, 542 000 nouveaux chômeurs ont un recours aux prestations d’assurance-emploi, selon des chiffres avancés par le département du Travail américain. L’Administration Bush poursuit la politique qui a conduit au désastre.

Il a semblé jusqu’ici beaucoup plus utile à Hank Paulson de voler au secours d’AIG à hauteur de 150 milliards de dollars pour préserver éventuellement quelques dizaines de milliers d’emplois plutôt que de soutenir les Big Three qui représentent, directement ou indirectement, 2,5 à trois millions d’emplois. Ceux-ci pourraient pourtant être perdus en seulement quelques mois, ce qui constituerait un signal conjoncturel et social aux conséquences désastreuses, sans commune mesure avec la faillite de Lehman Brothers. C’est à se demander si l’administration Bush sera capable — avant de lâcher le devant de la scène — de démontrer qu’elle sait tirer les conséquences de ses erreurs passées.

L’activité industrielle a dégringolé de +3,8 à -37,5 dans la région de Philadelphie en octobre, selon l’enquête mensuelle publiée jeudi par la Réserve fédérale locale — alors que les économistes prévoyaient un repli limité de l’indice à -10 environ.

Pour couronner le tout, le département du Travail confirme tous les signaux de dégradation du marché de l’emploi observés dans la quasi-totalité des secteurs d’activité, avec la multiplication des plans de licenciements. Les inscriptions hebdomadaires au chômage ont ainsi grimpé de 27 000 à 542 000 au cours de la semaine achevée le 15 novembre.

[…]

Après le « too big to fail » (trop gros pour disparaître), c’est le « trop gros pour être sauvé » qui semble constituer un obstacle psychologique majeur pour les sénateurs républicains qui prétendent défendre les principes libéraux qui ont fait — et c’est désormais du passé décomposé — la fortune de l’Amérique.

Ils n’éprouvent en revanche nulle réticence à voter chaque année des rallonges de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour financer les vaines guerres impériales de l’Amérique, comme les baptise depuis leur origine Bill Bonner.

Ces sénateurs républicains ont en effet les moyens d’opposer un veto à un plan de sauvetage de 25 milliards de dollars qui pourrait éviter la perte de 2,5 millions à 3,5 millions d’emplois avant la fin 2009.

[…]

Un jusqu’au-boutisme dans le chaos économique après l’effondrement du système financier qui semble satisfaire la fibre apocalyptique de nombreux sénateurs et représentants qui ont suivi (ou même encouragé) G.W. Bush dans les pires mésaventures géopolitiques de l’après 11 septembre 2001 et qui ont ruiné le crédit de l’Amérique – dans tous les sens du terme.

Chronique Agora

Pendant les Trente Glorieuses du néo-libéralisme, les entreprises licenciaient pour accroître leurs profits. Aujourd’hui, elles licencient pour préserver leurs profits comme l’explique cyniquement Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.

« Dans la division médicale, les contours d’un programme d’optimisation ont été récemment annoncés », a indiqué à l’AFP Arent Jan Hesselink, porte-parole de Philips.

« Dans ce secteur, environ 5% de tous les emplois vont devoir disparaître, malheureusement. Il y a dans la division 32.000 emplois, donc si on calcule on en arrive à environ 1.600 », a-t-il ajouté.

« Nous voulons prendre des mesures qui nous permettront, même dans une période où l’économie est moins forte, de garder nos marges de profit à niveau et de même les améliorer là où c’est possible« , a expliqué le porte-parole.

Le groupe a enregistré au troisième trimestre un bénéfice net en hausse de 7,8% à 357 millions d’euros grâce à la vente de sa participation dans le fabricant de semi-conducteurs TSMC.

AFP – Yahoo! Actualités

Partout, aux États-Unis comme en Chine ou en Europe, les gouvernements suivent la même politique : ils financent les entreprises qui font du chantage aux licenciements pour maintenir leurs profits.

Les Pays-Bas ont annoncé vendredi des mesures pour soutenir leurs entreprises d’un montant de six milliards d’euros, soit 1% de leur produit intérieur brut (PIB), quelques jours avant la présentation d’un plan de relance européen qui fait débat.
[…]
Outre l’Allemagne, qui a déjà annoncé un plan national de 32 milliards d’euros sur deux ans, d’autres capitales européennes, comme Paris, Madrid ou Bruxelles ont déjà pris d’importantes mesures de soutien de l’économie.
AFP – Yahoo! Actualités

22/11/2008
Serge LEFORT

Lire aussi :
• Ford demande 40 milliards d’euros à l’Union européenne, France 24.
• L’État allemand doit-il sauver Opel ?, France 24.
• L’Etat doit aider l’industrie automobile à sortir de la crise, euro|topics.
• General Motors : le CA prêt à envisager la faillite, contre l’avis du PDG, AFP – Yahoo! Actualités.
• Laisser mourir Detroit afin de punir les syndicats ?, Le Monde diplomatique.
• Citigroup vacille et l’Amérique s’angoisse, Libération.
• Citigroup : sauvetage, rachat ? le marché attend une annonce avant lundi, AFP – Yahoo! Actualités.
• Toyota supprime 3.000 postes temporaires au Japon, AFP – Aujourd’hui le Japon.
• La Chine surveille les éventuels licenciements de masse et les contestations salariales, China.org.
• La Chine appelle au contrôle des licenciements de masse et des conflits du travail à grande échelle, Xinhua – Le Quotidien du Peuple.

Pour aller plus loin : LANGLET Denis, L’industrie dans la tourmente de la finance, L’Harmattan, 2008.
Alors que les sommets internationaux se succèdent et que les gouvernants du monde entier promettent des jours meilleurs, les plans sociaux tombent. Dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans les banques et compagnies d’assurance, mais aussi dans les petites et moyennes entreprises, des centaines de milliers de travailleurs, de salariés, sont confrontés à la perte de leur emploi ou au chômage partiel, à la difficulté croissante de «faire leur fin de mois».

L’étude produite par Denis Langlet dans son ouvrage L’industrie dans la tourmente de la finance est un matériau qui tombe à pic pour démontrer que toutes les déclarations n’engageront que ceux qui auront décidé de bien vouloir y croire. Il s’agit d’un livre explicatif, extrêmement documenté, dans lequel toute affirmation est étayée [1].
La Sociale


[1] L’auteur rappelle opportunément que la gauche, PS et PCF, ont impulsé la déréglementation néo-libérale à partir de 1982. Lire : Dossier documentaire & Bibliographie Tournant de la rigueur, Monde en Question.

 

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